‹ Histoire naturelle des crustacés, comprenant l'anatomie, la physiologie et la classification de ces animaux (volume 4)Chapitre 25 sur 226 · CC. Yeux sessiles et immobiles · texte numérisé non relu

CC. Yeux sessiles et immobiles

E. Deux yeux ; corps anneié dans toute sa longueur , tête distincte , etc.

F. Tête confondue avec le segment qui porte les secondes pâtes -mâchoires ; point d'appendices abdominaux notables , etc.

3e. ordre. LjEmipodes.

FF. Tête séparée du segment qui porte les secondes pâtes -mâchoires , etc. ; mandibules palpigères ; des corps vésiculeux à la base des pieds.

4e. ordre. Amphipodes.

FFF. Tête séparée du segment qui porte les secondes pâtes -mâchoires , etc. ; mandibules dénuées de palpes ; point de corps vésiculeux à la base des pâtes; appendices inférieures du post-abdomen lamellaires ou vésiculeux.

5e. ordre. Isopodes.

EE. Un seul œil ; tête confondue avec le thorax , etc.

6e. ordre. Lopiiyropodes.

BB. Onze paires de pieds entre l'appareil buccal et l'origne de l'abdomen , ou le point où sont placés les œufs (Multipedes).

Ie. ordre. Phyllopodes.

AA. Bouche entourée de pieds ou ayant la forme d'un siphon. ( Edentata. )

G. Point de siphon.

8e. ordre. Xyphosures, GG. Un siphon.

9e. ordre. Siphonostomes.

En i8a3, M. Desmarest publia aussi un ouvrage sur les Crustacés, et bien qu'il appréciât à leur juste valeur plusieurs des défauts delà méthode de M. Leach, il crut devoir l'adopter, afin de mettre son traité en

harmonie avec le dictionnaire dont il l'a extrait. Il fit à cette classification quelques modifications nécessitées par les progrès delà science, mais elles ne sont pas assez importantes pour nous arrêter ici.

A l'occasion d'un travail sur les Amphipodes , présenté à l'Académie des sciences en mars i83o (i) , nous nous sommes occupés également de la classification des Crustacés, et, tout en adoptant la plupart des divisions établies par M.Latreille, nous avons cru devoir y porter quelques changemens. Cette méthode nouvelle est fondée sur l'ensemble des modifications que nous offre l'organisation de ces animaux, et diffère de celle de M.Latreille, non-seulement par le nombre des ordres dans lesquels les divers Crustacés sont rangés, mais aussi par les limites assignées à plusieurs de ces divisions. On pourra en juger par le résumé suivant :

A. Douche dèpoutvue cV organes spéciaux de mastication.

Ordre des Xyphosures.

Ëouche entourée de pâtes ambulatoires, dont les bases remplissent l'office de mandibules ; corps formé de deux portions distinctes , l'une céphalo-thoracicpie portant la bouche , etc. , l'autre abdominale garnie en dessous d'une série de pâtes lamelleuses et branchiales.

Ordre des SipiionostoIvies.

Bouche en forme de suçoir , et entourée de membres préhensiles qui sont suivis d'un certain nombre de pâtes lamelleuses.

(i) Ce travail a été imprimé en partie dans le tome V des Mémoires de la Société d'histoire naturelle de Paris, dont la publication a été empêchée par des embarras de librairie. Il en a paru un extrait dans les Annales des sciences naturelles , t. XX ; mars i33o.

B. Bouche armée d'organes spéciaux de mastication, savoir .■ dune paire de mandibules et dune ou plusieurs paires de mâchoires. »

Ordre des Ostrapodes.

Corps sans divisions annulaires distinctes et renfermé en entier sous un grand bouclier dorsal ayant la forme d'une coquille bivalve ; pâtes thoraciques cornées , non branchiales , vergiformes et au nombre de quatre paires au plus.

Ordre des Cladocères.

Corps divisé en un certain nombre d'anneaux bien distincts ; pâtes thoraciques aplaties, lamelleuses, membraneuses en totalité ou en partie, paraissant servir à la respiration, (pâtes branchiales) et au nombre de cinq paires ; point de pâtes abdominales ; tête distincte du reste du corps , qui est divisé en huit segmens et renfermé dans un test bivalve.

Ordre des Phyllopodes.

