ORDRE DES AMPHIPODES
L'ordre des Amphipodes renferme un nombre assez considérable d'espèces qui sont toutes d'une très-petite taille; on ne connaît encore aucun Crustacé de cette division dont le corps ait plus de dix-huit lignes de long. Leur tête (i), formée d'un seul segment, porte deux yeux sessiles et immobiles, des antennes, en général au nombre de quatre, placées sur ceux lignes , et un appareil de mastication composé : i° d'un labre; 2° d'une paire de mandibules pourvues, en général, d'une tige palpiforme; 3° d'une lèvre inférieure; 4° de deux paires de mâchoires, et 5° d'une paire de pates-mâchoires réunies sur une base commune, de façon à constituer une sorte de lèvre sternale médiane (2). Le thorax est toujours divisé en six ou sept segmens mobiles dont l'arceau dorsal est ordinairement composé de trois pièces bien distinctes , savoir : un tergum et deux épimères; les membres thoraciqu es sont au nombre de sept paires ; leur configuration varie beaucoup, mais la branche interne ou tige est seule très-développée , de façon que les pâtes ne pa-
(1) PI. I , fig. 2, a; PI. 29 et 3o.
(2) P|f 29, fig. 5, 6, 7, 8,9, 10; PL 3o, fig. 6, 7, 8, 9, etc
Al ?>6 H°<
>s jo -*
missent jamais bifurquées ou biramées; celles des quatre premières paires sont toujours dirigées en avant, et les autres se recourbent en arrière. A la base de la plupart de ces organes on trouve, du côté interne, une grande vésicule membraneuse (1) qui semble être le représentant de la branche externe des pates-mâchoires et des pâtes ordinaires chez certains Podoph thaï mes, et qui présente ici tous les caractères d'un organe de respiration. Les femelles portent leurs œufs sous le thorax, et ont souvent des appendices flabelliformes fixés à la base des pâtes pour servir à cet usage, mais d'autres fois ce sont les vésicules respiratoires qui en remplissent les fonctions. L'abdomen est toujours très-développé , surtout dans sa moitié postérieure, c l les appendices qui s'y insèrent ne sont jamais renfermés dans une cavité; ceux des trois premières paires diffèrent beaucoup des autres, et constituent des fausses pâtes natatoires (2) ; ils ont chacun un long pédoncule et deux lames terminales longues , cornées et fortement ciliées sur les bords; les autres ont également un pédoncule long et cylindrique , mais les pièces qui les terminent ont tantôt la forme de stylets (3), tantôt celle de petites lames lancéolées (4) ou de grandes feuilles membraneuses (5), et se trouvent refoulées en arrière, de façon
(i) PI. a, fig. i5.
(2) PI. 1, fig. 2, y; PL 29, fig. 19.
(3) PL 1, fig. i,s, z'y z".
(4) PL 3o , fig. 3, 12, i5.
(5) PL 3o, fig. 5.
à former, avec la partie terminale de l'abdomen , une sorte de nageoire en éventail, ou un organe de saut. Il est aussi à noter que le cœur n'occupe pas la portion postérieure du corps comme chez les Isopodes , mais s'étend dans presque toute la longueur du thorax.
Ces Crustacés sont tous aquatiques, et présentent en naissant des formes peu différentes de celles qu'ils ont à l'âge adulte.
L'ordre des Amphipodes se divise naturellement en deux groupes ou familles que l'on peut distinguer de la manière suivante :
Pales-màchoires très grandes rccou- \
vrant toute la bouche et formant une i r n
, ,, , . . . I ramille
espèce de lèvre sternale impaire ter- f
minée par quatre grandes lames cor- / „
* , ' .. ° , .r .1 II.REVETTIIVES.
Ordre I nées et deux liges palpilormes Ires-
longues, des (
rates-mâchoires ne recouvrant que
AMPII1PODF.S. I la base des appendices précédents , et i „ -,,
t r rr « , *V , I Pamille
formant une espèce de lèvre sicrnalc \ ,
«. ..... i > des
impaire terminée par trois lames cor- ( ,.
