LÉGION DES TRILOBITES
Nous croyons devoir ranger entre les Isopodes et les Branchiopodes le groupe nombreux des Trilobites , qui peuplaient la mer aux époques les plus reculées de l’histoire géologique, mais qui depuis long-temps ont disparu de la surface du globe et ne nous sont connus que par leurs débris, découverts à l’état fossile dans les couches les plus Anciennes de la terre. Lorsque l’attention des Naturalistes commença à se porter sur ces fossiles, Quelques auteurs les considéraient comme étant des coquilles à trois lobes , d’autres pensaient qu ils provenaient d’animaux voisins des Oscabrions ou du moins s’en rapprochaient beaucoup ; mais aujourd’hui qu’on les connaît mieux l’on s’accorde généralement à les rapporter il la classe des Crustacés. Ils en offrent effectivement les caractères, et suivant toute probabilité ils devaient appartenir à la grande division clés Branchiopodes ; mais, dans' l’état actuel de la science, cette question ne peut être entièrement résolue, car jusqu’ici on ne sait rien de positif sur la conformation de leurs pâtes. Il est aussi à noter que ces Crustacés iossiles semblent établir un passage entre les Iso- Podes et les Branchiopodes d’une part , et les Xyphosures de l’autre.
Ces animaux ont le corps composé d’une série d’anneaux, et ressemblent beaucoup par leur forme générale à plusieurs Isopodes , et notamment aux Séroles. Us présentent , de même que ces Crustacés , trois parties plus ou moins distinctes , savoir : une tête, un thorax et un abdomen (1). La tête est grande, clypéiforme, ordinairement arrondie en avant, tronquée ou concave en arrière, bombée en dessus et le plus souvent divisée par deux dépressionsou sillons longitudinaux en trois lobes plus ou moins distincts. Ce bouclier a beaucoup d’analogie avec la carapace des Apus, seulement il se prolonge moins loin en arrière. Chez plusieurs Trilobites on remarque sur la face supérieure des tu* hercules qui ressemblent extrêmement aux yeux réniformes de ces Apus (2), et, chez d’autres, il existe à la même place deux yeux réticulés, qui , par leur disposition , rappellent exactement ceux des Séroles et de quelques autres Isopodes (3). De même que chez lesApus, on 11’aperçoit aucune trace d’antennes lorsqu’on regarde ces animaux par leur face dorsale, et s il existe des vestiges de ces appendices, on les trouvera probablement à la face inférieure de la tête de chaque côté de la bouche, comme chez ces derniers Phylopodes; mais jusqu’ici on n’a rencontré aucun échantillon qui en laissât voir la moindre trace, et il n’y aurait rien détonnant à
(0 PI. 34, fig. I, 2, 3, 4, 5, 6, etc.
(2) PI 34, fig. II.
(3) PI. 34, fig. 1, 2, 5,6, 7, 8.
ce que les antennes, devenues déjà rudimentaires et réduites au nombre de deux seulement chez les Apus, manquassent ici. Il est aussi à noter quen général il existe de chaque côté de la face supérieure de la tête une ligne suturale plus ou moins flexueuse (i), qui naît du bord postérieur, longeles yeux et gagne le bord frontal. La face inférieure de ta tête est occupée en avant par une surface plane assez semblable à ce qui existe chez les Apus et les Limules, mais qui est divisée par desprolongemens des sutures jugales, en deux ou trois pièces, suivant que ces lignes se réunissent sur la ligne médiane du front avant que de se recourber en bas et en arrière, ou bien restent séparées par un espace plus ou Oloins considérable. En arrière de cette région on 3 découvert aussi des traces de 1 appareil buccal, niais on ne sait que peu de choses de sa conformation. MM. Dekay, Stokes et Sars y ont aperçu une tanie bifurquée postérieurement en forme de fer 3 cheval qui paraît constituer un labre ou une pièce ôpistomienne analogue à celle qui donne insertion 911 labre chez certains Isopodes. Ces notions , comme on le voit, sont extrêmement incomplètes, toais cependant elles suffisent pour nous convaincre qoe la bouche des Trilobites devait être organisée a peu près comme celle des Édriopli thaï mes ou des Phyllopodes, et ne devait être conformée ni comme celle des Crustacés suceurs ni comme celle des Xyphosures.
(0 Cette suture qui fournit dans certains cas de très-bons ca- 1 itères spécifiques, peut être désignée sous le nom de ligne jugale.
La seconde portion du corps ou thorax (désignée à tort par la plupart des auteurs sous le nom d’abdomen ) fait suite au bouclier céphalique , et se compose d’un nombre variable d’anneaux bien distincts. Sa face supérieure ofFre presque toujours deux sillons longitudinaux qui divisent chaque anneau en trois lobes , dont un médian ou dorsal et deux latéraux désignés sous le nom de flancs (i)' Cette division du thorax en trois lobes est si remarquable qu’elle a frappé tous les observateurs et a valu à ces animaux leur nom de Trilobites ; elle manque quelquefois cependant ( comme dans le Nileus armadillo de Dalman (2)), et ne les distingue pas essentiellement de tous les animaux de l’époque actuelle, comme le pensent quelques naturalistes; car une disposition analogue se voit chez un grand nombre d’Isopodes ; seulement chez ceux-ci la pièce médiane ou tergale est très-grande , et les pièces latérales ou épimériennes sont très-petites, tandis que chez les Trilobites, c’est le contraire qui a ordinairement lieu. Il paraît, d’après les observations récentes de M. Pander, que les tégumens solides qui revêtent le dessus du thorax , se reploient aussi sur sa face inférieure et se prolongent jusqu’au niveau du sillon situé entre les lobes médian et latéraux, sur la face dorsale du corps ; mais jusqu’ici on n’a rien découvert relatif à la disposition de la portion sternale du thorax, et il est assez pro-
fx) Pi. 34, tig. 5, 6, 7, 8, etc.
