‹ Histoire naturelle des crustacés (volume 2)Chapitre 350 sur 487 · SOUS-CLASSE · texte numérisé non relu

SOUS-CLASSE

Cette grande division de la classe des Crustacés se lie d’une manière intime au groupe des Entomostracés et surtout à l'ordre des Copépodes, et peut-être serait-il plus naturel dene pas l'en séparer d’une manière aussi tranchée que nous l'avons fait ici ; du reste elle se distingue de tous les autres animaux de la même classe par le mode deconformation de l'appareil buccal. En effet, la bouche, au lieu d’être garnie de mâchoires foliacées et de mandibules propres à diviser des alimens solides, se prolonge en forme de bec et ne peut livrer passage qu'à des substances liquides ; aussi ces Crustacés ne se nourrissent-ils que des sucs qu'ils puisent dans le corps d'autres animaux, et cette disposition organique les rend en même temps essentiellement parasites. Du reste, cette particularité de structure, malgré toute son importance physiologique, n'entraine que des différences anatomiques assez légères , car, chez les Crustacés, ainsi que chez les insectes, ce sont les mêmes parties qui se modifient dans leur forme pour constituer tour à tour un appareil de mastication ou un organe de succion (1).

(1) Voyez mon mémoire sur la structure de la bouche des Crustacés suceurs , dans les Annales des Se, nat. t, 28, p. 78.

Celui-ci se compose essentiellement d’un tube conique résultant de l'allongement du labre et de la lèvre inférieure ; presque toujours on y découvre deux pièces styliformes qui sont évidemment les analogues des mandibules des Crustacés broyeurs, mais qui remplissent ici l’oflice de petites lancettes ou plutôt de l'instrument employé en chirurgie pour les ponctions dans les cas d’hydropisies, et connu sous le nom de frocart ; enfin il existe d’ordinaire de chaque côté de la base de ce bec d’autres appendices dont Îles principaux paraissent représenter les pates-mächoires des Crustacés supérieurs et servent à lanimal pour s’accrocher sur sa proie.

Les pates sont en général conformées à peu près de la même manière que chez les Cyclopes et les autres Copépodes, c’est-à-dire courtes et garnies de deux rames natatoires composées de plusieurs articles, et il est à noter que, de même que chez la plupart de ces Crustacés, le nombre de ces organes n'est que de quatre paires; mais dans le groupe dont nous faisons ici l'histoire, ils se déforment souvent par les progrès de l'âge et disparaissent quelquefois complétement.

-Un autre trait de ressemblance entre les Crustacés suceurs et les Copépedes, est fourni par les métamorphoses qu'ils subissent dans le jeune âge; et, chose bien remarquable, lors même qu’ils offrent à l'état adulte les formes les plus bizarres et les plus monstrueuses, ils ont en naissant la conformation ordinaire, chez tous les jeunes Copépodes et chez

la plupart des jeunes Branchiopodes ; dans la première période de leur existence il est même impossible de les distinguer des jeunes Cyclops.

Enfin il est aussi à noter que tous ces animaux sont de très-petite taille.

Cette sous-classe se divise naturellement en deux ordres principaux auxquels j'ai cru devoir joindre au moins provisoirement un troisième groupe que les zoologistes rangent d'ordinaire parmi les Arachmides, mais dont la place me paraît être plutôt dans la classe des Crustacés. Le tableau ci-joint fera voir les caractères à laide desquels ces trois divisions se reconnaissent le plus facilement.

Thorax composé | : de plusieurs articles distincts et portant trois ou quatre pai- ? SIPRONOSTOMES.

res de pates ; pates- Pates natatoires machorestrs déve | ou rudimentaires. Jloppées.

Bouche armée de

mandibules styli- \ Thorax sans diviformes. sions annulaires ; antennes dépourvues CRUSTACES de pates; celles-citou-| LERNÉENS.

SUCEURS. jours rudimentaires

ou difformes ; patesmäâchoires rudimentartes. LE. CM F

Pates ambulatoires et ape HT D rer pées; bouche sans mandibules distincts. } ARANEIFORMES.

ORDRE DES SIPHONOSTOMES.

L'ordre des Siphonostomes établi par Latreille ; comprend tous les Crustacés suceurs dont le thorax, composé de plusieurs articles distincts, est garni de pates natatoires.

