Alime grêle. — A. gracilis
Carapace de même forme que chez les précédentes , mais ayant les stylets postérieurs plus courts, les épines du bord inférieur plus grosses, et n’atteignent pas en dessus l’antépénultième anneau thoracique. Pâtes ravisseuses , comme dans l’espèce précédente. Abdomen très-grêle. Son dernier segment plus de trois fois aussi long que large, et naj-ant que des dents très-petites, disposées comme dans V Alime èchancré. Appendice du sixième anneau n’atteignant pas à beaucoup près la première paire de ces dents. Des vestiges de branchies tuberculiformes. Longueur, 2 2 lignes.
Habite la mer des Indes. (C. M.)
L’espèce figurée par M. Guérin, sous le nom dlAlima triacanihura (i), appartient à cette division , et paraît se distinguer des espèces précédentes par la brièveté du rostre , le peu de longueur des lames latérales de la nageoire caudale, etc.
VAlima longirostris du même naturaliste, figuré dans l’Iconographie du régne animal , n’a pas encore été décrit, mais paraît être très-voisin de l’espèce précédente (2).
TRIBU DES SQÜILLIENS.
Cette division correspond au genre Squilla de Fa- Bricius et delà plupart des auteurs, et comprend les trois groupes génériques établis par Latreille sous les noms de Squilles proprement dites, de Gonodactyles et de Coronis. Tous les Crustacés dont elle se compose ont entre eux la plus grande ressemblance.
(i) Voyage de la Coquille , Crust. PL 4, fig. 8-i3. (z) Iconogr. Crust. PL 24, fig. 4-
5ro
et les (lillérences d’après lesquelles ces genres sont établis n’ont peut-être pas autant d’importance qu’on l’avait d’abord pensé.
Les Squilliens sont de tous les Crustacés Podopbthalmes ceux dont les divers anneaux constituans du corps sont les plus également développés et les plus indépendans les uns des autres. A l’exception de ceux qui entourent immédiatement la bouche, tous ces anneaux sont plus ou moins mobiles les uns sur les autres, et la plupart sont complets. La carapace (i) ne recouvre ni les deux premiers anneaux de la tête ni les quatre derniers anneaux du thorax , et constitue un bouclier horizontal , à peu près quadrilatéral, qui est divisé longitudinalement en trois lobes plus ou moins distincts, par deux sillons longitudinaux. Au devant de ce bouclier se trouve une petite plaque triangulaire et mobile (2), qui paraît en être une dépendance, et qui recouvre l’anneau antcnnulaire ; sa forme varie, et comme on peut se servir des caractères qu’elle fournit pour la distinction des espèces, nous la désignerons Sous le nom de plaque frontale. L'anneau qui porte les yeux est petit , à peu près quadrilatère, et mobile sur le segment suivant (3) ; les sont gros, courts et renflés. L’anneau antennulaire (4) est aussi à peu près quadrilatère et mobile , mais plus grand, et donne insertion aux antennes internes par son bord antérieur de chaque côté de l’anneau ophtalmique. Ces appendices sont dirigés en avant; leur pédoncule est gt’êle, et composé de trois articles cylindricjues ,
(1) PI. 1, tig. l; PI. 2, tig. 3 i PI. 26, tig. II,; PI. 27, %. 2.
(2) PI. I, lig. 1,0, et PI. a, (ig. 3, ti.
(3) PI. 2 , lig. I.
(4) PI. 2, Hg. 3.
UÉS CRUSTACÉS.
