TRIBU DES MYSIENS
Les M ysie&s ressemblent tellement à des Salicoques , que jusqu'à ces derniers temps on a rangé toutes les espèces, connues alors, danslâ Section des Décapodes Ma« croures, où il s formaient la famille pàrticulièrô désignée sous le nom de Schizopodes, Leur carapace (i) s'étend jusqu'à la base des pédoncules oculaires , et présente en général , au milieu du front , un rostre fudimentaire. Les antennes sont insérées sur deux lignes et conformées comme cbez les Salicoques , si ce n'est que Tappendice lamelleux de celles de la seconde paire est moins grand. La bouche est située tout près de la base de ces derniers , et se compose essentiellement d'un labre , d'une paire de mandibules garnies d^une lige palpiforme , d'une lèvre inférieure et de deux paires demâcboireslamelleuses (2); quelquefois toute la série des membres, qui font suite à ces appendices , appai*tient à l'appareil de la locomotion ; mais d'autres fois une ou même deux paires de ces orf^anes constituant des pates^màcboires, sans toutefois que leur forme diffère beaucoup de celle des pâtes thoraciques. Ces
(I) Voycs PI. ^^,Jtg 1 et 7.
(a) PI. 26, fig. a, 3, 4 et 5.
45^ UISTOIRE NATUREIiliE
pâtes présentent chacune deux branches très-développées , et portées sur un article basilaire très - court , de manière quelles paraissent être bifides dès leur base. Enfin , l'abdomen est de longueur médiocre ^ et les fausses pâtes , fixées à ses premiers anneaux, sont quelquefois rudimentaires.
Cette tribu renferme trois genres bien caractérisés , qu'on peut distinguer de la manière suivante :
Triba des
'Fausses pâtes ab-\ dominales très-pe- 1 titesetdé^pourvaes >Mt8is.
d'appendices bran- 1
Point de branchies chiaux. /
thoraciques. Une
ou deux paires de/
pâtes -mâchoires ; i Fausses pâtes ab-l
I pâtes postérieures! dominales gran-i
j complètes. Ides, et portant des I rt„--„,-
M'ï SIENS. c " [appendices bran-i
\ I chiaux en formel
Ide cylindre con- \tourné en spirale. 1
Des branchies thoraciques en forme i
de panaches suspendues à la base des
pâtes thoraciques ; point de pâtes- L
mâchoires proprement dites; pâtes vThtsanopopb.
postérieures dépourvues de leur bran-
che interne.
Genre MYSIS. — Mysis (1).
Le geni^ Mysîs se compose de quelques petits Crustacés nageurs , qui* par la forme générale de leur corps ressemblent extrêmement aux Salicoques, et qui, à raison de cette analogie, ont été rangés, par la plupart des auteurs, parmi
(i) Cancer, MuUer ; Othon, Fabricius MysiSy Latreillc, La-
marck, Leach, Desmarest, Thompson, etc.
les Décapodes j mais l'absence complète de branchies et la confonnation des membres semblent les rapprocher davantage des Amphions et des autres Stomapodes ,- et , tout en reconnaissant qu'ils établissent le passage entre ces deut ordres , nous avons cru devoir les placer ici plutôt que dans l'ordre des Décapodes ; marche qui a été adoptée aussi par M. Latreille dans son dernier ouvrage.