Corps articulé ; pâtes thoraciques branchiales au nombre de huit paires, et souvent suivies de plusieurs paires de pâtes abdominales; tête distincte du reste du corps, et donnant en général naissance à une carapace qui recouvre l'animal en totalité ou en partie ; thorax et abdomen formés par une série de quatorze anneaux ou plus.

Ordre des Copépodes.

Pâtes thoraciques vergiformes , cornées et ne paraissant en aucune façon propres à remplir les fonctions de branchies ; point de branchies proprement dites , de vésicules branchiales , ou de fausses pâtes abdominales branchiales ; yeux immobiles et non pédoncules ; thorax complètement à découvert , divisé en plusieurs segmens et portant cinq paires de pâtes en général natatoires et biramées. Abdomen composé de

deux segmens au moins et terminé par une nageoire caudale, mais ne portant jamais de fausses pâtes.

Ordre des Ljemipodes.

Pâtes thoraciques, vergiformes et non branchiales ; point de branchies proprement dites ; palpes des membres thoraciques transformés en vésicules branchiales ; yeux sessiles ; thorax à découvert et divisé en six segmens ; abdomen rudimentaire ayant la forme d'un petit tubercule sans appendices distincts.

Ordre des Isopodes.

Pâtes thoraciques , vergiformes et non branchiales, en général point de branchies proprement dites ; fausses pâtes abdominales ; les cinq premières paires homomorphes et branchiales ; yeux sessiles ; thorax à découvert et divisé ordinairement en sept anneaux ; abdomen bien développé.

Ordre des Amphipodes.

Pâtes thoraciques , vergiformes et non branchiales ; point de branchies proprement dites; palpes des membres thoraciques vésiculaires et branchiaux : membres abdominaux des cinq premières paires hétéromorphes, locomoteurs et non branchiales; yeux sessiles; thorax à découvert et ordinairement divisé en sept segmens ; abdomen bien développé.

Ordre des Stomapodes.

Pâtes thoraciques, vergiformes, et ordinairement au nombre de sept à huit paires ; en général des branchies proprement dites; rameuses et extérieures, ou des palpes thoraciques branchiales, yeux pédoncules et mobiles ; thorax caché en totalité ou en partie sous un grand bouclier céphalique ou carapace.

Ordre des Décapodes.

Des branchies proprement dites et non rameuses , fixées

Îi5s4 HISTOHRE NATURELLE

aux flancs thoraciques et renfermées dans des cavités respiratoires spéciales ; pâtes thoraciques , vergiformes et en général au nombre de cinq paires; carapace recouvrant la tête et la totalité ou la majeure partie du thorax 5 yeux pédoncules et mobiles.

Dans la seconde édition du Règne animal de M. Cuvier, publiée peu de temps après la lecture du travail dont il vient d'être question , M. Latreille modifia la classification qu'il avait employée dans la première édition de cet ouvrage, cle manière à la rapprocher davantage de celle proposée dans ses Familles naturelles. Enfin , peu de temps avant sa mort , ce savant et habile entomologiste s'est encore occupé du même sujet , et a introduit dans sa méthode de classifications plusieurs modifications qui la rapprochent beaucoup de celle déjà proposée par nous (1).

En efïet,iï a admis dans la classe des Crustacés douze Ordres, savoir : i°. les Décapodes, i°. les Stomapodes, 3°* les Lœmipodes, 4°« les Amphipodes, 5°. les Isopo* des, 6Q. les Dicîadopes, 70. lesLophyropes, 8°. les Ostrapodes,9°.lesPhyllopo les, io°.lesTrilobites,i i°.les Xyphosures , et 120. les Siphonostomes. Les Dicîadopes correspondent à peu près à notre ordre des Copépodes.

On remarque aussi , dans la dernière classification de ce grand entomologiste, plusieurs modifications dans les coupes secondaires et dans la manière de distribuer les genres ; mais ces détails, dont nous aurons

(1) Voyez Cours iV Entomologie, par M, Latreille; in-8, Paris, 183t.

l'occasion de parler parla suite , sont inutiles à indiquer ici.