Ces animaux ont le corps divisé en trois parties, la tête, le thorax et l'abdomen (1). La première est grande et porte une paire d'antennes, un suçoir garni de mandibules styliformes et de pates-màchoires ancreuses ou préhensiles dont le nombre est ordinairement de trois paires. En général cette portion céphalique du corps est plus ou moins elypéiforme et se confond avec un ou deux des premiers anneaux thoraciques. Le nombre normal des segmens constituans du thorax est cinq, mais, par suite de la soudure dont il vient d’être question , cette portion moyenne du corps n'offre en général que deux; trois ou quatre articles distincts. Le dernier anneau thoracique est apode et porte chez la femelle deux ou plusieurs tubes ovifères. Enfin l'abdomen est en général rudimentaire et il n’est garni que d’une seule paire d’appendices disposés de façon à constituer ordinairement une petite nageoire caudale. Quant à la forme générale du corps

(LNPI5890.

elle varie beaucoupet quelquefois elle s'éloigne considérablement de celle qui peutêtre considérée comme normale dans cette classe d'animaux annelés.

Les Siphonostomes subissent dans le jeune âge des métamorphoses considérables et ne deviennent parasites qu'après avoir changé de peau une ou plusieurs fois; ils nagent d'abord avec facilité , mais après s'être fixés ils se déforment plus ou moins et ne se déplacent qu'avec une lenteur et difliculté.

On peut les diviser en deux familles reconnaissables à la conformation générale du corps, et surtout à la structure des antennes. (Voyez le tableau ci-joint.)

FAMILLE DES PELTOCÉ PHALES.

Les Crustacés, dont cette famille se compose, ont moins d’affinité avec les Cyclopes que certains Siphonostomes appartenant à la famille des Pachycéphales ; mais ils offrent une structure plus compliquée, et par sonséquent me paraissent devoîr Les précéder dans cette exposition méthodique.

Le corps des Peltocéphales présente, comme nous l’avons déjà dit, une tête, un thorax et un abdomen distincts, mais très-inégalement développés (1). La téte est très-grande , clypéiforme, et en général beaucoup plus large que le thorax ou l'abdomen ; elle ressemble à un disque légèrement bombé en dessus, mince sur les bords, et tronqué en arrière, où elle se confond

(3) Voyez PI, 38, fig. 1, 9, 13, 15, 19.

Genres.

ix naissant de la face dorsale e la seconde paire remplacées} ARGULE.

‘Point d'appendice médio- Vfrontal. . ... :. 1 Cactes- Un appendice d'ineertion naissant du milieu de la face » CHALIME.

inférieure du front. . . .

Thorax composé de Meet TREBIE, articles distincts. . . . . . .

Thorax composé de quire) N E OGAGUE.

articles distincts. . . . . . .

rois premières paires sétifères , es branchiales; une seule paire Dinemoure.

Ihroïdes-# EN.

quatre paires enbambulatoires rames terminales garni de croet ce plusieurs lames ély-

PANDARE.

cées et branchiales, trois paires IYCREOI GES ER PNR NICE

PHYLLOPHORE.

Pates des trois an en paires chez la femelle et de toutes les paires chez le mâle subambulatoireset garnies de quelques crochets au bout.

CEcrors.

0 Pates foliacées et bran- Lane chiales. . .

Thorax garnien dessus de grands appen-

SIPHO diceslamelleux;toutes

ou en | les pates foliacées. El ie (en Point Rs,

ANTHOSOME.

lamelleux sur le tho- | rax; pates de la troi | sième paire seulement

vésiculaires

DiCHELESTION.

/{ Trois pue depates biramées assez grandes ; He

| NEMESsis.

s et non }très-petit. . . . . . .

Quatre paires de pates biramées très- -pe-( £ x AMPROGLENE.

tites; abdomen très-

| long. PR PE ae dt \ ne paire de grandes pates-mä- Fe ancreuses au-devant de la ERGASILE.

he ; antennes sétacées dès la paf de pates- mâchoires ancreu- à u- devant de la bouche; base antennes renflée, épineuse et ant d'organe d'adhésion. . .

grands lobes latéraux qui resferment les principaux viscères.

Crusrac

BowoLoQuE.

Nicornox

att © LL cr.

