PREMIÈRE FAMILLE
SCYTODIFORMES® E.s.
Aucune famille ne semble, au premier abord, difiérer plus du type de l’araignée que celle des scytodiformes; cependant ces aranéides sont construites sur le même plan que toutes les autres, seulement elles présentent, dans le détail de leur structure, certaines particularités assez tranchées pour permettre d'en former une famille. Dugès donnait à ce groupe le nom de micrognathe, parce qu’en effet son principal caractère est la réduction des mandibules, leur presque horizontalité, et la petite pointe prolongeant leur bord interne et qui, s’opposant au crochet, constitue une pince faible et peu propre à l’attaque.
Les scytodiformes sont en outre caractérisées par la longueur des mâchoires , qui, se touchant en avant de la lèvre, peuvent saisir les insectes et suppléer au peu de force des chélicères.
La physionomie de ces araignées a aussi quelque chose de particulier, qui est dû à la forme globuleuse du corselet, élevé surtout en arrière, et qui se prolonge en avant du front en forme de pointe, de manière à rejeter la bouche bien en avant des yeux. L’abdomen est également globuleux , et les membres sont d’une telle finesse
(1) Voir à la fin du volume le tableau de la classification adoptée dans cet ouvrage.
et d’une telle longueur, que le vulgaire donne souvent le nom de faucheur à ces araignées. Les yeux ont une disposition caractéristique ; ils sont rangés en trois groupes écartés l’un de l’autre ; un groupe antérieur et médian composé de deux yeux, et deux groupes latéraux et supérieurs formés de trois yeux chacun, se confondant et se touchant ; les deux yeux du groupe antérieur, ou l'œil le plus externe des deux groupes supérieurs, peuvent s’oblitérer sans rien changer à la disposition typique.
L'anatomie interne de la plus commune des espèces a été faite avec soin par Dugès : la finesse extrême du tégument de l'abdomen permet de reconnaître par transparence la forme du cœur et ses battements. Le tube digestif n’a rien de remarquable ; mais les organes qui produisent la soie se présentent à un degré de simplicité qui est unique dans les araignées ; ils se composent de six grosses vésicules distinctes et isolées qui gonflent l'abdomen, et qui se terminent chacune par un petit tube excréteur, qui débouche à l'extrémité de petites filières très-courtes, rudimentaires, peu visibles et disposées en rosace. Les instincts, de mème que l'industrie de ces araignées, sont beaucoup moins parfaits que ceux d’une foule d’autres espèces. Ce sont des araignées lentes dans leur démarche, tendant des fils isolés, ne construisant ni coques ni demeures soyeuses pour S'y mettre à l'abri du froid des hivers, et ne formant que rarement des cocons autour de leurs œufs.
Cette famille, quoique ne contenant que cinq genres , doit ètre divisée en deux tribus bien nettement distinctes par plusieurs caractères importants : voici le principal :
Trois yeux dans chacun des groupes latéraux, PHALANGOIDIENS, Deux veux dans chacun des groupes latéraux, SCYTODIENS.
SCYTODE. 45
A'e Tripu, SGYTODIENS.
Six yeux, deux seulement dans chacun des groupes, — pattes d’une finesse extrême et d'une longueur moyenne, — mandibules horizontales, — organe copulateur du mâle fort simple, placé au côté interne du dernier article du palpe.
Cette tribu comprend les genres Scytode et Omosite.
1 GENRE. SCYTODE, Scytoda, Latreille.
(sxûros, cuir, bouclier.)
Yeux, Six, groupés sur le devant du corselet par paires, une
Rig. 17. paire en avant dont les deux yeux sont plus petits, très-rapprochés, mais ne se touchent pas; les autres rejetés sur le haut du front de chaque côté, les yeux de chaque paire se «#7 touchant et se confondant, mais les paires U} éloignées l’une de l’autre.
Lèvre, variant pour la grandeur, trianguliforme, plus haute que large, bombée et élargie à sa base, où elle se soude souvent avec le plastron.
Mâchoires, étroites, allongées, élargies ou courbées à leur base, entourant complétement la lèvre, se rejoignant à leur extrémité.
Mandibules, très-petites, portées en avant, à crochet presque Tnul et à peine visible.
Corselet, bombé, globuleux, plus élevé que l'abdomen, surtout Fig. 19. en arrière; sans fossule.
Abdomen, globuleux, à filières peu visibles.
Pattes, extrèmement fines, allongées, dans l’ordre suivant : 1,4,2, 3, deux griffes pectinées, supportées par un petit article supplémentaire.
Taille, n'atteignant pas un centimètre.
Couleur, tantôt brune uniforme, tantôt blanche, relevée par de petites taches noires régulières, pattes élégamment annelées.
