X INTRODUCTION
siècle I on ajouta beaucoup à nos connaissances sur les Crustacés des pays lointains ; mais les Eoologistes ne suivirent pas, dans l'étude de ces animaux, une marche meilleure que celle adoptée par leurs devanciers ; ils publièrent des espèces nouvelles et en donnèrent des figures plus ou moins exactes; mais ils continuèrent à les décrire d'une manière trop supei^ ficielle pour les faire reconnaître > et ils n'indiquèrent jamaisles particularités d'organisation ou caractères EOologiques propres à les distinguer des autres espèces. U en résulta que ces travaux ne contri« buèrent pas autant aux progrès de la science qu'on aurait pu s'y attendre, et qu'aujourd'hui la plupart d'entre eux ne sont de presque aucune utilité pour l'entomologiste. Nous ne pouvons cependant les passer sous silence.
RuMPH, qui habita Java pendant une longue suite d'années» et qui y perdit la vue en se livrant sans ménagement à l'étude de Thistoire naturelle , publia en 1706 un ouvrage assee étendu sur la zoologie et la minéralogie de cette partie des grandes Indes. D y figura une trentaine de Crustacés que Ton peut en général très-bien reconnaître , et qui^ pour la plupart, étaient tout-à^fait nouveaux pour les naturalistes ; de ce nombre était le Birgus latro des zoologistes modernes et plusieurs autres espèces curieuses (i).
(I) D'Amêoii^tchê RtHteitkùmêr » eic (Cabinet de cnrioiitél d*Âmboine), par G.-E. Romphioi, 1 yoI. In4bl. Amster. 1705.
lîITllODCCtlOfl. Xj
PfittY&k reptoduidit bientôt aprèft Ves figures pu« bliéeè pftt Rumph, et fit eonttattre siussâ plurieuft Crustacés deê Antilles (i). Sloane y dam son voyage à Madère ^ a donné la figuk*e de quelques autres es«> pèces du même pays, et notammetit de la petite Grapse qu'on voit si fiiéquemment en mer Iflottant sur des iucus, et dont la rencontre a été pour Ck)Iomb un indice utile du voisinage des terres lorsque son équipage était sur le point de le for* cer de retourner en Espagne et de renoncer à la découverte du nouveau inonde (3).
On voit ausà des figures asses bonnes de plusieurs animaux de cette classe dans le grand ouvrage de Catesby sur Tluëtoire naturelle de k Ca- * roline du sud (3)»
Un recueil de figures d'animaux divers , bien plusricbe que ceux dont il vient d'4tre question» fut publié, vers le milieu du dix-sepdème isiècle, par Seba, pharmacien hollandais > qui employa de grandes richesses à former des collections inamenses et à en donner la description. Cet ouvrage forme quatre gros volumes in-folio et renferme ua très^
Après la mort de l'auteur, on publia les mêmes planches avec un texlie pUs abrégé t en latin , soub le titre dé Tltesauita ima^nuM, «te. 1 vol. in-fol. Leyde, 1711, et La Haye, 1739.
<i) Gawphyiacii mutureevt mtfs. — Muiék Pètivtriani \ de anîmaUhut Crustaceis , etc.
(ft) ji veyûgt to Mniera I!ter6wftv« Jûtnaicé, êïc. by Hattt Stoane, t vMv in^ol. LoBdm 1707-1717.
(3) Thi HM»éî hin&ty ifCtrMm, n&Hdû «iitf Me Bûkamà MmiCi> a vul» lh*ka« UmÊ^m , t7Si-t94ft.
Xij INTRODUCTION.
grand nombre de belles planches , mais le texte qui les accompagne ne peut être consulté avec fruit, car non-seulement il est écrit sans jugement et sans critique y mais aussi il donne quelquefois sur la patrie des espèces figurées les renseignemens les plus erronés. Dans le troisième volume on trouve • un assez grand nombre de Crustacés, dont quelquesuns nont encore été représentés que là; aussi ne peut -on se dispenser d'y avoir quelquefois recours.