FAMILLE DES PELTOCEPHALES.

Tête clypéiforme , garnie en ayant de lames frontales, et porlant de chaque côté les antennes qui sontaplaties et formées de deux

articles.

ORDRE DES SIPHONOSTOMES.

FAMILLE DES PACHYCEPHALES.

Tête épaisse, obtuse en avant, et donnant insertion sous son bord antérieur à deux antennes grêèles , cylindriques, sétacées et mulliarticulées,

Gnusracés , TOME at (en regard de la page #36).

TRIBU DES ARGULIENS.

TRIBU DES CALIGIENS.

Point d'appendices lamelleux sur la face dorsale du thorax. Point de ventouses à la place des pates-mächoires de la seconde paire.

TRIBU DES PANDARIENS.

Des appendices lamelleux (et élythroïdes) sur la face dorsale du thorax. Point de ventouses à la face des pates-mâchoires de la seconde paire.

TRIBU DES DICHÉLESTIENS.

Tête petite, corps allongé.

TRIBU DES ERGASILIENS.

Tête grosse; corps pyriforme , à moins d'être renflé latérale-

ment en fer à cheval; jamais allongé.

Re he |

EE

Point d'appendices lamelleux naissant de la face dorsale du thorax; pates-mâchoires de la seconde paire remplacées par de grandes ventouses.

Point d'appendice médioon tal PE NP

Un appendice d'insertion naissant du milieu de la face inférieure du front. . . . .

Thorax composé de trois

Pates de la quatrième paire } articles distincts biramées et natatoires.

Pates de la quatrième paire uniramées et ambulatoires.

Thorax composé de quatre articles distincts

Pates des trois premières paires sétifères ,

les postérieures branchiales; une seule paire de lames élythroïdes. . . . .. . . . .

Tubes ovifères droits et à découvert.

(le bord des rames terminales garni de cro chets courts et gros) , plusieurs lames élythroïdes.

Pates foliacées et branchiales, trois paires de lames élythroïdes. . . . . . . . . . .

Pates des trois premières

paires chez la femelle et de

Tubes ovifères cachés sous

une lame clypéiforme et

reployés de manière à former un grand nombre d'anses.

subambulatoireset garnies de quelques crochets au bout

Pates foliacées et bran-

chiales... . .

Thorax garni en dessus de grands appendiceslamelleux; toutes

Pates postérieures foliacés ou en | les pates foliacées. forme de vésicule branchiile (en{ Point d'appendices tout trois paires seulement )! lamelleux sur le tho-

rax; pates de la troisième paire seulement vésiculaires

Trois paires de pates biramées et assez grandes ; abdomen

Toutes les pates natatoires et non } très-petit foliacées. Quatre paires de pates biramées très- -petites;, abdomen trés-

Une paire de grandes pates-mächoires ancreuses au-devant de la bouche ; antennes sétacées dès la base,

Point de pates-mäâchoires ancreuses au- -devant de la bouche; base des antennes renflée, épineuse et | servant d'organe d'adhésion. . .

Thorax garni de deux grands lobes latéraux qui res= semblent à des ailes, et renferment les principaux viscères.

Corps pyriforme et sans lobes ou prolongemens latéraux en forme d'ailes,

toutes les paires chez le se

Pates des quatre paires rabambalatores)

Genres ' , ï .

ARGOLE.

Cauice.

CHALIME.

TREBIE,

Nocacur.

Dinemoune.

PanDaRE.

PAYLLOPHORE.

Cecrors.

Lœmarce.

ANTHOSOME.

DicHELESsTION.

Nemésis.

LamPROGLENK,

EnGasire.

BomoLoque.

Nicorno£

avec les premiers anneaux du thorax. Sur sa face supérieure on distingue presque toujours deux petits yeux lisses , fort rapprochés de la ligne médiane , et en avant elle se continue avec deux petites lames frontales plus ou moins distinctes, et dirigées transversalement. Le thorax se compose d’un nombre variable d'articles ; tantôt on n’en distingue que deux , d’autres fois on en : comple trois ou même quatre, suivant que les trois premiers segmens se sont confondus avec la tête, ou bien que cette soudure ne s'étend qu’à deux de ces anneaux, ou bien à un seulement. Du reste, l'aspect de cette portion du corps varie beaucoup, car tantôt le segment dorsal de ces anneaux ne présente rien de remarquable, et d’autres fois il donne naissance à de grandes lames qui ressemblent un peu aux élytres des Insectes. Enfin l'abdomen est peu développé, et ne présente pas d’appendice en dessous , mais se termine par deux petites lames natatoires ciliées sur les bords ou par une espèce de nageoire trifoliée.

