‹ Histoire naturelle des crustacésChapitre 2 sur 46 · LIBRAIRIE ENCYCLOPÉDIQUE DE RORET · texte numérisé non relu

LIBRAIRIE ENCYCLOPÉDIQUE DE RORET

RUE HAUTEFFUILLE, 12

IMPRIMERIE DE CRAPELET Rue de Vaugirard, n° 9.

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Jljes progrès des connaissances humaines n’ont jamais suivi une marche régulière; on a remarqué, dans toutes les époques, qu’une branche était plus cultivée qu’une autre, sans qu’on pût assigner de causes à la préférence qu’on lui accordait. Des circonstances presque toujours inconnues aux personnes même sur lesquelles elles agissent , donnent aux études une direction particulière , aux travaux un mode déterminant , qui se fait sentir pendant une suite d’années , après lesquelles d’autres causes du même genre amènent un nouvel ordre d’idées dominantes , et obligent les savans à porter leurs méditations sur des objets jusqu’alors dédaignés.

Cette observation s’applique à l’histoire naturelle encore plus qu’aux autres sciences: on a vu , malgré les rapides progrès qu’elle a faits depuis un siècle, quelques unes de

ses parties rester long- temps en arrière des autres , être négligées à un point inconcevable , sans qu’on puisse dire pourquoi , car plusieurs parmi ces dernières avaient un degré d’utilité plus réel, un but d’étude plus intéressant que d’autres jouissant de la faveur académique.

Parmi les classes ainsi délaissées se présentait celle des crustacés, de ces animaux analogues aux crabes et aux écrevisses, dont beaucoup fournissent un aliment agréable ou sont pourvus d’une organisation remarquable. On ne l’a d’abord que fort peu observée , et ce n’est que dans ces dernières années que les travaux de MM. Fabricius, Latreille, de Lamarck , Leach, etc., l’ont élevée au rang qu’elle doit occuper.

Les Grecs appelaient les crustacés Maketjcitfpaxoç) elles Latins Crustacea , c’est-à-dire couverts d’une croûte dure, mais non pierreuse, comme celle des coquillages.

Aristote leur a consacré un chapitre entier, où il les considère sous tous les rapports, et où il décrit les espèces les plus connues de son temps; Athénée et Hippocrate les men-

tiennent dans leurs ouvrages, à raison de leur usage dans les alimens et en médecine,

Pline en a également parlé ; mais il s’étend cependant moins à leur égard qu’Aristote. On les trouve encore rappelés, par occasion, dans quelques autres auteurs anciens.

Tous ces auteurs, soit grecs, soit latins, ont considéré les crustacés comme faisant partie de la classe des poissons , ou mieux , comme une classe à part , intermédiaire entre les poissons et les coquillages.

Les premiers naturalistes modernes qui ont écrit sur les crustacés , tels que Rondelet, Selon, Gesner, Àldrovande, Jonston, en firent également une classe particulière, immédiatement placée après les poissons ou les mollusques.

Mais lorsque Linnæus voulut faire la grande réforme, qu’on lui doit, dans toutes les parties de l’histoire naturelle , il trouva que les crustacés ayant des antennes, des pâtes articulées en charnière et une enveloppe solide , devaient être placés parmi les insectes; et en conséquence il les mit, sans considérer leur organisation intérieure, dans

la classe des insectes sans ailes , ou aptères. Non seulement il a commis cette erreur,, qui , quoique conséquente à ses principes, aurait dû être évitée par lui, mais encore il n’a pas porté sur les crustacés toute l’attention investigatrice dont il était pourvu ; il n’a cherché ni à étudier les caractères d’après lesquels on pouvait les diviser en plusieurs genres , ni à débrouiller le chaos de leurs espèces ; il s’est contenté de les diviser en deux grandes sections, c’est-à-dire en crustacés brachyures ou à queue courte, et en crustacés macroures ou à queue longue, et de décrire les espèces les plus saillantes, celles dont la synonymie n’était point douteuse. Enfin, ce grand naturaliste n’a été à même de décrire qu’un petit nombre de crustacés, et il n’a pu admettre dans son système toutes les petites espèces, si communes en Suède comme partout ailleurs :

espèces que Muller a fait connaître depuis sous le nom général d’insectes testacés ou entomostracés.

Depuis la première édition du Systema Natarœ y de Linnæus, publiée en 1737, jus-»

qu’à l’apparition du Système entomologique de Joh. Christ. Fabricius, qui a paru en 1775, on a fait connaître par descriptions et gravures un assez grand nombre d’espèces de crustacés; mais, à l’exception de l’ouvrage de Muller, cité plus haut , il n’a rien été imprimé qu’on puisse dire avoir amélioré les principes de la science. Quelques auteurs ont bien distingué les crabes des écrevisses , mais sans s’appuyer de raisons suffisamment valables.