Tel était Tétat de nos connaissances relativement aux animaux dont nous faisons l'histoire , lorsque le célèbre Linné (i) imprima une nouvelle impulsion aux études zoologiques, et changea, sous certains rapports , la marche qu'on avait suivie jusqu'alors. Comprenant toute l'utilité des classifications , il fixa l'attention sur les caractères propres à faire distin-» guer les difierens groupes formés par les animaux , et à faire reconnaître chacune des espèces qui s'y rapportent. Le service qu'il rendit ainsi à la science fut immense, car, lorsqu'on ne possède pas de moyens pour arriver facilement à la détermination des êtres que l'on veut étudier, l'histoire naturelle devient presque inabordable, et une foule d'observations curieuses se trouvent perdues, parce qu'il
(i) Seba Locupletissimi rerum naturalium Thasauri aceurata descriptio, 4*^01. grand in-fol. Amsterd. 1734- 1765. Cest le troisième Tolame qui renferme les Crustacés. Une nouvelle édition de cet ouvrage se publie actuellement k Paris par les soins de M. Gaérin.
INTRODUCTION. xiîj
est souvent impossible de connaître avec certitude quelle est l'espèce qui y a donné lieu. La classification de Linné était artificielle , c'est-à-dire fondée seulement sur certains caractères choisis arbitrairement, et n'ayant point pour base l'ensemble de l'organisation et les afiinités naturelles des animaux , aussi a-t-elle subi de grandes et d'heureuses modifications; mais il n'en est pas moins vrai qu'on doit y attribuer en majeure partie les progrès immenses que la zoologie a faits depuis un demi-siècle.
' C'est principalement sous ce rapport que Linné contribua à l'avancement de la Carcinologie; dans son catalogue systématique des animaux , il indiqua les traits distinctifs les plus remarquables de la plupart des espèces de Crustacés alors connus , et cet exemple fut suivi par presque tous les naturalistes qui, depuis la publication du Sjstema naturœ (i), ont écrit sur ce sujet. Quant à la manière dont il classa ces animaux , elle était très-défectueuse; mais, comme nous aurons l'occasion d'en parler dans la suite de cet ouvrage, nous ne nous y arrêterons pas ici.
Les travaux de Linné sur les Crustacés ne furent
(I) La première édition da Systema naturœ de Linné parut à Lcydc en 1735. Pendant la vie de Tantear, cet ouvrage ent doute éditions, dont la dernière fut imprimée à Holme en 1766. Après la mort de Linné , Gmelin en publia une treizième édition (L«ipiic, 178S).
pA$ \mv^ % h ol^ficsiÛQû de ces animsiux ; Qa iui doit s^ussi la deâcription détaillée d'un assez grand nombre d'eapèicea» soit nouvelles > soit peu con-^ nue$(i>
Un autre naturaliste, dont )eâ travaux généraux sur rhistoîre naturelle des Crustacés contribuèrent aussi d'une manière puissante aux progrès de cette brancbe de la aoologie » fut Jean*Chrétien Fabriciusy élève et ëniule de linné. Ses travaui; sur l'oi^anisation de la bouche des Crustacés et des Insectes enrichirent la science d'une foule de faits importanSy et fournirent un des élémens dont on s'est servi plus tard pour la classification naturelle de ces animaux. Enfin , c'est à lui que Ton doit rétablissement de la plupart des divisions encore admises aujourd'hui parmi les Crustacés, soit comme genres, soit comme tribus ou familles. Divers de ses ouvrages traitent de la classification de ces animaux , et renferment Tindication des caractères d'un grand nombre d'espèces nouvelles, naais elles ne sont désignées que par une phrase linnéenne dont l'application est souvent très-incer^ taine , comme nous aurons plus d'une fois l'occasion de le montrer (2).
(i) Muséum Ludovicœ XJlricœ reginœ ( in-8o. 1764)! Museu"^ Adolphi Ff^dfrici regU ( ia-fol. 1754 ) î etc. (a) Voici la lifte de ces ovvrag^es :
Systema êsUomologia^ un vol. iu-S- 1776. Speciet inseciorum , un vol, in-8. 1781.
PendiiBt que lânné «I FaUriclua a^oooupaîeiit aiasi de ressemble de U sciewe, d'autres natu-t ralidtes avançaient également nos connawancei sur divers points plus ou n^oins sp^cjaw de Thi*^ toire natui:elle des Crustacés,
Pallas, qui sW oceupé avec anoçèa de toiitei len hranches de la «oologie , étudia en détail quelques espèces nouvelles de cette çlaaae propres k Y Asie ou à la Baltique (i).
