FAMILLE DES OXYRHINQUES
Le nom d’Oxyrhinque a été donné par M. Latreille à une grande division de Brachyures renfermant les Maïa , nos Oxystomes et plusieurs de nos Anomoures (1); mais comme la classification dans laquelle on l’employait a été abandonnée depuislong-temps, même par son auteur, nous avons pensé qu'il n'y aurait aucun inconvénient à l'appliquer à la famille dont nous faisons ici l’histoire, et en agissant de la sorte nous avons été dispensés de charger d'un nom nouveau la nomenclature zoologique qui déjà est si vaste.
C'est dans ce groupe naturel que le système nerveux présente le degré de centralisation le plus grand que nous ayons rencontré parmi les Crustacés, et c’est principalement pour cette raison que nous le plaçons à la tête de la série formée par ces animaux. En effet, les divers ganglions médullaires du thorax ne constituent plus ici qu’une seule masse solide en forme de disque(2), tandis que chez les autres Décapodes, dont on connaît l'anatomie intérieure, ces mêmes ganglions restent toujours plus ou moins distincts et ne se réunissent que de manière à former un anneau circulaire. Chez plusieurs Oxyrhinques nous avons aussi remarqué que les deux moitiés du foie, au lieu d’être complétement
(1) Hist. nat. des Crustacés et des Insectes , faisant suite à l'édition du Buffon de Sonnini. Paris, an IX.
(2) PL 0, fig. 5.
séparées comme chez les autres Décapodes, sont réunies sur la ligne médiane par un lobe impair (1); cé viscère est assez développé et s'étend sur une grande partie dela voûte de la cavité branchiale. Lenombre des branchies est toujours de neuf de chaque côté du thorax; sept de ces organes, dont le dernier est inséré au-dessus de la troisième pate, sont très-développés et couchés sur la voûte des flancs, tandis que les deux autres se trouvent réduits à l’état rudimentaire et sont cachés à la base des premiers. Enfin, la voûte de là cavité respiratoire est peu élevée, ét, dans toute son étendue, presqu’en contact avec la face supérieure des branchies. Du reste, l’organisation intéricure des Oxyrinques ne nous a offert rien de particulier.
Il n’en est pas de même de l’organisation extérieure de ces animaux. La forme générale de leur corps se rapproche en général de celle d’un triangle dont la base serait arrondie ét tournée en arrière. La carapace est presque toujours très-inégale et hérissée d'épines où de poils, et notablement plus long qué large; les régions (2), à l'exception des hépatiques, sont ordinairement assez distinctes; la stomacale est presque toujours plus longue que large, bien qu'elle occupe toute la largeur de la partie post-orbitaire de la carapace, et éllé n’est jamais divisée en deux , sur la ligne médiane, par un prolongement presque linéairede la région génitale, éomme cela $e voit chez la plupart des Cyclométopes et des Catomètopes. Cette dernière résion est en général peu développée, et confondue plus ou moins
COMPE 4 ho (2) PL 3, fig. 1, et Pl. 14 bis, fig. 1 et 2.
complétement avec la stomacale, ou bien tronquée en avant. Les régions hépatiques , comme nous l’avons déjà dit, sant rudimentaires et peu distinctes; mais les branchiales sont très-développées et s'étendent au delà du niveau du bord antérieur du plastron sternal ; elles sont bombées , et c’est toujours vers leur milieu que la caparace présente le plus de largeur. Quant aux régions cordiale et intestinale, elles n'offrent rien de particulier. Le front est toujours assez étroit, et en général il s’avance de façon à constituer un rostre très-saillant. Les orbites sont dirigées plus ou moins obliquement en dehors, et souvent elles sont si petites et si peu en rapport avec la longueur des tiges oculaires, que ces organes ne peuvent s’y reployer ; d’autres fois la portion post-foraminaire de ces cavités est assez profonde et s'étend comme d'ordinaire assez loin en dehors pour que les yeux puissent s’y cacher en entier. Les antennes de la première paire n'offrent rien de particulier quant à leur forme ; mais leur tige mobile est assez développée; elles se reploient presque toujourslongitudinalement , et sont logées dans des fossettes également longitudinales et complétement séparées des cavités orbitaires(1). Chez presque tous ces Brachyures Îe premier article des antennes externes est extrêmement développé et complétement soudé au front et aux parties voisines des régions ptérygostomiennes ; il constitue une portion considérable de la paroi inférieure de l'orbite (2), et présente à sa base une ouverture circulaire qui est remplie par un disque calcaire appartenant à l'appareil auditif; les deux arti-
et |
GPS He. 2, GYPL3, fig. 2, d.
