LE COLIBRI GRENAT, MALE
(TROCHILUS AURATUS. Linné.)
Ce colibri, un des plus anciennement connus, est aussi un des plus remarquables de cette tribu si favorisée, et décrit dans la plupart des livres d'histoire naturelle, 1l a souvent reçu plusieurs noms, suivant que son plumage variait en éclat ou en fraîcheur. Edwards, dans ses Glanures (pl. CCLXVT), figure cet oiseau sous le nom de red breasted humming-bird ou de colibri à gorge rouge, que Buffon distingua à tort du Grenat ordinaire , sous le nom de colibri à gorge carmin (édit. de Sonnini, t. xvui, p. 279), et que Linné (esp. 7) et Latham (esp. 12) introduisirent dans leurs Catalogues systématiques sous le nom de Trochilus jugularis. Le Grenat décrit par Buffon (édit. de Sonnini, Oiseaux, t. xvir, p. 262) est le Trochilus auratus de Linné (esp. 29); le 7rochilus granatinus de Latham (Synops., tom. 11, p- 792, esp. 11 et pl. XXXIV);le Zrochilus vio-
1 Mâle (pl. X): plumage bleu-noir-velours; ailes vert-doré ; gorge grenat étincellante. De la Guiane.
Plruo:
L I GREÈNAT,
Publié par Arthus Bertrand.
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DES COLIBRIS. 47 laceus et auratus de Vieillot (Encycl. ornith., t. n,p. 255, pl. OXXX, f. 2, etpl. CXXIX, f.4); le 7rochilus auratus d’Audebert (Oiseaux dorés, t.1, pl. IV); de Dumont ( Dict. sc. nat., tom. x, p- 21); et de Drapiez (Dict. classiq. d’hist. nat., t. 1V, p. 318). C'est encore très probablement à cette espèce que doit se rapporter le Zrochilus venustissimus de Gmelin, et même le 7rochilus cyaneus de Latham.
Le Grenat, ramassé et robuste dans ses formes, possède un bec très recourbé, comprimé sur les côtés; des ailes fortes, plus longues que la queue, et celle-ci est ample, large, et remarquablement fourchue.
Le colibri Grenat a quatre pouces six lignes de longueur totale , et le bec entre pour un pouce dans ces dimensions. Il est noir et sillonné sur le côté. Les tarses emplumés au dessous de l’articulation sont entourés de plumes tibiales noires, et les doigts et les ongles sont d’un brun décidé. Les rectrices sont larges, raides, et à extrémité arrondie.
Le plumage du Grenat est remarquable par sa coloration. Il est, sur la plus grande partie du corps , d’un noir dont l'aspect et la douceur sont celui du velours le plus soyeux. Ce noir séricéeux est toutefois relevé sur le front par des petites plumes émeraudes, et par des reflets irisés et
48 HISTOIRE NATURELLE légers qui dorent la sommité de chaque plume sur le dos et sur le cou. Un large plastron, formé de plumes écailleuses , naît sur la gorge et descend jusque sur le bas de la poitrine, n'ayant pour limites latérales que les côtés du cou, et possède une teinte carmin très brillante chatoyant en rouge-feu-doré, comme le grenat le plus pur. Toutefois cette coloration si splendide et si suave s'altère rapidement, et chez beaucoup d'espèces se ternit ou s’efface diversement, bien qu'il ne paraisse pas que les mâles, les femelles ou les Jeunes, aient une livrée qui leur soit spéciale. Cette espèce diffère, sous ce rapport, de tous les autres colibris. Jamais, du moins dans les milliers de peaux que nous avons vues, nous n'avons trouvé des modifications assez distinctes pour faire soupconner qu'elles appartinssent à des âges ou à des sexes différens de la livrée adulte parfaite. Le Grenat est aussi la seule espèce de colibri qui ait ses ailes, y compris les rémiges même primaires, colorées en vert-bleu-doré très brillant. Les couvertures supérieures et inférieures de la queue sont aussi de ce vert-bleu-métallisé , de même que les rectrices, qui possèdent de plus une teinte noire profonde, lorsque les plumes sont mal éclairées et que le vert-bleu très chatoyant qui les colore reçoit obliquement les rayons lumineux. :
DES COLIBRIS. 49 Le colibri Grenat habite la Guiane, et nous est fréquemment envoyé de Cayenne. Devenu commun dans les collections, il a perdu de son charme et de son prix, mais par la beauté il rivalise avec le colibri Topaze et éclipse la plupart des espèces nouvelles plus rares, et par conséquent plus estimées.