TRILOBITES ANORMAUX OU BATTOIDES
Les fossiles rangés dans cette division diffèrent considérablement des Trilobites proprement dits , et ne sont encore qu'imparfaitement connus. Ce sont de petits boucliers presque circulaires de deux sortes , que M. Brongniart considère comme ayant recouvert tout le corps auquel chacun de ces disques appartenait , et que Dalman regarde comme étant seulement des portions du corps, et comme ayant appartenu les uns à la tète, les autres à l'abdomen d'un Trilobite dont le thorax aurait été réduit à un état rudimen taire ou bien serait demeuré membraneux. Ces deux sortes de boucliers sont à peu près de même forme et de même grandeur, mais diffèrent par la disposition des éminences qu'on aperçoit à leur surface , et sont divisés en trois lobes.
On ne connaît encore qu'une seule espèce dont M. Bronçniart a formé le
Genre AGNOSTE. — Agnostus (1).
M. Dalman a cru devoir substituer à ce nom celui de Battus; mais nous ne voyons aucun motif suffisant pour adopter cette innovation.
Chacun des boucliers de ces crustacés fossiles est à peu près de la grosseur d'un pois , et représente une ellipse tronquée rV\. 34, hg. 13 et 14), dont le bord arrondi est précédé d'une petite gouttière, et dont la surface est divisée en trois lobes par deux sillons longitudinaux ; le lobe médian est moins
(i) Entomolilhus , Linné. — Entomostracites , Wahlenberg. — Agnostus , Brongniart.-— Trilobites, Schlotheim. — Battus, Dalman. — Agnostus , Bronn , Murchison , etc.
*if\H HISTOIRE NATURELLE
long que les lobes latéraux, qui se joignent entre eux dans une partie de leur longueur ; enfin le lobe médian présente à sa base deux tubercules et est creusé de quelques sillons dont la disposition varie un peu. Ces boucliers, quoique se ressemblant d'une manière générale, offrent aussi d'autres différences et appartiendraient, suivant M. Brongniart, à deux variétés de la même espèce, mais ils se trouvent ensemble et paraissent être plutùt, ainsi que le pense Dalman, des parties différentes d'un même animal ; l'un d'eux un peu plus grand que l'autre et offrant une ligne médiane entre la portion des lobes latéraux qui dépasse le lobe médian , paraît être le bouclier céphalique, et celui qui ne présente pas cette ligne semble avoir dû être le bouclier abdominal , dont la disposition ne s éloignerait que peu de celles de la même partie chez les Mes, les Amphyx et les Isotèies. Du reste, on n'a jamais trouvé ces deux boucliers réunis , et on ne sait rien sur le thorax, que l'on peut supposer avoir servi à les unir.
Ces fossiles singuliers, dont la nature est encore problématique , sont connus aujourd'hui sous le nom de :
Agnoste PisiroRME. — A. Pisiformis (1).
Et se trouvent en nombre très-considérable dans un calcaire lamelleux de la Suède.
(i) Enlomolithus paradoxus , var. pisiformis , Linné , Syst. nat. éd. 12, t. 3 , p. iGo. — EntomoslraciLes pisiformis , Wahlenbcrg , Mém. d'Upsal, t. 8, p. l\i , PI. i , lig. 5, et Journal de physique , t. 91 , p. 3^, fig. 12. — Agnostus pisiformis > Brongniart, Crus t. foss. p. 38, PJ. 4» fig- 4- — Battus pisiformis , Dalman, Uber die Paleaden, , et Mém. de Stoekh , i836, p. a58, Pi. 6, fig. 5.— Trilobiles pisiformis , Schlotheim Petrif. 3, p. 36. — Agnostus pisiformis ,Bromi, Letliaea , t. 1 , p. 1 23, PI. 9, lig. 20. Edw. Addit. au Lamarck , t. 5 , p. 25i. — Murchison , Siiurian Syst. t. 2 , p. G6/\, Pi. 25, fig. 4.
LÉGION DES BRANCHIOPODES.
Les Crustacés dont ce groupe se compose ont l'appareil buccal disposé pour la mastication à peu près comme dans les divisions précédentes , mais ils se distinguent essentiellement de tous les autres Crustacés par la conformation de leurs membres thoraciques qui , au lieu d'avoir la forme de tiges rigides propres à la locomotion, sont foliacés, membraneux et destinés principalement, sinon exclusivement, à la respiration (PL 35 , fig. 2,7,9).
