‹ Histoire naturelle des crustacés (volume 4)Chapitre 330 sur 354 · SOUS-CASSE DES XYPHOSDRES · texte numérisé non relu

SOUS-CASSE DES XYPHOSDRES

Les sinçjliers animaux dont se compose le petit groupe de Xyphosures s’éloignent tant des autres Crustacés que quelques naturalistes voudraient même lesexclure tout à fait de la classe dont nous faisons ici histoire, pour les ranger parmi les Arachnides, etque, tout en rejetant cette opinion, on est obligé de les isoler autant que possible et d’en former me sous-classe particulière qui se lie à la division d:s Branchiopodes et a celle des f ri 1 obi tes , mais se dstingue de ces Crustacés et de tous les autres anmaux de la même classe par l’ensemble de l’orgarisation. La place naturelle des Xyphosures auriit donc été h côte des Branchiopodes, mais nous avons préféré ne pas les y placer, afin de ne pas rompre les rapports encore plus étroits qui unissent entre eux tous les Crustacés maxilles- Le corps de ces animaux (i) se compose de trois portions : un céphalo-thorax , un abdomen et une queue; les deux premières portions sont recouvertes chacune par un bouclier corné ; la troisième *f' fecte la forme d’un long stylet. Le bouclier céphalo' thoracique , qui représente la carapace des Apu>s

(i) ri 4*, AS- »■

DES crustacés. 53q

et des Crustacés supérieurs, est le plus grand; ij est convexe en dessus, concave au-dessous et arrondi en avant et sur les côtés , tandis que postérieurement il est profondément échancré pour recevoir la base de l’abdomen. On remarque à sa lace supérieure un espace inégal , mais peu ou point bombé, qui est circonscrit en avant et sur les côtés par deux crêtes courbes, et occupe en arrière toute la longueur delà portion droite du bord postérieur articulée avec l’abdomen. Cet espace, que l’on pourrait appeler la région occipitale , est subdivisé longitudinalement en trois lobes, par deux sillons qui se recourbent en dedans antérieurement; et sur le lobe médian , on remarque aussi une arête médiane plus ou moins distincte, à l’extrémité antérieure de laquelle est un petit tubercule lisse ayant l’aspect d’un stemmate, et de chaque côté duquel se trouve effectivement un œil lisse très -petit (i). Vers le milieu et au dehors des arêtes latérales qui circonscrivent de chaque côté la région occipitale, se trouvent les jeux composés qui sont de forme ovalaire et offrent, sur leur cornée transparente, des divisions hexagonales. Quant à la région antérieure et latérale, ou région marginale du bouclier céphalo-thoracique,' elle forme en avant et sur les côtés un plan très-incliné et ne présente rien de remarquable ; il est seulement à noter que posté-

(1) C'est cette erreur commise par Eatreille, et relevée par M. Vanner Hocven, qui a fait attribuer à ces animaux trois sleinmates; elle a été reproduite dans la première partie de set ouvrage, t. i , p. 131.

rieiirement elle se prolonge au delà de la région occipitale, de façon à constituer de chaque côté une sorte de corne dirigée en arrière.

Le second bouclier, ou portion abdominale du corps, est beaucoup moins large que la précédente , moins longue aussi, et a la torme dun hexagone inéquilatéral dont le bord postérieur serait plus ou moins concave ; son bord antérieur est articulé avec le bord postérieur de la région occipitale de la carapace , et ses bords latéro-antérieurs correspondent aux bords obliques par lesquels se termine en arrière la région marginale du même bouclier ; les bords latéro-postérieurs, eu général plus longs que les préeédens, forment avec ceux-ci un

angle très-obtus et présentent une série de huit dents

séparées entre elles par six des fossettes dans chacune desquelles s’insère une grosse épine mobile dont la pointe est dirigée en arrière ; en dessus ce bouclier abdominal est bombé et divisé eu trois lobes dont les latéraux sont très-grands, et le médian rétréci en arrière et séparé des préeédens par deux séries de petites dépressions. Enfin , du milieu du bord postérieur de cette seconde portion du corps, naît une longue pièce stjli forme qui, étant située au-dessus et en arrière de Y anus , doit être considérée comme l’analogue de l’anneau caudal.