Patrie, une espèce est propre à l'Europe, une au nord de l’Afrique, et quelques-unes à l'Amérique du Sud.
Habitudes, araignées marchant lentement sur les murs, à l’intérieur des habitations ou sous les pierres; tendant de longs fils qui se croisent irrégulièrement ; enveloppant leurs œufs d’une bourre lâche.
ESPÈCES
S. thoracique, S. thoracica, Walckenaer, Europe. Sevres : wars cAdgeréeas Lucas, Algérie.
CES ESS var. Major, Vinson, Ile de la Réunion. LS et po SE Re CE, < var. Tigrina, Koch, Grèce. S. de Berthelot, S. Berthelotii, Lucas, Îles Canaries. S. brune, S. fusca, Amérique méridionale, S. longipede, S. longipes, Lucas, Algérie.
S. noirâtre, S. nigella, * Nicolet, Chili.
S. globuleuse, S. globula, Nicolet, Chili.
S. jaunûtre, S. flavescens, Nicolet, Chili.
S. large, S. lata, Nicolet, Chili.
S. distincte, S. distincta, Lucas, Algérie.
S. amarantine, S. amarantha, Vinson, Jle de la Réunion.
Le genre scytode, si fortement caractérisé par la forme du corselet, la finesse des pattes, et enfin par la disposition des yeux qui, malgré l’oblitération du plus externe des deux groupes latéraux, se rattache au type de la famille, ne renferme que quelques espèces dont une seule est commune en Europe, c'est la petite araignée rayée de nos maisons. Toutes se reconnaissent à la forme exceptionnelle du corselet qui, très-étroit et pointu en avant, s'élargit et se renfle en arrière. Les mouvements lents et lourds de ces araignées contribuent à leur donner une physionomie singulière.
Leur corps n’est jamais couvert de poils, leur peau est
SCYTOBPE. 47
d'une finesse remarquable et marquée de couleurs assez élégantes.
M. Koch, se fondant sur le nombre des yeux, place les scytodes à côté des ségestries, mais je crois que c'est avec les pholques qu'elles présentent le plus grand nombre d’affinités.
ESPÈCE PRINCIPALE
Scytode thoracique.
La scytode thoracique est une des araignées européennes dont la coloration est la plus élégante ; le fond est blanc argenté, un peu jaunâtre, relevé par des figures noires formées de petites raies ou de petites lignes ondulées : c’est une de celles qui inspirent le moins de répulsion, parce que son corps est peu ou point velu, que ses mouvements sont fort lents, et que ses formes sont élancées et gracieuses. Elle vit isolément sur les murs exposés au soleil, dans les endroits les plus chauds, à l'intérieur même des habitations, car elle semble redouter le froid et l'humidité ; elle ne sort et ne se met en quête de se procurer sa nourriture que lorsque le soleil a atteint toute sa force, lorsque les cynips, les petites mouches et les fourmis dont elle fait sa nourriture sortent aussi de leur demeure; alors, on la voit marcher avec lenteur, élevant doucement ses pattes les unes après les autres, les laissant quelque temps en l'air avant de les poser, comme si elle mesurait ses pas. Elle est d'un caractère excessivement doux; elle se laisse prendre facilement, en faisant la morte et ne cherche nullement à s'enfuir ni à mordre; au reste, c'est l’araignée la plus mal armée; l’atrophie de ses crochets l’oblige
de saisir les insectes avec ses mâchoires qui se touchent en avant de la lèvre ; ce qui rend la glande à venin (qui est du reste très-réduite) presque inutile.
Cette araignée est d’une grande sobriété: elle peut rester plusieurs mois sans prendre aucune nourriture. La plupart des entomologistes l'ont trouvée en France, où elle n’est pas rare. J'ai pris plusieurs individus à Paris aux mois de mai et de juillet, mais jamais en plein air ni au milieu du jardin. Au contraire, dans le midi de la France, où elle est beaucoup plus commune, on la rencontre dans la campagne, sous les pierres ; il paraît qu'elle est très-abondante sur la montagne de la Garde, près Marseille. Quoique errante, la scytode thoracique tend de longs fils assez gros et gluants, qui se croisent et qui, par leur réunion , forment une petite toile qui retient les mouches.
M. Lucas a recueilli un cocon de cette scytode; il n'a trouvé que neuf œufs d’un blanc jaunâtre, agglomérés entre eux. Ce cocon était formé d’une soie fine, d’une belle couleur blanche et à tissu très-serré: il était arrondi, un tiers plus gros que l'abdomen, et porté par l’aranéide femelle, qui le tenait accolé à son sternum sous le corselet, au moyen de ses mandibules et de ses palpes. Au bout de vingt-six jours , les œufs sont éclos, les jeunes avaient déjà les taches de l'adulte ; ils se construisirent un petit logis soyeux sur lequel ils vivaient en société; tous les neuf individus étaient femelles.
