SECTION DES DÉCAPODES BRACHYURIS
Les Crabes et tous les autres Décapodes qui rentrent dans la section des Brachyures présentent dans leur organisation extérieure des particularités très-remarquables. La Carapace qui recouvre la portion ccpLalo-
24^ HISTOIRE tVATUllELLt
thoracique de leur corps cache aussi la majeure partie de leur abdomen , et présente en général une forme carrée, ovalaire ou circulaire ; le diamètre transversal de ce bouclier dorsal est presque toujours égal ou supérieur à son diamètre antéro-postérieur, et il s'étend plus ou moins de chaque côté au-dessus des [pâtes. On y distingue une face supérieure dont les contours sont ordinairement bien marqués et une portion inférieure. La partie antérieure du bord de la face supérieure de la carapace comprise entre les deux yeux , porte le nom de front ou de rostre, suivant qu'elle est tronquée ouprolongéeen forme de bec (i); le bord postérieur est celui qui correspond à l'origine de l'abdomen et se trouve placé entre les pâtes postérieures; enfin les bords latéraux s'étendent de ce dernier à l'angle externe des orbites , et se composent souvent de deux portions qui ont des directions différentes et que nous désignerons sous les noms de bord latéro-antérieur, et de bord latéro-postérieur(2). La face supérieure de la carapace est ordinairement divisée par des sillons qui correspondent pour la plupart à des insertions musculaires, et qui circonscrivent des régions sur lesquelles M. Desmarest aie premier fixé l'attention des zoologistes (3) , et dont la considération ne peut être négligé sans inconvénient. Quatre de ces régions occupent la ligne médiane de la carapace (4) ; la plus anté-
(i) PI. i^bis, fig. i, 2, 3, etc. — r, rostre; — /, front.
(•2) PI. i4 bis , fig. i, 2, etc. : — a, bord antérieur de la carapace ; — l.a, bord latéro-antérieur ; — / , bord latéral ; — l.p , bord latéro-postéiùeur ; — q , bord postérieur.
(3) Voyez Hist. tint, des Crustacés fossiles, p. ^3.
(^) PI. i.\ bis, fis;, j, 2, 3, etc : — s, région stomacale ; — g,
térieure, qui a reçu le nom de région stomacale, parce qu'elle comprend la portion du lest située au-dessus de l'estomac, fait suite au front et présente toujours une étendue assez considérable ; la seconde région médiane est beaucoup plus petite et se prolonge presque toujours en pointe antérieurement , tandis qu'en arrière, et sur les côtés, elle se termine par des bords droits ; une erreur anatomique lui a fait donner le nom de région génitale (i). La région cordiale, qui succède à la génitale , correspond au cœur , et a en général une forme hexagonale assez régulière; la ligne transversale qui la sépare de la région génitale, et les deux lignes longitudinales formées par les bords latéraux de ces deux régions, sont souvent plus marquées que tous les autres sillons analogues, et ont quelque ressemblance avec un H qui serait gravé sur le milieu de la carapace. Enfin, la quatrième et dernière région médiane est située entre la cordiale et le bord postérieur de la carapace ; elle est souvent h peu près quadrilatère , mais souvent aussi elle ne se distingue qu'à peine ; M. Desmarest l'appelle région hépatique postérieure ; mais, afin delà mieux distinguer des autres régions hépatiques , nous préférons la désigner sous le nom de région intestin aie. Les portions latérales de la face supé-
région génitale ; — c , région cordiale ; — * , région intestinale ; — h, h, régions hépatiques ; — b. b, régions branchiales.
(i) D'après la figure que M. Desmarest a donné de l'intérieur d'un Garcin Ménade, on croirait que les organes intérieurs de la génération sont circonscrits dans l'espace correspondant à la région qui en porte le nom , et c'est probablement d'après cela que ce naturaliste l'a désignée de la sorte ; mais cette figure est très-inexacte, et les testicules , aussi bien que les ovaires , s'étendent bien au delà, comme on peut s'en convaincre par l'inspection de nos planches 5ct 12.
rieure delà carapace sont composées chacune de deux régions souvent très-difficiles à distinguer et dont les limites sont en général un peu arbitraires ; lune, antérieure , est placée sur les côtés de la région stomacale, et recouvre la majeure partie du foie et des organes intérieurs de la génération : c'est la région hépatique ; l'autre, située en arrière de la première et sur les côtés des régions cordiale et intestinale correspond à la voûte delà cavité respiratoire, et est appelée règioJi branchiale.