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cles suivans sont en général parfaitement libres, et supportent une tige terminale qui est assez longue. L’épistome est en général presque carré; la région antennaire, comme nous l'avons déjà dit, est trèsdéveloppée, et le bord du cadre buccal qui la termine postérieurement est presque droit et très-saillant. Les régions ptérygostomiennes sont au contraire peu étendues, et sont en général assez nettement divisées en deux portions ; l’une correspondante au canal efférent dela cavité respiratoire, et l’autre située au devant et en dehors de la première (1); enfin la ligne courbe, qui indique le point de soudure de la pièce dorsale de la carapace avec les pinces latérales, se termine vers la base de la troisième pate. Les pates-mdächoires externes ne dépassent jamais le bord antérieur du cadre buccal (2) ; leur premier article est grand et sert de valvule pour clore l'ouverture qui se voit immédiatement au devant des pates antérieures et qui conduit dans la cavité branchiale (3) ; il supporte à son extrémité interneun palpeetunetige dont les deux premiers articies sont ‘rès-larges et recouvrent le reste de l'appareil buccal, et dont les trois dernières pinces le sont beaucoup moins (4); quant à la forme générale de ces espèces d’opercules, elle varie, mais n'est jamais triangulaire. Les pates-mâchoires de la seconde paire ne présentent rien de remarquable ; le premier article du palpe de celles des troisièmes est toujours plus long que la lame cornée
GPL. 3),:6p.,2.
(HP 5 Hp a Îlo# ta, 14, 16:
(3) PL. 3, fig. 2, à, et fig. 8, a.
(&) PL 3, fig. 8; c, d, deuxième et troisième articles formant
l'opercule buccal ; — e, f, g, trois derniers articles formant un appendice palpiforme,
qui représente la portion externe de la tige (1). Les autres appendices de la bouche n’offrent rien de particulier. En général le plastron sternal (2) est presque circulaire, et " espace qui sépare les pates postérieures est peu considérable, L’apodème médian du thorax n'occupe ordinairement que le dernier anneau, la selle turcique postérieure (3) est peu élevée et les apodèmes sternaux, qui séparent les cellules correspondans aux pates-mâchoires externes et aux pates thoraciques destrois premières paires, sont loin de s'étendre jusqu'auprès de la ligne médiane du corps. Les pates de la première paire sont en général à peu près de même grandeur des deux côtés du corps, mais offrent des dimensions très-diflérentes, suivant les espèces et les sexes. Les pates suivantes sont souvent d'une longueur démesurée, et sont presque toujours grèles et cylindriques ; ceite disposition est même portée si loin chez quelques Oxyrhinques, qu’elle leur a fait donner le nom d’Araignées de mer. Les pates des deux ou trois dernières paires sont quelquefois presque subchéliformes; jamais ces organes ne prennent la forme de rames natatoires, et en général ceux des trois dernières paires diminuent graduellement de longueur. Enfin, c'est toujours dans l’article basilaire des pates postérieures que sont pratiqués les trous qui livrent passage aux verges, lesquelles se trouvent immédiatement en rapport avec les membres abdominaux, et ne sont jamais logés dans un
(HLPE 3 He (2) PL 3, fig. 2et4:7, suture correspondante à l'apodème médian du sternum.
(5) PL 3, fig. 3, c.
DES ORUSTALCÉS. 271
canal transversal du sternum. La disposition de l’ubdomen varie beaucoup ; tantôt on y voit, dans les deux sexes, sept pièces distinctes ; tantôt celui des femelles n'en présente que six, cinq ou même quatre, tandis que celui des mâles reste composé de sept anneaux séparés; enfin , d’autres fois encore on ne compte chez ces derniers que six segmens (1). li est aussi à noter que chez les mâles l’espace compris entre les pates postérieures est entièrement recouvert par l'abdomen. Quant aux appendices de cette partie du corps, ils ne présentent rien de particulier chez les femelles, et chez le mâle, ceux de la première paire sont en général grèles, styliformes , tronqués au bout, presque droits et assez longs, tandis que ceux de la seconde paire sont rudimentaires (2). ÿ
Les Oxyrhinques paraissent être tous des Crustacés essentiellement maritimes; on n’en connaît pas qui vivent dans l’eau douce, ou qui fréquentent les rivages de la mer; tous habitent à des profondeurs considérables, et on se les procure en général à l'aide des filets traînans , dont les pécheurs se servent pour prendre diverses espèces de gros poissons. Maloré la longueur souvent excessive de leurs pates, leurs mouvemens sont en général lents, et lorsqu'on les retire de l’eau ils ne tardent pas à périr; on n’en conbaît aucun qui soit nageur.
Jusqu'ici nous ne connaissons aucun Crustacé fossile que l’on puisse regarder, avec quelque certitude comme appartenant à la famille des Oxyrhinques. M. Desmarets rapporte, il est vrai, au genre Inachus,
(1) PL 15, fig. 3, 8 et 13.
(2) PL 3, fig. 6, 15 et 16.
une espèce de Brachyure dont le gisement n’est pas connu; mais des raisons, que nous exposerons plus loin, nous portent à rejeter cette détermination.
La famille des Oxyrhinques renferme un nombre très - considérable de genres, et on peut la diviser en trois tribus caractérisés de la manière suivante.