Le célèbre entomologiste Degeer oonsacra aussi quelque» chapitres de aon grand ouvrage sur les Insectes k Vl^sUnre de VÉorevisse et de quelques autres Crustacés (2).
Forakal, ayant voyagé en Egypte et en Syrie, fit connaître avec a^sez de détail la plupart de ceux propres à oea pays (3).
Pennant, zoologiste laborieux, donna d'assez bonnes figures d'un certain nombre des Cruslacés des côtes de l'Angleterre (4).
Othon Fabricius, excellent naturaliste, qui ré-
Mentissa hisectorum , a vol- iu-8. Copeuhagae, J7S7. Eiitomoiogia systematicOf 4 vol. in-S- Copenkag^ue, 1793, et «n ▼<>lame <l6 supplément p^ihUé en 1798, d'après leâ iraYaox de Deldorff.
(1) Spicikgia sooiogica, an yol. iD-4. Berlin. Le 9'. fascicule de cet oavra^e renfernumt les Cnutacés , etc. parut en 1772.
(2) Mémoire pour servir à f histoire des Insectes. 7 vol. in-4 • Stockholm , 1778. ( C'est daos le 7*. rolume que se trouve l'histoire de r£crevis8e, etc.)
(3) Descriptioues animalium qtu» in itinera ^Nêntali okservmvit P. Toftsi.jEL ; poti m&ri€m auUorit tdidii G. Nibboil. Hm^uitt , 1775 , un vol. in.4-
(4) Briiish Êooèogy^ 4 vi^. in-4. Londrtt, 1797- Ces* ^n* ^ dernier volume que se trontev^ les GrasfiiK«i.
XVJ INTRODUCTIOIf.
sida pendant long -temps dans le Groenland, comme pasteur, publia en 1780 une Faune de ces régions glaciales, et décrivit avec soin les Crusrtacés qu'on y rencontre (i).
Olivi entreprit, sur les bords de la mer Adriatique, une tâche analogue, et accompagna ses descriptions de quelques bonnes figures , chose dont on regrette Fabsence dans l'ouvrage d'Othon Fabricius (2).
Muller fit connaître quelques espèces de Décapo^ des et d' Amphipodes des mers de la Norwège (3) ; mais son principal titre à la reconnaissance des entomologistes est son ouvrage sur les Entomostracés (4), animaux de la même classe, qui sont d'une petitesse microscopique, et qui néanmoins ont été étudiés par ce savant, non-seulement sous le rapport de leur forme et de leur caractère zoologique, mais aussi sous celui de leurs mœurs et de leurs habitudes.
La seconde moitié du dix-huitième siècle vit aussi paraître plusieurs autres ouvrages d'une moindre importance pour la branche de la zoologie dont l'histoire nous occupe ici. Les opuscules de Baster(5),le voyage de Phipps (6), l'ouvrage
(i) Fauna Grœnlandica, Hafniae et Lipsûe, 1780, nn yol. in-S. (a) Zoologia Adriatica, Bassano, 199a, un voL in-4»
(3) Zoologia Danica. 4 Tol. in^fol.
(4) £tUomostraca , seu Intecta testacea quœ in aquis Daniœ et Norwtgiœ reperit. Un vol in-4. i
(5) Opuseuia Subcesiva. a vol. in-4 J Harlem, 1762-1765.
(6) Phipps , ybyage au p6U boréal fait en 1773 Un vol. in-4.;
INTEODUCTION, XVlj
imprimé à la Havane par Parra (i), sont de ce nomBre ; mais le travail purement descriptif le plus utile pour la science, quon ait publié pendant ce laps de temps, est sans contredit celui de Herbst (2); cet auteur n'aborde aucune des ques* tions élevées de la zoologie , il ne s'occupe pas de la classification des Crustacés, comme le faisaient Linné et Fabricius, mais il donne des figures assez exactes de plus de deux cent cinquante espèces , et son recueil est indispensable pour Tintelligence de la plupart des ouvrages méthodiques; plusieurs des planches de Herbst sont copiées d'après celles de ses prédécesseurs; mais il possédait lui-même une belle collection de Crustacés, et a fait connaître un grand nombre d'espèces nouvelles.