C’est donc à Fabricius , à ce célèbre entomologiste, qui a fait faire des progrès si rapides à l’étude des insectes, que l’on doit la première amélioration qui ait été tentée dans la classification des crustacés.

Comme élève de Linnæus, et partant du principe alors généralement reconnu que les crustacés étaient des insectes , il les soumit à la méthode qu’il a créée ; en conséquence , il analysa leur bouche , leurs instrumens du manger, pour se servir de ses expressions, et le résultat de son examen le porta à en faire une classe particulière, qu’il appela Agoncita , et dont le caractère

fut, en langue systématique. Os maxillis palpisque quatuor aut sex , maxillâ inferiore railla. Il plaça cette classe entre les Synistata , qui comprenaient les ichneumons, les guêpes, les abeilles, etc., et les Unogata , qui renfermaient les libellules, les araignées , etc.

Fab ricins rapporta à cette classe le genre du scorpion, et il partagea les Cancer de Linnæus, c’est-à-dire tous les crustacés connus, aux entomostracés de Muller près, en cinq genres, savoir :

Les Crabes, Cancer , dont, le caractère fut : quatre palpes 1 couvrant la bouche, et quatre antennes filiformes, dont les postérieures ont la dernière articulation divisée en deux.

Ce sont les crabes et les cancres des auteurs français.

1 Les palpes sont, dans Fabricius ; ce que Geoffroy appelle les antennules , c’est-à-dire ces organes allongés, articulés, qui se voient à coté de la bou* che , et qui sont maintenant, chez les crustacés, désignés par les noms de pieds-mâchoires extérieurs ou de pèdepalpes.

Les Pagures, Pagurus , dont le caractère fut : quatre antennes pédonculées , inégales ; les antérieures sétacées, les postérieures filiformes, avec la dernière articulation bifide.

Ce sont les bernard-l’ermite des auteurs français.

Les Scyilares, Scyllarus, dont le caractère fut : deux antennes filiformes, dont la dernière articulation est bifide ; deux écailles à deux articulations, en place des antennes postérieures.

La squille large des Français.

Les Écrevisses , Astacus, dont le caractère fut : quatre antennes pédonculées, les antérieures allongées, sétacées, les postérieures divisées en deux.

Ce sont les homards, les écrevisses des Français.

Les Crevettes , Gammctrus, dont le caractère fut : quatre antennes simples , sessiles ; les antérieures courtes et en alêne, les postérieures sétacées.

Ce sont les crevettes des Français.

Quant aux autres crustacés, aux entomostracés de Muller, Fabricius les réunit tous sous le nom générique de Monoculus , ainsi que Linnæus bavait fait , et les plaça au commencement de la classe des Synistates, avec et à côté des cloportes ou onisciis y et leur donna pour caractère quatre palpes, dont les antérieurs filiformes, et des antennes souvent rameuses.

Fabricius conserva cet ordre de choses dans son Species , qui parut en 1781 , et son Mantissa Insectoram , dont la publication date de 1787 ; mais il fit quelques changemens dans le tome second de Fédition suivante, intitulée Entomologici systematica 9 qu’il donna en 1798.

Là, on ne voit plus les scorpions avec les crustacés; mais on y trouve les monocles, et trois genres de plus , savoir :

Hippa , dont le caractère est : deux antennes pédonculées , sétacées , couvertes de poils.

Limulus , dont le caractère est : quatre palpes de chaque côté , les trois postérieurs

armés de pinces, les mandibules armées également de pinces, et les antennes nulles.

Cymothoa , dont le caractère est : bouche sans palpes et sans mandibules , souvent quatre antennes égales et sessiles.

Le genre cloporte, réuni à ceux des scolopendres et des jules , forme dans cette édition une classe particulière sous le nom de Mitosata .

Dans toutes ces éditions, Fabricius avait réuni, aux espèces dont il avait d’abord étudié le caractère, toutes les nouvelles espèces dont il s’était procuré la vue; et ce, sur leur apparence générale, leur faciès , comme disent les naturalistes, sans s’assurer, par l’anatomie de leur bouche , si réellement ils appartenaient aux genres parmi lesquels il les plaçait; d’un autre côté, le nombre des espèces , surtout dans les genres crabe et écrevisse, était devenu si considérable, qu’elles exigeaient de nouvelles coupures pour pouvoir être étudiées avec facilité.

Ces considérations déterminèrent Fabri-

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cius, que dominait le seul désir de voir se perfectionner la science qu’il cultivait avec tant de succès, à publier, dans un supplément qu’il fit paraître en 1798, un très grand travail de son élève et ami Daldorff , travail qui changea entièrement de face ce qui avait été fait jusqu’alors sur les crustacés.

