‹ Histoire naturelle des crustacés, comprenant l'anatomie, la physiologie et la classification de ces animauxChapitre 284 sur 376 · FAMILLE DES MONOCLES · texte numérisé non relu

FAMILLE DES MONOCLES

Ce groupe est caractérisé principalement par l'existence d'un œil unique situé sur la ligne médiane, à la partie antérieure et supérieure de la tête. Les Crustacés dont il se compose sont tous d'une petitesse extrême, et sont remarquables par les métamorphoses qu'ils subissent dans le jeune âge. Pour que l'accouplement puisse s'effectuer, le mâle s'accroche à la queue de la femelle à l'aide de ses antennes, qui diffèrent presque toujours par leur forme de celles de cette dernière , et sont souvent pourvues d'un renflement préhensile. La manière dont la fécondation s'opère est des plus remarquables ; M. Siebold a constaté dernièrement qu'il n'y a pas de véritable coït ; mais que le mâle produit un spermatophore tubulaire qu'il accole à l'abdomen de sa femelle, tout près de la vulve, et que, par un phénomène d'endosnose , la liqueur fécondante est ensuite expulsée de ce réservoir pour pénétrer dans l'appareil femelle, ou pour se porter sur les œufs au moment de leur passage de l'ovaire dans le sac ovifère (1). La femelle , beaucoup plus grande que le mâle, l'entraîne pendant quelque temps avec elle ; et, après la fécondation , pond un nombre assez considérable d'œufs qui , pendant toute la durée de l'incubation , restent suspendus sous son abdomen dans une ou deux grosses poches ovoïdes. Les petits qui en éclo-

(i) Voyez les observations de M. Siébold sur l'accouplement du Cyclope castor, dans les Me m. des curieux de la nat. de DauUig, et dans les Annales des sciences natur. 2e série, t. i/{.

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sent sont de forme presque circulaire et ne sont pourvus que d'une paire d'antennes et de deux paires de pâtes natatoires ; ils ressemblent alors si peu à leurs parens , qu'un zoologiste habile , Mùller, en a formé un genre distinct , sous le nom à'Amjmone. Mais ils changent plusieurs fois de peau , et à chaque mue leur thorax , puis leur abdomen , se développent de plus en plus , et on voit paraître en même temps les membres , qui d'abord manquaient complètement. Lorsqu'ils n'ont que six pâtes , ils constituent le genre Nauplius de Mùller.

Les Monocles présentent, dans la structure de leurs antennes inférieures et de leurs pates-mâchoires , des différences qui nous semblent suffisantes pour motiver leur division en trois genres , dont les principaux caractères sont indiqués dans le tableau ci-joint :

/ Pates-mâchoires pos- / Antennes de la seconde) n „.n „ . I ,, . ,,. ^ A • • i ( Ctclops.

c/5 & teneures médiocres et I paire simple )

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Pates-mâchoires postérieures constituant de grosses t .

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mains subchehtormes )

Genre GYCLOPS. — Cyclops (1).

Nous réservons le nom de Cyclopes aux Monocles dont les antennes de la seconde paire sont simples, et dont les patesmâchoires ne sont pas subchaeliformes. Le corps de ces animaux est pyriforme, et la tête, confondue avec la portion antérieure du thorax , constitue un grand bouclier semi-ova-

(I) Monoculus, Linnaeus, Fabricius, Geoffroy, Degeer , Jurine , etc. — Cyclops, Mùller, Latreille , Lamarck , Ramdohr, Leach, Desmarest, r>aird, etc.