Le front se prolonge au-dessus de l'anneau qui porte les yeux. Dans le jeune âge, cet anneau reste à découvert antérieurement, et les yeux ne sont pas logés dans des cavités orbitaires complètes; mais,plus tard, la partie inférieure du front se réunit, sur la ligne médiane, à un prolongement de l'arceau inférieur du second anneau , de façon à entourer complètement le serment oculaire qu'on n'aperçoit plus qu'à l'intérieur de la carapace (i) ; il arrive aussi que l'angle externe du front s'unit, soit à l'article basilaire des antennes extérieures, soit à un prolongement de la portion latérale et inférieure de la carapace , et il se forme ainsi une cavité dans laquelle les yeux s'insèrent et peuvent en général se reployer plus ou moins complètement. Mais, nous le répétons , cette disposition n'existe pas encore aux premières époques de la vie , et , en cela , les jeunes Brachyures se rapprochent , comme nous lé verrons ailleurs , des Macroures adultes.
Chez tous les Crustacés de cette section , les arctermes de la première paire sont placées sur les côtés
(0 Pi- i4^%-4
delà ligne médiane (t)\ elles sont très-courtes et peuvent se rcplover flans la cavité qui loge leur article basilaire ; ces cavités , que nous appelons fossettes antenn aires , sont placées entre les orbites avec lesquelles elles communiquent quelquefois , et sont séparées entre elles par un prolongement intev antennaive qui naît de l'arceau qui porte ces appendices et se soudent au front comme nous venons de ie dire. Le premier article de ces antennes est toujours renflé et plus ou moins globuleux , tandis que les deux suivans sont courts , grêles et cylindriques ; enfin , à l'extrémité de ce petit pédoncule, se trouvent deux tigellesannelées très- courtes et dont l'une est ciliée. Les antennes de la seconde pairc{i) s'insèrent constamment en dehors, et un peu audessous des premières; elles n'acquièrent également que peu de développement, et présentent, dans les difïérens groupes de Brachyures, des variations assez grandes : à leur base, on voit toujours un petit tubercule circulaire qui constitue l'enveloppe de l'organe spécial de l'audition^ et qui est situé au devant de la bouche; les trois et quatre premiers articles des antennes constituent un pédoncule qui supporte une tige terminale ; enfin il arrive souvent que la première de ces pièces soit plus ou moins entièrement soudée aux parties voisines de la carapace, et alors on pourrait facilement croire que les antennes extérieures s'insèrent au devant des internes ; car, en effet, leur portion mobile naît alors en avant de ces organes.
En arrière des fossettes antennaires, on voit une surfaceplarie, plus ou moins étendue, qui représente le
(i) PI. 3, fig. 2 et 7.
(.2) PI. 3, fig. 2, d; PL 17, iig. 3, 0, etc.
252 HISTOIRE SATLiiEiËÏ
troisième anneau céphalique et qui porte le nom d'episiome (i). L'espace occupé par l'épistome, les fossettes antennaires et la base des antennes externes constitue ce que nous appelons la région antennaire ; ses proportions varient, et on peut tirer parti de ces différences pour la classification de ces animaux . Les parties latérales et inférieures de la carapace , que nous appellerons régions ptêrygostomiennes (2) , sont toujours dirigées plus ou moins obliquement en dehors et en haut, et sur la ligne médiane elles laissent entre elles un espace vide qui est occupé par l'appareil masticateur et que nous désignerons sous le nom de cadre buccal (3) ; tantôt ce cadre buccal a la forme d'un quadrilatère assez régulier, tantôt il est triangulaire, et c'est toujours à sa partie antérieure que viennent se terminer les conduits efFérens des cavités branchiales. Enfin, le bord postérieur et interne de ces régions ptêrygostomiennes s'applique exactement contre la voûte des flancs immédiatement au-dessus de l'insertion des pâtes ; quelquefois ces parties ne laissent entre elles aucun intervalle ; mais , en général , on remarque de chaque côté de la bouche et en avant des pâtes antérieures une lacune qui communique dans] la cavité branchiale (4), et il arrive quelquefois qu'un prolongement de la carapace entoure cette ouverture de façon à la transformer en un véritable trou à travers lequel l'eau nécessaire à la respiration pénètre jusqu'aux branchies (5).