Le système appendiculaire présente, dans tous les animaux de cette division, les mêmes caractères essentiels , et se compose d’une paire d'antennes, d’un appareil buccal et de quatre paires de pates.

Les antennes, au nombre de deux seulement , s’insérent très-loin l’une de l'autre, et sont courtes , aplaties et dirigées en dehors ; elles se composent toujours de deux ou trois petits articles lamelleux, et ne sont jamais ni sétacées ni annelées.

L'appareil buccal se compose d’un sucoir, de divers appendices rudimentaires situés de chaque côté de sa base, et de trois paires de pates-mâchoires ancreuses. Le sucoir est grand, conique et dirigé en arrière ; on y distingue deux pièces impaires, qui sont

soudées par les bords dans la plus grande partie de leur longueur , mais restent libres vers le bout et laissent entre elles, au sommiét de cétte éspèce de bec, une ouverture circuläiré où triangulaire; l’uné de ces lames prend insertion entre la bouche et le front, etréprésente le labre ou lévre supérieure ; l’autre, située en arrière, ést l’inalogue de la lèvré inférieure des Crustacés broÿeurs. Entre la base de ces déux lèvres on voit naître dé chaque côté uh appendice qui remplace évidefnment les mandibules de ces derniers animaux; mais qui, au lieu d’être court, gros et déntiforme, ést grêle, trèsallongé, et semblable à un stylet à pointe dentelée ; ces mâchoires styliformes pénètrent dans le bec par une petite fente située près de s4 bäsé, et: s'avancent dans son intérietr, de façon à faire saillie par l’ouverturé qui le términe , ét à Servir comme une paire de lancettés lorsque l’änimal veut sucer sa proie. Un peu plus én déhôrs sétrüuve tine seconde paire d'appendices qui est réduite à un état presque rudimentaire, et paraît êtfe le représentart de la première paire de mächoires des Crustacés ordinaires ; en zénéral on distingueaussi vérs, lé même point, ute pièce cornée styliforme ou fourchue, qui semblé devoir être les vestiges d’une troisième paire d'appéndices buccaux ; appendices qui, chez les Crustäcés broyeurs, constituent les mâchoires de la seconde paire. Enfin les pates-machoires, au nombre de trois paires , offrent des dimensions consi* dérables, et sont rangées dé chaque côté du siphon (f); celles de li première paire paraissent être comme refoulées en avant, car elles naissent au-dévant du riveau de la lèvre supérieure, entre le sucçoir et les

(x) PI. 38, fig. 2, 3, 4. 10.

DES CRUSTAGÉS. 439 antennes; aussi sont-elles considérées par quelques naturalistes comme étant des antennes ; elles sont grosses, courtes, plus ou moins diflormes, et terminées chacune par un ongle crochu, à l’aide duquel l'animal s'attache à sa proie. Les pates-màchoires de la seconde paire sont grêles, et composées toujours de deux articles principaux de longueur à peu près égale, et dont le second porte vers le milieu un petit appendice , et se termine par un ou deux crochets peu arqués. Enfin les pates-mâchoires de la troisième paire, situés plus en arrière, sont gros, en général courts et plus ou moins complétement subchéliformes ; l’ongle crochu qui les termine pouvant se reployer sur le pénultième article en manière de griffe.

