‹ Histoire naturelle des crustacés, comprenant l'anatomie, la physiologie et la classification de ces animaux (volume 2)Chapitre 175 sur 289 · TRIBU DES GASTER0BRANCH1DES · texte numérisé non relu

TRIBU DES GASTER0BRANCH1DES

Cette petite division de la famille des Thalassiniens est très-remarquable, car elle établit le passage entre les Gaîlianasses et les Squilles. Parla forme générale du corps (i), les Crustacés que nous y rangeons ne diffèrent en effet que fort peu des premiers , et la conformation de leurs branchies thoraciques ne permet pas de les séparer des Décapodes macroures, ni de les éloigner des Thalassiniens ; mais on leur trouve des appendices respiratoires fixés aux fausses pâtes abdominales , et ayant la plus grande analogie avec les branchies rameuses des Stomapodes (2).

Le type de ce groupe est un petit Crustacé auquel nous avons donné le nom générique de Callianide; mais nous rangerons dans la même division le genre Isée de M. Guérin , car nous croyons y reconnaître un mofle d'organisation analogue. Si les caractères que M. Guérin y assigne étaient exacts , il serait difîicile de placer ici ce genre nouveau, et il faudrait le rapprocher des Paguriens ; mais il nous paraît bien probable qu'il y a eu quelque erreur d'observation, et que dans la réalité les Isées et les Callianides ne diffèrent aue fort peu.

Ces Crustacés (3) ont tous le thorax très-petit, ovalaire et comprimé latéralement; leur abdomen, au contraire, est extrêmement long et grêle. La disposition des yeux et des antennes est à peu près la même que chez les Gaîlianasses, Les pates-mâchoires externes

(i) PI. 25 bis, %• 8.

(2) PI. a5 bis, fig. 14.

(3) PI. 25 bis, fig. 8.

sont pécli formes et portent en dehors un palpe grêle et multi-articulé. Les pâtes des deux premières paires sont didactyles; celles de la paire antérieure sont longues, très-inégales et terminées par une grosse main comprimée; les secondes sont petites et très-minces. Les pâtes de la troisième paire sont élargies vers le bout à peu près comme chez les Calliacasses , et terminées par un tarse très-court, formant, avec un tubercule de l'article précédent , une pince imparfaite. Les pâtes de la quatrième paire sont grêles et monodactyles ; enfin celles de la cinquième paire sont rejetées en arrière, et de petites dimensions. De même que chez les Thalassiniens de la tribu précédente, l'abdomen est très-long, assez mou, et composé d'anneaux à peu près égaux, dont l'arceau dorsal ne se prolonge pas inférieurement , de manière à encaisser la base des fausses pâtes. La nageoire caudale qui le termine n'offre rien de remarquable; mais les fausses pâtes, insérées à sa face inférieure, sont garnies d'une multitude de fîlamens rameux , qui offrent une structure très-analogue à celle des branchies, et qui, bien certainement, doivent être destinés à concourir au travail de la respiration (i).

Ainsi que nous l'avons déjà dit, cette tribu comprend deux genres, dont l'un nous paraît être trop imparfaitement connu pour pouvoir être convenablement caractérisé.

(i) PI. 25 bis, fig. i3 et i-£*

DES CRUSTACÉS. 3ig

Genre CALLIANIDE.— Callianidea.

Les Crustacés, d'après lesquels nous avons établi ce genre, ressemblent beaucoup aux Callianasses par leur forme générale; leur corps est très-mince, grêle et fort alongé ( PI. 25 bis , fig, 8). La carapace n'a guère plus du tiers de la longueur de l'abdomen , et ne recouvre pas le dernier anneau thoracique; elle est comprimée et assez élevée; enfin son bord inférieur s'applique exactement contre la base des pâtes des quatre premières paires. Il n'y a point de rostre , et le bord antérieur de la carapace est échancré de chaque côté de laligne médiane pour recevoirla base desyeux, dont les pédoncules sont très-courts, et conformés de la même manière que chez les Callianasses ; c'est-à-dire portant la cornée transparente , non pas à leur extrémité comme d'ordinaire, mais sur leur face supérieure. Les quatre antennes sont grêles , et s'insèrent à peu près sur la même ligne transversale ; celles de la première paire se terminent par deux filets à peu près égaux en longueur ; mais dont l'un est plus gros et légèrement renflé vers le bout {fig. 9). Les appendices de la bouche sont petits , et occupent peu de place ; les mandibules diffèrent à peine de celles des Callianasses ; l'appendice valvulaire des mâchoires de la seconde paire est très-petit ; enfin les pates-mâchoires {fig. 10) externes sont grêles et pédiformes ; leur second article est garni en dedans d'une rangée de tubercules dentiformes , recouverts par des poils, et leurs trois derniers articles sont très-alongés. Le sternum est linéaire dans toute son étendue. Les pâtes de la première paire sont longues , et l'une d'elles est très-grosse ; la main qui termine celle-ci est très-grande , et à peu près de même forme que chez les Callianasses , si ce n'est que le carpe est plus petit. Les pâtes des deux paires suivantes sont petites et aplaties; celles de la quatrième paire sont presque cylindriques, et leur article basilaire esttrès-élargi. Les pâtes de la cinquième paire sont presque aussi grandes que ces der«

