CHAPITRE PREMIER
DE LA CLASSinCAIION GÉNÉRALE DES CEUSTACÉS.
S P', Des divers systèmes et méthodes employés jusquà ce jour pour la classification des Crustacés.
Les rapports intimes qui lient entre euic la plupart des Crustacés n'échappèrent ])oint au génie d'Aristote, et c'est aux écrits de ce grand naturaliste qu'il faut remonter pour trouver les premières notions sur la classification de ces animaux. Il les réunit sous le nom de Malacostracés (rûv paXaxo9Tpaxoiv ) , et les plaça dans la grande division des animaux exsangues , qui correspond à peu près à celle des animaux sans ver-
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tèbreB des zoologistes modernes ; mais il ne reconnut pas les liens étroits qui unissent ces êtres aux Insectes, aux Arachnides , etc. , et il les rangea entre ses Mollusques et ses Testacés.
Cette classification fut adoptée par les successeurs d'Aristote ; on la reirottve dans les outrages deGesner, d'Aldrovande, de Ruiscfa , etc. , et elle ne fut complètement rejetée que lorsque Linné eut fait prévaloir son nouveau Système de la nature. Prenant pour guide les formes extérieures des Crustacés, plutôt que leur organisation intérieure ou leur manière de vivre, il évita, il est vrai, le défaut dans lequel était tombé Aristote ; il ne les rangea plus au milieu des Mollusques , et il les rapprocha des autres animaux articulés ; mais, en opérant cette réforme, il dépassa le point auquel il aurait du s arrêter , car il confondit ensemble les Crustacés, les Araignées, et les Insectes aptères.
Quant aux genres établis par le zoologiste suédois pour recevoir les Crustacés , ils furent au nombre de trois , et décélèrent le tact admirable que possédait ce savant observateur. En effet, deux de ces groupes, auxquels il donna les noms de Cancer et d!Omscus , correspondent à peu près à deux des grandes divisions les plus naturelles que Ion puisse établir parmi les Crustacés connus du temps de Linné ; savoir : les Podophthalmes , les Édriophthalmes ; et son troisième genre, celui des Monocles^ se compose essentiellement des espèces réunies par la plupart des auteurs les plus récens sous le nom collectif d'Ekttomostracés.
Fabricius adopta en, partie la marche suivie par LiAuéi il continua h, regarder I^ Crustacés cpwoç
DB0 çAOSTAPis. ao3
étant des Insectes ; mais , ayant pris pour base de la classiâcation de ces animaux la structure de l'appareil buccal , il changea la place que son maître ayait assigné à ces animaux. Dans sa première cla&si6cation(i)y les Monocles et les Cloportes forment avec des Névroptères, des Hyménoptères et d'autres Insectes , la classe des tS^/5taf a , et les Scorpions, réunis au genre Cancer de Linné, composent celle des Agonata, Cette modification ne présentait aucun avantage, mais Fabrici us commença dès lors ^ distinguer dans Us Crabes de Linné plusieurs genres qui sont autant de divisions naturelles.
Dans sa seconde méthode (a) , ce naturaliste retira les Scorpions de la classe des Agonates, et y plaça \e% Monocles , ainsi que les genres nouveaux Limule et Cymothoé. Ce changement rendait le groupe bien plus naturel , et , pour qu'il correspondit à la classe des Crustacés , telle qu'on T^dmet aujourd'hui , il aurait fallu seuleipent y joindre l«s Cloportes que Fabricius rangeait alors avec les Jules et les Scolopendres d<ins sa classe des Mitosata.
Enfin , dans une troisième méthode de classification, publiée en 1798 (i) , ce savant* entomologiste divise les Insectes en treize classes , dont trois comprennent les Crustacés, et ne renferment ni Insectes, ni Myriapodes, ni Arachnides. Le tableau suivant en donnera une idée exacte.
(X) Sjystema eulomQlûgiœ ^ 179^>
(2) £tUomologia sjrstematica , t. II. ( 17C)5. )
(3) SHppUmentum lUomologiœ sxstemntkœ. Ha/miœ, 1798.
