‹ Histoire naturelle des crustacés (volume 2)Chapitre 307 sur 487 · ARTÉMIE SALINE.— À. salina · texte numérisé non relu

ARTÉMIE SALINE.— À. salina

Cornes céphaliques formées de deux articles dont le premier est armé d’une dent vers le haut de son bord interne, et le second est trés-renflé vers le point où il commence à se recourber en dedans. Poche ovifère, presque triangulaire, ou plutôt pyriforme, avee une pointe de chaque côté ; lobes terminaux de l'abdomen garnis de trois ou quatre petites soies. Longueur, environ 6 lignes.

Habite les marais salans de Lyminglon en Angleterre, et des environs de Montpellier.

2, ARTÈMIE DE MuLHAUsEN. — 4, Mulhausenii (2).

Cornes céphaliques grêles et sans renflement vers le milieu. Abdomen long , très-grêle , et terminé par deux petits lobes membraneux dépourvus de soies, Longueur , environ 5 lignes.

Se trouve en avant dans le lac salé, nommé en tartare Loak, et situé près de Koslaff en Crimée.

Il existe aussi des Artémies dans divers lacs de natron en Égypte (3); mais on ne sait pas si elles constituent une seule ou

(1) Cancer salinus , Linné , Syst. nat. ed. 12, p. 1056. — Schlosser, Observ. périodiques sur la physique, l'hist. nat., ete., de Gauthier, pour 176, avec fig., et par extrait dans les Mélanges d'hist, naturelle de Dulae, t. 3, p. 11. — Gammarus salinus , Fabricius, Ent. Syst. t. 2, p. 518. — Cancer salinus , Backet, Trans. of the Linn. Soc. vol 11, p- 205, PI. 14, p. 8-10. — Artemia salina, Leach, Dict. des Sc. nat. t. 14, p. 543. — Artemisus salinus , Lamarck , Hist. des anim. sans vert. t. 5, p. 135. — Artemia salina, Desmarest, Consid. p. 393. — Latreille, Règne anim. t. 4, p. 174. — Thompson, Zool. Resear. fase. , p. 104, PL x, fig. 1-10 et PI. 2. — Audouin et Payen , Ann. des Se. nat. 2° série, zool. t. 6, 219, et t, 10, p. 315. — Joly, Thèse in-4°, et Ann. des sc. nat. 2e série, t. 13, PL. 7 et 8.

(2) Branchipus Mulhausenii , Fischer, Bulletin de l'acad. de Moscou, 4.7. — Artemia salina , Rathke, Fauna der Krym, p. 595, PI. 6, fig. 14-21.

(3) Audouin, Ann. des Se, nat. 2° série , t. 6, p. 230.

DES CRUSTACÉS. 371 plusieurs espèces. Enfin, l'Aremia Guildingi (x), qui se trouve

aux Antilles, est également trop mal connue pour que nous puis sions y assigner des caractères.

Genre EULIMÈNE. — Æulimene (2).

Latreille a donné ce nom générique à un Crustacé trèsvoisin des Branchipes , mais qui paraît différer de tous les autres animaux de la même tribu par la brièveté extrême de l'abdomen, qui, au lieu d’être à peu près aussi long que le thorax comme dans les genres précédens, se termine presque immédiatement derrière les dernières pates. Voici, du reste, la description que cet habile naturaliste en à donnée (3).

« Le corps des Eulimènes est presque linéaire, et offre quatre antennes courtes, presque filiformes , dont deux plus petites, presque semblables à des palpes, placées à l'extrémité antérieure de la tête. Une tête transverse, avec deux yeux portés sur des pédoncules assez grands et cylindriques. Onze paires de pates branchiales, dont les trois premiers articles et le dernier plus petit allant en pointe; et immédiatement après elles une pièce terminale presque globuleuse remplacant la queue, et de laquelle sort un filet allongé, qui est peut-être un oviducte (poche ovifère). J'ai observé, vers le milieu de la cinquième paire de pates, un corps globuleux , analogue peut-être aux vésicules que présentent ces organes chez les Apus. »

La seule espèce connue, l'EULIMENE 2LANCHATRE (4), est très-pe-

tite, blanchâtre, avec les yeux et l'extrémité postérieure du corps noirâtres.

On la trouve à Nice.

æu

(1) Thompson, op. cit. PI. TI. fig. 11-12.