(2) Pt. 34, iig. I.
DES CRUSTACÉS. 28g
table qu’elle était membraneuse comme les pâtes.
Souvent il n’existe aucune limite naturelle entre le thorax et la portion postérieure ou abdominale du corps ( postabdomen Brongniart), et celle-ci se c°mpose d’anneaux semblables à ceux dont nous venons de parler, mais dont les dimensions diminuent progressivement (1); d’autres fois, l’abdomen (ou Pjgidium Dalman) est bien distinct du thorax , et alors il se compose tantôt d’anneaux d’une forme différente qui sont quelquefois réunis par One expansion marginale d’apparence membraneuse (2), tantôt d’un seul bouclier semblable à celui formé par la tète et analogue à l’abdomen des Sphéromes(3); on voit quelquefois à la suite decetabdo- Olen un appendice étroit et allongé ou lamelleux qui constitue une espèce de queue ayant quelque ressemblance avec celle des Limules ou formant One sorte de nageoire caudale. Enfin , il paraîtrait que les parties latérales de la face inférieure de l’ab- 'fomen étaient revêtues d’un tégument solide , comme la face supérieure.
Jusqu’ici on n’est parvenu à découvrir des traces bien certaines de pâtes chez aucun Trilobite (4); et tout porte à croire que ces appendices étaient membraneux et lamelleux comme chez les Apus, car sans
ü) Pi. 34, fis. 7.
c») PI. 34. %.6.
(-1) En faisant une section transversale sur le thorax d. an Asaphe • ^oldfuss a cru y reconnaître des vestiges de pâtes ^ette observation ne paraît pas être très-concluante ( voj d«Sc.„at., t. .5, P. 84).
CRUSTACÉS , TOIIE III.
mais ■a An.
cela il serait difficile de s’expliquer leur destruction si constante et si complète (i). Il serait même possible que la division latéro-antérieure des pièces latérales des Ogygies et de quelques autres Trilobites fût formée par un lobule analogue à celui qui, chez les Apus, les Branchipes, etc. , représente la branche externe des pâtes , et paraît servir plus particulièrement à la respiration ; mais les faits nous manquent pour résoudre cette question.
Les Trilobites étaient des animaux marins , et plusieurs d’entre eux avaient la faculté de se replier en boule comme les Sphéromes de nos mers. Ils paraissent être les premiers représentons de la classe des Crustacés u la surface du globe ? car on les rencontre dans les roches stratifiées les plus anciennes, mais ils n’ont pas survécu aux grandes modifications que la terre a subies durant les premières périodes de 1 histoire géologique , et ils ont été tous détruits avant le depot des couches variées qui îeposent sur la formation carbonifère. Du reste, ces animaux étaient alors répandus dans les régions les plus éloignées, car on en a trouvé les débris dans diverses parties de 1 Europe, dans l’Amérique septentrionale, dans l’Amérique du Sud et k l’extrémité méridionale de 1 Afrique. On connaît aujourd’hui un très - grand nombre de ces Crustacés fossiles, confondus jadis sous le nom commun d 'En-
(O Voyez a ce sujet un mémoire de M. Audouin, intitulé : Recherches sur les rapports naturels qui existent entre les Trilobites et les animaux articulés ; inséré dans les An. des Sc. physiques de Bruxelles, t. 8, p. 233- v 3 1
tomolithes , et les différences de structure qu’ils offrent sont si grandes qu’on a senti la nécessité de les diviser en plusieurs genres. M. Alexandre Brongniart est le premier qui ait présenté une classification des Trilobites, et ses divisions forment encore la base de la méthode adoptée par la plupart des naturalistes; mais ici, comme dans les autres tranches de l’entomologie, on s’est laissé aller peu ^ peu à multiplier inutilement les subdivisions ; les découvertes plus récentes ont nécessité, il est vrai , l’établissement de quelques groupes nouveaux , fitais la plupart des genres proposés depuis peu fie nous paraissent pas reposer sur des caractères assez tranchés pour que l’on doive les adopter. Quoi qu’il en soit, à l’exemple de M. Dalman , fious diviserons les Trilobites ou Paleades (i) en deux sections , savoir :
i° Les Trilobites proprement dits, qui ont la tête semi-lunaire, et le thorax visible et divisé en plusieurs anneaux distincts (2);
20 Les Trilobites anormaux ou Battoïdes , qui °üt la tète sub-orbiculaire , l’abdomen de même Ifirrne (3) et le thorax peut-être caché sous le boulier ou peut-être membraneux, mais toujours détruit.
(0 Nous ne voyons. aucun motif pour préférer ce nom nouveau Proposé par Dalman à celui de Trilobites dont l’usage est depuis n§temps presque général.
0) PI. 34, fig. 13 et 14.