3o4 HI8T01IE KATURELLE
A. Insectes pourvus de mâclioires.
B. Ayant deux mâchoires.
I'*. classe. Eleutherata, 2". classe. Ulonata, 3*. classe. Sjrnistata.
4*- classe. Odonata.
5'. classe. Pietata.
Comprenant les Coléoptères , les Orthoptères, les Névroptères,
et les Hyménoptères.
BB. Ayant plusieurs mâchoires.
G*, classe. Mitosata,
Correspondant
à la classe des
Myriapodes.
ides.
r. classe. Unognata. } .efZSl
8*. classe. Po/^^iuifa. |
10'. classe. J^jcocAno^a* )
AA. Insectes dépourvus de mâchoires.
II*. classe. Glossata.
12*. classe. Jthyngota.
i3*. classe. Aritliata.
Comprenant les Lépidoptères, les Hémiptères, et les Diptères.
La classe des Poljgonata , ayant pour caractère plusieurs mâchoires placées en dedans de la lèvre, renfermait les genres Ligia, Idotéa^ Cjmothoa et Monoculus, La division des Kleistagnatha était caractérisée de la manière suivante : plusieurs mâchoires situées en dehors de la lèvre et fermant la bouche;
DES CRUSTACES. aoS
elle contenait les Crabes à courte quenelles Limules, etc., dont Fabricius formait quatorze genres, sa* voir: les genres Cancer^ Calappa^ Leucosia^ Par'thenope, Inachus ^ Ocjrpoda^ Dromia^ Dorype , OrUhyia , Portunus , Matuta , Hippa , Symètlies et Limutus. Enfin , les Exochnata avaient pour caractère l'existence de plusieurs mâchoires en dehors de la lèvre , et recouvertes par des palpes ; on y trouvait les genres Aliunea, Scyllarusj Palinurus, Palœmon^ Alpheus^ jéstacuSi Pcnœus ^ Crangon^ PaguiiAS , Galathca, Squilla, Posydonet Gammarus.
Quelque temps avant la publication du dernier ouvrage de Fabricius , M. La treille commença une révo* lutiou importante dans les classifications entomologiques. Ce savant eut Theureuse idée d'appliquer à la zoologie les principes que le célèbre Bernard de Jussieu avait employés avec tant de succès pour la distribution méthodique des plantes , et de ranger les Insectes d'après leurs rapports naturels.
Les méthodes dont les naturalistes se sont servies pour classer les divers objets qui font le sujet de leurs études ont été fondées tantôt sur les modifications que présente un seul organe , considéré dans toute la série de ces êtres; tantôt, au contraire, sur l'ensemble de tous les caractères tirés de leur mode d'organisation , tant extérieurs qu'intérieurs. Les premières, qu'on nomme méthodes artificielles^ sont, en général , d'une application très-facile dans la pratique; mais elles éloignent souvent les animaux qui ont entre eux ia plus grande analogie de structure et de mœurs , et elles ne font rien connaître de ces êtres que les modifications des organes d'où l'on tire leurs caractères distinctifs. Les secondes , ou méthodes naturelles , étant
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au contraire foftdéet 6ur Teiifteiiible des caractères tirés de rorganisation, il est évident que tous les animaux rassemblés dans une même division doivent se ressembler au moins sous les rapports les plus importons, et que , si les classifications de ce genre oQrent quelquefois des difficultés pratiques , ces inconvéniens sont bien contre-balancés par l'avantage immense de nous faire connaître, par la seule place que l'animal oc^ cupe, tous les points les plus importons de son histoire ^ considérée sous le rapport de Tanatomie, de la physiologie et de la zoologie. En suivant une méthode artificielle , on n'arrive qu'à la connaissance du nom de l'animal que l'on veut classer , tandis qile les méthodes naturelles nous enseignent en même temps sa nature , si l'on peut s'eiprimer ainsi , et nous le fbnt réellement connaître. Aussi , les méthodes artificielles sont-elles généralement abandonnées de nos jours , et en entomologie ^ de même que dans toutes les autres branches de l'histoire naturelle , emploie-t*on uniquement les classifications naturelles.