Les naturalistes, qui ont étudié les Crustacés sous le rapport de l'anatomie ou de la physiologie, sont bien moins nombreux que ceux dont l'attention s'est portée presque exclusivement sur les formes extérieures de ces animiaux. Pendant le dix-sep^ tième siècle nous avons vu Swammerdam , 'Willis et quelques autres anatomistes se livrer à des r^ cherches de cette nature ; le siècle suivant ne produisit également qu'un petit nombre de travaux
(1) Parra , Descripcio» de differmtts pUzas de hUtoria matural , etc. Hayana» 1787.
U) Herbst. Vtnuch einer naturgeschiehtedtrKrabbemuHd Krthtu Svol. iii-4, avec on atlas in-fol. de 6a planches; Berlin, 1790-
xriij tNtiiot)tJct!oi».
en tîeprîs dflus lu vu e de mieux faire connattre là structure intérieure des Crustacés, le jeu de leurs organes, ou les particularités de leur manière de vivre; et encore est-il arrivé que quelques-unes des découveites qui en ont résulté sont restées ignorées de la plupart des naturalistes, et n'ont pas profité à la science.
Vers le commencement de Tëpoque dont nous faisons ici l'histoire, Fhabile H infatigable obserrateur Réaumur publid une série d'expériences curieuses sur la mue des Écrevisses et sur la reproduction des membres de divers Crustacés (i). Rcesel étudia avec beaucoup plus de détails qu'on ne l'avait fait encore les parties internes de l'Ecreyisse;8on travail renferme, quant k la détermination des organes, quelques erreurs graves; mais ses descriptions et ses figures sont trës^xactes (2). Schœffers publia vers la même époque des détails intéressans sur l'anatomie des Âpus (3). Enfin un naturaliste trèa-habile de Naples, Cavolini, donna un traité stir la génération des Crustacés, dans le-
(I) Sur les diverses reproductions qai se font dans les Écrey bset, les Hbmiltilà , les Crabes , etc . , et entre antres stir celles de leurs jambes et de leurs écailles » Mémoires de rAcadémie des sciencet de Paris, 171a.
Addition aux observations sur la mue des Ëcrevisses ; mémoires de l'Académie des sciences de Paris , 1718.
(s) Die liueeUn Bduttigun^ , iii-4*
Ses observations sur les Crustacés se trouvent dans le troisième volume de ce recueil, publié à Nuremberg en 1755.
(3) Schœffers, AèhamUungm von Intecten^ in -4* Kegensburs, 1764, »•. volume.
quel on troutc une fouk d'observatiotis de la plu* haute importance sur rorganisation de ces ànîmaul en général , mais qui n'a point fiié Vatteiltioii deâ auteurs plus récens (i).
A la fin du dix*huitiènie et au commencement du dix-neuvième siècle, il s'opéra dans toutes léft branches de la zoologie une réforme importante dont les effets contribuent puissamment aut progrès de la science. Au lieu de n'employer pour la classification des auimaux que des diTÎ&ions purement arûficieUes et basées sur tel ou tel caractère, choisi arbitrairement, on chei-cbâ à établir des méthodes sur l'ensemble de l'organisation, et à mettre, autant que possible ^ ces mêmes divimns en harmonie avec les divers types autour desquels les êtres divers semblent se grouper dans la nature. C'est à M. Cuvier que Ton doit en majeure partie cette innovation heureuse; mais, pour ce qui con-* cerne les Insectes et les Crustacés, il a été devancé par M. Latreille.
Dès l'année 1796 , ce dernier Savant avait publié les premiers essais d'une classification naturelle de ces animaux, dont il a depuis lors poursuivi sans relâche l'étude (2). Quelques années après, M. Cuvier fit apprécier les difiërences qui éloignent lès Criï»^
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(I) Cavolini , Memorfa ndla gênera Bione die ptici ê dci gmnchi. Un Toi. in-4- Naples , 17S7.
(1) Précis des earactéres génériques des Insectes par M. Letreille^ un Tol. in-S. Briyes, 1796.