Ci) PI. 3, fi-. 2, e.
(3) PI. 20, fig. 2.
(4) PL, 3. fig. 2, i.
(5) PL 20, liç. 12.
En arrière , le cadre buccal est borné par le plastron sternal dont nous parlerons plus en détail par la suite; et, dans l'espace ainsi circonscrit, se trouvent entassés les uns sur les autres les six paires de membres qui sont spécialement affectés à l'appareil digestif. Celle qui s'insère le plus en arrière, et qui est par conséquent la dernière de la série , recouvre toutes les autres ; aussi en parlerons-nous d'abord. Ces organes, qui sont ordinairement désignés sous le nom de troisièmes pâtes -mâchoires ou pates~mâchoires externes , sont très-larges , et constituent deux espèces d'opercules qui ferment le cadre buccal à peu près comme les battans d'une porte ( i ) . Ils s'insèrent toujours assez loin de la ligne médiane par leur angle postérieur et extérieur ; leur article basilaire envoie ordinairement en dehors un prolongement qui sert de valvule à l'ouverture afférent de la cavité branchiale , et qui porte un long appendice flabelliforme , ainsi qu'une petite branchie rudimentaire cachée, comme le fouet, dans la cavité respiratoire; enfin il naît encore de cet article basilaire un palpe et une série d'articles que représentent la tige ou pâte proprement dite des membres thoraciques. Les deux premiers articles de cette tige sont lamelleux , articulés à la suite l'un de l'autre, et très-développés; ils constituent la majeure partie de lapate-niâchoire, et portent à leur extrémité une petite tigelle formée presque toujours par les trois derniers articles de ces organes , qui sont grêles et cylindriques ; quant au palpe , il ne manque presque jamais, et consiste en une longue tige qui se place au côté externe du deuxième et du troisième ar-
(i) PI, 5, fig. a, h; et %.8, etc.
^54 HISTOIKE NATURELLE
licles de la pate-mâchoire, et qui porte à son extrémité un petit appendice anneh; , et reployé sous le troisième article dont il vient d être question.
En écartant les pates-mâchoires externes., on aperçoit au-dessous d'elles les deux autres paires de patesmâchoires , les deux paires de mâchoires proprement dites , les mandibules et la bouche.
La structure des pâte s -mâchoires de la seconde paire (i) est à peu près la même que celle des pâtesmâchoires externes, si ce n'est que leur branche interne est grêle et cylindrique dans toute sa longueur, au lieu d'être large etlamelleuse. On y distingue également une série de six articles dont le premier porte , du côté exlerne, un fouet et un palpe semi-corné et semblable à celui des pates-mâchoires externes; les deux articles suivans sont vergiformes et dirigés en avant; les trois derniers, aussi larges que les précédens , mais très-courts, se recourbent en dedans et en arrière ; enfin il est à noter que la dernière de ces pièces est toujours très-petite.
Les pates-mâchoires antérieures (2) , qui sont cachées par celles dont nous venons [de parler, ont beaucoup moins de cousistance qu'elles, et sont moins distinctement articulées ; elles portent encore un longappendice flabelliforme et un palpe qui ressemble beaucoup à celui des pates-mâchoires de la seconde paire ; mais la tige ou portion interne de ces membres est réduite à un gros tubercule supportant une seule pièce ovaîaire, en dehors de laquelle on voit s'avancer un prolongement lamelleux et semi-membra-
(i)PL 3, fig. 9.
(9.) PI. 3, fig. 10.
ncux , qui naît entre la pièce ovalairc dont nous venons de parler et le palpe , et qui sert à diriger au dehors l'eau expulsée de la cavité branchiale.
Après avoir enlevé ces derniers organes, on découvre les mâchoires externes (i), dont la consistance est toujours semi-cornée; à leur côté externe, il existe, comme nous l'avons déjà dit > une grande lame valvulaire , qui est l'analogue du fouet , et qui sert au mécanisme de la respiration ; cette lame est irrégulièrement ovalaire et toujours tronquée à sa partie postérieure. La portion de ces organes , que représente la tige , est réduite à deux ou trois petites lames qui recouvrent une portion de la bouche; et, entre elle et le fouet, on distingue un petit appendice qui peut être considéré comme le re présentant du palpe.