Chose remarquable, jusqu’aujourd'hui on ne connaissait point encore le mâle de <ette araignée si répandue ; M. Vinson l’a trouvé à grand'peine à l'ile de France. Sa taille et sa couleur n’ont rien de particulier : ses jambes antérieures sont garnies de rangées d’épines. M. Lucas
SCYTODE. 49
ajoute que la scytode se trouve assez communément pendant l'hiver, et une grande partie du printemps, dans les environs d'Alger, de Constantine, etc.
Les couleurs fraîches de cette araignée, l’aversion qu'elle a pour le froid, l'espèce d’engourdissement dans lequel elle semble être dans notre pays, avaient fait supposer, peut-être avec raison, à Walckenaer que la scytode thoracique nous avait été amenée des pays tropicaux ; les naturalistes de la Suède, de la Russie et de l'Angleterre ne la connaissent pas ; au contraire, elle est beaucoup plus commune dans le midi, et il paraît qu’autrefois elle était plus rare à Paris qu’elle ne l’est aujourd'hui. Ce qui confirme ce fait, c'est qu’à l'ile de la Réunion , elle est abondante et acquiert une taille qu’on ne lui connaît point en Europe. Là elle vit en plein air, aussi bien que dans les maisons. -
Le
2 GENRE. OMOSITE, Omosita, Walckenaer (1808). (Ouoc, ménie; oiroç, nourriture.)
Synonymie : Seytode, Walckenaer (1836).
Yeux, six, disposés comme ceux des scytodes, la paire antérieure est seulement plus élevée et placée entre les paires latérales, sur la même ligne que les yeux antérieurs de ces paires.
Lèvre, rétrécie à sa base, élargie dans son milieu, arrondie à
son extrémité, très-allongée et ovalaire.
Mäâchoires, allongées, diminuant graduellement vers leurs extrémités qui se touchent et sont arrondies. Elles sont inclinées sur la lèvre et l'entourent complétement.
Mandibules, fortes, cylindriques.
Corselet, grand, arrondi, déprimé et marqué d'une fossule centrale.
Pattes, très-fines, peu inégales, la deuxième paire est la plus longue; elles sont médiocrement allongées dans la femelle, mais elles le sont beaucoup dans le mâle; tarse composé de trois articles. 3
Couleur, brun rouge uniforme, plus ou moins clair.
Taille, un demi-centimètre.
Patrie, deux espèces sont propres à l'Europe , l’autre a été trouvée à la Guyane.
Habitudes, aranéides, tendant des fils sous les pierres.
ESPÈCES
O. blonde, 0. rufessens, Dufour, Espagne.
O. rufipède, 0. rufipes, Lucas, Guyane.
Ô. érythrocéphale, 0. erythrocephala, Koch, Grèce.
Il y a déjà bien des années que M. Dufour découvrit le genre Omosite dans le royaume de Valence : cet entomologiste lui donna le nom de seytode blonde; mais Walckenaer reconnut bientôt que cette curieuse araignée
OMOSITE. 51
ne pouvait être associée aux scytodes, et que ses fortes mandibules, son corselet déprimé et marqué d’une profonde fossule, ses yeux rapprochés l’un de l’autre, étaient des caractères assez distinctifs pour justifier sa séparation ; aussi en forma-t-il un genre auquel il donna le nom d’omosile.
Je ne sais pour quelle raison cet auteur réunit plus tard, dans son Histoire naturelle des aptères, l’omosite aux scytodes, et se contenta d'en former sa famille des déprimées. L'omosite, il est vrai, est voisine des scytodes, et, malgré les caractères importants qui différencient ces deux groupes, ils doivent être rapprochés dans une même tribu.
ESPÈCES PRINCIPALES
Omosite blonde. — O, rufipède.
L’omosite blonde est une araignée de taille moyenne, dont le corps est d’un fauve brunâtre uniforme, sans taches ni raies. Une autre espèce, à peu près semblable, a été rapportée de la Guyane par MM. Leschenault et Doumerc et nommée omosile rufipède par M. Lucas.
Les mœurs de ces araignées très-rares ont été peu étudiées ; Léon Dufour est le seul qui les ait observées : il dit: «J'ai trouvé plusieurs fois l’omosite blonde sous «les débris calcaires, dans les montagnes du royaume « de Valence, principalement aux environs de l'antique « Sagonte ; elle se fabrique un tube assez informe d’une «toile mince d’un blanc laiteux, à peu près comme la « dysdère. »
. PT aiG MERS OF LION