D'après ce coup d œil sur les principales méthodes employées pour la classification des Crustacés, on voit que certaines divisions n'ont subi que peu de changemens , et qu'une fois établies elles ont été adoptées par tous les entomologistes ; ce sont les groupes dont les caractères sont les plus tranchés et la composition la plus naturelle; mais d'autres n'ont pas joui de la même stabilité, et en voyant chaque auteur y porter quelques modifications on doit en conclure qu'elles sont peu naturelles , et ne répondent pas aux besoins de la science. On peut donc s'attendre à voir cette partie des classifications varier encore avant que d'être établie sur des bases solides. La découverte des nouveaux types d'organisation, et l'investigation plus approfondie delà structure de certaines espèces déjà connues, peuvent également amener des modifications dans la distribution méthodique des Crustacés. Ces motifs nous ont effectivement engagés à en proposer ; mais dans la révision que nous avons été conduits à faire de la classification de ces animaux , nous avons toujours cherché à être autant que possible sobre d'innovations, car l'instabilité des systèmes est un obstacle puissant aux progrès de la science. L'anatomie nous a constamment servi de euide dans ce travail , et nous avons cherché autant que possible à prendre 1 organisation intérieure aussi bien qu'extérieure des Crustacés comme base de la division de ces animaux , en ordres , en familles et en genres.

CRUSTACES , TOME 1. I S

Ç II. Des limites naturelles et de la classe des

Crustacés-

Dans la classification naturelle du règne animal , on a cherché, avons-nous dit, à représenter par des divisions et des subdivisions successives les différences plus ou moins nombreuses et plus ou moins importantes que nous présente l'organisation des animaux et à distribuer ces êtres de telle sorte, que ceux dont se compose chaque groupe se ressemblent entre eux d'autant plus que ce groupe lui-même est d'un rang moins élevé dans la hiérarchie méthodologique. Souvent les cou pesa établir sont clairement indiquées par la nature : cela a lieu , lorsque les modifications de structures qui les motivent se sont opérées brusquement; mais quand la transition d'un mode d organisation à un autre s'est fait par degrés presque insensibles, et a lieu en même temps par plusieurs séries différentes de modifications successives, il en est tout autrement ; les types des divers groupes naturels peuvent être encore faciles à distinguer, mais il peut régner une grande diversité d'opinion sur les limites qu il convient de leur assigner.

On peut alors suivre, dans la distribution méthodique des animaux , deux marches très-différentes, qui chacune ont leurs avantages et leurs inconvéniens : on peut, en prenant pour guide le principe de la subordination des caractères , si bien développé par un de nos plus grands naturalistes, établir les divisions successives , d'abord sur les modifications que présentent les grands appareils de l'organisation , puis sur les différences qui existent entre des parties dont le

rôle est ordinairement d'une importance plus minime; ou bien on peut chercher à ranger ces êtres en autant de groupes qu'il y a de séries bien reconnaissables , formées par la dégradation ou la simplification de plus en plus grande de chaque type d'organisation.

Les limites à assigner à la classe des Crustacés varient suivant que l'on adopte Tune ou l'autre de ces méthodes. En suivantlapremière,queronpourrait appeler une méthode naturelle physiologique, il ne faudra grouper autour des Crabes et des Ecrevisses, qui peuvent être considérés comme le type de ce groupe , que les êtres ayant une structure intérieure essentieiement semblable à la leur, et il faudra rejeter dans une classe inférieure , dans la division des zoophytes, par exemple, tous les animaux qui n'ont point, comme les premiers , un cœur, des branchies, un système ganglionnaire longitudinal bien distinct , etc. En adoptant la seconde méthode , qui nous paraît être éminemment zoologique , on ne s'arrêtera pas à ces différences de structure , et on rattachera au groupe des Crustacés tous les animaux dont l'organisation générale, bien qu'elle soit moins compliquée, se lie à celle des types de la classe, et dont la conformation rappelle les états transitoires par lesquels les êtres les plus parfaits de la série ont passé pendant la durée de leur vie embryonnaire.

Au premier abord on pourrait croire cette marche contraire aux principes fondamentaux des méthodes naturelles, et l'on pourrait s'étonner de voir rassemblés dans une même classe des animaux qui respirent par des branchies, et d'autres qui n'ont pour l'exercice de cette fonction importante aucun organe spécial et sont réduits à respirer par la peau ; des êtres