Les pâtes -macho ires antérieures , ou de la première paire (2), sont très-petites et en majeure partie cachées parles externes; comme elles, ces organes sontlamelleux et appliqués sur les mandibules , mais on ne leur voit pas d'appendice valvulaire. Leur bord interne est garni de poils et d'épines, et ils paraissent devoir servir principalement a retenir lesalimens pendant qu'ils sont broyés par les mandibules.
L'ouverture buccale elle-même occupe en général le milieu de l'espace entouré par le cadre buccal ; à son bord antérieur on aperçoit le labre, qui a la forme d'un tubercule semi-membraneux; son bord postérieur est garni d'un repli lamelleux et bilobé que Ton appelle languette , et sur ses côtés sont placés les man^ dïbules.
(i)Pl. 3, fig. 11.
(2) H 3, fig. là.
Ces derniers organes se composent de deux parties distinctes, un corps et une tige pal pi forme (t). Le corps de la mandibule paraît formé par l'union intime des trois premiers articles du membre, et présente des traces a»ssez visibles de ces soudures transversales; il s'articule avec le tronc par sa face supérieure, et ressemble un peu par sa forme à une pyramide à trois faces, très-irrégulière, qui serait placée transversalement avec sons ommet en debors et sa base en dedans ; cette dernière partie de la mandibule est très-grosse et d'une texture extrêmement compacte; elle s'applique contre la mandibule du côté opposé, et sert à la mastication; aussi son bord intérieur est-il en général tranchant. L'appendice palpiforme des mandibules s'insère à la partie antérieure et interne de leur corps ; il a la forme d'une petite tige composée de trois articles mobiles, dont le premier est extrêmement petit ; il se dirige en dedans, puis en arrière, en suivant le contour du corps de la mandibule.
En arrière de l'appareil buccal on aperçoit à la face inférieure du corps des Brachyures un grand plastron sternal{2) qui est formé parla soudure de l'arceau inférieur des divers anneaux thoraciques du tronc. Ce plastron , sur les côtés duquel s'insèrent les pâtes , s'étend jusqu'à l'origine de l'abdomen , et présente en général la forme d'un ovale tronqué et même échancré postérieurement. Sa largeur est toujours assez considérable, et il ne devient nulle part linéaire. On y distingue toujours quatre sutures transversales qui indiquent le point d'union des cinq derniers anneaux du
(i) PI. 3. fig. i3.
(2) PI. 3,% a, y, et %. 4.
thorax , et sur la ligne médiane il règne presque toujours aussi une soudure longitudinale qui occupe les deux ou trois derniers anneaux , et correspond à l'origine de l'apodème médian du sternum dont il sera question plus tard. La partie médiane du plastron sternal est plus ou moins concave, et forme souvent une espèce de gouttière longitudinale très-large qui loge l'abdomen. Entre les pâtes de la troisième paire , on y distingue toujours , chez la femelle , deux petits trous qui sont situés à quelque distance de la ligne médiane et qui sont les ouvertures de l'appareil de la génération. Enfin, chez quelques Brachyures, les ouvertures qui donnent passage aux organes mâles sont également creusées sur le plastron lui-même , près de la base des pâtes de la cinquième paire, et chez quelques autres où les verges sortent comme d'ordinaire à travers l'article basilaire de ces pâtes , il existe de chaque côté du plastron un petit canal transversal destiné à losrer ces organes.
Les membres qui font suite à l'appareil buccal , et qui constituent les pâtes proprement dites, sont toujours au nombre de cinq paires , et ne présentent jamais ni palpe ni fouet. Ils sont dirigés transversalement en dehors ; ceux de la première paire sont toujours préhensiles et terminés par une main didactyle bien formée ; en général les pâtes des quatre paires suivantes sont toutes simplement ambulatoires ou natatoires ; elles ne sont jamais didactyles ; celles de la dernière paire sont toujours assez développées.