(2) Latreille, Règne anim. de Cuvier, 1€ édit. t. 3, p.68, ete. — Desmarest , Consid, p. 393.

(3) Règne anim. de Cuv. 2€ édit. t. 4, p. 258.

(4) £ulimene albida , Latreille, Nouv. dict. d'Hist. nat. t. 10, p- 333 ; Règne anim. t. 4, p. 178, etc. — Artemia eulimene, Leach,

Dict. des Se. nat. t. 14 , p. 542. — Æulimene albida, Desmarest, Consid. p. 394.

ORDRE DES DAPHNOIDES ou CLADOCÈRES (1).

La division naturelle des Daphnoïdes (PI. 36, fig. 1) se compose de Crustacés de très - petite taille, qui ont été confondus pendant long-temps avec les Monocles, et qui habitent pour la plupart les eaux douces. Ces animaux ont une tête distincte et saillante, mais le reste de leur corps est renfermé entre deux valves qui, réunies sur le dos et souvent aussi en dessous , naïssent de la partie postérieure de la tête, et paraissent représenter la carapace des Apus, des Squilles et des Décapodes,

La portion moyenne et postérieure du corps, formée par la majeure partie du thorax et par l’abdomen , est libre sous ce bouclier conchiforme, et se compose en général, sinon toujours, de huit segmens plus ou moins distincts. La féfe, qui est bien séparée du tronc, est arrondie en dessus et se prolonge inférieurement en forme de bec ; un œil unique et plus ou moins grand en occupe la partie antérieure, mais ne fait pas saillie à sa surface; à sa partie inférieure on distingue ordinai-

(1) Cladoceres , Latreille ; Daphnides , Straus.

rement des vestiges d’une paire d'antennes, et de chaque côté, près de sa base, elle donne insertion à une autre paire d'antennes , qui sont très-grandes et profondément divisées en deux ou trois branches. Ces organes, armés de longues soies divergentes, ressemblent à des bras ramifiés et remplissent les fonctions de rames natatoires. La bouche est située à la partie postérieure et inférieure de la tête, et sous le bord antérieur de la carapace; elle est garnie d’un labre, d’une paire de mandibules et d’une paire de mâchoires. Les pates sont plus ou moins foliacées et au nombre de quatre ou cinq paires seulement. Enfin l'abdomen conique, et recourbé tantôt en dessus, tantôt en dessous, est garni en dessus de quelques prolongemens dont la forme varie, et se termine par deux appendices sétacés.

La femelle porte ses œufs dans une cavité comprise entre la portion dorsale de la carapace et son thorax , et les petits acquièrent avant la naissance la forme qu'ils doivent conserver.

Cet ordre ne se compose que d’une seule famille, et comprend six genres reconnaissables aux caractères indiqués dans le tableau suivant :

Quatre articles

à l’une de ces D

:Grandesantennes| branches et Mg

pourvues de deux | trois à l'autre.

branches compo-

sées de deux ou ÎTrois articles

plusieursarticles /a l'une de ces s branches et CH

Cinq paires de deux à l’autre.

pates; celles des

quatre premié- Au moins qua-

.|res paires très- tre articles à Liédbgr

2 Lélargies. chacune de ces 8 a branches. . . .

E ox Grandes antennes terminées par 22 trois branches formées chacune } LATONE.

me d'un seul article. . . . . .

Quatre paires| branches terminales des grandes } Poterie de pates peu) antennes. , . . . . . .

\élargies.

CE TS RCE

| articles à chacune des deux

Trois arlicles à l’une de ces bran-}

ches et quatre à l’autre. BAS jÉvanné.

Genre DAPHNIE. — Daphnia (1).

M. Straus, à qui l’on doit un travail approfondi sur la structure de ces animaux , limitele genre Daphnie aux espèces de Daphnoïdes dont l'abdomen est infléchi, et dont les grandes antennes ou rames sont divisées en deux branches composées , l’une de trois articles, l’autre de quatre articles.