.). a S h i s t Q i R r -< a sf i; r. r. l l e

(jiii ont un cœur et un syslème vésiculaire très-compliqué, et d'autres quJL n'ont point de vaisseaux distincts j etc. ; maisces difficultés disparaissent lorsqu'on voi t conimen l ces organes, si importuns chez les animaux supérieurs, sont modifiés avant que de disparaître complètement chez les êtres moins parfaits; avant que d'être éliminés ces parties deviennent peu à peu rudimentaires , et dès lors leur perte est peu sentie , et n'entraîne aucun changement essentiel dans l'ensemble de l'organisation. Des branchies , par exemple, deviennent rudimentaires et disparaissent pour être remplacées par les tégumens communs chez des Crustacés, presque entièrement semblables, du reste, à d'autres espèces qui sont pouvues de ces organes très-dé vélo ppés, et cela, sans que les autres grands appareils aient subi aucune modification notable. Les vaisseaux sanguins cessent d'avoir des parois distinctes, et ne consistent plusquedans de simples lacunes, chez des Crustacés ^ qu'il est impossible d'éloigner des autres animaux de la même classe, ayant un système vasculaire bien complet, et le cceur devient rudimen taire et paraît même disparaître complètement sans que, dans les autres parties du corps , rien ne révèle son absence.

11 en résulte que non-seulement la méthode , que nous avons appelée zooiogique^ ne mérite pus les reproches qu'on pourrait lui adresser ; mais que , dans la pratique, la méthode physiologique est réellement impraticable et se trouve violée même dans les classifications dont elle forme la base.

Ces motifs nous ont conduits à placer dans la classe des Crustacés, non-seulement les animaux articulés, à pieds articulés, ayant une circulation complète et des branchies , caractère que ion assigne généralement

DES CRUSTACÉS. '2'2Cj

à cette division , mais aussi tous ceux qui, étant formés d'après le même plan général, sont plus ou moins imparfaits , et en quelque sorte dégradés. Le groupe formé par ces êtres sera plus difficile à bien définir ; mais au moins il ne sera pas limité arbitrairement.

Plusieurs de ces animaux sont d'une structure trèssimple ; les uns ont encore des membres articulés plus ou moins rudimentaires^ et le corps divisé en anneaux bien dictincts ; mais il en est dont les membres se déforment tellement, qu'on ne peut que difficilement les reconnaître, et dont la peau conserve partout la même texture; il paraîtrait aussi que, dans cette famille, le cœur disparaît également, et que le système nerveux devient rudimentaire ou nul ; aussi, dans une méthode physiologique , telle que celle de M. Guvier, prendront-ils place parmi les zoophytes; mais, du reste, ils ne ressemblent en rien à des animaux rayonnés, et desliens si étroits les unissent aux Crustacés inférieurs, qu'on ne peut les en distinguer que par des limites purement conventionnelles.

Pour nous, les Lernées et les Conclrocanthes seront donc des Crustacés aussi bien que les Argules et les Cypris; et en effet, c'est par des nuances presque insensibles que la nature a établi le passage entre ces parasytes et d'autres animaux , que tous les naturalistes s'accordent à ranger dans cette classe; dans le jeune âge, il est même difficile de distinguer les Lernéens des Cyclopes et de quelques autres Crustacés, car c'est en vieillissant seulement que leurs formes extérieures deviennent essentiellement différentes. M. Desmarest avait déjà appelé l'attention des zoologistes sur l'analogie qui existe entre ces êtres; mais jus-

23o HISTOIRE NATURELLE

qu'ici les auteurs systématiques ont relégué les Lernies parmi les Zoophytes, ou en ont fait une classe distincte.

Les Pycnogonides nous paraissent avoir beaucoup plus d'analogie avec les Crustacés qu'avec les Arachnides , parmi lesquels on les range aujourd'hui ; aussi croyons-nous devoir les ranger dans la classe dont nous faisons ici l'histoire, bien que l'opinion que l'on a généralement sur la nature des organes respiratoires de ces animaux devrait peut-être nous faire laisser encore la question en litige.

Par Ja suite il faudra peut-être réunir aussi aux Crustacés les Anatifs et les autres animaux singuliers dont se compose la classe des Cirripèdes; mais, dans l'état actuel de la science , on ne possède pas les données nécessaires pour se prononcer à cet égard.