nières, et se terminent par une pince imparfaite et rudimentaire {fig- 11)- U abdomen, composé comme d'ordinaire de sept segmens, est à peu près de même largeur partout, et porte en dessous cinq paires de fausses pâtes ; celles de la première paire sont réduites à une simple lame étroite , légèrement ciliée au bout ; mais celles des quatre paires suivantes offrent un mode de conformation très-remarquable. On y distingue un pédoncule et trois lames terminales (PI. 27 bis, fig. 13), dont deux très-grandes et une trèspetite sur le bord de l'une des précédentes ; enfin tout autour du bord de ces grandes lames se trouve une espèce de frange touffue, composée d'une rangée de cylindres, dont chacun donne naissance à deux fîlamens plus petits, lesquels se bifurquent à leur tour (fig. 14), à peu près de la même manière que se divisent les fîlamens branchiaux des Squilles.Les cinq lames dont se compose la nageoire caudale sont larges et arrondies. Enfin les branchies thoraciques sont renfermées comme d'ordinaire sous la carapace, et sont composées chacune de cylindres rangés parallèlement sur une tige , à peu près comme chez les Homards , seulement ces organes et ces fîlamens sont peu nombreux , et les branchies elles-mêmes sont très-petites. On n'en compte qu'une dizaine de chaque côté du corps.

Callianide type. — Ç. typa.

(PL 25 bis, fig. 8-14.)

Antennes externe? médiocres , leur pédoncule coudé, et ayant son troisième article plus long que le second ou le quatrième. Petite pâte antérieure très-alongée , et ciliée sur les bords supérieur et inférieur. La grosse main beaucoup plus grande que le thorax , bombée en dehors et ciliée sur ses deux bords ; sa pince garnie de dents tuberculeuses. Pâtes de la seconde paire garnies de poils très-longs sur son bord inférieur. Dernier segment de l'abdomen (ou lame médiane de la nageoire caudale ) , arrondi au bout; lames latérales ovalaires. Longueur, environ 20 lignes.

Trouve snr les côtes de la Nouvelle-Irlande, par MM. Quoy et Gaimard. (G. M.)

DES CRUSTACÉS. 3i i

Genre CALLIANISE. — Callianisea{\).

Ce genre a évidemment beaucoup d'analogie avec les Crustacés dont nous venons de nous occuper. La forme générale du corps est la même, et les fausses pâtes abdominales portent également des appendices rameux disposés en manière de grappes , qui nous paraissent devoir être des organes respiratoires accessoires. Il est vrai que M. Guérin assigne pour caractère à ces animaux de n'avoir qu'un seul rang de ces fausses pâtes , ce qui les rapprocherait des Paguriens ; mais l'individu qu'il a examiné était , comme il nous l'apprend lui-même , dans un très-mauvais état de conservation ; et il nous paraît bien probable que l'absence de ces organes , du côté opposé de l'abdomen , était purement accidentelle. Cela nous semble d'autant plus présumable , que les trois fausses pâtes , observées par ce naturaliste , ne se trouvent pas sur des anneaux qui se suivent , et que la première est située à gauche et les deux autres à droite. Nous serions même porté à regarder ces Macroures comme ne devant pas être séparés génériquement de nos Iséides , si M. Guérin ne mentionnait plusieurs particularités de structure qui , en les supposant bien observées , établiraient des différences importantes entre ces animaux. Le nombre des anneaux de l'abdomen , le grand développement du segment du thorax , et l'état rudimentaire des pâtes de la cinquième paire , par exemple. Du reste , pour mettre nos lecteurs à même de juger le mieux possible de ce genre, nous reproduirons textuellement la description que M. Guérin en a donnée.