Le travail de Daldorff, adopté par Fabricius , est d’une grande importance , et peut même être regardé comme fondamental.

Nous le ferons connaître d’une manière rapide , en traduisant ici les caractères génériques abrégés, tels que Fabricius lésa fait imprimer à la tête de chaque genre.

D’abord, il faut savoir que l’ancienne classe Agonata a été supprimée et remplacée par trois autres, qui portent de nouveaux noms.

La première classe , la neuvième du Système Entomologique, Kleistagnatha , contient quatorze genres. Ses caractères sont : plusieurs mâchoires extérieures à la lèvre, et couvrant la bouche.

Crabe , Cancer . Quatre antennes presque égales; les intérieures compliquées, rappro-

chées, repliées dans une fossette creusée au-dessous du bord du test; les extérieures sétacées, insérées sur une saillie du bord du front.

Calappe , Calappa . Quatre antennes presque égales; les extérieures sétacées, insérées dans l’angle de l’œil; les intérieures à quatre articulations palpiformes; le dernier article bifide.

Ocypode, Ocypoda. Deux antennes très courtes, sétacées, insérées dans l’angle interne des yeux.

Leucosie, Leucosia . Deux antennes palpiformes, à quatre articulations, se logeant dans une fossette proéminente du front.

Parthenope , Parihenope. Quatre antennes presque égales; les extérieures sétacées, insérées dans une excision sous les yeux; les intérieures palpiformes, compliquées, se cachant dans une fossette latérale et inférieure du rostre.

Inachus , Inachus. Quatre antennes égales; les extérieures sétacées, insérées dans une

12 introduction.

denture du rostre; les intérieures palpiformes, comprimées, en pinces, se repliant dans une fossette latérale et inférieure du rostre.

Dromie, Dromia. La partie extérieure des mâchoires extérieures en forme de fouet; quatre antennes, les intermédiaires palpiformes; la première articulation anguleuse, ayant un canal qui reçoit les autres.

Dorippe, Dorippe. Les mâchoires secondaires ayant leur partie extérieure osseuse à son extrémité, placée entre les antennes; quatre antennes, les extérieures sétacées, insérées sur une fossette des intérieures, qui sont palpiformes.

Orithyie, Orithyia . Les mâchoires extérieures ayant une découpure latérale , lancéolée, aiguë et nautique, courte; quatre antennes inégales, les intérieures plus longues, palpiformes.

Portune, Fortunus . Les mâchoires extérieures ayant une découpure latérale en forme de fouet; quatre antennes inégales;

INTRODUCTION. l3

les extérieures plus longues, sétacées; les intérieures palpiformes.

Matute , Matuta. Deux antennes courtes , palpiformes, recourbées dans l’angle des yeux , à quatre articulations ; la quatrième plus courte, recourbée en alêne, bifide.

Hippe , Hippa. Quatre antennes pédonculées, inégales ; les intérieures plus courtes , bifides; les divisions sétacées, ciliées des deux côtés, insérées entre les pédoncules des yeux; les extérieures épaisses, filiformes, contournées sur elles-mêmes, ciliées des deux côtés, cachées sous la mâchoire extérieure.

Symethis, Symethis. Deux antennes très courtes à quatre articulations, recourbées dans une fossette du rostre. 1

Limule, Limulas. Quatre palpes de chaque côté; les trois postérieurs en pinces; les antennes nulles.

1 Ce genre n’a pas été vu par les entomologistes qui ont suivi Fabricius.

CRUSTACÉS. I. •JL

Classe seconde, la dixième du Système Entomologique.

Exochnata. Plusieurs mâchoires extérieures à la lèvre, couvrant les antennules.

Albunée, Albiuiea . Quatre antennes inégales, pédonculées; les intérieures très longues, sétacées , intérieurement ciliées sur deux rangs; le pédoncule excavé en dessous; les extérieures très cour les, épaisses, comprimées, ciliées des deux côtés; le pédoncule bifide.

Scyllare, Scyllctriis. Quatre antennes inégales; les intérieures un peu longues, filiformes; la dernière articulation bifide; les extérieures élargies, aplaties, épineuses et ciliées.

Palinure, Palinurus. Quatre antennes inégales, pédonculées; le pédoncule à articulation simple ; les intérieures plus courtes f sétacées, bifides, sans épines; les extérieures très longues, sétacées, épineuses.

Palémon, Palœmon . Quatre antennes inégales, pédonculées; les supérieures plus

INTRODUCTION. l5

courtes, bifides, sétacées; la découpure intermédiaire plus courte; les inférieures très longues, sétacées, simples.

Alphée, Jlpheas. Quatre antennes pédonculées, inégales, sétacées; les intérieures courtes, bifides; les extérieures plus longues, simples ; la première articulation du pédoncule portant une écaille à sa base.