La classe des Crustacés , étendue comme nous venons de le dire , se compose essentiellement des animaux sans squelette intérieur semblable à celui des animaux vertébrés , dont le corps est articulé {c'est-àdire , formé d'une série de tronçons ou d' anneaux plus ou moins distincts) ; dont le système nerveux est ganglionnaire et longitudinal; dont le système respiratoire est aquatique , et les organes respiratoires consistent en branchies ou sont remplacés par la peau ; dont le sang est mis en mouvement par un cœur aortique ; dont les sexes sont distincts et les organes générateurs doubles ; enfin , dont les membres sont articulés et constituent une ou deux paires d'antennes, plusieurs mâchoires ou autres organes servant à la prèhensioti des alimens , et jdusieurs paires de pâtes natatoires ou ambulatoires , ( en général cinq ou sept paires ) ; mais nous y rangeons aussi les êtres qui ,

semblables du reste au type dont nous venons de parler, ont l'organisation moins compliquée , de sorte que pour donner à ce groupe naturel une définition applicable à tous les animaux dont il se compose, il faut rendre cette phrase caractéristique moins absolue et la modifier de la manière suivante :

Crustacés. Animaux ayant le corps divisé en, anneaux, en général très-distincts, mobiles' et d une consistance assez grande (cornés ou calcaires) , sans squelette intérieur proprement dit , et portant uue double série de membres, presque toujours bien distinctement articulés, et constituant des antennes , des mâchoires, etc., et des pâtes dont le nombre est, le plus ordinairement , de cinq ou de sept paires ; le système nerveux, en général bien distinct^ ganglionnaire et longitudinal; la respiration en général aquatique , et se faisant toujours à l'aide de branchies ou de la peau ; la circulation , en général bien distincte ; presque toujours un cœur aortique et des vaisseaux sanguins propres ; les sexes séparés.

§ III. De la division de la classse des Crustacés en

légions et en ordres.

Les difïérences les plus grandes qui se remarquent lorsqu'on compare entre eux les divers Crustacés, dépendent des modifications de leur appareil digestif % de leur appareil respiratoire, de leurs organes locomoteurs , et du degré plus ou moins avancé de leur développement au moment de leur naissance.

Dans l'immense majorité des cas , plusieurs des membres delà portion antérieure du corps sont affectés d'une manière spéciale à la fonction delà préhension des alimens, et constituent soit des mâchoires ou

2'5'2 HISTOIRE N A T U li ELLE

des mandibules , soit des organes de succion , tandis que la locomotion est confiée à d'autres instrumens. Mais il est des Crustacés dans l'organisation desquels la nature n'a pas encore introduit une pareille division de travail, et dont les organes masticateurs sont les mêmes que les organes de la locomotion.

Ces derniers, dont on a formé l'ordre des Xyphosures, diffèrent aussi des Crustacés ordinaires par plusieurs particularités de leur organisation, que nous indiquerons ailleurs, et ils doivent évidemment former un groupe bien distinct. Un anatomiste distingué, M. Strauss, a même proposé de les séparer des Crustacés afin de les réunir au x Arachnides ; mais cette opinion ne nous paraît pas devoir être adoptée.

La longue série des Crustacés , pourvus d'un appareil spécial pour la préhension des alimens, se divise d'abord en deux groupes naturels, les maxillés et les suceurs , suivant que leur bouche est organisée pour la mastication , et que leurs alimens consistent en substances solides , ou bien que cette ouverture se prolonge en un suçoir disposé de façon à ne donner passage qu'à des liquides.

La légion peu nombreuse des Crustacés suceurs, qui se compose presque uniquement d'animaux parasytes . peut être subdivisée en trois ordres : les Aranéiformes, dont les pâtes sont longues, vergiformes et ambulatoires , les Siphonostomes dont le corps est pourvu de membres articulés bien distincts, mais non de pâtes ambulatoires , et les Lernéens dont les membres sont rudimentaires ou tellement déformés, qu'on ne peut que difficilement les reconnaître.

La grande division des Crustacés maxillés, déjà établie par M. Lu treille, se compose d'élémens moins

DES CR't STAGES. 2^3

homogènes. On y trouve d'abord plusieurs séries d'animaux qui tiennent aux Si phonos tomes par des liens plus ou moins étroits, et qui conduisent vers les groupes formés par les espèces dont la structure est la plus compliquée.