A la face inférieure du corps (i), on remarque antérieurement une surface plane et triangulaire qui est de niveau avec le bord frontal ; mais dans

(1) Fl. 4 -i , fig. 2.

le reste de son étendue, le bouclier céphalo-thoracique est fortement excavé peur loger les pâtes. Ces organes entourent immédiatement l’ouverture buccale et sont disposés de façon que leur article basilaire remplit les fonctions des mandibules et des mâchoires des Crustacés ordinaires , tandis qne leur branche interne s’allonge pour constituer un membre ambulatoire et préhensile ; on en compte six paires. Celles de la première paire , appelées mandibules par Fabricius et Latreille, palpes par Cuvier, sont beaucoup moins grandes que les autres , et situées au-devant de la bouche , près de la ligne médiane; elles s’insèrent sur une éminence membraneuse impaire qui remplit les fonctions d’un labre, et elles se composent de trois articles dont les deux derniers sont disposés de façon à constituer une pince. Les pâtes, ou plutôt pates-mâchoircs des quatre paires suivantes, se ressemblent beaucoup et se composent chacune de six articles ; le premier de ces articles est très-grand et se termine du côté interne par un prolongement lamelleux , armé de fortes épines et faisant l’ollice d’une mâchoire ; on j remarque aussi , sous son angle interne et antérieur, une petite pièce mobile. Les articles suivants constituent une pâte allongée, un peu comprimée; et chez les femelles, le pénultième article se prolonge au-dessous du dernier, de façon â former avec lui une pince à branches égales ; il en est quelquefois de même chez le mâle ; mais dans quelques Limules, cette espècede main manque aux pâtes de la seconde et de la troisième paire , CRUSTACÉS , TOME 1U. 35

le prolongement représentant le doigt immobile ne s’étant pas développé. Les pâtes de la sixième paire diffèrent beaucoup des précédentes; leur article basilaire est plus grand, se termine du coté interne par une surface dentée assez semblable à celle d’un mandibule broyeur, et il porte a son angle externe un appendice Uabellifonpe ; quelquefois il existe un petit appendice lamelleux à l'extrémité du quatrième article , et l’article suivant porte sur son bord antérieur plusieurs de ces lames subfoliacées et allongées qui caclient presque entièrement l’article suivant, ainsi que la petite main didactyle qui le termine. Enfin il existe entre la base de ces pâtes, à la partie postérieure du thorax , deux petites pièces lamelleuses, obtuses au bout et garnies d’épines qui semblent être les vestiges d’une septième paire de membres. L 'abdomen est creusé dans sa partie moyenne d’une cavité assez profonde et très-analogue à celle que nous avons déjà vue chez les Sphéromes et divers autres Isopodes. Cette cavité loge les fausses pattes abdominales et les branchies fixées à leur facepostérieure. Ces membres sont, au nombre de six paires, mais les plusanté rieurs ne restent pas distincts et sont réunis sur la ligne médiane de façon a constituer une grande valve operculaire foliacée et presque circulaire, mais tronquée en avant, qui recouvre presque entièrement les fausses pâtes suivantes; dans chaque moitié de cet opercule , on distingue une ou deux pièces basilaires et deux lames terminales qui représentent les deux branches qui d ordinaire terminent ces organes; lune de ces pièces,

située près de la ligne médiane, est petite etséparée de celle du côté opposé par une fissure , l’autre est très-grande; enfin sur la face supérieure ou postérieure de ces fausses pâtes de la première paire, se trouvent les deux orifices générateurs. Les fausses pâtes suivantes sont également foliacées et réunies entre elles sur la ligne médiane dans toute l’étendue de leur pièce basilaire , mais les deux branches qui terminent chacun de ces organes sont libres et plus développées; la branche interne est composée de deux articles , dont le premier quadrilatère et allongé, le second foliacé et ovalaire; la branche externe est représentée par une lame très-large , arrondie en dehors et semblable à celle de l’opercule; enfin les deux tiers externes de la face postérieure de la portion basilaire de ces membres sont occupés par une grande bran chie formée d’un nombre considérable de lames ou plutôt de replis cutanés disposés transversalement et empilés les uns sur les autres comme les feuillets d’un livre: ces feuillets adhèrent a la fausse pâte dans toute la longueur de leur base ou bord antérieur, et sont libres dans le reste de leur étendue; ils sont triangulaires, à bords courbes , et augmentent de grandeur depuis 1 extrémité supérieure de la branche jusque vers sa base, de façon à donner à celle-ci la forme d’une pyramide dont 1 arête postérieure serait courbe , les deux faces libres seraient bombées et la base arrondie ; le bord libre de chaque feuillet est garni d’une petite bande cornée destinée à le soutenir, mais dans le reste de leur étendue ces replis sont ment-

braneux ; enfin on en compte environ 1 5o clans chacune des branchies de la première paire et un peu moins dans les branchies suivantes; la dernière

n’en offre cju’environ i3o(i).