Les Mysis ont le corps étroit, alongé. Leur carapace (PI. 26, fig. 7) recouvre l'extrémité antérieure du tronc, ainsi que la majeure partie du thorax , et se reploie en bas de chaque côté , de manière à s'appliquer contre la base des pâtes ; elle est libre latéralement, et n'adhère pas aux derniers anneaux du thorax; antérieurement elle se rétrécit beaucoup et se termine par un petit l'ostre aplati, très-court ; enfin son bord postérieur est profondément échancré. Les yeux sont gros . courts, et ont leur base cachée sous le bord antérieur de la carapace. Les antennes internes s'insèrent au-dessous des yeux , près de la ligne médiane ; leur pédoncule a la même forme que chez les Salicoques , et porte à son extrémité deux filets mnlti-articulés , assez longs. Les antennes de la seconde paire s'insèrent au-dessous des précédentes , et se dirigent également en avant ; le premier article de leur pédoncule donne naissance à un appendice lamelleux ti'ès-alongé, et cilié sur le bord interne qui recouvre la base de ces organes , comme chez les SaUcoques. Les .deux articles suivans du pédoncule sont grêles et cylindriques , et le filet terminal est filiforme, multi-articulé , et plus long que les antennes supérieures. La bouche est très-rapprochée de la base des antennes , et présente , comme d'ordinaire , une lèvre supérieure transversale, suivie d'une paire de mandibules, d'une lèvre inférieure, de deux paires de mâchoires, et d'un certain nombre depates-mâchoires. Les mandibules sont dentelées sur leur bord interne , et portent une tige palpiforme très-développée qui se porte en avant assez loin. Les mâchoires de la première paire se composent chacune de deux petites lames ou lobes aplatis , ciliés sur 1^ bord ih-
454 HISTOIRE NATUA^LLE
tenie. Les mâchoires de la seconde paire sont plus grandes et re9«emblent beaucoup à celles des Squilles, sans être cependant aussi étroites \ elle^ »ont lamelleuses , et divisées du oàté ei^terne en quatre lobe» , par des scissures pli^s ou moin« profonde» ; le dernier de ces lobes est formé par Tarticle terminal), et le premier appartient aussi à un article basilaire distinct ; mais les deux lobes moyens sont confondus entre eux à leur base, et paraissent appartenir à un seul article , dont le bord externe e»t dilaté , arrondi et cilié i te bord intei^ne de ces organe» est également garni de poils. lies pates^machoire^ sont au nombre de deux paires , mais ne difierent que très-pau des pâtes proprement dites. Celles de la première paire sont courtes » asseï longues à leur base , et composées de trois branches ; l'interne est pédiforme, divisée en cinq article», garnie de poils» etreployée en dedans au devant de la bouche ; la branche moyenne ou palpe est plus alongée, et présente un article basilaire ti^èsgrand, suivi d'une espèce de lanière ciliée de chaque côté , et composée d'un très-grand nombre de petits articles. Enfin la branche externe oii appendice flabelliforme est représentée par une lame semi-membraneuse » qui est dirigée en haut , et logée entre la carapace et le» flancs. Les pates-mâchoires de la »econde paire ont la même forme ; mais leur branohe interne est plu» alongée , et elles manquent d'appendice flabelliforme j de mêmf^ qu'aux pi-écédentes , le dernier article de leur branche interne est lameUeux > large « court et arrondi au bout. Le» six paires if^patu tboraeiques, qui font suite à l'appareil buccal > et qui »e composent de membres corre»pondan« aux pâte» •« mâchoires externes et aux cinq paires de pâte» ambulatoire» chen les Décapodes, sont toutes grêle» et divisées en deux branche» ) leur longueur augmente progre»»ivement d'avant en arrière, et elles sont toutes conformée» pour la nage seulement, La branohe interne pré- »ente à peu près la forme ordinaire, mais se termine par un tarse onguiforme à peine vi»ible , qui pwcèdc un article styilforme qui aemUe niulli«ariicttlé^ et qui est cilié sur les
BBS entJSTACis. 4^^^
deux bords. La branche externe (ou palpe) est presque aussi longue que la branche interne , et a la même forme que celle des pates-mâchoires. Les pâtes des quatre premières paires ne portent pas de branche externe ou appeôr dice flabelliforme , tandis que celles des deux dernières en sont pourvues. Chei les mâles ces appendices sont rudimentaires; mais che» les femelles, ils acquièrent un développement extrême et constituent de grandes lames demîeornées (PI. S6, fig. 8) , i^loyées eti dedans sous le sternum , de façon à former une espèce de poche destinée à loger les œufe et les jeunes pendant les premiers temps de la vie ; disposition ti^s-analogue à celle que nous vendons aussi chez les Isopodes. Las deux derniers anneaux du thorax sont entiers, plus ou moins complètement à découvert, et semblables à ceux de Vabdomen, Cette dernière partie du corps est alongée , presque cylindrique , et graduellement rétrécie d'avant en arrière ; la portibn dorsale de ses derniers anneaux ne se prolonge pas latéralement de façon à encaisser la base des fkusses pâtes , comme chez la plupart des Salicoques j elle se termine par une grande nageoire caudale, composée de cinq lames dispersées en éventail, exac" tement comme chez les Décapodes Macroures. Enfin les cinq premières paires de fausses pâtes sont rudimentaires, et ne se composent chacune que d^une petite lame ciliée chez la femelle ; mais chez le mâle on y distingue un pédoncule et une lame terminale ; et celles de la première et de la quatrième paires acquièrent quelquefois un développement oonsidérabl*.