La forme de ces pâtes branchiales varie un peu ; mais en général, on peut y distinguer trois portions principales ou branches qui semblent représenter les trois parties qui chez les Décapodes constituent la tige principale des pâtes ou despates-mâchoires, le palpe et le fouet; mais ici toutes ces parties sont lamelleuses (PI. 35 , fig. 3 , 6 , 8 , 1 1 ). La branche interne est composée de plusieurs articles lamelleux placés bout à bout et porte engénéral sur son bord interne des appendices foliacés ou des prolongemens en forme de lobes; la branche moyenne et la branche externe s'insèrent sur le bord externe de l'article basilaire de la branche interne , et consistent chacune en une vésicule aplatie ou en une foliole membraneuse. Ces organes sont dans un état d'agitation continuelle , même lorsque l'animal ne
change pas de place , et c'est , en général , à l'aide de mouvemens de la queue ou des antennes que la natation s'effectue.
Le nombre des anneaux dont le corps des Brancîiiopodes se compose varie beaucoup ; quelquefois on n'en compte que très-peu, mais d'autres fois on en trouve beaucoup plus que chez les Crustacés ordinaires. La tête est en général distincte et porte , tantôt un seul œil , tantôt deux ou trois, dont deux sont souvent fixés sur des pédoncules mobiles à peu près comme chez les Podophthalmes ( PL 35 , iig. 1,9, 10 ). Les antennes sont, en général, peu développées, à moins quelles ne prennent la forme de rames natatoires , comme cela a lieu chez les Daphnidiens. La bouche est armée d'un labre, d'une paire de mandibules , d'une lèvre inférieure et d'une seule paire de pates-mâchoires peu développées. Enfin l'abdomen est, en général, assez grand et terminé par une sorte de queue bifide.
La plupart de ces Crustacés vivent dans les eaux douces , et sont de très-petite taille.
Nous les rangerons, à l'exemple deLatreille, en deux ordres : les Phyllopodes et les Cladocères qui sont faciles à distinguer par le nombre des pâtes , qui est toujours très-considérable chez les premiers , et qui ne s'élève qu'à quatre ou cinq chez les seconds.
DES CRUSTACES.
ORDRE DES PHYLLOPODES.
L'ordre des Phyllopodes a été établi par Latreille pour recevoir les Branchiopodes dont le corps tantôt nu , tantôt recouvert par un bouclier ou renfermé dans un test bivalve , est divisé en un grand nombre de segmens , lesquels portent presque tous des pâtes foliacées. Ces animaux varient, du reste, beaucoup par leur conformation, et sont quelquefois pourvus d'un certain nombre de pâtes simplement natatoires placées à la suite des pâtes branchiales , mais toujours celles-ci sont au nombre de huit paires au moins , et quelquefois on en compte une soixantaine de paires.
Nous diviserons ce groupe en deux familles, les Apusiens et les Branchipiens , suivant que le corps est nu ou cuirassé; mais lorsqu'on connaîtra un plus grand nombre de ces animaux , on sentira probablement la nécessité de doubler le nombre de ces subdivisions et de prendre pour types d'autant de familles naturelles , les Nébalies , les Apus , les Limnadies et les Branchipes.
Les principaux caractères génériques de ces divers Crustacés se voient dans le tableau suivant. •
HISTOIRE NAÏLRELLE
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D F. S CP.USTACLS.
FAMILLE DES APUSIENS.
Cette division comprend tous les Phyllopodes dont le dos est recouvert d'une carapace clypéiforme ou le corps renfermé dans un test bivalve. Elle comprend les genres Nébâlie, Limnadie et Apus (voyez le tableau ci -contre).
Genre NÊBALIE. — Nebalia (1).
Les Nébalies sont de petits Crustacés très-curieux qui, à raison de leurs yeux pédoncules et de leur carapace , se rapprochent des Podophthalmes , mais qui ne possèdent pas de branchies proprement dites, et respirent à l'aide des membres thoraciques devenus membraneux et foliacés. Elles semblent, à plusieurs égards , établir le passage entre les Mysiset les Apus.
La carapace de ces animaux ressemble beaucoup à celle des Salicoques ; elle est ployée sur la ligne médiane du dos , comprimée latéralement et assez grande pour cacher la base des pâtes et pour recouvrir toute la tête, tout le thorax et une partie de l'abdomen (PI. 35, fig. 1) ; mais elle n'adhère qu'à la tete, et les anneaux thoraciques et abdominaux cachés au-dessous d'elle sont parfaitement libres et complets en dessus (fig. 2). En avant, la carapace se termine par un prolongement rostriforme qui est pointu et mobile. Les yeux sont assez gros et portés sur des pédoncules mobiles; ils font saillie sous le bord antérieur de la carapace de chaque côté de la base du rostre, et laissent voirau microscope ungrandnombre de corps cristal loïdes logés sous une cornée commune et en- Ci) Cancer, Othon Fabricius, Fauna Groenl. — Montagu , Linn. Trans. vol. n. — Nebalia, Leach, Zool. miscel. vol. I. — Desmarest , Consid. p. j»43. — Latreille, Règne anim. de Cuvier, lre édit. t. 3, p. 39, et 2« édit. t. 4, p. i53 et 584- — Edwards, Ann. des Se, nal. t. l3 , p. 297, et Ann. ae série, t. 3, p. 3og.