. . ,, j .• i -r 1 llYPEllliTES.
nées, et dépourvue de liges palpilormes ou n'en ayant que des vestiges.
FAMILLE DES CREVETTINES.
Les Amphipodes , de la famille des Crevettines , ont tous une forme svelte , et la tête petite et arrondie (1). Leurs antennes, au nombre de quatre , sont toujours bien développées , insérées sur deux rangs à la face antérieure de la tête , et dirigées en avant ; on y distingue un pédoncule allongé , composé de trois ou quatre articles, et une tige terminale presque toujours longue, multi-articulée et plus ou moins sétacée. La conformation de l'appareil buccal est caractéristique ; les patesmâchoires (2) , très-grandes et réunies à leur base, de façon à former une sorte de lèvre inférieure médiane , recouvrent toute la bouche , et se terminent chacune antérieurement par deux grandes lames cornées, sur les côté externe desquelles s'avance une longue tige palpiforme , composée de plusieurs articles. Les mâchoires de la seconde paire se composent d'un article basilaire portant deux grandes lames ovalaires (3) ; celles de la première paire sont très développées , et se composent d'une série de quatre ou cinq articles , dont les premiers sont élargis en forme de lame du côté interne , et dont le dernier est également lamelleux et recourbé en dedans (4) ; enfin , les mandibules sont courtes et fortement dentées (5).
(1) PI. I, fig. 1, a; PL 29, fig. 1 , 4i II, 12 et 16.
(2) PI. 29, fig. 2 et 6.
(3) PI. 29 , fig. 10.
(4) Pi. 29, fig. 9.
(5) PI. 29, fig. 3, 7, i3, 18.
DES CRUSTACÉS. g
Leur thorax est presque toujours divisé en sept segmens(l), et présente en général des pièces épimériennes bien distinctes. Les pâtes des deux premières paires sont presque toujours très-développées, et constituent les organes principaux de préhension (2), à moins qu'elles ne soient modifiées pour servir à creuser le sol (3) ; celles des cinq paires suivantes sont toutes essentiellement ambulatoires ; le premier article des six dernières est souvent clypéiforme , mais les articles suivans sont presque toujours grêles, cylindriques et allongés ; et lorsqu'elles sont préhensiles , ce qui est très-rare , cela dépend seulement de l'inflexion de la griffe terminale sur l'article précédent (&). Enfin les mouvemens de ces organes s'exécutent suivant le sens longitudinal , c'est-à-dire d'arrière en avant , et vice versa. Les membres abdominaux des trois dernières paires se terminent par de petits appendices plus ou moins styliformes , et ne portent jamais de grandes feuilles semi-membraneuses (5).
Il est aussi à noter que la disposition du canal alimentaire rappelle ce qui existe chez les Décapodes et les Stomapodes ; car on distingue un estomac petit et globuleux qui est logé dans la tête , et dont les parois sont soutenues par une espèce de charpente cornée , mode d'organisation dont nous n'avons pas rencontré d'exemple parmi les Hypérines. Le cœur a la forme d'un vaisseau dorsal logé dans le thorax. Enfin ces Crustacés ne sont jamais parasites, ils mènent une vie errante , et sont en général remarquables par leur agilité.
( i) PI. I , fig. a , b , c ,' d , é, /, g, h.
(2) PI. I , fig. 2, r, 5; PI. 29, fig. 4,11, 14.
(3) PI. 29, fig. 1.
(4) PI. 29, fig. II.
(5) Pi. 2, fig. 2 , PI. 29, fig. 17.
Nous avons divisé cette famille en deux tribus , savoir :
1° Les Crevettines sauteuses , dont le corps est trèscomprimé , les pièces épimériennes très-grandes , et les trois derniers segmens de l'abdomen portent des appendices styliformes qui constituent un organe de saut (1);
2° Les Crevettines marcheuses , dont le corps n'est pas notablement comprimé , dont les pièces épimériennes sont petites , et les fausses pâtes des trois dernières paires se terminent par de petites lames natatoires , et ne constituent pas un organe de saut (2).