Ainsi que nous Pavons déjà dit , il n'existe aucun vestige de branchies , soit à la voûte des flancs , soit à la base des pâtes , soit à la face inférieure de l'abdomen, et le seul appendice qu} paraisse être modifié dans sa structure, de maqière à devenir plus propre que le reste du corps à remplir les fonctions d'un oi^ane de respiration , est le fouet des pate»-mâohoire8 de la premièf« paire , dont la disposition «st du r0st6 presque la même que celle qu'où
remarque chez un grand nombre de Crustacés pourvus de branchies. Quelques auteurs donnent le nom de branchies à l'article basilaire de la branche externe, ou palpe des pâtes thoraciques, mais sans étayer cette détermination d'aucun argument qui puisse la faire adopter.
M. Thompson a observé la circulation dans les Mysis, et a constaté que le cœur de ces Crustacés est alongé , et occupe la partie postérieure du thorax ; il donne naissance antérieurement à un vaisseau grêle qui se porte audessus de l'estomac, et se continue en arrière avec une grosse artère abdominale ; enfin , de chaque côté , il reçoit un vaisseau qui paraît être un tronc branchio-cardiaque. Les pulsations du cœur sont si rapides , qu'elles ressem<blent à des vibrations , et le sang est si ti'ansparent et si peu coloré , qu'on n'en distingue le mouvement qu'à raison des globules qui y flottent. M. Thompson pense que le vaisseau abdominal présente de chaque côté , vers son extrémité postérieure, une ouverture garnie de valvules , par laquelle le sang pénètre dans deux conduits veineux situés de chaque côté de l'intestin , et que c'est par ces derniers vaisseaux que ce liquide revient vers un grand sinus situé sous le cœur.
Ce naturaliste a enrichi aussi l'histoire de ces Crustacés par des observations ti'ès-intéressantes sur lem* développement. Ainsi que nous l'avons déjà dit , les œufs éclosent dans l'espèce de poche située sous le thorax j et les jeunes Mysis y demeurent pendant les premiers temps de la vie j on les y trouve , serrés les uns contre les autres ayant la tête dirigée vers le sternum de leur mère, et le corps recourbé en avant. JLeur forme s'éloigne beaucoup de celle des individus adultes. Les plus jeunes ont la tête très-grosse et le corps pyriforme ; on leur voit de chaque côté deux petits membres styliformes. Bientôt l'extrémité postérieure s'allonge et se bifurque j le nombre des membres augmente , les yeux pédoncules et les antennes se monti*ent , et les divisions entre la tête ^ le thorax et l'abdomen deviennent distinctes. Enfin,
DES CRUSTACÉS. ^^y
ce n'est qu'après leur sortie de la poche ovifère qu'ils acquièrent tout-à-fait la forme qu'ils doivent conserver, et que la branche interne de leurs pâtes présente une tige terminale multi-articulée.
Les Mysis nagent dans la mer, réunis en troupes nombreuses, et paraissent abonder surtout vers le nord. Suivant Othon Fabricius, ces petits animaux constitueraient Taliment principal des Baleines.
S Espèces dont la lame médiane de la nageoire caudale est bifur' quée»