Ecrevisse, Astacus. Quatre antennes pédonculées, inégales, sétacées; les intérieures plus courtes, bifides; les extérieures simpies; la première articulation des pédoncules épineuse à son extrémité.

Pénée, Penœas. Quatre antennes inégales, sétacées, pédonculées, insérées les unes sur les autres ; les supérieures plus courtes, bifides; les inférieures très longues, simples ; la première articulation du pédoncule avec une écaille bifide ; la découpure extérieure épineuse.

Crangon , Crcingon . Les palpes extérieurs épais, ciliés, bifides; la découpure extérieure plus courte, en forme d’éventail; quatre antennes pédonculées, inégales; les

l6 INTRODUCTION.

intérieures plus courtes, bifides; les extérieures très longues, sétacées; le pédoncule supportant une écaille ciliée.

Pagure, Pagurus . Quatre antennes pédonculées; les intérieures filiformes ; le dernier article bifide ; le pédoncule à une seule articulation, et épineux; les extérieures sétacées.

Galathée, Galathea . Quatre antennes inégales, pédonculées ; les intérieures courtes, filiformes, à trois articulations , dont la dernière est bifide; la découpure inférieure sétacée, à beaucoup d'articulations; la supérieure en faux; les extérieures sétacées, à pédoncule simple.

Squille, Squilla . Quatre antennes presque égales, pédonculées; les intérieures plus longues , trifides ; les extérieures simples , à pédoncule bifide.

Posydon, Posyclon . Les palpes extérieurs foliacés, onguiculés à leur extrémité; quatre antennules sétacées, à pédoncule simple; les intérieures plus courtes , bifides. 1

1 On n’a point revu ce genre depuis Fabricius.

Crevette, Gammarus . Quatre antennes très simples, pédonculées; les antérieures courtes, subulées; les postérieures sétacées*

Classe troisième , la huitième du Système Entomologique.

Polygonata. Plusieurs mâchoires entre les lèvres.

Cloporte, Oniscus . Deux palpes de chaque côté attachés à la lèvre; deux antennes filiformes.

Ligie, Ligîa. Point de palpes; deux antennes sétacées.

Idotée, Idotea. Quatre palpes; quatre antennes sétacées; les inférieures plus longues.

Cymothoé, Cymothoa . Deux palpes sétacés; quatre antennes égales, sétacées.

Monocle, Monoculus . Quatre palpes de chaque côté, dont les articulations décroissent insensiblement; les antennes très courtes.

Dans l’intervalle qui s'est écoulé entre la

iB INTRODUCTION.

troisième et la cinquième édition de Y Entomologie de Fabricius, J. F. W. Herbst publia une Histoire naturelle des Crabes , en allemand , avec un très grand nombre de figures. Cet ouvrage n’est qu’une compilation ; mais il présente l’ensemble le plus complet qu’on possède encore sur les crustacés, et il paraît aussi bien fait qu’on a droit de l’exiger; mais on ne le cite ici que pour observer qu’il a conservé le genre Cancer de Linnæus dans son intégrité ; que, comme Gmelin, dans son édition du Système de la Nature , il s’est contenté de former des divisions avec les genres de Fabricius , tels qu’ils étaient avant le travail perfectionné dont il vient d’étre question.

On aurait dû parler, il y a déjà longtemps , de l’ouvrage de Muller, attendu que sa date est antérieure à la dernière édition de Fabricius ; mais la nature presque microscopique des animaux dont il parle, détermine à les placer à la fin de la classe des crustacés, et on n’a pas voulu interrompre l’exposition des travaux faits sur les grandes espèces.

INTRODUCTION. I ij

Plusieurs des entomostraoés de Muller ont été connus avant lui sous différens noms ; on en trouve de décrits par Joblot , Baker, Friseh, Réaumur, De Géer, Ledermuller et Geoffroy ; mais c’est ce dernier qui , le premier, les caractérisa d’une manière précise , sous les noms génériques de Monocles et de Binocles y genres réunis par Linnæus, et qui forment les deux grandes divisions de Muller.

Les entomostracés ont une organisation propre , comme on le verra par la suite , que Muller compare , savoir, pour les amy mones et les nauplies à celle des patelles ; pour les argules et les îimules , aux écrevisses; pour les polyphèmes et les cyelops, aux crabes; pour les cythérées, les cypris, les lyncées et les daphnies , aux coquillages bivalves , et enfin pour les caliges , aux lernées. Ces rapprochemens sont certainement frappans au premier coup d’œil ; mais , à l’exception du dernier, ils ne soutiennent pas un examen approfondi ; aussi Muller ne les donne-t-il que pour ce qu’ils valent.

Les caractères génériques des entomostracés sont très simples.