laire, en arrière de laquelle se montrent quatre anneaux thoraciques, dont la largeur diminue progressivement, et un abdomen allongé et composé de cinq segmens distincts. L' œil est situé tout près du bord antérieur de la tête, et il n'existe pas de rostre mobile comme chez les Ponties. Les antennes de la première paire sont longues et sétacées ; chez la femelle elles sont régulièrement multiarticulées dans presque toute leur longueur, et diminuent graduellement de diamètre vers leur extrémité; mais chez le mâle elles sont élargies et divisées en trois portions, dont la dernière seulement est distinctement multiarticulée. Les antennes de la seconde paire sont de longueur médiocre , aplaties, obtuses au bout, uni-ramées, composées de quatre ou cinq articles. L'appareil buccal est composé k peu. près comme chez les Ponties; seulement le palpe mandibulaire est rudimen taire, et les pates-mâchoires postérieures sont petites. Les pâtes des quatre premières paires sont conformées de la manière ordinaire ; mais celles de la première paire naissent au-dessous du bouclier céphalique. Les pâtes de la cinquième paire sont styliformes et rudimentaires. Le premier anneau de Y abdomen donne insertion à deux grandes poches ovifères. Enfin le dernier segment est bilobé , et porte deux appendices lamelleux et divergens , dont l'extrémité est garnie de longues soies.

Cyclope commun. — C. vulgaris (i).

Corps renflé en avant. Antennes de la première paire , à peu près de la longueur de la tête et du thorax réunis ; celles du mâle divisées en trois portions, dont les deux premières sont élargies

(i) Monocle à queue fourchue , Geoffroy , Hist. des Ins. t. 2 , p. 656, Pi. 21. fig. 5. — Monoculus quadricornis , Linné, Fauna suecica , u. 2o49, e^c- — Degéer , Mém. pour servir à l'Hist. des Ins. t. n , p. 4$3 , Pi. 29 , fig. u et 12 , et Pi. 3o , fig. 1-8. — Fabricius , Ent. Syst. t. 2 , p. 5oo. — Cyclops quadricornis , Mùller , Entomos, traça , p. 109, Pi. 18 , fig. 1-4- — Monoculus quadricornis , Manuel, eneyelop. t. 7 , p. 718. — Cyclops quadricornis , Latreille , Gênera , t. 1 , p. 19. — Ramdolir Bietrage zur naturgeschiethte einigen deuts-

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en avant et la dernière est sétacée. Abdomen étroit et allongé, surtout chez le mâle, et terminé par deux lames divergentes , longues et garnies à leur extrémité de quatre soies plumeuses dont les deux mitoyennes sont à peu près semblables et plus longues que l'interne et l'externe. Deux poches ovifères chez la femelle. Ce petit Crustacé habite les eaux douces , et se trouve en grand nombre dans les mares des environs de Paris, delà Suisse, etc. 11 est long d'environ deux tiers de ligne et varie beaucoup pour la couleur ; tantôt il est rougeâtre , tantôt vert , d'autres fois brunâtre ou blanchâtre. Ses métamorphoses ont été étudiées avec soin par Jurine. Suivant ce naturaliste, ce Cyclope est d'abord presque sphérique ; quelques jours après, la portion postérieure de son corps commence à s'allonger, et il se développe à son extrémité un petit prolongement. La première mue a lieu du 20e ou 28e jour , et les jeunes Cyclopes, prennent alors une forme elliptique ; leur abdomen devient bifide, et on leur distingue une paire de pâtes de plus, mais leurs antennes sont encore trèscourtes. Une douzaine de jours après, ils changent encore de peau et prennent la forme qu'ils doivent conserver; ils deviennent alors aptes à se reproduire , et en général , muent de nouveau avant chaque ponte (G. M.).

Le Cyclops longispina de M. Templeton (1) a les antennes antérieures très-courtes et armées d'une dent spiniforme sur le bord antérieur de leur pédoncule ; les antennes de la seconde paire sétacées et l'abdomen terminé par deux appendices allongés , dont l'extrémité est armée d'une soie très-longue et de deux plus courtes. Du reste, nous ne pouvons décider s'il appartient réellement à ce genre ou à la division suivante. Il est de couleur rosée, et se trouve dans les eaux douces à l'Ile-de-France.