Les classifications de Linné et de Fabricius sont, comme on a pu le voir, complètement artificielle^ et les premiers essais d'une classification naturelle en entomologie datent de 1 796, époque à laquelle M. Latreille publia, à Brives, son premier ouvrage, intitulé t Précis des caractères génériques des Insectes. Ce savant y range les Crustacés parmi les Insectes aptères, et ne sépare pas les Aselles , les Gyames et les Cloportes des Myriapodes ; mais il place tous les autres animaux de ce groupe naturel dans deux classes, les Ëntomostracés et les Crustacés , divisions qui sont encore adoptées par plusieurs zoologistes.
En ^798^ M. Guvier s'ot^cupa du même sujet , et il
introduisit dans oetté partie de k écologie, comme dans toutes les autres branches de la même sciente , des modifications importantes. Il laissa encore les Crustacés parmi les Insectes , mais il les réunit en uil seul groupe (i).
Peu de temps après , M. Cuvier sentit la nécessité de séparer complètement les Crustacés des Insectes ; firisson (1) et Lefrancqde Berkley (3) avaient déjà prO*posé de suivre cette marche ; mais leurs claêsificationé, n'étant pas fondées sur des caractères d'organisation a^ sez importans, n'entraînèrent pas l'assentiment des naturalistes, et c'est seulement depuis la publication des travaux anatomiques de M. Cuvier que cette division a été établie sur des bases solides. Dans le premier volume des Leçons d'anatomie comparée de ce savant, rédigées par M. Duméril (3) , la classe des Cf ustacés est définie de la manière suivante : < Animaux inuer^ tébréSj ayant des %faisseaux sanguins» une moelle épi-nière noueuse et des membres articulés , » tandis que les Insectes sont dépourvus de vaisseaun sanguins. Les progrès de la science ont fait rentrer dans le groupe naturel des Crustacés ainsi circonscrits , les Aselles, les Cloportes et les Cymothoés que M. Cuvier laissa parmi les Insectes, et ont nécessité l'emploi de quelques autres caractères ,, pour distinguer ces ànimaux des Araignées qui ont aussi des vaisseauie san-
(1) Voyes Tmàiaau étèmemtaim de fkistêire nêtutetiê du €mtm$fUit.
(a) Le Bègne animal divisé en IX classes. Un yol. in-4*'- > Paris, 1766.
(3) Cité par Latreillc dans son Histoire natureiie des Crustacés et des Imstctesy t. V,pâg» il.
(3) Leçons d'anatomie tompnrée y t. I, tableaa septième; Parii^, an Vin.
ao8 HISTOIRE NATURELLE
guins; mais néanmoins on doit considérer les modifications proposées par M. Guvier comme un pas immense vers le perfectionnement de cette partie de nos classifications naturelles.
Presque tous les naturalistes qui depuis lors se sont occupés de la distribution méthodique des animaux articulés , ont sanctionné la séparation des Insectes et des Crustacés, et ont reconnu en même temps les liens étroits qui unissent entre eux ces divers animaux ; aussi s accorde-t-on assez généralement à en former une classe distincte. Nous devons dire cependant que M. de Blainyille ne partage pas cette manière de voir , car il divise les animaux articulés qu il nomme Entomo^ zoaires , d'après la structure ou le nombre de leurs pieds , en huit classes , dont trois sont formées par les Crustacés (i).
En 1 80 1 , Lamarck (a) fit faire quelques progrès nouveaux à cette branche des classifications zoologiques ; car il caractérisa les Crustacés de manière à les distinguer des Arachnides aussi bien que des Insectes. D'après lui , ce sont des «mimaux ay«int « le corps et les membres articulés , la peau crustacée qui tombe et se renouvelle à certaines époques; un cen^au et des nerfs ; des branchies pour la respiration ; un cœur musculaire et des vaisseaux pour la circulation.
Quant aux limites assignées à ce groupe naturel par ce savant , ainsi que par les auteurs plus récens , nous aurons l'occasion den parler bientôt; mais nous devons maintenant voir quelles sont les modifications
(I) Voyes les tableaux joints au premier Tolome des Principes tTmnatomie comparée^ par M. de Blainville. (a) Système des animaux sans vertèbres , p. t43.
DES CHUSTACÉS. a>J
successires apportées dans la distribution de ces animaux entre eux.