Première classe . Les monocles , qui n’ont qu’un œil.

Première division . Les monocles unival ves, c’est-à-dire qui ont leur dos couvert d’un bouclier d’une seule pièce.

Amymone, Amymone . Quatre pieds.

Nauplie, Nauplius. Six pieds. 1

Deuxième division . Les monocles bivalves, c’est-à-dire qui ont leur dos couvert d’un bouclier de deux pièces.

Cypris , Cypris. Quatre pieds.

Cy thérée , Cythere. Huit pieds.

Daphnie , Daphnia. Huit à douze pieds.

Troisième division . Les monocles crustacés, c’est-à-dire qui ont leur dos couvert d’un bouclier de plusieurs pièces.

1 Les animaux des d#ux genres amymone et nauplie ont été reconnus n’être que de jeunes cyclops dans deux étals de mue différens.

Cyclops , Cyclops. Huit pieds et deux antennes.

Polvphème , Potyphemus. Huit pieds et point d’antennes.

Deuxième classe . Les binocles ; ceux qui ont deux yeux.

Première division . Les binocles univaîves, c’est-à-dire dont le dos est couvert d’un bouclier d’une seule pièce.

Argule , Argulus . Les yeux inférieurs.

Calige, Caligus . Les yeux marginaux.

Limule , Lima lus. Les yeux supérieurs.

Deuxième division . Les binocles bivalves , c’est-à-dire dont le dos est couvert d’un bouclier de deux pièces.

Lyncée , Lynceus . Les yeux latéraux.

Muller considérait aussi les animaux qui composent les genres dont on vient de lire l’énumération comme des insectes.

M. Cuvier, dans les tableaux qui sont à la suite de ses Leçons d’ Anatomie comparée >

a-, le premier, réformé l’erreur introduite par Linnæus dans la classification des crustacés. Ce savant anatomiste ayant reconnu que les crustacés respiraient uniquement par des branchies , en a formé une classe particulière , qu’il a placée entre les vers et les insectes ; il les divise en deux grandes sections : les monocles, qui comprennent cinq genres, et les écrevisses, qui en renferment sept,

M. de Lamarck , saisissant l’aperçu de M. Cuvier, lui a d’abord donné de grands développemens dans la première édition de son ouvrage sur les animaux invertébrés. Là, il a aussi fait une classe particulière des crustacés , classe qu’il a placée entre les mollusques et les arachnides, autre classe c|ui lui est due, et qui lie fort bien les crustacés aux insectes.

L’organisation , dit donc M. de Lamarck, étant, de toutes les considérations, la plus essentielle pour guider dans une distribution méthodique et naturelle des animaux , ainsi que pour déterminer parmi eux les véritables rapports, il en résulte que les

crustacés, respirant uniquement par des branchies, à la manière des mollusques , et ayant comme eux un cœur musculaire, doivent être placés immédiatement après eux.

Outre la considération du cœur' des crustacés, des branchies dont ils sont munis pour leur respiration , et de leur défaut de stigmates, et par conséquent de trachées, ils ont encore la faculté de s’accoupler et d’engendrer plusieurs fois pendant leur vie, ce qu’ils ont de commun avec les mollusques , et ce qui les distingue fortement des insectes , qui ne jouissent nullement de cet avantage.

D’autre part , les animaux qui terminent la classe des mollusques , les balanites et les anatifes, ont des tentacules articulés , et semblent véritablement former le passage des mollusques aux crustacés d’une manière remarquable.

Un autre rapport qui rapproche encore les crustacés des mollusques peut être emprunté de la considération des yeux. En effet , on sait que dans beaucoup de molius-

ques les yeux sont élevés sur des pédicules mobiles, et qu'ils sont situés, soit à l'extrémité des ces pédicules, soit au-dessous de cette extrémité. On retrouve exactement la même chose dans beaucoup de crustacés, avec cette différence que , dans ceux-ci , les pédicules ayant une peau dure et crustacée ne peuvent pas être aussi contractiles; ils le sont effectivement un peu moins, et ne servent pas davantage.

M. de Lamarck, dans sa première édition, divise les crustacés en deux grandes sections : les crustacés pédiocles et les crustacés sessiliocles , c’est-à-dire ceux qui ont les yeux distincts , élevés sur des pédicules mobiles , et ceux qui ont les yeux distincts ou réunis, mais constamment fixés et immobiles.

Ces deux divisions sont fort naturelles, et satisfont l'esprit lorsqu’on ne considère que l’ensemble de la classe ; mais quand on entre dans le détail de l’étude des genres, et encore plus dans celle des espèces, on est souvent embarrassé par les nombreuses anomalies qui se présentent, et on est déterminé à croire qu'il est possible de trou-

ver des moyens de division sujets à moins d’inconvéniens.

