TRIBU DES HYPÉRINES ANORMALES
Cette division est caractérisée par un mode de conformation des antennes inférieures qui est trèsremarquable; ces organes, au lieu d’avoir la forme d'une tige cylindracée ou d'un stylet peu flexible, et de faire saillie au-devant de la tête, s’insèrent à la face inférieure de celle-ci, sur les côtés de la bouche, et se replient trois ou quatre fois sur eux-mêmes en zigzag (1).
On ne connaît encore que trois genres qui offrent ce mode d'organisation, savoir : les genres Typhis, Pronoe et Oxycéphale ( voyez le tableau page 71 ).
Genre TYPHIS. — T'yphis (2).
M. Risso est le premier qui ait appelé l'attention sur les Crustacés de ce genre; mais sa description n’était pas de nature à donner une idée exacte de leur structure curieuse.
(1) Voyez PI. 30, fig. 10.
f(2) Risso, Crust. de Nice. — Desmarest, Consid. p. 281. — Latreille, Règne anim. etc. — Edw. Dict. class. d'Hist. nat. t. 16, p. 449, et Ann. des Sc. nat. t, 20, p. 395.
La forme générale du Typhis est semblable à celle des Hypérines; le corps est plus ou moins ovalaire, la £éte est grosse et l’abdomen rétréci. La disposition des antennes est tout à fait particulière : les supérieures, grosses, coudées, et beaucoup moins longues que la tête, sont insérées à sa partie antérieure et inférieure ; les inférieures sont fixées à sa partie postérieure et inférieure, au-dessous des yeux et sur les côtés de la bouche ; leur forme est aussi remarquable que ieur situation , car elles sont grêles, cylindriques, sétacées et formées de quatre tiges articulées bout à bout et se reployant l’une sur l’autre , en sorte que, dans le repos, ces appendices sont cachés tout entiers sous les parties latérales de la tête, bien que leur longueur totale soit plus grande que celle du thorax; enfin, la dernière de ces tiges est composée de deux articles, tandis que les autres coudes ne sont formés que d’une seule pièce un peu renflée aux deux extrémités. Les yeux sont grands, mais n’occupent que la partie inférieure des côtés de la tête. Les appendices de la bouche ne présentent rien de remarquable, si ce n’est l'existence des palpes mandibulaires, grèles et allongés. Le thorax est renflé et divisé en sept articles. Les quatre premières pates sont courtes, élargies vers le bout et appliquées contre la bouche ; la forme des antérieures varie, mais les pates de la seconde paire sont toujours terminées par une espèce de main didactyle, dont la griffe mobile est formée de deux articles. Les pates de la troisième et de la quatrième paires sont grèles , cylindriques , très-longues, et terminées par un petit ongle crochu ; dans le repos elles sont reployées sous le corps, et leur extrémité antérieure vient se loger sous les parties latérales de la bouche. Le premier article de celles de la cinquième et de la sixième paire est au contraire lamelleux , extrêmement grand , et constitue une espèce de bouclier qui, en s'appliquant sur la face inférieure du corps (comme les battans d’une porte), la recouvre presque complétement et cache toutes les autres pates ; près de l’extrémité inférieure de ces grandes lames cornées, on voit une
petite tige cylindrique dirigée en arrière , divisée en trois ou quatre pièces, et formée par les autres articles de ces pates, qui, au lieu d’être des organes de locomotion , sont devenus presque uniquement des armes défensives. Les pates de la septième paire sont très-petites ; elles sont cachées sous les précédentes et réduites à une lame cornée, portant à son extrémité inférieure un petit article cylindrique. Les appendices membraneux, fixés en dedans du point d'insertion des pates, sont, comme d'ordinaire, au nombre de douze; mais ils sont moins lamelleux que chez la plupart des Amphipodes, et ont plutôt la forme de sacs vésiculeux ; enfin, l’abdomen et ses appendices présentent à peu près les mêmes caractères que dans le genre Hypérie.
Suivant M. Risso, ces petits Crustacés nagent assez bien, et se nourrissent principalement de médusaires ; lorsqu'ils craignent quelque danger, ils replotent l'abdomen sous le corps, appliquent les grandes lames foliacées formées par les pates postérieures les unes contre les autres, se roulent en boule et se laissent tomber ainsi au fond de l’eau.