Les pates sont au nombre de quatre paires ; et sont toujours plus ou moins complétement natatoires ; celles des deux pairesmitoyennes et quelquefois même toutes se terminent par deux rames; composées chacune de un à trois articles, et offrent en général une disposition très-remarquable qui est de nature à favoriser beaucoup leur action comme rames natatoires, et qui consiste dans un développement très-considérable de leur article basilaire , et la soudure de cet article avec une piècesternale impaire, de facon à former avec le toutune seule lame transversale comme aux deux pieds (2); il est même à noter qu’en général cette pièce basilaire impaire , qui occupe toute la largeur de l'anneau correspondant, est beaucoup plus développée que les rames terminales de ces membres, et constitue à elle seule la presque totalité de la nageoïire formée par la paire

(1) PI. 38, fig. 6, 5.

de pates ainsi modifiées. Les quatre paires de membres dont nous venons de parler appartiennent aux quatre premiers anneaux thoraciques, et naissent les unes du bouclier céphalique, les autres de la portion postcéphalique du thorax, en nombre variable, suivant le nombre des anneaux thoraciques qui se trouvent confondus ave la tête. Le dernier anneau du thorax n’en portejamais ; mais on y distingue en général une paire de tubercules ou delobules qui paraissent être les vestiges d’une cinquième paire de membres réduits à un état rudimentaire.

Les Crustacés de cette division vivent en parasytes sur les poissons , mais n’y sont pas fixés d’une manière permanente, et lorsqu'ils lâchent prise ils peuvent se déplacer, soit en se traînant lentement, soit en nagant. Le mâle se distingue en général de la femelle par quelques particularités de structure et par une taille beaucoup moindre ; presque toujours la femelle porte ses œufs dans des tubes cylindriques, qui naissent près du bord postérieur du dernier segment thoracique de chaque côté de l'abdomen, et qui ateignent souvent une longueur très-considérable. Les petits qui en naissent ressemblent aux jeunes Cyclopes et doivent subir plusieurs mues avant que d'achever leur métamorphose ; mais on ne sait encore que peu de choses sur les changemens qu'ils éprouvent. Il est aussi à noter que l’on trouve souvent dans le voisinage des vulves de petites ampoules qui y sont fixées par un col très-étroit, cet qui pourraient bien être des réservoirs spermatiques, analogues à ceux que M. Siébold vient de faire connaître chez les Cyclopes.

Cette famille, bien qu'elle soit très-naturelle, se laisse diviser en trois tribus caractérisées principale-

ment par l'absence ou la présence d’appendices lamelleux sur le dessus du thorax, et par la disposition des antennes. L'une de ces divisions a pour type le genre Calige proprement dit, et peut, par conséquent , être désigné sous le nom de tribu des Caligiens ; une autre a pour type principal le genre Pandarus, et portera le nom de tribu des Pandariens ; enfin la troisième se compose d’un seul genre, celui des Ærgules.

TRIBU DES ARGULIENS.

Cette division, comme nous venons de le dire, ne comprend encore qu'un seul genre, et par conséquent nous pouvons nous dispenser d’en donner ici une description générale.

GENRE ARGULE, — Aroulus (1).

Les Argules sont de petits Crustacés remarquables par la forme discoïde et presque circulaire de leur ééte; cette portion du corps est tout à fait plate en-dessus , très-élargie, et se prolonge en arrière jusqu'au niveau du bord postérieur du thorax qu'elle recouvre de chaque côté; ces lobes postérieurs naissent vers le milieu du corps, et laissent entre eux une fente presque linéaire occupée par le thorax ; mais au premier abord , cette disposition échappe facilement à lobservateur , et l'animal paraît avoir la portion céphalothoracique du corps tout entière recouverte par un grand disque circulaire, dont les bords dépassent souvent l'extrémité des

(1) Pediculus, Backer. — Argulus, Müller. — Monoculus, Fabricius, Linné , Manuel, Cuvier. — Linoculus, Geoffroy, Latr. Genera. — Ozolus , Latreille, Hist. des Crust, — Ærgulus, Jurine, Lamarck, Latreille, Leach, Desmarest, Burmeister , Herrick et Dana, etc.

