‹ Histoire naturelle des crustacés (volume 2)Chapitre 422 sur 487 · SOUS-CLASSE DES XYPHOSURES · texte numérisé non relu

SOUS-CLASSE DES XYPHOSURES

Les singuliers animaux dont se compose le petit groupe des Xyphosures s'éloignent tant des autres Crustacés, que queiques naturalistes voudraient même les exciure tout à fait de la classe dont nous faisons ici l’histoire, pour les ranger parmi les Arachnides, et que, tout en rejetant cette opinion, on est obligé de les isoler autant que possible et d’en former une sous-classe particulière qui se lie à la division des Branchiopodes et à celle des Trilobites, mais se distingue de ces Crustacés et de tous les autres animaux de la même classe par l’ensemble de l’organisation. La place naturelle des Xyphosures aurait donc été à côté des Branchiopodes ; mais nous avons préféré ne pas les y placer, afin de ne pas rompre les rapports encore plus étroits qui unissent entre eux tous les Crustacés maxillés.

Le corps de ces animaux (:1)se compose de trois portions : un céphalo-thorax, un abdomen et une queue ; les deux premières portions sont recouvertes chacune par un bouclier corné ; la troisième affecte la forme d’un long stylet. Le bouclier céphalothoracique , qui représente la carapace des Apus

(PP Ge. 1.

DES CRUSTACÉS. 539 et des Crustacés supérieurs, est le plus grand; il est convexe en dessus, concave au-dessous et arrondi en avant et sur les côtés, tandis que postérieurement il est profondément échancré pour recevoir la base de l'abdomen. On remarque à sa face supérieure un espace inégal, mais peu ou point bombé, qui est circonscrit en avant et sur les côtés par deux crêtes courbes, et cecupe en arrière toute la longueur de ia portion droite du bord postérieur articulée avec l'abdomen. Cet espace , que l’on pourrait appeler la région occipitale, est subdivisé longitudinalement en trois lobes, par deux sillons qui se recourbent en dedans antérieurement; et sur le lobe médian, on remarque aussi une arête médiane plus ou moins distincte, à l'extrémité antérieure de laquelle est un petit tubereule lisse ayant l'aspect d’un stemmate, et de chaque côté duquelse trouve effectivement un œil lisse très-petit (1). Vers le milieu et au dehors des arêtes latérales qui circonscrivent de chaque côté la région occipitale, se trouvent les yeux composés qui sont de forme ovalaire et offrent, sur leur cornée transparente, des divisions hexagonales, Quant à la région antérieure et latérale, ou région marginale du bouclier céphalo-thoracique, elle forme en avant et sur les côtés un plan très-incliné et ne présente rien de remarquable ; il est seulement à noter que posté-

(1) C'est celte erreur commise par Latreille, et relevée par M. Vander -Hoeven, qui à fait attribuer à ces animaux lrois stemmates; elle a élé reproduile dans la première partie de eet ouvrage, |. 4 , pe 121.

rieurement elle se prolonge au delà de fa région occipitale, de façon à constituer de chaque côté une sorte de corne dirigée en arrière.

Le second bouclier, ou portion abdominale du corps, est beaucoup moins large que la précédente, moins longue aussi, et a la forme d’un hexagone inéquilatéral dont le bord postérieur serait plus ou moins concave ; son bord antérieur est articulé avec le bord postérieur de la région occipitale de la carapace, et ses bords latéro-antérieurs correspondent aux bords obliques par lesquels se termine en arrière la région marginale du même bouclier; les bords latéro-postérieurs, en général plus longs que les précédens, forment avec ceux-ci un angle très-obtus et présententunesérie de huit dents séparées entre elles par six des fossettes dans chacune desquelles s’insère une grosse épine mobile dont la pointe est dirigée en arrière; en dessus ce bouclier abdominal est bombé et divisé en trois lobes dont les latéraux sont très-grands, et le médian rétréci en arrière et séparé des précédens par deux séries de petites dépressions. Enfin, du milieu du bord postérieur de cette seconde portion du corps, naît une longue pièce styliforme qui, étant située au-dessus et en arrière de l'anus, doit être considérée comme l'analogue de l'anneau caudal.

À la face inférieure du corps (1), on remarque antérieurement une surface plane et triangulaire qui est de niveau avec le bord frontal; mais dans

(a) PLAN, Mig. 2.