Lamarck rangea les Crustacés de la manière suivante.
A. Crustacés pediocles. Deux jeiuc dûtincts ëieTés sur des pédicules mobiles.
B. !'•. section. ( Cancri brachyuri.) Corps court» ayant une cpiene nue , sans feuîUets , sans appendices latéraux, et appliquée sur Tabdomen.
Genres. Crabe , Calappe , Oqypode , Grapse, Dorippe, Fortune, Podophthalme , Mainte , Porceiiane , Leucosie y Maïa, Arctopsis,
BB. 2*. section. {Cancri /nacroun*.) Corps oblong, ajantune queue aUongée, garnie d'appendices , de feuillets ou de crochets.
Genres. Albunée , Hippe , Ramne , Sçytlare, Ecre\>isse, Pagure^ Galathée, Palînure , Crangon , PaUmon^ Squille, Branchiopode.
AA, CausTAcis ssssiuocles. Deux yeux distincts ou réunis en un seul , mais constamment fixes et sesailes.
D. V, section. Corps courert de pièces crustacées nombreuses, soit transversales, soit longitudinales.
Genres. Cret>eete, AseUe, Chevrolle, Cya^me , Ligie , Cloporte , Forbicine , Cydope*
BD. n". section. Corps couyert par un bouclier crustacé d'une seule pièce ou de deux pièces. Genres. Polypheme , Limule , Daphnie Amjrmone, Céphalocle.
crustacés , T0ME*I. l4
219 HiSTO^f 9é?uiy{.]:.E
Yçrs la foépiè «poqii^, IVf )[f9tr^U($ fit pl« Muvewi changemens dans la distribution xp«p2o4ique 4#9 Crustacés (3) ; il continua à Uisser parm^ les Ijasectes les espèces dont se compose aujourd'hui l'ordre de§ Crustacés Isopodes ; mais il fit une chose importante pour la MÎence en étaUl^sant parmi ses Malacostracés et ses Entomostracés des ordres et des familles ^iioi pWai^urs «oat irès-naturdles.
VoiAi la tableau de cette «econde niétlK>de de M. Latreille.
A. I". 80ii8-claf»e. EirTOM^TiL^ci* c mandibules nues ou nulles ; bouçbe formée au plus de deux rangées d'autres pièces; antennes et pâtes à forme branchiale*, tarses sans onglet corné au bout ; test cl jpéacé uniyalT,e Qu bi- Taire , ou legmens annulaires du corps cornés ou membraneux; jeux sessiles , souvent même réunis en un. B. Testuniyalye ou bivalve. ( i'*. seption. Opbaculés.) jC. Testunivalve (.CLYPiAcés}.
i^'.ordr;^. ^^bosures. {(^çnre Lunule. }
a*, ordre. Poeumomu^s. (G. Ccdige Binocle,
Ozole. ) 3*. ordre. Phyttopodes. ( Genre Jpus. ) ce. Test bivalve. ( Ostrachodes. )
4*« OBdie. Ostrachodes. (Genres Lyncé, Cypris,
Daphnie, Cythérée,)
BB. Corps annelé dans toute sa longueur. ( 3*. sect. Nuss.)
5«. ordre. Pseudopodes. (G. Cyclope , Ar-
gule.) 6«. ordre. Céphalotes. (G. Polypheme, Zoé,
Branchiopode, )
(S) Histoire naturelle des Cnistacés et des Insectes . t. V, p. i83 Oavrajçe faisant suite aux l^avrcf de BvSbn, édition de Sonnini; .
AA. a*, soiu-classe. ]\f Ai^ocosTRAoés : mandibiiles palpîgen plusieurs rangs de pièces en forme de palpes ou de mâchoires articulées & la boudKe ; 4 antennes , point branchiales; 10 k i4 pâtes uniquement propres au mouve^ ment; tanes ajant un onglet corné an bout; test ou segmens annulaires du corps calcaires ; jeux souTent pédoncules et toujours au nombre de deux.
D. Test confondu ayec le corselet ; branchies cachées ; dix pâtes.
1^'. ordre. Décapodes.
1 •. section. Brach jures.
i'«. famille. Gancérides.
X Platyroatiens.