Ainsi que nous l’avons déjà dit, le corps des Daphnies

(3) Pulex aquaticus arborescens, Swammerdam, Hist. des Ins. — Daphnia, Muller, Entomost, — Monoculus , Lin. Syst. nat. — Degéer, Mém. pour servir à l'histoire des Ins. t. 7. —- Fabricius, Ent. syst. t. 2. — Cuvier, Tableau élém.— Manuel Encyclop. méth.— Daphnia, Latreille , Hist. des Crust. et Ins. t. 4; Genera, t. 1; Règne animal de Cuvier, etc. — Lamarck, Hist. des anim. sans vert. t. 5. —Monoculus, Jurine, Hist. des Monocles. — Ramdobhr, Beitrage, ete. — Daphnia, Straus, Mém. du Muséum , t. 5. — Desmarest, Consid. sur les Crust P- 365. — Baird , Magazine of Zool. and Botany, vol. 2, p. 400, et An nals of natural History, vol. 1, p. 245.

paraît au premier coup d’œil divisé seulement en deux parties, une antérieure formée par la tête, et une postérieure formée par deux valves plus ou moins triangulaires ou ovoïdes (PI. 36, fig. 1); mais au-dessous de cette carapace bivalve on trouve un thorax, un abdomen et des pates. Les valves qui cachent ainsi la majeure partie du corps sont minces, flexibles et transparentes ; leur bord inférieur est libre, mais elles sont réunies entre elles par leur bord dorsal, et tiennent à la tête par la portion supérieure de leur bord antérieur ; enfin leur forme varie un peu suivant les espèces. La zéte est recouverte au-dessus par ën bouclier triangulaire qui se continue postérieurement avec la carapace, et presque toujours elle se prolonge en dessous en forme de bec. Le premier segment thoracique qui fait suite à la tête, est grand et adhère par sa face supérieure à la portion dorsale de la carapace ; mais les segmens suivans sont des anneaux plus petits, absolument libres entre les valves, et éloignés du bord supérieur de celle-ci, de façon à laisser au-dessus d’eux un espace considérable destiné à loger les œufs. L’zbdomense com pose de quatre anneaux, le premier desquels présente chez. la femelle plusieurs mamelons médio-dorsaux, dont un trèsdéveloppé se recourbe en haut et en avant, pour venir s’appuyer contre le bout de la carapace, et fermer ainsi postérieurement la cavité ovifère (fig. 2). Le dernier segment présente postérieurement un grand évasement longitudinal , bordé latéralement par des lames aiguës entre lesquelles s’ouvre l'anus. Enfin le corps se termine par deux grands crochets cornés dirigés en dessous. L'œil, sphérique , de grandeur médiocre et de couleur noire, est mobile etrecouvert par les tégumens commups, qui ne présentent dans cet endroit aucune modification ; on y distingue un certain nombre de petits cristallins limpides, enchâssés dans un pigment noir, et recouverts par une tunique commune transparente ; les muscles qui le mettent en mouvement sont au nombre de quatre. Les petites antennes insérées à l’extrémité de lespèce de bec formé par la tête, sont tres-petites, mais varient un peu

suivant les espèces et les sexes. Les grandes antennes ou rames, que M. Straus considère comme représentant une première paire de pates, sont les seuls organes de locomotion dont ces animaux font usage ; elles se composent d’une portion basilaire cylindrique, divisée en deux articles, et de deux branches terminales, garnies vers le bout de quelques longues soies ; la branche antérieure est divisée en quatre articles, et Ja postérieure en trois. La bouche est placée derrière la base du bec, sous le bord antérieur de la carapace. Le labre est très-grand , se dirige horizontalement en arrière, et porte à son extrémité un gros lobule ovoïde. Les mandibules sont très-fortes et presque verticales ; elles se recourbent brusquement en dedans vers leur extrémité, se terminent par un bord tranchant, et ne portent pas de branche palpiforme. Les méchoires sont horizontales, aplaties, élargies vers le bout et armées sur leur bord de quelques épines cornées, très-fortes et crochues. Les pates, situées en ar- -rière de l’appareil buccal, sont au nombre de cinq paires, mais ne servent pas à la locomotion, et sont destinées exclusivement à la préhension et à la respiration. Celles des quatre premières paires sont foliacées, et se composent de quatre articles , dont le premier est allongé et plus ou moins cylindrique; le second, vésiculeux, et les deux derniers lamelleux, de forme variable, et garnis sur les bords de cils trèslongs, ou même d’appendices digitiformes. Enfin celles de la cinquième paire se terminent par un ou deux prolongemens styliformes, et portent en arrière, au lieu d’une lame branchiale comme les précédentes, un appendice qui , chez la femelle, est flabelliforme et recourbé en haut ; et chez le mâle, est petit et crochu. Ces membres s’insèrent au quatrième anneau thoracique, et le cinquième anneau ne porte pas d’appendices. Enfin on remarque encore au-dessus du pénultième anneau de l’abdomen deux soies plus ou moins allongées.