pates, et ne laissent apercevoir qu’une sorte de queue bilobée formée par l'abdomen. Vers sa partie antérieure, mais à une distance assez considérable du bord frontal, on trouve sur la face supérieure de cette carapace deux yeux circulaires, et on distingue deux lignes cornées qui paraissent correspondre au point de jonction des lobes latéraux avec la région médiane ; enfin il est à noter, que le test lui-même est presque membraneux.Les antennes sont grosses, très-courtes et complétement cachées sous le front ; elles s’insèrent près de la ligne médiane, à quelque distance en arrière du bord frontal, et se composent d’un article basilaire portant un second article recourbé en forme de corne, et garni sur son bord externe d’un appendice sétacé et grêle qui dépasse un peu son extrémité. Immédiatement en arrière de ces organes et en connexion avec leur base, on trouve une seconde paire d’appendices antenniformes , dirigés en dehors , cylindriques et composés de trois ou quatre articles , dont le premier est assez gros et les suivants sont de plus enplus petits. Le suçoir naît assez loin en arrière de ces organes et se dirigeen avant, tandis que chez tous les autres Crustacés de cette famille, il est reployé en arrière, il est grêle, allongé , et ne paraît être formé que par le labre, l’ouverture buccale proprement dite étant située en arrière de sa base; on y découvre deux paires d’appendices styliformes qui semblent être les analogues des mandibules et d’une paire de mâchoires, et on y distingue une pièce médiane qui peut être considérée comme le représentant de la lèvre inférieure. Ce mode de conformation de l’appareil buccal, décrit avec soin par MM. Dana et Herrich, s'éloigne un peu de celui qui se rencontre communément dans cette famille, et semble établir un passageentre la structure des mêmes parties chez lesCrustacés broyeurs et les Siphonostomes ordinaires. De chaque côté de la base du bec, se trouve un appendice cylindrique, gros, court et terminé par une ventouse cupuliforme d’une structure très-remarquable. Enfin, plus en avant , naissent deux membres pédiformes , qui sont gros et dentés à leur

DES CRUSTACÉS. 443 base , puis cylindriques et allongés, et qui se composent de cinq articles dont le dernier se termine par deux petits ongles crochus, C’est en arrière de ces organes que le thorax devient distinct de ia tête ; on y reconnaît quatre articles qui portent chacun latéralement une paire de pates natatoires, Ces pates, à raison de leur structure , paraissent être intermédiaires entre celles des Branchiopodes et des Siphonostomes ordinaires, car celles des deux premières paires portent sur le bord dorsal de leur portion basilaire un appendice flagelliforme , recourbé en dessus comme chez beaucoup de Branchiopodes ; du reste, ces membres se composent d’un pédoncule charnu obscurément divisé en deux ou trois articles ; et portant à son extrémité deux rames lamelleuses, allongées et garnies de grandes soies plumeuses ; toutes ces pates sont dirigées horizontalement en dehorset ne dépassent que peu ou point le bord de la carapace, Au bord posterieur du thorax, on apercoit en dessous des traces d’un cinquième anneau, et près de la ligne médiane, on y trouve les deux orifices de la génération. Enfin l’abdomen est ovalaire et bilobé postérieurement et près du fond de Péchancrure qui sépare en arrière ses deux lobes , on voit en-dessous une paire d'appendices presque rudimentaires, de forme ovalaire.

Les Argules ne sont pas pourvus de sacs ovifères , comme les autres Crustacés suceurs, mais déposent leurs œufs sur quelque corpsétranger, et les petits qui en naissent , ressemblent beaucoup à des Gyclopes ; leur test céphalique n’est pas encore élargi en forme de disque ; ieur corps est pyriforme et leurs antennes sont visibles en dessus, de chaque côté de la carapace ; ces organes sont proportionnellement plus développé que chez l'adulte, et l’'appendice sétacé, qui, chez ce dernier, se trouve sur leur bord postérieur, constitue ici une rame cylindrique et ciliée au bout beaucoup plus grande que la portion antérieure, Une seconde paire de rames natatoires se montre en arrière de celles dont il vient d’être question, et paraît être formée par une paire d’appendices palpiformes

dépendant des organes qui, chez l’adulte, simulent des antennes postérieures. Les ventouses n’existent pas et sont remplacées par une paire de grosses pates portant une troisième paire de tiges nataioires; enfin les membres qui suivent immédiatement ces organes et qui représentent les pates - mâchoires postérieures, ne sont que très-peu développés, et les quatre paires de pates proprement dites sont presque rudimentaires ; enfin l’abdomen est pyriforme et ne se dilate en lobes terminaux que plus tard , en sorte que les lamelles caudales qui, par la suite, seront cachées sous sa face inférieure , terminent alors le corps du petit animal,

Les Argules vivent fixés sur divers poissons d’eau douce ; ils s’attaquent également aux têtards de Batraciens, mais on les trouve aussi libres , et ils nagent avec vivacité.

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