(i) Isea, Guérin, Annales de la société entomologique de France, t. I , p. 295. Le nom d'/sea ayant été employé antérieurement pour désigner l'une des divisions génériques de la famille des Crevettines , ne peut être conservé ici ; nous proposons d'y substituer le nom de Callianise, dont la racine principale indique l'analogie générale qui existe entre ces Crustacés et les Callianasses.

« Le corps de cet animal est de consistance demi-membraneuse, alongé et comprimé sur les côtés; sa carapace est très-petite , et couvre à peine la base des quatre premières paires de pieds. On voit, à la suite de cette carapace , un segment thoracique entièrement découvert, qui donne attache à la cinquième paire de patcs, et qui ne diffère presque point des segmens suivans appartenant à la queue. Le bord antérieur de la carapace est échancré pour recevoir les yeux et les antennes internes ; ces yeux sont portés sur des pédoncules très-courts ; ils sont peu apparens et presque contigus à leur insertion. Les antennes internes sont insérées un peu plus haut que les externes ; leur pédoncule est d'une longueur égale au tiers de celle de la carapace , composé de trois articles, dont le premier plus court et les deux suivans égaux. Le troisième article donne insertion à deux filets , égaux en longueur, multi-articuîés, placés au-dessus l'un de l'autre, et dont le supérieur est renflé vers son extrémité, et terminé ensuite en pointe ; ces deux filets ont presque trois fois la longueur du pédoncule ; ils sont garnis d'assez [longs poils. Les antennes externes présentent aussi un pédoncule de trois articles , mais il est plus long que celui des précédentes. Leur premier article est plus épais que les suivans, dirigé en dedans comme dans les Pagures ; le second est le plus long deftous , il atteint l'extrémité du pédoncule des antennes internes ; le troisième est de moitié moins long que le précédent , et terminé par un long filet multi-articulé, ayant au moins la moitié de la longueur du corps de l'animal. Les deuxième et troisième pieds-mâchoires diffèrent un peu de ceux des Pagures, et présentent plus d'affinité avec ceux des Gébies. Le premier article des pieds-mâchoires de la seconde paire est très-court , ainsi que le second ; le troisième est alongé, aplati fortement, cilié en dedans ; le quatrième est court , triangulaire , et forme l'angle droit avec le précédent ; le cinquième est un peu plus grand , également aplati , et le dernier est conique et plus court; ils sont tous garnis de longs poils, Le palpe flagelli-

forme est inséré sur le coté externe du premier article ; il est court, à peu près organisé comme eliez les Gébics ; il atteint à peine la longueur des deux premiers articles des piedsmâchoires, et se termine par un flagre multi-articulé et garni de longs poils ; tandis que , chez les Pagures , ce palpe est au moins deux fois plus grand que le pied-mâchoire. Les pieds-mâchoires externes sont beaucoup plus grands , pédiformes ; leur premier article est court, presque carré ; les deux suivans sont presque égaux , et forment ensemble la moitié de la longueur de cet organe ; le second de ces articles est courbé et garni en dedans de petites dents ; les trois articles suivans sont presque égaux, et le dernier est terminé un peu en pointe. Tous ces articles sont garnis de très-longs poils. Le palpe est inséré sur le côté externe du premier article ; il est à peine de la longueur des deux suivans , et il est entièrement semblable à celui des pieds-mâchoires précédens. Les pieds ambulatoires de la quatrième paire manquant à notre individu , nous ne pouvons connaître leur proportion relativement aux autres ; cependant la hanche qui reste étant presque de même force que celle des pieds précédens , nous montre qu'ils doivent être à peu près de la même grandeur; et, en adoptant cette induction, il en résulte que les pieds de notre Crustacé vont en diminuant insensiblement depuis les premiers jusqu'aux quatrièmes, et que les derniers pieds sont démesurément les plus petits. Les premiers et les seconds sont terminés en pince ; les premiers sont au moins deux fois aussi longs que la carapace , grêles , composés d'articles presque égaux, à main peu renflée, plus longue que les doigts ou pinces qui la terminent. Les seconds pieds sont un peu plus courts , très-aplatis , relevés et appliqués contre les côtés du céphalothorax. Leurs premier et second articles sont très-courts ; le troisième le plus grand ; le quatrième de moitié plus court, un peu renflé à l'extrémité ; la main beaucoup plus courte que les doigts , élargie au poignet, avec le doigt mobile un peu plus long que celui qui lui est opposé. Les pâtes de la troisième paire sont en-