Le canal digestif des Daphnies se compose d’un œsophage court, étroit, dirigé obliquement en haut et en avant, et

DES CRUSTACÉS. 377 suivi d’un intestin gros et droit, qui va s'ouvrir entre les deux lames antérieures du dernier segment abdominal ; près de son extrémité cardiaque, on remarque de chaque côté un cœcum recourbé sur lui-même. Le cœur est situé dans la portion dorsale du premier segment thoracique, et a la forme d’une vésicule ovoïde ; ses pulsations se répètent deux ou trois cents fois par minute, et le sang qu'il met en mouvement paraît circuler dans des lacunes plutôt que dans des vaisseaux. Le cerveau , ou ganglion nerveux céphalique, est bilobé et se trouve entre l’œsophage et l'œil; un nerf optique très-gros naît de sa face supérieure, et à sa partie inférieure et antérieure on aperçoit un point noir d’où semblent naître deux petits ganglions fusiformes. Enfin les ovaires s'étendent tout le long du thorax de chaque côté de l’intestin et s'ouvrent à la partie supérieure du premier anneau abdominal, en avant de la languette qui ferme en arrière la cavité destinée à loger les œufs pendant leur incubation. Environ huit jours après leur naissance, les jeunes Daphnies changent de peau pour la première fois, et les mues suivantes se renouvellent tous les cinq à six jours. Après la troisième mue, les femelles commencent à reproduire. Les pontes se renouvellent très-fréquemment et précèdent les mues ; en général les œufs sont tout-à-fait libres dans la cavité ovifère, et y séjournent ordinairement quelques jours seulement ; mais à une certaineépoque de l’année, en général vers la fin de l'été, il survient dans le travail reproducteur des modifications importantes. On voit alors se former dans la cavité ovifère, à la face interne de chaque valve, une lame opaque qui constitue bientôt un appareil particulier, auquel on a donné le nom d’éphippium. Il consiste en deux battans semblables aux valves de la carapace, dont chacun est garni intérieurement d’une ou de deux petites ampoules transparentes, disposées de facon à former avec leur congénère deux petites capsules bivalves ; entre les deux battans de cet éphippium on trouve un autre appareil semblable au premier, mais plus petit, qui ne tient à la ca-

rapace que par son bord supérieur (ou charnière) qui aflecte aussi la forme d'une coquille bivalve, et qui renferme également dans son intérieur deux capsules bivalves ; enfin, dans chacune de ces dernières capsules, est logé un œuf qui est semblable aux œufs ordinaires , mais qui se développe beaucoup plus lentement, étant destiné à passer l'hiver avant que d’éclore.A la premièremue la mère se débarrasse de son éphippium avec les œufs qui s’y trouvent, et ceux-ci y restent renfermés jusqu’au printemps prochain. Les mâles sont beaucoup moins nombreux que les femelles, et se distinguent par la grandeur des antennes fixées à l’extrémité du bec. Pour effectuer la copulation , le mâle saisit la femelle avec ses antennes et ses pates postérieures, et introduit son abdomen entre les valves de celle-ci; ces embrassemens durent rarement plus de huit à dix minutes, et un seul accouplement suflit pour féconder la femelle pendant toute sa vie. Du reste, cet acte n’est pas toujours indispensable à la reproduction; car Schæffer, Jurine , M. Straus et quelques autres naturalistes, ont constaté que des femelles, séquestrées depuis le moment de leur naissance, pouvaient se multiplier ; et on a vu jusqu’à six générations se succéder ainsi sans le concours du mâle; c’est une anomalie bien remarquable , mais qui se lie au mode de reproduction non moins bizarre des Pucerons. A l'approche de l'hiver, les Daphnies cessent de produire et de changer de peau; enfin elles périssent avant le commencement des gelées ; et c’est à l’aide des œufs contenus dans les éphippiums que leur race reparaît au printemps suivant. Elles habitent généralement les eaux stagnantes, et s’y montrent souvent en si grand nombre, que le liquide en est troublé ; on assure que quelquefois elles donnent à l’eau une couleur rouge, mais ce fait ne paraît pas bien avéré. Elles nagent par petites bandes, et leur nourriture consiste essentiellement en substances végétales.

$ 1. Espèces dont la carapace se prolonge postérieurement en Jorme de dent ou de stylet.

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