‹ Histoire naturelle des crustacés, comprenant l'anatomie, la physiologie et la classification de ces animaux (volume 2)Chapitre 244 sur 289 · ORDRE DES STOMAPODES · texte numérisé non relu

ORDRE DES STOMAPODES

Nous comprenons dans l'ordre des Stomapodes tous les Crustacés Podophthalmes dépourvus de branchies thoraciques logées dans des cavités intérieures.

Cette division se compose entièrement de Crustacés nageurs , dont le corps est alongé, et dont la forme générale se rapproche souvent beaucoup de celle des Décapodes Macroures ; mais , chez ces animaux , la concentration des anneaux de la tête et du thorax est portée moins loin. Chez la plupart des Stomapodes, les anneaux ophthalmiques et antennulaires ne se confondent pas avec le reste de la tête y et ils acquièrent même quelquefois un développement remarquable (1). De même que chez les autres Podophthalmes, il existe toujours une carapace (2) qui est formée par l'élargissement de Farceau dorsal des anneaux antennaire ou mandibulaire; mais les dimensions de ce bouclier varient beaucoup. Quelquefois il recouvre la presque totalité du thorax , et ne laisse à découvert qu'une portion du dernier anneau de cette partie du

(i) PI. 1. fig. 1, a, b, et PL 2, fig. 1 et 2. (a) Pi. I, fig. I, c; PL 2, fig. 3.

corps (i). D'autres fois , tout en se prolongeant audessus de la plupart des anneaux thoraciques, il n'adhère qu'à ceux qui sont voisins de la bouche , et laisse les autres libres et complets sous sa face inférieure (2). Enfin , d'autres fois encore , il n'atteint pas les quatre ou cinq derniers anneaux du thorax, qui ressemblent alors à ceux de l'abdomen (3). Quant à sa forme, elle varie trop pour que nous puissions en rien dire de général. Le thorax est en général alongé , et composé en entier de segmens mobiles les uns sur les autres (3). Quelquefois cependant tous les anneaux de cette partie du corps sont réunis en une seule pièce (4). La conformation de Y abdomen varie encore davantage ; en général cette portion du corps présente à peu près la même disposition que chez les Décapodes Macroures, et se termine par une grande nageoire caudale, composée des appendices du sixième anneau et du segment suivant lui-même (5); mais chez quelques Stomapodes l'abdomen est rudimentaire (6).

La disposition des membres varie également dans cet ordre.

Lesj'eux sont toujours portés sur une première paire d'appendices mobiles , dont la longueur est

(1) PL 2G, fig. i, 7, 10.

(2) PI. 28, fig,

(3) PI. i, fig. 1 : PI. 26, fig. il; PI. 27, fig. I, etc. (43 PI. 28 fig. 1.

(5) PI. 26, fig. 1, 9, etc.; PI. 27, fig. ; PI. 28. fig. 8.

(6) PI. 28, fig. 1.

souvent irès-considérable, et dont la disposition est essentiellement la même que chez les Décapodes Macroures (i).

Les antennes de la première paire sont assez longues, et se terminent par deux ou trois filets multi-articulés; leur pédoncule est toujours cylindrique , et ils ne peuvent jamais se reployer sous le front comme chez les Décapodes Braehyures. Enfin elles s'insèrent au-dessous des yeux, près de la ligne médiane, ou en dehors delà base du pédoncule de ces organes (2).

Les antennes de la seconde paire varient davantage; en général, cependant, leur conformation se rapproche beaucoup de ce que nous avons déjà vu chez les Salicoques: presque toujours l'article basilaire de leur pédoncule porte en dessus une grande lame ciliée, et elles se terminent par un long filament muîti-articulé. Chez la plupart des Stomapodes, elles s'insèrent en dehors de celles de la première paire , à peu près sur la même ligne transversale.

La distance qui sépare la bouche des trois paires d'appendices dont nous venons de parler, est en général très-considérable; et la carapace ne se recourbe jamais en dessous, de manière à former autour de cette ouverture un cadre bien déterminé servant à loger les pates-mâchoires, comme cela a lieu chez la plupart des Décapodes. Chez la plu-

(ï) PI. 26, Tl. 2-; et PI. 28, Kg. 2. (3) PI. 27, fie;. 2, etc.

part des Stomapodes, l'appareil buccal est aussi beaucoup plus simple que dans l'ordre précédent, et ne se compose que d'une lèvre supérieure, d'une paire de mandibules , d'une lèvre inférieure , de deux paires de mâchoires , d'une seule paire de pates-mâchoires; souvent ces derniers organes manquent ou sont transformés en pâtes natatoires , et presque toujours les membres des sept paires suivantes sont tous conformés de manière à constituer des pâtes natatoires ou préhensiles. Il est aussi à noter que , chez les Stomapodes , les mâchoires de la seconde paire ne portent jamais à leur base un appendice lamelleux analogue à la valvule, qui chez les Décapodes remplit des fonctions si importantes dans le mécanisme de la respiration , et cette modification de structure est une conséquence naturelle de l'absence d'une cavité respiratoire renfermant des branchies thoraciques , comme il en existe dans l'ordre précédent.