Pour mettre le lecteur à portée d’apprécier le travail de M. de Lamarck . on ne peut mieux faire que de donner ici le développement de ses genres.

CRUSTACÉS PÉDIOCLES.

iQ. Crustacés à corps court , ayant une queue nue , sans feuillets, sans crochets, sans appendices latéraux, et appliquée contre le dessous de l'abdomen. Cancri brachjuri de Linnæus.

A. Crustacés dont le corps est arrondi ou obtus antérieurement ,

Crabe , Cancer. Quatre antennes courtes , inégales ; les deux intérieures coudées ou pliées , à dernier article bifide; les deux extérieures sétacées ; corps court , plus large antérieurement, ou dans la partie moyenne, que postérieurement ; dix pâtes onguiculées ; les deux antérieures terminées en pinces. Cancer Pagurus. Fab.

Calappe , Calappa . Quatre antennes , crustacés, i. 3

comme celles des crabes ; corps court , pins large postérieurement, et ayant ses bords latéraux postérieurs très dilatés , tranchans et saillans en demi-voûte ; dix pâtes onguiculées , se retirant dans le repos sous les cavités du côté du corps; les deux antérieures terminées en pinces , et ayant les mains comprimées et en crête. Calappa gra nulata . Fab.

Ocypode , Ocypoda. Quatre antennes très courtes et inégales ; pédicules des yeux allongés, insérés chacun dans Tangle latéral du chaperon, et occupant le reste de la longueur du bord antérieur ; corps presque carré, à chaperon étroit, rabattu en devant ; dix pâtes onguiculées ; les deux antérieures terminées en pinces. Ocypoda cera tophthalma. Fab.

Grapse, Grapsus. Quatre antennes courtes , articulées , cachées sous le chaperon ; les yeux aux angles du chaperon , et à pédicules courts ; corps déprimé , presque carré, à chaperon transversal, rabattu en devant ; dix pâtes onguiculées ; les deux

antérieures terminées en pinces Cancer Grapsus. Fab.

Dorippe, Dorippe . Quatre antennes; les intérieures palpiformes , les extérieures sétacées; corps déprimé , cordiforme , plus large postérieurement, rétréci, mais tronqué dans sa partie antérieure ; dix pâtes onguiculées ; les deux antérieures terminées en pinces; les quatre postérieures dorsales et prenantes. Cancer lanatus. Fab.

Portune, Portunus Quatre antennes inégales , petites , articulées ; les extérieures sétacées et plus longues ; corps large, court, déprimé, denté sur les bords, et rétréci postérieurement; dix pâtes, dont les deux postérieures sont terminées par une lame aplatie et ovale. Portunus depurator. Fab.

Podophthalme , Podophthalmus. Quatre antennes articulées , inégales ; les extérieures sétacées, plus petites; pédicules des yeux très rapprochés à leur insertion , et aussi longs que le bord antérieur ; corps large , court , déprimé, anguleux et pointu la ter a-

lement ; dix pâtes ; les deux antérieures terminées en pinces, les deux postérieures terminées par une lame ovale.

Ce genre nouveau est créé par M. de Lamarck.

Matute, Matuta . Quatre antennes; deux intérieures quadriarticulées, à dernier article bifide ; deux extérieures plus courtes , et peu apparentes; corps court, déprimé, plus large antérieurement , ou dans sa partie moyenne; dix pâtes; les deux antérieures terminées en pinces; toutes les autres terminées par une lame plate et ovale. Matuta victor . Fab.

B. Crustacés à corps suborbiculaire .

Porcellane, Porcellana . Quatre antennes inégales ; les deux extérieures très longues , sétacées , multiarticulaires , et insérées derrière les yeux ; corps suborbiculaire , à queue repliée en dessous ; dix pâtes onguiculées ; les deux antérieures terminées en pinces ; les deux postérieures très petites. Cancer platycheles . Qliv. Encycl. HerbsL Cane. Tab . 2,y%'. 26.

Leucosie , Leucosia. Deux ou quatre antennes , petites , quadriarticulées , insérées entre les yeux ; corps suborbiculaire , plus ou moins convexe, quelquefois renflé, à queue nue, repliée en dessous; dix pâtes, toutes onguiculées ; les deux antérieures terminées en pinces. Leucosia craniolaris . Fab,

C. Crustacés à corps rétréci et avancé en pointe antérieurement.

Maja, Maia. Quatre antennes ; les intérieures palpiformes, les extérieures sétacées ; corps ovale, conique , plus large postérieurement , rétréci en pointe dans sa partie antérieure ; dix pâtes , toutes onguiculées; les deux antérieures terminées en pinces. Cancer Eriocheles , Oliv. Encyel.

