ORDRE
La forme typique de l’ordre des Zoanthaires diffère principalement de celle propre à l'ordre des Alcyonaires, par la structure et le mode de multiplication de l'appareil tentaculaire. Ici ces appendices calicinaux sont d'ordinaire simples, et lorsque, exceplionnellement, ils deviennent rameux, ils ne présentent jamais la disposition bipinnée qui se voit toujours chez les Alcyonaires. Dans le plus jeune âge, ils ne sont qu'au nombre de six ou quatre, mais en général ils se multiplient rapidement de facon à former plusieurs cycles ou couronnes concentriques, et chez l'animal adulte, on en compte presque toujours au moins 12, souvent 2%, el quelquefois 48, ou même beaucoup plus. Le nombre des lamelles mésentéroïdes, ou cloisons verticales, qui reste toujours à huit chez les Alcyonaires, suit ici la même progression que celui des tentacules, el par conséquent, la cavité viscérale se trouve subdivisée en une multitude de loges périphériques. Enfin, le système sclérenchymaleux tend le plus souvent à constituer un polypier, et celuiei présente d'ordinaire à l’intérieur une structure radiaire par suite du développement d'un ou de plusieurs cercles de cloi- Sons.
Pour plus de détails sur la conformation des Zoanthaires, nous rénverrons à Ce qui en à été dit dans la première partie de cet ouvrage.
Jusqu’en ces derniers temps, les affinités naturelles qui lient tous ces animaux entre eux avaient été fort méconnues. Ainsi, dans la première édition du Règne animal de Cuvier, qui date de 1817, les Aclinies sont placés en tête de la classe des Aca-
lèphes, qui se compose essentiellement des Méduses, et les Zoanthaires à polypier sont confondus avec les Alcyonaires, les Gorgoniens et les Pennatules dans une des subdivisions de la classe des Polypes. Lamarck ne fut pas plus heureux dans son arrangement systématique de ces Zoophytes, car il sépara également des Polypes, tous les Actiniens pour les reléguer dans la classe des Radiaires à côte des Méduses et des Echinodermes. Une première amélioration fut effectuée vers cette époque par Blainville. Effectivement, dans les tableaux synoptiques insérés dans son ouvrage sur l’Organisation des Animaux, ce naturaliste sépare les Actiniens, soit des Acalèphes, soit des Echinodermes, pour les réunir aux Lucernaires et en former une classe particulière sous le nom de Zoanthaires; mais, dans sa méthode de classification, rien ne lia ce groupe aux Madréporaires, qui se trouvaient mêlés avec les Sertulaires et les Bryozoaires, dans une autre classe à laquelle il donna le nom de Polypiaires. Dans la seconde édition du Règne animal, publiée en 1830, Cuvier réunit les Actinies aux autres Coralliaires dans sa classe des Polypes, bien qu'il ne saisit pas encore complètement le degré de parenté zoologique qu'ils ont avec les Madréporaires, car il en forma un ordre particulier, tandis qu'il réunissait dans une autre division de même rang les Sertulariens, les Gorgoniens et les Madréporiens. Enfin, dans l'article Zoophyte du Dictionnaire des Sciences naturelles, publié en 1830, Blainville acheva presque cette réforme en réunissant sous le nom connu de Zoanthaires ou Zoantha, les Actiniens, les Zoanthes et les Madrépores.
Le groupe ainsi constitué ne diffère que fort peu de celui dont nous abordons en ce moment l'étude; il contenait, à la vérité, les Lucernaires dont nous avons cru devoir fogmer un ordre distinct, et ne renfermait pas les Antipathes, qui, par suite d'observations récentes, y ont pris place. Mais, sauf ces petites modifications, la classe nommée Zoantha par Blainville a été adoptée par presque tous les naturalistes de nos jours. Elle n'a pas de représentant dans le système zoophytologique de M. Ehrenberg, mais correspond, à peu de chose près, à la divi-
sion qui à été désignée sous le nom de Zoantharia dans nos précédentes publications, ainsi que dans les écrits de M. Gray, qui a été appelée d’abord ordre des Zoophgta Helianthoidea, ‘ puis Anthozoa Helianthoidea par M. Johnston, et enfin qui conslitue le sous-ordre des Actinaria, dans l'ouvrage de M. Dana.
On y trouve trois modifications secondaires qui correspondent aux trois formes principales des Alcyonaires représentées par les Alcyons, les Tubipores et les Gorgones, et caractérisées d’un côté par l'absence d'un polypier, en second lieu par la présence d’un polypier selérenchymateux extérieur, et en troisième lieu par l'existence d’un polypier sclérobasique intérieur. Mais la forme qui est dominante dans l’ordre des Alcyonaires, n'a ici que peu de termes correspondants, et le type sclérodermé qui est exceptionnel dans le premier de ces groupes devient dominant dans le second. Quant au type malacodermien, il se rencontre en proportion à peu près égale, mais médiocre, dans les deux ordres.
Les zoologistes ont pendant longtemps attaché une trop grande importance à l’état mou ou ossifié des téguments des Coralliaires, et Cuvier lui-même a été conduit dela sorte à confondre le Corail et les Madrépores dans sa tribu des Lithophytes, où venaient se placer aussi les Bryozoaires à polypier pierreux. Il en est résullé un assemblage d'éléments les plus hétérogènes, et, dans une classification naturelle des Zoopnytes, c’est l’organisation générale de l'animal qui doit nécessairement être représentée en première ligne par nos divisions méthodiques. Dans ces dernières années, au contraire, on a complètement négligé la considération du mode de structure de l'appareil tégumentaire, et, dans les systèmes de M. Ehrenberg et de M. Dana, la présence ou l’absence du polypier ne sert de base à aucune division importante. Ni l’une ni l’autre de ces méthodes extrèmes ne nous paraît devoir être suivie. Il est évident que les modifications de l'appareil tégumentaire n'ont pas la valeur des caractères d'après lesquels la classe des Coralliaires se trouve partagée en Podactiniaires, en Alcyonaires et en Zoanthaires, mais elles nous paraissent jouer le rôle le plus impor-
tant dans la constitution des formes zoologiques secondaires qui dérivent de ces divers types.
Guidés par ces gonsidérations, M. Haime et nous, avons divisé l'ordre des Zoanthaires en deux seclions caractérisées par la texture. des tissus légumentaires et la présence ou l’absence d’un polypier qui est la conséquence des différences qui existent dans les propriétés physiologiques de ces tissus.
Mais afin de mettre la classification de ces animauximieux en accord avec les modifications introduites dans leur structure, il nous semble préférable de pousser plus loin ces divisions, et de former ici trois sous-ordres correspondants aux trois Lypes dont il vient d’êlre question.
Ainsi, nous distribuerons les Zoanthaires en trois groupes principaux, savoir :
1° Les Zoanraaires Mazaconermés ou AcnniaIREs, dont les téguments communs conservent toujours leur mollesse primitive et ne se transforment jamais en un polypier soit sclérenchymateux, soit épithélique.
20 Les ZoanTHAIRES SCLÉROBASIQUES Où ANTIPATHAIRES, dont le sclérenchyme ne se solidifie pas et constitue seulement un tissu coriace parsemé de spicules ou de filaments minéraux épars, mais donne naissance à un tissu sclérobasique qui se superpose par couche el forme une lige solide dans l'axe du polypiéroïde, constitué par le cænenchyme.
3° Les ZoanraaiRes ScLéronermés où Mapréporaies,ëdont l'appareil légumentaire se solidifie de manière à donner naissance à un polypier proprement dit.