Les pâtes sont en général au nombre de sept ou même de huit paires , et présentent souvent toutes le même mode de conformation. Presque toujours elles sont pourvues d'un appendice qui peut être considéré comme l'analogue d'un palpe (i). Souvent on trouve aussi , à la base de plusieurs des pâtes antérieures , un autre appendice mou et vésiculaire, qui a quelquefois la forme d'une galette, et qui représente le fouet (2); organe qui, chez la plupart

Ci) PI. 26, fig. 8, H; PI. 27 et 28. fa) PI. 27, fig. i3eti4*.

des Décapodes, est lamelleux et d'une consistance cornée ; mais qui , chez certaines Salicoques , présente une structure semblable à ce que nous voyons ici. Trois , ou un plus grand nombre des dernières paires de pâtes sont toujours natatoires; celles de la première paire, ou même des quatre premières paires, sont souvent préhensiles, mais elles ne se terminent jamais par une pince didactyle comme chez les Décapodes; elles sont subchélif ormes, c'està-dire seulement d'une griffe mobile qui se rabat sur l'article précédent. Souvent la plupart de ces organes sont rapprochés de la bouche, ou même appliqués contre elle (i); disposition qui a valu à toute la division le nom de Stomapodes. Quant aux membres abdominaux , ils ne présentent rien de particulier ; leur nombre est presque toujours de six paires.

Les branchies des Stomapodes sont toujours extérieures, et présentent en général une structure plus compliquée que celles des Décapodes ; au lieu d'être composées de lamelles ou de iilamens simples, elles sont formées de cylindres rangés parallèlement , donnant naissance à d'autres cylindres plus petits , lesquels à leur tour sont également frangés (2). Quelquefois ces branchies rameuses sont fixées à la base des pâtes thoraciques, et suspendues sous le thorax ; mais en général elles naissent de l'article basilaire des fausses pâtes de

(1) PI. 27, fiS- '2.

(2) PI. jo, fig. 3 et 4.

l'abdomen (i); chez certains Stomapodes elles sont réduites à un état rudimentaire , et chez d'autres on ne voit rien qui puisse être considéré comme un organe spécial de respiration , et il y a tout lieu de croire qu'alors c'est par la surface générale des tégumens que cette fonction s'exerce.

L'appareil de la circulation diffère beaucoup de ce que nous avons vu chez les Décapodes. Chez lesSquilles, qui sont les seuls Stomapodes où on l'ait examiné anatomiquement , le cœur, au lieu d'être à peu près quadrilatère, et d'être situé vers le milieu du thorax, a la forme d'un long vaisseau cvlindrique qui sél end dans toute la longueur de l'abdomen (2); les artères qui naissent de ce cœur tubulaire se distribuent aussi d'une manière particulière, ainsi que nous l'avons déjà exposé ailleurs; et les principaux sinus veineux, au lieu d'être situés dans le thorax, occupent l'abdomen.

L'estomac de quelques Stomapodes présente en" core des vestiges de la charpente solide, qui, chez les Décapodes, est armée de dents servant à broyer les alimens dans l'intérieur de la cavité digestive; mais, en général, on ne voit rien de semblable. La structure du foie varie aussi; et, dans les espèces chez lesquelles on a examiné les organes de la génération, on y a vu dans leur disposition des particularités assez remarquables. Le système nerveux

(1) Pi. 26, %. u

présente aussi clans cet ordre des modifications que nous n'avons pas rencontrées chez les Décapodes ; mais sa disposition varie trop pour que nous puissions en rien dire de général.

Cet ordre est beaucoup moins nombreux que celui des Décapodes , mais renferme des Crustacés, qui diffèrent beaucoup entre eux, soit par la forme générale de leur corps, soit par la structure particulière de leurs principaux organes. A l'exemple de Latreille , nous le diviserons en trois familles caractérisées de la manière suivante :

Division

de l'Ordre des

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