Herbst. Cane. Tab . i5,fig. 87, pour ceux qui ont les bras courts. Cancer longimana , Rumph. Herbst. Cane. Tab . 1 9 , fig. io5, pour ceux qui ont les bras longs.

Arctopsis, Arctopsis. Six antennes droites, très longues , simples , garnies de poils ver-

ticillés; corps ovale-conique, pointu antérieurement ; dix pâtes onguiculées; les deux antérieures terminées en pinces. 1

2°. Crustacés à corps oblong, ayant une queue allongée , garnie d’appendices , ou de feuillets , ou de crochets. Cancri macrouri, de Linnæus.

Albunée, Albunea. Quatre antennes inégales , ciliées ; les intérieures très longues , sétacées , simples ; corps oblong , queue presque nue ; dix pâtes , dont les deux antérieures sont terminées en pinces. Albunea dent ata. Fa b.

Hippe, Hippa . Quatre antennes inégales, ciliées; les antérieures plus courtes et bifides; corps oblong; queue munie d’appendices latéraux à son origine ; dix pâtes , toutes dépourvues de pinces. Hippa adactyla. Fab.

Ranine, Ranina . Quatre antennes courtes; les deux inférieures à dernier article bifide ;

1 Ce genre , fondé par M. de Lamarck, n’a pas été adopté par les naturalistes : il paraît se rapporter à celui que M. Leach a nommé Pisa.

corps obiong , cunéiforme , tronqué antérieurement; queue petite, ciliée sur les bords ; dix pâtes; les deux antérieures terminées en pinces ; les quatre postérieures terminées en nageoires. Cancer Raninus.

Rumphius. Herbst. Tab. i.

Scyllare, Scyllarus. Deux antennes filiformes, articulées , bifides au sommet ; deux feuillets en crêtes, dentés, ciliés, articulés inférieurement, tenant lieu d’antennes extérieures ; corselet grand , large ; queue garnie d’écailles natatoires; dix pâtes; les antérieures non chélifères. Scyllarus antarcticus. Fab.

Écrevisse,, Astacus . Quatre antennes inégales ; les inférieures plus courtes , mu Inarticulées, divisées en deux presque jusqu’à la base; corps obiong subcylindrique, terminé antérieurement par une pointe courte, saillante entre les yeux ; queue grande , garnie d’écailles natatoires; dix pâtes , dont les antérieures sont terminées en pinces. Astacus fluviatilis . Fab .

Pagure, Pagurus. Quatre antennes inégales ; les inférieures courtes , bifides au sommet; les extérieures longues et sétacées ; corps oblong ; queue molle ou non crustaeée, ayant des crochets à son extrémité; dix pâtes; les deux antérieures munies de pinces. Pagurus Bernhardus. Fab.

Galathée , Galathea. Quatre antennes inégales; les deux inférieures fort courtes, inarticulées, à dernier article bifide ; les extérieures longues et sétacées; corps oblong; queue grande, garnie d’écailies natatoires; dix pâtes; les antérieures terminées en pinces. Galathea strigosa. Fab.

Palinure , Palinurus . Quatre antennes inégales; les inférieures plus courtes, nautiques, bifides au sommet; les extérieures très longues, sétacées et hispides; corps et queue des écrevisses; dix pâtes, toutes onguiculées, dépourvues de pinces, et ayant des brosses ou faisceaux de poils à leur extrémité. Palinurus Homarus. Fab.

Crangon, Crangon. Quatre antennes; deux

intérieures courtes et bifides ; deux extérieures fort longues , sétacées , munies chacune à sa base d’une écaille oblongue, ciliée ; corps et queue des écrevisses ; dix pâtes onguiculées ; les antérieures terminées en pinces. Crangon vulgaris, Fab.

Palémon, Palœmon. Quatre antennes ; les intérieures plus courtes et trifides ; les extérieures fort longues et sétacées ; corps subcylindrique, terminé antérieurement par une pointe très saillante, dentée en scie; queue des écrevisses; pâtes onguiculées; les antérieures terminées en pinces. Palœmon Carcinus. Fab.

Squille , Squilla . Quatre antennes presque égales ; les intérieures un peu plus longues et trifides ; les extérieures plus courtes , accompagnées d’un feuillet oblong; corselet court; queue fort longue, s’élargissant vers son extrémité , garnie d’écailles et de branchies découvertes; quatorze pâtes; les antérieures terminées par une pièce en scie ou en peigne d’un côté. Squilla Mantis * Fab.

Branchiopode , Brcinchiopoda. Quatre antennes simples, sétacées, inégales; corps oblong, dépourvu de pâtes , mais ayant de chaque côté une ou plusieurs rangées de branchies oblongues , ciliées , natatoires , qui en tiennent lieu; queue nue, articulée, longue, fourchue à l’extrémité. Gammams stagna lis. Fab. 1

CRUSTACÉS SESSILIOCLES.

i°. Crustacés à corps couvert de pièces crustacées , membraneuses, soit transverses , soit longitudinales.