châsses dans une matière colorante brunâtre. Les antennes, au nombre de deux paires , sont grandes et constituent des rames natatoires. Celles de la première paire se composent d'un gros pédoncule coudé, formé de deux articles et portant à son extrémité une lame ovalaire à bords ciliés , et une tige multi-articulée assez longue. Celles de la seconde paire naissent immédiatement en arrière des précédentes, et sont également coudées, de façon à se diriger d'abord obliquement en avant , puis en bas et en arrière ; leur pédoncule se compose de trois articles , et elles se terminent par un seul appendice qui est sétacé et multi-articulé comme l'un de ceux des antennes antérieures , mais un peu plus large. La bouche est armée d'une paire de mandibules et de deux paires de mâchoires. Les mandibules ressemblent beaucoup à celles des Décapodes; elles sont courtes , courbes, armées en dedans de deux grosses dents et pourvues d'une longue branche palpiforme composée de trois articles dont les deux dernières sont les plus grandes. En arrière de ces organes , on trouve une petite lèvre bilobée et très-mince. Les mâchoires de la première paire se composent d'une pièce basilaire qui se prolonge en dedans sous la forme d'une lame ciliée, et qui donne insertion à une longue tige filiforme ciliée et composée de plusieurs articles, laquelle se dirige d'abord en avant, puis se recourbe en haut et en arrière, et se prolonge jusqu'à l'extrémité postérieure du thorax entre la face interne de la carapace et les flancs. Les mâchoires de la seconde paire se composent d'un article basilaire assez grand, quadrilatère dont le bord interne est profondément divisé en plusieurs lobes, et dont le bord inférieur donne attache à deux branches formées l'une de deux articles, l'autre d'une seule pièce. A cet appareil succède une série de huit paires de pâtes foliacées et branchiales qui, extrêmement minces et fort serrées les unes contre les autres , sont entièrement cachées sous la carapace , et s'insèrent à huit anneaux thoraciques très-étroits , mais bien distincts. Ces pâtes (PI. 35, fig. 3) se composent chacune 1° d'une pièce la-
melleusequi en forme la branclie interne, qui en occupe toute la longueur et qui , assez large à sa base , se rétrécit beaucoup dans sa moitié inférieure ; 2° d'une grande feuille membraneuse presque aussi longue que la branche interne , au côté extérieur de laquelle elle s'insère vers sa partie supérieure ; et 3° d'une seconde feuille également membraneuse placée entre les deux appendices précédens et inséré comme cette dernière au bord externe de la branche interne. La portion postérieure du corps, que l'on peut considérer comme X abdomen , se compose de huit anneaux plus longs que les précédens, et dont le diamètre diminue progressivement ; les quatre premiers sont cachés sous la carapace , et les autres constituent une sorte de queue terminée par deux appendices allongés, styliformes et ciliés. Une série de pâtes natatoires ( fig. 4 ) , composée chacune d'un article basilaire allongé et de deux branches pointues et à bords ciliés, s'insère aux premiers anneaux abdominaux, et font saillie à la partie inférieure et postérieure de la carapace; leur nombre paraît varier de trois à cinq paires. Enfin il existe aussi quelquefois, sinon toujours, en arrière de ces organes , deux paires d'appendices rudimentaires (1).
M. Thompson , à qui l'on doit des observations très-intéressantes sur le développement de divers crustacés , pense que les Nébalies sont déjeunes Cirrhipèdes (2), mais il nous paraît indubitable que cela n'est pas et que cette opinion n'est fondée que sur quelques ressemblances de forme extérieure.
NÈBALiE de Geoffroy. — N. Geoffroyi (3). (PI. 35, fig. i.)
Quatre paires de grandes pâtes natatoires bifides , suivies de deux paires d'appendices styliformes rudimentaires fixées aux
(i) Voyez pour la composition du système appendiculaire des Nébalies, les figures que j'en ai données dans la grande édition du Règne animal de Cuvier, Crust. Pi. 4> %• 5.
(2) Zoological Researches and illustrations , p. 83.