L'abdomen est très - peu développé ; sa largeur est tout au plus égale à environ les trois quarts de celle de la carapace (le rostre excepté ) ; son épaisseur n'est égale qu'au cinquième ou même au dixième de
celle du thorax, aussi est-il presque lamelleux , et estil toujours reployé sous le plastron sternal (i). Il se compose essentiellement de sept anneaux , mais souvent un certain nombre d'entre eux s'unissent plus ou moins intimement , et alors cette partie du corps ne présente plus que cinq , quatre ou même trois pièces Lien distinctes ; ce nombre varie suivant les sexes et les genres, et, dans plusieurs cas, on voit qu'il diffère, même dans les espèces les plus voisines (2). En général , l'abdomen est beaucoup plus large chez les femelles que chez les mâles ; chez les premières il est ordinairement de forme ovalaire et chez les derniers plus ou moins triangulaire. Les membres qui s'y insèrent sont également peu développés; lavantdernier anneau n'en porte jamais, même à l'état de vestiges, et chez le mâle on n'en voit que sur les deux premiers segmens (3). Ces organes ont toujours la forme de stylets simples et plus ou moins aigus (4) ; ceux de la première paire sont plus grands que ceux de la seconde , et présentent en général une gouttière destinée à recevoir ces derniers ; enfin , leur base est en rapport avec les verges , et ils paraissent servir uniquement à la copulation. Chez les femelles il existe , au contraire, toujours quatre paires de membres abdominaux insérés aux quatre segmens qui suivent le premier anneau (5) ; ces organes se composent chacun d'une tige longue, grêle et articulée, et d'un appendice flabelliforme à peu près de même longueur qui naît du côté ex-
(1) PL 3,%. 2, 5 et 6.
(2) Dans le genre Doclée, par exemple.
(3) PI. 3, %. f>.
(4) PI. 3, 6%. i5 et 16.
(5) PL 3, %. 5 et 14.
DES CRUSTACÉS. ?.5o,
terne de l'article basilaire de la tige ; l'une et l'autre de ces espèces de branches sont garnies de poils, et leur usage est de maintenir les œufs sous l'abdomen ; jamais ces membres n'ont la forme de fausses pâtes natatoires.
A l'intérieur, le système tégumentaire des Bracli jures présente aussi plusieurs particularités qu'il est essentiel de noter. La voûte des flancs est toujours dirigée très-obliquement en haut et en dedans , de manière à former avec le plastron sternal un angle qui n'excède guères 45 degrés (i). Les cellules situées audessous sont dirigées transversalement, les deux rangées qu'elles forment sont superposées , et leur ouverture, qui donne insertion à la pâte correspondante, est dirigée en dehors. La cavité viscérale, que les flancs et leurs cellules laissent entre eux, est toujours bornée en arrière par une selle turcique sur laquelle s'insère l'abdomen , et cette espèce de voûte est soutenue par un apodème médian. Enfin, il n'existe jamais de canal sternal proprement dit.
La centralisation du système nerveux ganglionnaire des Brachyures est porté très-loin ; ce système consiste toujours en deux masses médullaires seulement, l'une céphalique, et l'autre thoracique (2). Ce dernier, qui se compose de tous les ganglions thoraciques , présente tantôt la forme d'un anneau , tantôt celui d'un disque solide , et tient au premier par le collier œsophagien ; enfin, la portion abdominale de cet appareil n'est représentée que par un nerf impair qui nait, comme tous ceux du thorax , du centre médullaire
(1) PI. 2, fi°\ 9, 10, et PI. 3, %. 3.
(2) PI. n, fig 5.
26o HISTOIRE NATURELLE
dont nous venons de parler, et qui n'offre aucune trace de renflemens ganglionnaires.
L'appareil digestif de ces Décapodes ne présente aucune particularité très-remarquable: nous rappellerons seulement que les appendices cœcales qui naissent derrière le pylore sont longs et filiformes, que l'appendice situé entre l'intestin grêle et le gros intestin naît à peu de distance de l'estomac (i), et que les deux foies sont souvent réunis par un lobe médian (2).
Le cœur est presque quadrilatère ; et l'artère abdominale , qui naît à l'origine de la sternale , est extrêmement grêle (3). Le système des sinus veineux , situés près de la base des pâtes ; est très-développé ; et, sur la ligne médiane du corps , il n'existe pas de réservoirs semblables (4).
Les branchies ont toujours la forme des pyramides fixées par leur base , et composées d'une double série de lamelles empiléesles unes sur les autres (5). On n'en compte jamais plus de neuf de chaque côté du corps, et quelquefois il n'en existe que sept ; une ou deux des premières , fixées aux pates-mâchoires externes , sont touj ours rudimentaires et cachées sous les autres(6); mais les cinq ou sept dernières sont très-déveioppées, couchées sur la voûte des flancs , et constamment insérées sur une même ligne ; les trois, quatre ou cinq premiers naissent de l'articulation des membres cor-
(1) PL 4, fig. 1.