enlin ils se terminent par trois lîlainens mnlti-nrliculés, <le longueur médiocre. Les antennes de la seconde
JD
paire s’insèrent sous le bord antérieur de la carapace , de chaque côté de l’anneau antennulaire , et sont conformées à peu près demémecjue chez les Evichthiens ; le premier article de leur pédoncule est gros et court, et se continucavec un article également gros, qui porte à son CTitrémité une grande laine ovalaire, analogue au palpe ou brandie moyenne des membres thoraciques et de l’écaille basilaire de l’antenne externe desSalicoques (i) ; labranchie interne, qui d’ordinaire prend un grand développement , reste ici grêle et si petite, qu’elle ne semble être qu’un appendice de la branche moyenne; elle naît de l’angle antérieur de l’article basilaire commun J et présente une portion pédonculaire, composée de deux articles cylindriques et d’un filet terminal multi-articulé. L’c^istomeest Irès-alongé, et constitue une grande masse saillante à peu près triangulaire, dont la base, dirigée en arrière, forme la lèvre supérieure (a). La bouche est située vers le tiers postérieur de la carapace, et présente de chaque côté une mandibule garnie d’une petite tige palpiforme, qui se dirige en avant sur les cotés de l’épistome; ces mandibules sont voûtées, et se terminent par deux branches divergentes et à bords dentelés , dont l’une remonte verticalement dans l’intérieur de l’œso- |)hage (3). Une lèvre inférieure, profondément bilobée , dot la bouche en arrière et s’applique contre les mandibules. Les mâchoires de la première paire sont
(1) PI. I, fig. I, n; Pt. 27, tig. g, etc.
(2) PI. 27, fig. 10.
(3) PI. 26, fig. j2, et PI. 27, fig. n.
5i2 histoiee katurelee
petites, et garnies en dedans d’une lame denticulée sur le bord, et d’un lobe conique recourbé sur lui-méme et terminé par des épines ; en dehors , ces organes portent aussi un petit appendice rudimentaire {i).Les mâchoires de la seconde paire sont plus développées , et recouvrent tout le reste de l’appareil buccal ; elles sont lamelleuses, à peu près triangulaires, et composées de plusieurs articles placés bout à bout (2). Les membres, qui d’ordinaire constituent les mâchoires de la seconde paire, forment, comme dans la tribu précédente , deux longues pâtes , grêles et cylindriques , qui s’avancent de chaque côté de la tête , et ressemblent assez aux pates-mâchoires externes de certains Décapodes Macroures (3) ; la lame vésiculaire fixée à la base de ces organes est assez grande. Les membres de la paire suivante, qui cbez les Décapodes constituent les pates-mâchoires antérieures, acquièrent ici un grand développement , et prennent, comme nous l’avons déjà dit, la forme de pâtes ravisseuses; ils sont en général reployés trois fois sur eux-mêmes , et rappellent par leur forme les pâtes antérieures des Insectes du genre Mante ; quant à la conformation de leur griffe , elle varie un peu , et fournit ainsi des caractères pour la distinction des Squilles proprement dites , et des Gonodaclyles (4) . Les membres thoraciques des trois paires suivantes , au lieu d’être dirigés en dehors comme les pâtes ravisseuses , sont dirigés en avant , et appliqués contre l’appareil buccal ; ils s’in-
(i) PL 26, fig. i3.
(a) PL 26, fig. i4, et PL 27, fig. ja.
(3) PL 26, fig. i5, PL 27, fig. 10 /.et fig. i3.
(4) PL 26 , fig. Il , et PL 27 fig. 9. ^ ,
nES CRUSTACÉS. ' 5i3
sèrent sur une ligne demi-circulaire, et les derniers se touchent par leur base, et sont pour ainsi dire refoulés entre les précédents , de façon que l’anneau thoracique auquel ils appartiennent paraît au premier abord apode ; leur conformation est essentiellement la meme que dans la tribu précédente ( i ) . Il en est de même des pâtes thoraciques des trois dernières paires (2), seulement elles sont plus développées que chez les Érichthiens; leur appendice est tantôt styliforme, tantôt élargi , et l’article qui les termine est en général lamelleux, ovalaire et cilié sur le bord. Les anneaux qui portent ces trois dernières paires de pâtes , et même celui qui les précédé, sont presque entièrement semblables à ceux de 1 abdomen^ seulement ils ne descendent que peu ou point latéralement en dehors de l’insertion des membres. U abdomen est très-grand et constitue un organe puissant de natation ; la nageoire caudale qui le termine est très-grande ; l’article basilaire des membres du pénultième segment est très-long , très-gros , et se prolonge postérieurement en une grande lame pointue , qui s’avance entre les deux branches terminales de ces organes; la branche interne consiste, comme d ordinaire, en une lame ovalaire abords ciliés, mais, de même que dans les tribus précédentes, la branche externe se compose de deux articles placés bout à bout, dont le premier est assez gros et le second lamelleux (3). Les fausses pâtes des cinq premiers anneaux abdominaux sont très-grandes ; leur article basilaire est quadrilatère, et porte deux branches la-
(1) PI. 26, iig. Il , et PI. 29 , fig, J/}.
