‹ Histoire naturelle des crustacés, comprenant l'anatomie, la physiologie et la classification de ces animauxChapitre 311 sur 376 · ORDRE DES LERNÉ1DES · texte numérisé non relu

ORDRE DES LERNÉ1DES

Les Lernéides se distinguent principalement des Siphonostomes par l'état rudimentaire de tout le système appendiculaire , qui ne se trouve représenté que par des vestiges de membres ou par de simples lobes tégumentaires sans articulations etpropresseulement à servir pour accrocher l'animal sur la proie au dépens de laquelle il vit (i). Ils se font aussi remarquer par la bizarrerie de leur forme , qui en général s'éloigne beaucoup de toutes celles ordinaires dans cette classe et semble être le résultat d'un développement monstrueux. Dans le jeune âge ils offrent un mode de conformation normale et ressemblent extrêmement à déjeunes Cyclopes(2); ils sont alors pourvus d'un œil frontal et de rames natatoires qui leur permettent de se mouvoir avec agilité; mais après avoir éprouvé un certain nombre de mues, ils cessent de mener une vie errante ; les femelles se fixent sur quelque autre animal , le plus ordinairement sur un poisson, et les mâles s'accrochent en général sous l'abdomen de leur femelle. Les organes de la locomotion, devenus alors inutiles,

(i) Pl. 4o, %. 1,2,8, 12.

(2) pi, 40, fig. G, 7, i5.

s'atrophient ou se déforment de façon à devenir impropres aux usages qu'ils étaient primitivement destinés à remplir; l'œil disparaît presque toujours, et la configuration générale de l'animal se change au point de rendre celui-ci méconnaissable; ce sont les femelles surtout qui acquièrent ainsi les formes les plus singulières; elles grossissent beaucoup, et en général , se soudent pour ainsi dire sur leur proie à l'aide de simples appendices cutanés ou de certains membres transformés en bras immobiles. Les mâles restent extrêmement petits et s'éloignent moins de leur mode de conformation primitive , seulement la tête devient très-grosse et les patesmâchoires , transformées en instrumens de préhension et destinées à fixer l'animal sur la partie qu'il doit habiter, acquièrent un grand développement relatif (0.

Jusqu'en ces dernières années les zoologistes ont méconnu la nature véritable des Lernéides et les ont éloignés des Crustacés pourles ranger parmi les Vers. Desmarest est un des premiers auteurs qui aient nettement indiqué les rapports naturels qu'ils ont avec les Crustacés ordinaires; mais c'est seulement depuis que l'on connaît les formes transitoires affectées par ces parasites dans les premiers temps de la vie que l'on a pu leur assigner définitivement une place dans la série naturelle des Crustacés, et la connaissance de ces changemens est due principa-

(i) ri. 4o, fig. 19, 20.

lement à M. Nordmann, observateur d'une grande habileté et duquel la science est en droit d'attendre des services encore plus considérables. Il n'est aucune branche de l'histoire naturelle des Crustacés qui soit aussi peu avancée que celle relative aux Lernéides; presque tout reste à faire, et l'on doit espérer que M. Nordmann n'abandonnera pas une voie qui l'a déjà conduit à des résultats si importants pour la science.

Les Lernéides me paraissent devoir être divisés en trois familles reconnaissantes à la manière dont ces parasites s'attachent à leur proie ; les uns s'y fixent à l'aide de grands appendices brachiformes réunis entre eux vers le bout et terminés par un bouton corné médian (i) ; d'autres par leurs patesmâchoires armées de crochets très-forts (2) ; et d'autres encore par toute la tête qui est garnie à cet effet de prolongemens cornés de formes variées (3); les premières correspondent à peu près à la division générique des Lernéopodes de M. de Blainville et peuvent être désignées sous le nom de Lernéopodiens ; les seconds ont pour type le genre Ghondrocanthe et formeront notre famille des Chondrocanthiens 7* enfin les derniers peuvent être appelés Lernéocériens , parce que le genre Lernéocère y rentre, et parce que ce nom rappelle un de leurs principaux caractères. Quant à l'établissement des

(1) pi. 40, %. 1, 2, 12.

(2) pi. 40, %. 18.

(3) PI. 40, fig. i3.

divisions génériques et à la caraclérisation des espèces, on ne peut, dans la plupart des cas, avoir égard qu'au mode d'organisation des femelles ; car les mâles nous sont presque tous inconnus ; je dois môme avertir le lecteur que, dans les descriptions suivantes , ce sera toujours les Lernéides femelles dont il sera question, à moins que le contraire ne soit spécifié.

FAMILLE DES CHONDRAGANTHIENS.

Les Chondracantliiens femelles (1) se fixent sur leur proie à l'aide des petites pates-mâchoires ancreuses , insérées à l'extrémité antérieure de la tête et sous le front. Les appendices thoraciques ne servent pas au même usage et ont la forme de pâtes ordinairement bi-ramées , d'une petitesse extrême ou de lobes charnus, libres à leur extrémité et non préhensiles. La tête est en générel assez distincte du thorax et porte presque toujours une paire d'antennes et deux paires de pates-mâchoires unciformes et ancreuses ; sur les côtés de la bouche on aperçoit ordinairement une paire d'appendices qui représentent les pates-mâchoires de la seconde paire et qui sont quelquefois ancreuses comme les autres, mais qui sont souvent ruclimentaires. La bouche est quelquefois située très-loin en arrière des pâtes -mâchoires antérieures et elle est armée de petits appendices représentant les mandi-

(1) Pi. 41, fig. i, etc.

Lui es. Le nombre et la disposition des appendices correspondant aux pâtes thoraciques varient ; tantôt on n'en compte que deux paires , tantôt trois et même quatre paires ; enfin les tubes ovifères naissent du bord postérieur du corps , de sorte que l'abdomen est rudimentaire et n'est représenté que par un ou deux petits tubercules médians.

Le mâle se trouve quelquefois accroché sous l'anus de la femelle ; il est extrêmement petit et ne ressemble en rien à celle-ci , mais ne diffère que peu des mâles de la famille suivante.

Cette famille comprend huit genres dont les principaux caractères sont indiqués dans le tableau ci-joint.

Genre SELIE. — Selius (1).

M. Kroyera établi cette petite division générique pour un Lernéide dont le corps est ovoïde, la tête très-petite et garnie d'une paire d'antennes sétacées, composées de six articles , et le thorax porte sur sa face inférieure trois paires de pâtes. Ces membres sont petits, grêles, uni-ramés; ceux de la première et de la troisième paire sont insérés près des bords latéraux du thorax, alongés et composés de six articles dont le quatrième porte un petit appendice , et dont le cinquième est très-long; ceux de la seconde paire sont plus courts , placés plus près de la ligne médiane et composés seulement de deux articles. Enfin , il existe, au milieu du bord postérieur du thorax, un tubercule abdominal bilobé, et un peu plus en dehors se trouvent les orifices générateurs d'où naissent les sacs ovifères. On ne connaît encore qu'une seule espèce appartenant à ce genre, savoir la

SÉlie bilobée. — Selius bilobus (2).

Trouvé sur les branchies du Polynoé ponctué.

(1) Kroyer , NaturlmLorisk Tidsskrift , B. 1 , p. 4;9-

(2) Kroyer, loc, cit, p, 476 , Fl. 5 , %. I.

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