(2) PI. 4, fig. 5.
(3) PL 5, fig. 1.
(4) PL 6, fig. a et 4.
(5) PL 10, fig. 2 et 8.
(6) PL 3, fig. 8 et 9, k.
DES CRUSTACÉS. 2Ôl
respondans ; savoir : un au-dessus de la pate-mâchoire de la seconde paire, deux au-dessus de la pate-mâchoire externe , et deux au-dessus de la pâte thoracique de la première paire. Les deux dernières branchies naissent au contraire d'une ouverture pratiquée dans la voûte des flancs (i) et correspondent ordinairement aux pâtes de la seconde et de la troisième paire ; quelquefois il n'existe pas de branchie au-dessus de la troisième paire de pâtes ; enfin les deux derniers anneaux du thorax n'en portent jamais. Le fouet, qui naît de la pate-mâchoire externe, et celui de la seconde pate-mâchoire passent entre ces organes et la voîile des flancs, et l'appendice analogue, appartenant à la pate-mâchoire de la première paire, se recourbe sur la face supérieure et externe des branchies ; mais jamais ces derniers organes ne sont séparés entre eux par des fouets. Enfin, la cavité respiratoire n'est ouverte qu'à sa partie antérieure ; et la partie latérale de la carapace vient s'appliquer exactement contre le bord inférieur de la voûte des flancs ; aussi l'eau ne parvient-elle aux branchies que par une ouverture spéciale qui se voit en général au devant de la base des pâtes de la première paire , mais qui est quelquefois remplacé par un canal qui s'ouvre dans le cadre buccal à côté du conduit efFérent du même appareil.
L'appareil de la génération présente , chez les femelles , une disposition particulière qui est très-remarquable,et qui consiste dans l'existence d'une grande poche copulatrice placée près de l'ouverture de chacun des oviductes. Ces poches reçoivent les verges du mâle
(i) PI. 3, %. 3.
pendant la copulation, et servent évidemment comme des réservoirs pour la liqueur destinée à féconder les œufs à fur et à mesure de leur passage vers le dehors. Les vulves, comme nous l'avons déjà dit, occupent toujours le plastron sternal ; elles sont situées sur l'anneau qui porte les pâtes de la troisième paire , et sont cachées par l'abdomen. Les organes de la cèneration du mâle viennent en général aboutir à une ouverture creusée dans l'article basilaire des pâtes de la cinquième paire; mais dans la famille des Catomètopes, les verges sortent presque toujours par des trous pratiqués sur le plastron sternal lui-même.
La section des Brachyures comprend un très-grand nombre de Crustacés sur la classification desquels les auteurs ne sont pas d'accord. MM. Leach et Desmarest les ont rangé d'après le nombre des pièces distinctes dont l'abdomen se compose , soit chez le mâle, soit chez la femelle. Cette méthode est très-simple et d'une application extrêmement facile ; mais elle a le srrand inconvénient d'être tout-à-fait artificielle et d'éloitjner souvent les Brachyures qui ont entre eux le plus d'analogie ; il est des cas où, d'après ce système, des espèces appartenant à un même genre naturel seraient dispersées dans des familles différentes; nous ne pouvons par conséquent l'adopter.
M. La treille a eu recours à deux méthodes principales pour la distribution des Brachyures ; l'une fondée sur la forme générale du corps et la disposition des pâtes, l'autre basée sur ces mêmes considérations, ainsi que sur la forme de la bouche et quelques autres caractères. Dans la première de ces classifications , ce célèbre entomologiste divise les Brachyures en sept familles ; savoir : les Nageurs , les Arqués , les Quaciri-
DES CRUSTACÉS. l6S
latères, les Orblculaires, les JYiangu /aires, les Cryptopodes et les Natopodes ; et, dans la seconde , il réunit les Nageurs aux Arqués, et modifie un peu la composition de ces groupes , ainsi que de celui des Orbicu laires.
Cette dernière classification m'a paru Lien plus naturelle que toutes celles qu'on avait proposées jusqu'alors ; mais une étude approfondie de la structure des divers Brachy Lires et de la valeur des caractères employés pour leur distribution méthodique , m'a conduit à en modifier quelques points, et à diviser la section des Bracbyures seulement en quatre grandes familles qu'on peut distinguer à l'aide des caractères suivans :