(2) PI. 26, fig. Il m.
(3) PI. 27, fig. 9, g, h.
CRUSTACÉS, TOME II
5l4 HISTOIRE NATURELLE
melleuses, dont l’externe donne attache par sa face postérieure , tout près de son pédoncule, à une grande branchie rameuse disposée en forme de panache (i).
La structure intérieure des Squilliens diffère considérablement de celle des Décapodes. Le cœur (2) , au lieu d’être quadrilatère et d’être renfermé dans la partie moyenne du thorax , a la forme d’un long vaisseau, un peu renflé antérieurement, qui s’étend dans presque toute la longueur de l’abdomen au.ssi bien que du thorax, et qui fournit latéralement dans chacun des anneaux qu’il traverse une paire de branches artérielles; par son extrémité antérieure, ce vaisseau dorsal donne naissance à trois branches , qui paraissent être les analogues des artères ophthalmique et antennaires des Décapodes ; et postérieurement il se termine par une petite artère qui pénètre dans le dernier segment abdominal. Les sinus veineux, dans lesquels le sang se rassemble avant que d’aller aux branchies , .sont extrêmement vastes; la cavité principale appartenant à ce système occupe la ligne médiane du corps, et se trouve au-dessous de l’intestin et entre les masses musculaires latérales de l’abdomen; sa paroi inférieure est formée par une lame de tissu cellulaire, qui renferme dans son épaisseur le cordon nerveux ganglionnaire, et qui est accolée aux tégumens de la face inférieure de l’abdomen ; de chaque côté il communique avec des lacunes intermusculaires, qui contournent la base des fausses pâtes , et conduisent aux branchies. Le pédoncule de chacun de ces derniers organes renferme deux vaisseaux longitudinaux , dont
(1) PI. 10, lig. 4.
(2) PI. 9, fig. 2.
DES CRUSTACÉS. 5i5
l’externe paraît être le canal afférent, et l’interne le canal eflérent; ce dernier conduit se continue supérieurement avec un canal irrégulier, à parois formées seulement de tissu cellulaire très-fin, et qui remonte sur les parties latérales de l’abdomen , s’enfonce entre les muscles longitudinaux supérieurs et les viscères , pour gagner la face supérieure du cœur , où l’on voit une double série de petites ouvertures brancbiocardiaques.
L’estomac est très-grand et s’avance dans la tête trèsloin au devant de l’œsophage , qui est vertical et extrêmement court. La charpente solide de cet organe est bien moins compliquée que chez les Décapodes , et se trouve réduite presque exclusivement à la portion sous-pylorique, qui forme une espèce de valvule au devant de l’entrée de l’intestin. Ce dernier tube est droit , et est entouré d’une masse cellulaire et granulaire qui paraît être le foie , et qui donne naissance latéralement à de petits prolongemenS;, lesquels s’insinuent entre les muscles de la base des pales (i).
Les organes de la génération se trouvent au-dessus de l’appareil digestif. Dans le mâle, il part de la base de chacune des pâtes postérieures un long tube grêle, cylindrique et blanc , qui , en fiùsant un grand nombre de circonvolutions, se dirige en arrière sur les côtés de l’intestin , et se termine vers le tiers antérieur de
(i) Suivant M. Duvernoy , cet organe serait un sinus veineux, mais je crois que 1 apparence qui a fait naître cette opinion est dépendante des altérations subies par les Squilies après la mort, car les résultats de la dissection de quelques individus frais me paraissent incompatibles avec cette nouvelle détermination proposée par le savant professeur de Strasbourg. {Foyez le compte rendu à l’Académie des sciences , du 8 mai iSSj.)
l’abdomen dans une masse blanchâtre et lobulée , qui est l’analogue du testicule, et qui s’étend jusqu à l’anus. Les verges ont la forme de deux tubes cornés , dont la longueur est souvent très-considérable. L’ovaire occupe la même place que le testicule, mais est plus grand (i).