chen monoculesarten., p. 1, Pi. 1 et 2. — Lamarck, op. cit. t. 5, p. 129. — Monoculus quadricornis, Jurine, Hist. des Monocles, p. 1, var. rougeâtre , Pi. I , fig. I-H et Pi. 2, fig. 1-9. Var. blanchâtre, Pi. 2, fig. 10, il , var. verdâtre, Pi. 3, fig. I ; var. brunâtre, Pi. 3, fig. 2. — Cyclops vulgaris, Leach, Dict. des Se. nat. t. i/| , p. 53c). — Desmarest, Consid. p. 362, Pi. 53, fig. 1 -4 (d'après Jurine). — Cyclops quadricomis, Baird. Nat. hist. of British Entomostraca , Mag. of zool. and bot. vol. 1, p. 321, Pi. 9, fig. 1-4.

(1) Trans. of the entomol. soc. of London, vol. 1 , p. 196, Pi. 21, fig. 12.

Le Cyclops obesicornis du même auteur (i) a été trouvé avec l'espèce précédente, dont il se distingue par la longueur beaucoup plus considérable des antennes qui sont très-grosses, aussi longues que le thorax , et pourvues d'une grande soie spini forme , à la place de la dent qui se remarque chez le précédent ; il se pourrait bien que cet animal fût la femelle du Cyclops longispina.

Enfin le Cyclops similis de ce voyageur (2) se distingue des autres espèces connues par la conformation de son œil qui est obscurément divisé en deux portions reniformes ; la structure des antennes de la seconde paire n'a pas été suffisamment examinée pour que nous puissions savoir si ce Crustacé doit prendre place ici ou dans le genre suivant.

Il a été trouvé parmi les plantes marines sur les côtes de l'île Bourbon.

Genre CYCLOPSINE. — Cyclopsina (3).

Cette division générique établit le passage entre les Cyclopcs proprement dits et les Ponties. Les antennes de la seconde paire sont bi-ramées comme chez ces dernières, et les mandibules sont pourvues d'une branche palpiforme très-développée, et bifide au bout. Le corps est aussi moins renflé en avant que chez les Cyclopes ; et on y distingue cinq segmens bien séparés de la tête, qui quelquefois semble aussi être divisée en deux portions.

i. Cyclopsike castor. — C. castor (4).

G orps allongé , antennes de la première paire à peu près aussi longues que le corps; celle du côté droit seulement dilatée chez le mâle ; le dernier anneau thoracique, échancré en dessus,

(1) Loc. cit. Pi. 21 , fig. 11.

(a) Loc. cit. p. 197, Pi. 21 , lig. i3.

(3) Cyclops autorum.

(4) Cyclops lacinulatus, Miiller, Enlomost. p. io5, PL 16, fig. 4-G. — Olivier, Encyclop. t. y , p. 720, PL 264* fig- l5-l 7 . — Monoculus Castor. Jurine, Monocles, p. 00, PL 4, Ph 5, et Pi. 6. — Cyclops Castor, Desm. op. cit. p. 363, PL 53, fig. 5, (d'après Jurine).

Jurine rapporte aussi à cette espèce le Cyclops cœnilcns , IWùlIer

et bifide sur les côtés chez la femelle, est notablement plus large que la base de l'abdomen. Les pâtes de la dernière paire sont d'une forme irrégulière , mais se composent de deux branches , comme les précédentes; chez la femelle, la branche externe est crochue, et la branche interne est styliforme et composée de deux articles ; chez le mâle , cette dernière partie est représentée seulement par un stylet simple , et la branche externe est courte , oblique et crochue du côté droit , tandis que celle du côté opposé est allongée et terminée par une espèce d'ongle ; l'abdomen est court, surtout chez la femelle, et les deux lames divergentes qui le terminent sont assez larges, courtes et garnies au bout de cinq ou six soies ayant toutes à peu prèslamême longueur. Enfin, la femelle n'est pourvue que d'une seule poche ovifère qui est ovoïde , aplatie et suspendue sous l'abdomen. Ce petit Crustacé se trouve dans les mares , et même quelquefois dans les eaux vives (dans le Rhône , par exemple) ; il nage toujours sur le dos. Le mâle est plus petit que la femelle.

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