DES CRUSTACÉS. 541 le reste de son étendue, le bouclier céphalo-thoracique est fortement excavé pour loger les pates. Ces organes entourent immédiatement l'ouverture buccale et sont disposés de façon que leur article basilaire remplit les fonctions des mandibules et des mächoires des Crustacés ordinaires, tandis que leur branche interne s'allonge pour constituer un membre ambulatoire et préhensile; on en compte six paires. Celles de la première paire, appelées mandibules par Fabricius et Latreille, palpes par Cuvier, sont beaucoup moins grandes que les autres, et situées au-devant de la bouche, près de la ligne médiane ; elles s’insèrent sur une éminence membraneuse impaire qui remplit les fonctions d’un labre, et elles se composent de trois articles dont les deux derniers sont disposés de façon à constituer une pince. Les pates, ou plutôt pates-mächoires des quatre paires suivantes, se ressemblent beaucoup et se composent chacune de six articles ; le premier de ces articles est très-grand et se termine du côté interne par un prolongement lamelleux, armé de fortes épines et faisant loflice d’une màchoire ; on y remarque aussi, sous son angle interne et antérieur, une petite pièce mobile. Les articles suivants constituent une pate allongée, un peu comprimée ; et chez les femelles, le pénultième arücle se prolonge au-dessous du dernier, de facon à former avec lui une pince à branches égales ; il en est quelquefois de même chez le mâle; mais dans quelques Limules, cette espèce de main manque aux pates de Ja seconde et de la troisième paire,

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lé prolongement réprésentant le doigt immobile ne s'étänt pas développé. Les pates de la sixième paire différent beaucoup des précédentes; leur article bäsiläire est plus grand , se termine du côté interne par urié surface deñtée assez semblablé à celle d’un thändibule broyeur, et il porté à son angle extérne un appéndice flabelliforme ; quelquefois il existe un petit appendicé lamielleux à l'extrémité du quatrième article ; ét l’article suivant porte sur son bord antérieur plusieurs de ces lames Subfoliacées et allongées qui cachent presque éhtièremeñt l’article suivañt, ainsi que la petite main didactyle qui le termine. Enfin il existe entre là base deces pates, à la partie postérieure du thorax, deux petités pièces lamelleuses, obtuses au bout et gaïties d'épines qui semblent être les vestiges d’une septième paire dé membres. L’abdomen est creusé dans sa partie moyenne d’une cavité assez profonde ét très-analogue à celle que nous avons déjà vue chéz les Sphéromes et divers autres Isopodes. Cette cavité loge les fausses pattes abdominales et les branchies fixées à leur face postérieure. Ces niémbres Sont au nombre de six paires, mais les plusantérieurs ne restent pas distinéts et sont réunis sur la ligné médiane de facon à constituer une grande valve opercülaire foliacéé et presque circülairé, mais trotiquéé en avant, qui recouvre presque ehtièrément les fausses patés suivantes; dans chaqué moitié dé cet opertule, on distingue uñëé ou deux pièces basiläires et deux lames términalos qui repiésentent les deux Brañches qui d'ordipaire terminent ces orgauvcs; lune de ces piécts,

DES CRUSTACÉS. 543 située près de la ligne médiane, est petite et séparée de celle du côté opposé par une fissure , l’autre est très-grande ; enfin sur la face supérieure ou postérieure de ces fausses pates de la première paire, se trouvent les deux orifices générateurs. Les fausses pates suivantes sont également foliacées et réunies entre-elles sur la ligne médiane dans toute l'étendue de leur pièce basilaire , mais les deux branches qui ternninent chacun de ces organes sont libres et plus développées; la branche interne est composée de deux articles, dont le premier quadrilatère et allongé, le second foliacé et ovalaire; la branche externe est représentée par une lame très-large, arrondie ‘en dehors et semblable à celle de l’opercule ; enfin les deux tiers externes de la face postérieure de la portion basilaire de ces membres sont occupés par uné grande branchie formée d'un nombre considérablé de lames ou plutôt de replis cutanés disposés transversalement et empilés les uns sur les autres comme les feuillets d’un livre: ces feuillets adhèrent à la fausse pate dans toute la longueur dé leur base ou bord antérieur, et sont libres dans le reste de leur étendue; ils sont triangulaires, à bords coùrbes , ét augmentent de grandeur depuis l'extrémité supérieure de la branche jusque vers sa base, de facon à donner à celle-ci la forme d’une pyramide dont l’arête postérieure sérait courbe, les deux faces libres seraient bombées et Ta base arrondie; le bord bre de chaque feuillet est garni d'une petite bande cornée destinée à le soutenir, mais dans le reste de leur étendue ces replis sont mem-

braneux; enfin on en compte environ 150 dans chacune des branchies de la première paire et un peu moins dans les branchies suivantes ; la dernière n'en offre qu'environ 130 (1).