Crevette , Gammams. Quatre antennes simples , inégales , sétacées , articulées , disposées sur deux rangs ; deux yeux distincts et sessiles ; corps allongé , couvert de pièces crustacées , transverses ; des appendices bifides sur les côtés de la queue et à son extrémité ; des pâtes articulées et onguiculées. Gammams P.ulex . Fab.

Aselle , J sellas. Quatre antennes sétacées, * Ce genre est de la création de M. de Lamarck*

simples , inégales , disposées sur le même rang; deux ou quatre palpes; corps oblong, recouvert de plusieurs pièces crustacées, transverses, et terminé par une queue large, munie de deux appendices bifides ; quatorze pâtes. Asellus Entomon, Ou.

Chevrolle, Caprella . Quatre antennes inégales; corps linéaire, avec des renflemens irréguliers, articulé, à segmens plus longs que larges; queue nulle ou très courte, et dépourvue d’écailles ou d’appendices quelconques; pâtes articulées, disposées par paires , et irrégulièrement distantes. Cancer linearis. Linn. 1

Cyame, Cyamus. Quatre antennes inégales ; les deux antérieures plus longues , sétacées ; un suçoir simple , rétractile , sortant d’une fente courte située sous la tête ; deux palpes insérés à la base de la bouche ; deux yeux ; corps ovale , déprimé , à six segmens pédifères ; six paires de pâtes ; chaque pâte terminée par un crochet. Pyc nogonum Ceti. Far.

1 Ce genre a été établi par M. de Lamarck

Ligie , Ligia . Deux antennes sétacées, ayant plus de dix articles; corps ovale, submarginé , recouvert de pièces crustacées, transverses ; les appendices de la queue courts et bifides. Ligia oceanica. Fab.

Cloporte, Oniscus. Deux antennes sétacées, coudées, ayant cinq ou six articles; plusieurs paires de mâchoires ; corps ovale, recouvert de plusieurs pièces crustacées, transverses , subimbriquées ; deux appendices courts et très simples à l’extrémité du corps ; quatorze pâtes. Oniscus Asellus . Fab.

Forbicine , Forbicina . Deux antennes longues et sétacées ; bouche munie de mandibules , de deux mâchoires et de quatre antennules inégales; corps allongé, couvert d’écailles; trois filets sétacés à la queue. Lepisma saccharina . Fab. 1

Cyclops, Cyclops . Deux ou quatre antennes simples , sétifères ; un seul œil apparent ; corps allongé , atténué vers son extré-

1 Les forhicines sont maintenant classées avec les insectes.

mité postérieure, et couvert de pièces crustacées, transverses ; queue fourchue ou terminée par deux pointes sétacées. Cyclops minuties . Mull.

2°. Crustacés à corps couvert par un bouclier crustacé d’une seule ou de deux pièces.

Polyphème, Pofyphemus. Point d’antennes; deux palpes biarticulés et chélifères; deux yeux écartés ) corps couvert par un large bouclier crustacé , divisé en deux pièces inégales par une suture transverse, et terminé par une queue subulée; cinq paires de pâtes. Limulus Pofyphemus . Far.

Limule, Limulus. Deux antennes simples; deux yeux distincts ; corps couvert par un bouclier crustacé d’une seule ou de deux pièces, Monoculus Apus. Fab.

Daphnie, Daphnia. Deux antennes rameuses , sétifères ; un seul œil apparent ; corps ovale, convexe, couvert par un bouclier crustacé formé de deux pièces réunies longitudinalement. Monoculus Pulex. Fab.

Amymone, Amymona . Deux antennes crustacés. 1. 4

simples, sétifères ; un seul œil apparent; corps ovale , convexe , couvert par un bouclier crustacé d’une seule pièce. Monoculus Satyrus. Fab.

Céphalocle, Cep halo culus. Point d’antennes ; deux palpes longs , fourchus ; un grand œil globuleux, saillant antérieurement , et imitant une tête. Monoculus O culus. Fab.

Le savant auteur du Précis des caractères génériques des insectes 9 M. Latreille, regardant, avec tous les naturalistes, les crustacés comme faisant partie de son domaine, les a aussi analysés, et il l’a fait avec la sagacité qui lui est propre. On ne parlera pas de son premier travail , de celui consigné dans l’ouvrage qui vient d’être cité : il n’était qu’un aperçu ; mais on donnera avec quelques détails les bases de celui qu’il a rédigé plus tard , et avant l’impression de son Histoire naturelle des Crustacés et des Insectes, dépendante de l’édition des OEuvres de Buffon, par Sonnini.

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