(3) Edwards , Ann. des Se nut. t. i3 , p. 297 , PI. i5 et Ann. des
IIISTOIfi E NATURELLE
six anneaux qui précèdent le pénultième. Longueur environ quatre lignes. Habite les côtes de la Bretagne (C. M.)
La Nébalie de Straus , décrite par M. Risso (i), ne paraît pas différer de l'espèce précédente.
La Nébalie de IIerbst (2) se distingue par l'existence de cinq paires de pâtes natatoiresbifides. Elle habite les côtes du Groenland .
La Nébalie de Montagu (3) paraîtrait n'avoir que trois paires de ces membres , mais n'est que très-imparfaitement connue.
Enfin je suis porté à croire que le fossile décrit par M. Scouler (4) comme étant une espèce d'Argas , appartient au genre Nébalie.j
Genre APUS. — Apus (5).
Le genre Apus se compose d'un petit nombre de Crustacés de taille médiocre , dont l'organisation très-remarquable a été étudiée avec soin par Schœffer.
Les Apus (PI. 35, fig. 5) ont la presque totalité de leur corps cachée sous une grande carapace clypéiforme , qui est arrondie et bombée en avant, légèrement carénée vers son extrémité postérieure et échancrée en arrière. Ce grand bouclier présente à quelque distance de son bord antérieur un petit œil lisse situé sur la ligne médiane, et deux yeux composés réniformes et de couleur noirâtre , placés tout auprès et un peu en avant du premier ; un peu plus en arrière, on y
Se. nat. a« série, t. 3, p. 3ck).— Guérin, Iconogr. Crust. Pi. 3a , %. ». (i) Nebalia Strausi, Risso, Hist. nat. de l'Eiir. méiid. t. 5, p. 84
PL 4> fig- 20-22.
(2) Cancer bipes , Othon , Fabricius, Fauna Groenlandica, p. ^6, fig. 2. — Cancer gammarellus bipes , LIerbst, t. 2 , p. 1 1 1 , PL 3j , %• 7- ~ Nebalia, Herbstii , Leach , Zoc-L miscel. vol. i , p. ioo , PI. 44--Desmarest, Consid. p. 243—Thompson, Zool. researches, PL u, fig. 1 (d'après Leach).
(3) Moncculus rostratus , Montagu, Trans. of the Lin. soc. vol. xi , PL 2 , fig. 5. — Nebalia Montagni , Thompson, op. cit.
(4) On fossil argas. Records of gênerai science, vol. 1, p. 1 36.
(5) Monoculus, Linné, Fabricius. —Linnulus, Mùller.— Lamarck. Binoculus , Geoffroy. — Branchipus , Schœffer. — Apus , Schœffer, Monogr. — Utreille, Leach , Desmarest , Savigny, etc.
remarque deux sillons transversaux qui la divisent en deux portions , l'une céphalique, l'autre thoracique ; et vers la partie antérieure latérale de cette dernière portion, on aperçoit de chaque côté des stries obliques terminées en forme d'anses et paraissant correspondre aux vaisseaux biliaires. En dessous, la carapace est confondue avec la tête, mais recouvre simplement les anneaux thoraciques et abdominaux sans y adhérer; en avant, elle est épaisse et on y remarque une surface plane et semi-lunaire qui peut être considérée comme un épistome et qui est de niveau avec les bords ; mais dans tout le reste de son étendue le test est concave en dessous et foliacé ; une paire de petites antennes styliformes s'insère derrière le bord postérieur de cette surface épistomienne , et entre ces appendices se trouve la bouche qui est garnie 1° d'une lèvre supérieure très-grande et quadrilatère; 2° d'une paire de mandibules , grosses , courtes et fortement dentées, mais dépourvues de palpes; 3° d'une lèvre inférieure ( ou langue Savigny ) , qui est bilobée et terminée en gouttière longitudinale; 4° de deux paires de mâchoires dont les premières se terminent par une lame dentelée sur le bord , et les secondes sont divisées en deux branches, savoir une interne porte une petite lame ovalaire à bords ciliés, et une autre cylindracée , plus allongée, cl surmontée d'un appendice styliforme. Le thorax et l'abdomen sont presque cylindriques et se composent d'une trentaine d'anneaux dont la longueur diminue successivement vers l'extrémité postérieure du corps qui fait plus ou moins saillie en arrière de la carapace. Les pâtes de la première paire qui s'insèrent immédiatement en-arrière de la bouche, sont extrêmement longues et en forme de rames ; elles se composent d'une portion basilaire cylindrique formée de trois articles, et de trois longs appendices sétacés et multiarticulés, semblables au filet terminal des antennes chez les Décapodes macroures, et portés chacun par l'un des articles pédonculaires ; auprès de la base du premier de ces filaments, qui est le plus court des trois , on aperçoit un appendice