La bouche , située vers le tiers postérieur de la face inférieure du bouclier céphalo-thoracique , est entourée, comme nous l’avons dcjk dit, par les pâtes dont l’article basilaire ou hanche est armé d’épines ou de dents et disposé de manière à servir au travail de la mastication. Cette ouverture est infun- Jibuliforme et se continue avec le tube digestif qui se dirige d’abord directement en avant, puis se recourbe en haut et en arrière et marche en ligne droite jusque vers l’extrémité postérieure du bouclier abdominal, où il présente de nouveau une petite courbure, pour aller gagner 1 anus. La première portion de ce canal, dirigée en avant et située au-dessous de l’intestin , constitue X œsophage ; elle est étroite, assez longue, et garnie intérieurement de plis longitudinaux. L’ estomac est représenté pai la portion courbe et antérieure de ce même tube ; il est petit et dirigé verticalement; ses parois sont très-charnues et froncées en dedans; un sillon interne le sépare de l’œsophage, et son extrémité pylorique s’avance en forme de cône dans la cavité de l’intestin, de façon à constituer une espèce de valvule. La troisième portion du tube intestinal occupe presque toute la longueur du corps, et représente >e

(1) Vovez à ce sujet une note publiée par M. Duvernoy , dans Comptes' rendus de V Académie des sciences, séance du 17 sept. 1» *•'

duodénum ou ventricule chylifique; elle est cylindrique, droite, et offre vers ses deux exlrémitésquelques replis transversaux de la membrane interne et des papilles plus ou moins saillantes; on y aperçoit de chaque côté , un peu en avant du niveau de la bouche , deux petits orifices circulaires qui appartiennent à l’appareil biliaire, et son extrémité postérieure est brusquement contractée pour se continuer avec la quatrième portion du tube digestif, laquelle peut être considérée comme un intestin rectum ; elle est très-courte , plissée longitudinalement à l’intérieur et recourbée en bas à son extrémité pour gagner Xanus , qui se trouve , ainsi que nous l’avons déjà dit, au-devant de l’insertion du stylet caudal. Le foie remplit dans le céphalo-thorax l’espace situé entre l’intestin et les muscles des pieds ; il s’étend aussi dansl’abclomen et se compose de canaux aveugles et contournés qui se continuent avec les conduits excréteurs, dont les quatre troncs débouchent, comme nous l’avons déjà dit , dans la partie antérieure du duodénum. Le cœur ressemble beaucoup à celui des Squilles ; c’est un long vaisseau dorsal, à parois charnues, qui présente de chaque côté sept ouvertures transversales garnies de valvules et qui donne naissance à diverses artères. Le système nerveux consiste en un anneau médullaire qui entoure l’œsophage, qui donne naissance aux nerfs céphalo-thoraciques , et qui se continue en arrière avec un gros cordon de la partie postérieure duquel naissent les nerfs abdominaux. Enfin les organes générateurs débouchent au dehors par les deux

ouvertures déjà signalées à la base de la première paire de finisses pâtes; chez la femelle ces orifices communiquent chacun avec un oviducte, qui, parvenu dans le céphalo-thorax , se divise en deux branches dont les ramifications constituent l’ovaire et embrassent le foie; chez le mâle on trouve à la place des vulves un petit pénis cylindrique.

Les Xyphosures subissent dans le jeune âge des changemens de forme considérables; elles n’offrent pas d’abord la queue styliforme qui chez l’adulte égale en longueur le reste du corps; leur bouclier abdominal est arrondi postérieurement, et les dernières paires de fausses pâtes ne sont pas développées (i).

Ces Crustacés habitent la mer et viennent quelquefois sur les plages sablonneuses ; ils se nourrissent de substances animales, et lorsqu’ils sont à terre ds s’enfoncent souvent dans le sable pour se soustraire à l’influence de la chaleur du soleil qui les fait périr promptement. On les trouve dans les mers de l’Inde, du Japon et dans l’Atlantique , sur les côtes de l’Amérique septentrionale; mais ils ne paraissent pas s’élever au delà du 44° degré de latitude nord et semblent confinés à l’hémisphère boréal. Ils ne forment qu’un seul genre, celui des

(i) Voyez à ce sujet les figures d’un jeune Limule que j ai données dans la «rande édition du Règne animal de Cuvier ; Crustacés, pl. , fig. 2 /, 2h,

LIMULES. — Limulus (1),

Lcacli, il est vrai, a réservé ce nom aux espèces dont toutes les pâtes sont cbelilbrmes, et a formé un nouveau genre sous le nom de Tachypleus (2) pour celles dont les pieds antérieurs sont monodactyles ; mais on sait aujourd’hui que ce dernier caractère ne se rencontre que chez le mâle de certains Limulcs , et ne coïncide pas avec d’autres particularités de structure de quelque importance , en sorte qu’il ne paraît pas être une base suffisante pour l’établissement d’une division générique.