Enfin le système nerveux présente à peu près la même disposition que chez la plupart des Décapodes Macroures ; dans l’abdomen , les ganglions sont bien développés, et les cordons doubles ; il en est de meme pour les ganglions thoraciques des trois dernières paires , mais tous ceux de la portion antérieure du thorax sont réunis en une seule masse ovalaire.
La tribu des Squilliens a été divisée , comme nous l’avons déjà dit, en trois genres , dont les principaux caractères se voient dans le tableau suivant •
ayant l’appen- i dentée sur le bord 1 proprement dice latéral des | interne. J dites,
pâtes thoraci- /
La çrifl’e des pâtes N ravisseuses lamel- | leuse et fortement ISquilles
SQUILLIENS \ et sty litorme. | point aenteiee sur
nt (lenteiee sur bord préhen-
te bord préhensile.
(i) Foyez à ce sujet les observations de M. Duvetnoy , Ann. des SC. nat. 215. série , t. VII , p. 248.
DES CRUSTACES.
Genre SQUILLE. — Squilla (1).
Les Sqailles proprement dites sont probablement plus carnassières que les autres Crustacés de cette tribu , car elles sont pourvues d’armes ofïensives bien plus puissantes. La grifie qui termine leurs pâtes ravisseuses a la forme d’une lame de faux, dont le bord tranchant serait garni de longues dents pointues , et serait reçu dans une rainure du bord correspondant de la main (PI. 26 , fig. 11, h, ); celle-ci est également comprimée et en général armée d’épines sur son bord préhensile. Les pâtes thoraciques des trois dernières paires portent un appendice grêle, cylindrique et alongé, qui représente le palpe (fig. 11, n. ). Enfin le corps est en général plus svelte et plus rétréci derrière la carapace que chez les autres Squilliens.
On connaît un nombre assez considérable de Squilles. Ces Crustacés se monü-ent jusque dans la Manche, mais ne sont abondans que dans les mers des régions chaudes ; ils se tiennent en général éloignés des côtes , et à des prolbndeurs as scz considérables. Leurs fausses pâtes abdominales sont continuellement en mouvement , et ils nagent avec une grande vitesse en frappant l’eau de leur puissante queue.
Les principales difl'érences qui se l'emarquent chez ces animaux conduisent à les diviser eu deux groupes; mais ne nous paraissent pas as.sez importans pour servir de base à des divisions génériques ; nous nous bornerons par conséquent à les distribuer en deux sous-genres qu’on peut distinguer à l’aide des caractères suivans :
(I) Squilla , Rondelet. — Aldrovande, Rurapli , Seba. — Cancer , Lirm. Herbst. — Aîieltn , Fabricius , Latreille , Bosc, Lainarck, Leach , Desmarest , Roux , etc.
HISTOIRE NATDREIiLE
.ayant le corps svelte , et rétréci au milieu , et la carapace courte, élargie en arriére, et laissant à découvert les trois ou quatre derniers anneaux thoraciques.
Sqüiiles fines-tailles.
SQUILLES
ayant le corps trapu et sans j
rétrécissement notable vers i
le milieu, et la carapace, peul
ou point élargie en arrière, / Sqoilles thapoes.
et se prolongeant au-dessus l
de l’antépénultième anneau ]
thoracique.
Sous-genue des Squilles fines-tailles.
Les espèces que nous réunissons dans cette division sont remarquables par le rétrécissement de la portion postérieure de leur thorax et l’élargissement graduel de l’abdomen. La carapace, élargie en arrière, atteint à peine le bord antérieur de Fanneau thoracique (1) qui précède les trois derniers scginens pourvus de pâtes. La plaque rostrale ne recouvre presque jamais l’anneau ophthalmique. Enfin le dernier segment de l’abdomen n’est jamais garni d’épines marginales mobiles.
§ Etpices dont l'abdomen ne présente en dessus ni des crêtes ni de gros tubercules, et a son dernier segment une fois et demie aussi large que long, arrondi et à peine dentelé.