L'une de ces séries se compose des Crustacés maxillaires'abranches ou Entomostracés, chez lesquels il n'existe point de branchies proprement dites, ni d'organe modifié de façon à paraître en tenir lieu ; chez lesquels les pâtes sont vergiformes , mais essentiellement natatoires , et les yeux sessiles à cornée simple et ordinairement réunis en une seule masse oculaire , et chez lesquels la naissance a en général lieu long- temps avant que l'animal ait acquis les formes et les onranes qu'il aura à l'â^e adulte. Elle se compose de deux ordres , peu nombreux en espèces : celle des Ostrapodes , dont le corps ne présente pas de divisions annulaires bien distinctes, et se trouve renfermé en entier sous un grand bouclier dorsal ayant la forme d'une coquille bivalve et dont les membres sont en très-petit nombre ; et celui des Copépodes, dont le corps est divisé en un certain nombre d'anneaux bien distincts, et ne présente ni carapace, ni enveloppe valvulaire, et dont les membres sont en nombre assez considérable.

Une série à peu près parallèle à celle des Entomostracés, ainsi circonscrite, se compose des animaux de la même classe, qui, également privés de branchies proprement dites , ont les pâtes thoraciques lamelleuses, membraneuses et conformées de façon à pouvoir servir évidemment d'organes respiratoires. Nous y conservons le nom de Branchiopodes, déjà employé par Latreille, pour une division renfermant la plupart

de ces animaux, qui, du reste, doivent constituer deux ordres distincts ; celui des Gladocères, qui correspond à peu près à la première division des Entomostracés ( les Ostrapodes), et se distingue par le petit nombre des pâtes thoraciques et par l'existence d'une carapace ayant 3a forme d'une coquille bivalve ; et celui des Phyllopodes, qui conduit évidemment vers les Crustacés supérieurs , et se distingue des précédens par un nombre plus considérable de pâtes thoraciques , par l'absence d'un test bivalve et par plusieurs autres caractères plus ou moins importans.

Une troisième série , qui semble aussi se lier par son extrémité inférieure à la grande division des Crustacés suceurs , mais dont le sommet s'élève davantage dans la série des Crustacés , est celui des Edriophthalmes. De même que dans les légions précédentes, les branchies proprement dites manquent , sinon toujours, du moins dans l'immense majorité des cas, et sont remplacées par d'autres appendices modifiés dans leur structure, de telle sorte qu'ils peuvent évidemment servir à la respiration ; mais quelles que soient les parties destinées à remplacer ainsi les branchies, la tige des membres thoraciques prend ici la forme d'une pâte ambulatoire ; les yeux sont en même temps sessiles , et il n'existe jamais de carapace quelconque.

Les Edriophthalmes forment trois ordres ; savoir : les Lœmipodes , les Isopodes et les Amphipodes.

Dans l'ordre des Lemipodes, l'abdomen n'existe qu'à l'état de vestige, et c'est le palpe des membres thoraciques qui devient vésiculaire pour servir à la respiration.

Dans l'ordre des Isopodes, 1 abdomen est au contraire bien développé, et ce sont les membres de cette por-

tion du corps qui se modifient de façon à pouvoir remplir les fonctions de branchies.

Dans Tordre des Amphipodes , l'abdomen se développe encore davantage et sert à la locomotion , tandis que la respiration s'effectue à l'aide des palpes thoraciques devenues vésiculaires.

Enfin, la dernière série, celle des Podophthal- MiENS,se compose de tous les Crustacés supérieurs, dont la plupart sont pourvus de branchies proprement dites , dont les yeux sont pédoncules et mobiles, dont les pâtes thoraciques sont toujours vergiformes , et en général en partie ambulatoires et eu partie préhensiles, et dont le thorax est recouvert par une carapace.

Cette division se compose de deux ordres :

Les Stomapodes, chez lesquels les branchies, n'ayant pas encore acquis toute l'importance qu'elles auront par la suite, sont encore extérieures et manquent quelquefois, et chez lesquels l'appareil buccal ne se compose en général que de trois paires de membres ;

Les Décapodes, dont les branchies sont fixées sur les côtés du thorax et renfermées dans des cavités respiratoires spéciales, et dont l'appareil buccal se compose de six paires de membres , de façon que le nombre des pâtes thoraciques se trouve réduit à cinq paires.

Quant aux Trilobites, ils prennent évidemment place auprès des Edriophthalmes ; mais jusqu'à ce qu'on connaisse le mode de conformation de leurs membres , on ne pourra leur assigner une place définitive dans la classification naturelle des Crustacés.

Le tableau synoptique suivant présente l'ensemble de la classification dont nous venons d'indiquer les principales bases.

Page 1