core un peu plus courtes, composées de même jusqu'au poignet ; mais celui-ci est arrondi, large, point dilaté inférieuremcnt , en forme de doigt, et terminé parmi article courbé et plus court. Ces trois paires de pâtes sont garnies de longs cils ; elles ont leur insertion recouverte par les côtés de la carapace ; tandis que les deux paires suivantes prennent attache sur un segment postérieur, qui semble divisé en deux et qui dépend du thorax. Les pâtes de la quatrième paire sont pendantes : cependant leurs hanches semblent indiquer, comme nous lavons déjà dit, qu'elles ne différaient pas des précédentes. Enfin, celles de la cinquième paire sont excessivement petites ; leurs deux premiers articles sont très-courts, le troisième est le plus grand de tous ; les trois suivans sont presque égaux en longueur, mais le quatrième est un peu renflé. Ces pâtes sont garnies de longs poils , et leur longueur est à peu près égale au tiers de celle de la carapace. L'abdomen est composé de cinq segmens égaux (1) , plus longs que larges , comprimés sur les côtés , d'une consistance semi-membraneuse comme chez les Callianasses.

(i) Nous soupçonnons que le mauvais état de conservation du Crustacé examiné par M. Guérin, ne lui a pas permis d'arriver à des notions exactes , relativement à la structure de la partie moyenne du corps. Le nombre d'anneaux abdominaux qu'il indique serait tout-à-fait anormal , et nous sommes porté à croire que le segment , considéré par cet entomologiste comme faisant partie du thorax et donnant insertion aux pâtes de la cinquième paire, appartient réellement à l'abdomen ,- les appendices qui s'y insèrent nous semblent aussi être des fausses pâtes analogues à celles que nous avons trouvées chez nos Callianides plutôt que des pâtes ambulatoires, et nous croyons que non-seulement les quatrièmes pâtes thoraciques manquaient , mais aussi les cinquièmes; une circonstance qui vient à l'appui de cette opinion, c'est que dans la figure dont le mémoire de M. Guérin est accompagné , on voit, dans l'espace considérable compris entre la base de la troisième pâte , et la hanche considérée par lui comme appartenant à la quatrième pâte, un tubercule qui peut bien être le point d'insertion d'une pâte perdue, Si ces suppositions , que nous présentons avec réserve, sont exactes, les principales différences , 'qui séparent les deux genres de cette tribu disparaîtront.

Nous avons observé au bord postérieur gauche du premier, et à la même place , mais à droite , dans le second et le quatrième , un appendice ovifère , composé d'une tige courte , garnie d'un grand nombre de ramuscules en forme de grappe (1). Le troisième segment ne nous a pas présenté d'organe semblable ; mais il est probable qu'il était tombé , car il est impossible qu'il soit venu à manquer dans cette place, et qu'il se retrouve à l'anneau qui suit. Ces appendices placés ainsi, l'un à gauche et les autres à droite, et n'étant pas par paires , mais uniques aux anneaux où on les observe, présentent un fait très - extraordinaire qu'on ne peut comparer qu'à ce que Ton voit chez les Pagures. Le dernier segment , ou la lame impaire de la nageoire terminale , est arrondie postérieurement en forme de demi-ovale j il y a de chaque côté deux lames ovales, à peine plus longues, et insérées sur un article commun très-court. »

Callumse alongee. — C. elongata (2).

« Cette espèce est longue d'environ trois centimètres ; sa couleur nous est inconnue ; mais dans l'alcool elle est brunâtre, avec quelques portions transparentes. Sa carapace forme un peu plus du cinquième de la longueur totale de l'animal. »

Trouvée aux îles Mariannes.

(1) Il paraîtrait, d'après cette phrase et d'après la figure déjà citée , que les ramuscules s'insèrent directement au pédoncule des fausses pâtes, et ne naissent pas, comme chez les Callianides, des bords de deux lames terminales suspendues à ces pédoncules , différence importante à signaler.

(2) Isea elongata, Guérin j Ann. delà Soc Entomol. t. I, p. 3oo, PI. 10, A, fig. 17.

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