On ne connaît bien que les cinq espèces suivantes.

§ i. Espèces dont les pales-mâchoires de la seconde et de la troisième paire (deux premières paires, Latreijle) sont mono dactyles chez le mâle , et dont les épines mobiles dit bord latéral de l'abdomen, sont de deux sortes chez la femelle (savoir, trois longues et (rois très-courtes).

i . Limite des Moeuques. — L. moluccamis (3).

Bouclier céphalo-thoracique régulièrement arrondi antérieurement chez les deux sexes, et offrant en dessus trois séries de petites pointes spiniformes , situées l’une sur la crête médiane , les autres sur les crêtes qui séparent la région occipitale des ré gions latérales; ses bords postérieurs et latéraux finement dentelés. Le bouclier abdominal lisse en dessus et terminé par deux dents très-courtes, dont le bord interne est très-long , et le bord

(1) Cancer , Clusius , Séba , Rumph. etc. — Monoculus , T.innée , Syst. nat. — Limulus , Muller , Entomosliaca , p. 124. — Fabricjus , Ent. Syst. t. 2, p. 487. — Lalreille , Hist. des Crust., etc., I. 4, p. 88 ; Cenera , t. 1 ; Règne animal, t. /j , p. 184, etc. — Polyphomus , Laniarck , Hist. des anim. sans vert. L. 5 , p. 145. — Limulus, Leael. , Dict. des Sc. nat. t. 14 , p. 536, etc, — Desmarest , Consid. p. i44- — Vander-Hœven , Recherches sur les Limules (i vol. in-fol.).

(2) Dict, des Sc. nat. t. 14, p. 538.

(3) Cancer moluccanus, Clusius, Exolicorum libri X, p. 127. •- Cancer perversus , Rumplt. mus. Pl. 12. — Schœffer , der krebsarlige kiefenfuls , Pl. 7 , fig. 4 , 5- — Limulus Polypliemus , I'abrielus , Eut.

externe (compris entre la pointe et l’insertion de la dernière épine) très-court; dent du bord latéro-antérieur médiocre et située vers le milieu de ce bord ; épines mobiles du bord latéropostérieur médiocres, et toutes à peu près de même longueur chez le mâle ; les trois premières assez longues chez la femelle, mais les trois dernières extrêmement courtes et plus larges que longues. Stylet caudal triangulaire , épineux sur son bord supérieur et légèrement concave sur sa face inférieure. Pates-machoires de la dernière paire garnies vers le bout de quatre appendices allongés, lamelleux , aplatis , sublancéolés.

Le Lirnulus Lalreilli, de Leach (i), appartient probablement à l'espèce précédente. Il en est peut-être encore de même du Limulus tridenlatus du même auteur (2).

î. Limule VERDATRE. — L. virescens (3).

Catte espèce, dont nous ne connaissons qu’un individu femelle, ressemble extrêmement au L. des Moluques, mais s en distingue par la conformation des pâtes postérieures , dont le pénultième article est extrêmement court, et est entouré à sa base de sept épines qui, au lieu d’être aplaties , très-allongées et assez larges, sont arrondies, coniques et très-pointues. Les pâtes des quatre premières paires sont brisées dans l’unique individu que j’ai eu l’occasion d’examiner, en sorte que je n’ai pu vérifier le caractère indique par Latreille et tiré de la conformation monodactyle de celles de la deuxième paire (première paire , Latr.). 11 est aussi a noter que le bouclier céphalo-thoracique est moins bombé que dans l’espèce précédente. ^0

Le Limule conservé dans la collection du Muséum du Jardin

Syst. t. 2 , rp. — Limulus gigas , Muller , Entomostr. p. 123 (confond ici le L. moluccanus et le L. Polypliemus). — Limulus moluccanus , Latreille , Hisl. nat. des Crust. et 1ns. t. 4 , P- 92 ( pas la ligure) ; Généra , p. n ; Eneyclop. Pl. 332, fig. I et a. — Desmarest, Consid., p- 355. — Vander-Hœven , op cit., p. 3i, Pl. 1, fig. i-io. — - Edwards, Atlas du règne animal de Cuvier , PI. 76, fig, 1.

(1) Dict. des Se. nat. t 14, p. 537- — Desmarest , Consid. p. 356.

(2) Loe. cit.

(3) Latreille , Dict. d’Hist. nat. — Desmarest, Consid. p. 356.

du Roi , sous le nom de Polyphemus hetcrodactylus , Lamarck (1) , et étiqueté par Latreille, me paraît être le mâle de l’espèce précédente, maisles pâtes postérieures manquant, je n’ai pu m’en assurer positivement.

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