semblable, mais très-court. Les pâtes suivantes sont au contraire très-élargies et lamelleuses ( fig. 6 ) ; on y distingue trois branches , dont les deux externes affectent toujours la forme de feuilles membraneuses et dont l'interne, plus développée que les autres , varie un peu dans sa conformation. Aux pâtes de la seconde paire, cette branche interne ou tige , se compose de trois articles placés bout à bout, et portant chacune sur leur bord interne un ou deux appendices lamelleux semi-cornés , de forme lancéolée et à bords dentelés ; les deux premiers articles sont à peu près quadrilatères et assez larges , et le premier est garni de deux appendices lancéolés , tandis que le second n'en porte qu'un seul ; le troisième article porte aussi un seul de ces appendices, fixé près de sa base , mais est lui-même lancéolé et se termine par une pointe cornée. La branche moyenne, membraneuse et d'une délicatesse extrême, est triangulaire, trèsallongée verticalement et fixée par son angle interne à l'extrémité du bord extrême de l'article basilaire de la branche interne. Enfin la branche externe , qu'on peut considérer comme le représentant de l'appendice flabelliforme des Décapodes, est de même texture que la branche moyenne, et a la forme d'une feuille ovalaire fixée, par son extrémité inférieure , au bout de l'article basilaire de la branche interne; il paraîtrait, d'après Schœffer, que pendant la vie cette feuille est de couleur rougeâtre et légèrement gonflée en forme de vésicule ; mais dans les individus conservés dans l'alcool nous l'avons toujours trouvée aplatie et jaunâtre comme les autres appendices. Les pâtes des huit paires suivantes sont conformées de la même manière; mais aux pâtes de la dixième paire et des paires suivantes , la branche interne se raccourcit beaucoup, les appendices de son bord interne prennent peu à peu la forme de petites lanières ovalaires et son article terminai , au lieu d'être lancéolé et corné, prend la forme d'une feuille membraneuse ovalaire semblable à celles qui constituent les branches externe et moyenne ; enfin cette dernière devient aussi ovalaire. Les pâtes de la on-
des crustacés. 35g
zième paire diffèrent des autres, chez la femelle, en ce qu'elles manquent de branches externes, et ont à la place des trois articles de leur branche interne une grande lame circulaire qui s'applique sur la feuille circulaire formée par la branche moyenne , et constitue de la sorte une grande capsule, dans l'intérieur de laquelle les œufs se logent; on désigne quelquefois ces organes sous le nom de pâtes à matrice. Enfin , vers la partie postérieure du corps , les pâtes deviennent de plus en plus petites, et les dernières sont tout à fait rudimentaires ; on en compte en tout soixante paires. Les cinq anneaux abdominaux qui précèdent le dernier sont tout à fait cylindriques et dépourvus d'appendices. Le dernier porte de chaque côté un long appendice sétacé multi-articulé , et se termine par une lame caudale plus ou moins développée, au dessous de l'origine de laquelle se trouve l'anus.
Les Apus habitent les eaux stagnantes et se trouvent quelquefois dans des fossés dont l'eau est tout à fait croupie. Quand cette eau s'évapore , ils ne tardent pas à périr ; mais dès que la pluie a renouvelé ce liquide, on les voit souvent reparaître , et on a quelquefois observé ce phénomène dans des mares desséchées depuis plusieurs années ; cela paraît dépendre de la faculté que possèdent les œufs de se conserver long- temps lorsqu'ils sont privés d'humidité , et de se développer dès qu'ils trouvent l'eau et la chaleur qui leursont nécessaires. Ces Crustacés changent de peau environ vingt fois dans l'espace de deux ou trois mois. On n'a trouvé jusqu'ici que des femelles, et on a constaté que celles-ci , de memeque les Pucerons et les Daphnies peuvent se multiplier sans le secours du mâle ; mais rien ne prouve encore qu'il n'existe pas de ces derniers. Les œufs , de couleur rouge, tombent des capsules ovifères au fond de l'eau que ces Crustacés habitent, et les petits qui en naissent diffèrent beaucoup de ce qu'ils deviendront, car leur corps est ovoïde, les antennes saillantes et les pâtes antérieures constituent des. rames trèsgrosses et simples.
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Leach a divisé ce groupe , mais sans nécessité, en deux genres sous les noms d'Apus et de Lepidure.
i. Apus CA.NGRIFOKME. — À. cancriformis (i).
Filets des pâtes rameuses très-longs. Lame terminale de l'abdomen très-courte (moins longue que large). Habite nos eaux douces.