La bouche, située vers le tiers postérieur de Ja face inférieure du bouclier céphalo-thoracique , est entourée, comme nous l'avons déjà dit, par les pates dont l'article basilaire ou hauche est armé d’épines ou de dents et disposé de manière à servir au travail de la mastication. Cette ouverture est infundibuliforme et se continue avec le tube digestif qui se dirige d’abord directement en avant, puis se recourbe en haut et en arrière et marche en ligne droite jusque vers l'extrémité postérieure du bouclier abdominal, où il présente de nouveau une petite courbure, pour aller gagner l'anus. La première portion de ce canal, dirigée en avant et située au-dessous de l'intestin , constitue l’'œsophaze; elle est étroite , assez longue, et garnie intérieurement de plis longitudinaux. L'estomac est représenté par la portion courbe et antérieure de ce même tube ; il est petit et dirigé verticalement; ses parois sont très-charnues et froncées en dedans; un sillon interne le sépare de l’œsophage, et son extrémité pylorique s'avance en forme de cône dans la cavité de l'intestin, de façon à constituer une espèce de valvule. La troisième portion du tube intestinal occupe presque toute la longueur du corps, et représente le

(4) Voyez à ce sujet une note publiée par M. Duvernoy, dans les Comptes rendus de l'Académie des sciences, séance du 17 sept. 1838.

duodénum ou ventricule chylifique; elle est cylindrique, droite, et offre vers ses deux extrémités quelques replis transversaux de la membrane interne et des papilles plus ou moins saillantes; on y aperçoit de chaque côté , un peu en avant du niveau de la bouche, deux petits orifices cireulaires qui apparuennent à l'appareil biliaire, et son extrémité postérieure est brusquement contractée pourse continuer avec la quatrième portion du tube digestif, laquelle peut être considérée comme un éntestin rectum; elle est très-courte , plissée longitudinalement à l'intérieur et recourbée en bas à son extrémité pour gagner l'anus, qui se trouve, ainsi que nous l'avons déjà dit, au-devant de l'insertion du stylet caudal. Le foie remplit dans le céphalo-thorax l’espace situé entre l'intestin et les muscles des pieds ; 1l s'étendaussi dansl’abdomen et se compose de canaux aveugles et contournés qui se continuent avec Îles conduits excréteurs, dont les quatre troncs débouchent, comme nous l'avons déjà dit, dans la partie antérieure du duodénum. Le cœur ressemble beaucoup à celui des Squilles; c’est un long vaisseau dorsal, à parois charnues, qui présente de chaque côté septouvertures transversales garnies de valvules et qui donne naissance à diverses artères. Le système nerveux consiste en un anneau médullaire qui entoure l’œsophage, qui donne naissance aux nerfs céphalo-thoraciques , et qui se continue en arrière avec un gros cordon de la partie postérieure duquel naissent les nerfs abdominaux. Enfin les organes générateurs débouchent au dehors par les deux

ouvertures déjà signalées à la base de la première paire de fausses pates; chez la femelle ces orifices communiquent chacun avec un oyiducte, qui, parvenu dans le céphalo-thorax , se divise en deux branches dont les ramifications constituent l'ovaire et embrassent le foie; chez le mâle on trouve à la place des vulves un petit pénis cylindrique.

Les X yphosures subissent dans le jeune âge des changemens de forme considérables ; elles n’offrent pas d’abord la queue styliforme qui chez l'adulte égale en longueur le reste du corps; leur bouclier abdominal est arrondi postérieurement, et les der nières paires de fausses pates ne sont pas développées (1).

Ces Crustacés habitent la mer et viennent quelquefois sur les plages sablonneuses ; ilsse nourrissent de substances animales, et lorsqu'ils sont à terre ils s’enfoncent souvent dans le sable pour se soustraire à l’inflaence de la chaleur du soleil qui les fait périr promptement. On les trouve dans les mers de l'Inde, du Japon et dans Atlantique , sur les côtes de l'Amérique septentrionale; mais ils ne paraissent pas s'élever au delà du 44° degré de latitude nord et semblent confinés à l'hémisphère boréal. Ils ne forment qu’un seul genre, celui des

(1) Voyez à ce sujet les figures d’un jeune Limule que j'ai données dans la grande édition du Règne animal de Cuvier ; Crustacés, pl. 56, fig. 21, 2h.

LIMULES. — Zimulus (1).

Leach, il est vrai, a réservé ce nom aux espèces dont toutes les pates sont chéliformes, et a formé un nouyeau genre sous le nom de Tachypleus É )pour celles dont les pieds antérieurs sont monodactyles ; ; mais on sait aujourd hui que ce dernier caractère ne se rencontre que chez le mâle de: certains Limules , et ne coïncide pas avec d’autres partieularités de structure de quelque importance , en sorte qu'il ne paraît pas être une base suffisante pour l'établissement d’une division générique.

On ne connaît bien que les cinq espèces suivantes.

$ 1. Espèces dont les pates-mâchoires de la seconde et de la troisième paire (deux premières paires, Latreille) sont monodactyles chez le mie, et dont les épines mobiles du bord latéral de l'abdomen, sont de deux sortes chez la Jemelle (savoir, trois longues et trois très-courtes).

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