Histoire naturelle des drogues simples ou cours d'histoire naturelle professé a l'Ecole de Pharmacie de Paris
(Jette classe rcnfcniic les végétaux clicotylédonés dont la corolle cl les étainines .sont portées sur le calice, que ce calice soit libre ou soudé avec l’ovaire ; elle pourrait être scindée ualurelleujent en deux sous-classes , dont la première tiendrait aux corolliflores par ses corolles gamopétales et dont la seconde se lie aux thalamiflores par ses fleurs polypétales. C’est dans la première sous-classe que se trouve l’immense groupe des plan les à fleurs composées ou syuanthérées ; mais avant d’y arriver, on rencontre une quinzaine de familles moins importantes , dont trois seulement devront nous arrêter: ce sont les pyrolacées, les éricacées et les lohélincées.
FAMILLE DES PYROLACÉES.
Ce petit groupe démembré des éricacées nous offre deux plantes assez actives dont les caractères feront connaître ceux de la famille, ni. 1
nicoTyrÆr
l»jrole ù fcMiilIes i-oikIck. vcr.Iiiro- il'Iiivei-. CeltO piaille Cl'OÎl
dans les bois, h l’ombre, en France, en Allemagne, dans le nord de l’Europe et de l’Amérique. Ses racines produisent plusieurs liges hautes de 21 à 27 centimèlres, munies à la base de feuilles arrondies longuement pétiolées, persistâmes. Les tiges sont nues sur leur longueur, terminées par une grappe simple de fleurs dont le calice est très petit , à 5 divisions aiguës et réfléchies ; la corolle est formée de 5 pétales arrondis , blancs et ouverts ; les étamines sont en nombre double des pétales et non soudées avec eux ; les anthères sont biloculaires et s’ouvrent par deux pores au sommet; l’ovaire est libre , porté sur un disque hypogyne , à 5 loges , surmonté d’un style long , cylindrique, courbé en S, terminé par 5 stigmates pourvus d’un anneau à la base ; le fruit est une capsule à 5 côtes arrondies, pourvue du calice réfléchi à sa base, et du style persistant au sommet; elle esta 5 loges, à 5 valves loculicides , et contient dans chaque loge un grand nombre de semences très menues,. renfermées dans un arille celluleux. Celle plante était autrefois très employée en médècine comme vulnéraire et surtout comme astringente , dans les hémorrhagies, la leucorrhée, la diarrhée.
Pyroïc ombciiée, fijroLa umbcllataL. , chunaphila iimbdlata Nuit. Cette jtlante se trouve aussi en INirope ; mais elle est beaucoup plus fréquente dans l’Amérique septentrionale, où on lui donne les noms do winter-grficn et de pippsise/ra, qui sont la traduction ou récpiivalent des noms français verdure d'hiver et herbe à pisser. Ses liges sont rougeâtres , ramifiées, presque ligneuses, hautes de 8 à 11 centimètres, garnies de feuilles ol 1 i j, 1 i I atténuées en |)ointe inférieurement, dentées en scie, irrégulièrement verlicillées par h ou G ; les Ibmrs sont rougeâtres, portées en petit nombre à l’extrémité d’un pédoncule terminal, disposées en ombelle ou en corymbe et assez longuement pédicellées. Le style en est très court et caché dans l’ombilic de l’ovaire. Les feuilles de sont astringentes , corroborantes et surtout
très diurétiques , étant prises en infusion. On les emploie contre l’bydropisie. Elles sont bien représentées dans les illustrations de genres de V Encyclopédie , pl. 367, (ig. 2.
l'AMILLli DES ÉltlCACÉE.S.
Famille très nombreuse et très naturelle , quoique diflicile à bien circonscrire en raison de la déhiscence variable des fruits , et de l’ovaire qui peut être libre ou adhérent au calice. Elle renferme des arbrisseaux ou sous-arbrisseaux à feuilles persistantes, souvent roides , entières ou dentées, articulées sur la lige , privées de stipules. Les fleurs sont complètes, régulières, pourvues d’un calice à h, 5 ou 6 divisions, libre ou
KHK'.ACl'îES. 3
adhérent à Tovairo. La cnrollo est insérée sur un disque soudé au calice, dcnii-siipère ou supère, gamopétale ou presque polypélalc , inarcescenle ou tombante; les étamines suivent l’insertion de la corolle et sont eti nombre égal ou double de ses divisions , à filets libres ou plus ou moins soudés; les anthères sont sagittées ou bicornes, à 2 loges s’ouvrant par des pores terminaux ou par des sutures longitudinales, et quelquefois munies à leur base d’un appendice dorsal , filiforme.
L’ovaire est pluriloculaire , contenant un grand nombre d’ovules fixés sur une colonne centrale qui se continue en un style indivis, terminé ])ar un stigmate arrondi ou pelté, souvent entouré à la base d’un indusium annulaire. Le fruit est charnu dans les genres à ovaire infère, plus souvent capsulaire dans les autres. Les semences sont solitaires ou nombreuses dans chaque loge, pourvues d’un arille réticulé, d’un volume bien plus considérable que celui de la semence.
SI. Liidlicher a divisé cette famille en trois sous-familles ou tribus.
1, Ki-ieinces. Anthères inutiques ou pourvues d’un appendice dorsal; ovaire libre; fruit capsulaire à déhiscence loculicide, rarement bacciforme ; feuilles très souvent dures et piquantes, rarement planes; bourgeons nus. Genres hlmria, erica, andromeda, oxidendron, cletlira, (janlf.lieria , m'hutus , arctostaphi/los , etc.
2. ïaecînîceis. Corolle tombante, anthères toujours bipartites, très souvent appendiculées ; ovaire infère, fruit bacciforme ou drupacé ; feuilles planes; bourgeons couverts d’écailles imbriquées, rarement nus. Genres üxycoccos, vaccinium, etc.
.3. Kiiodoiieiirtrccs. Corolle tombante, anthères mutiques; ovaire libre; fruit capsulaire h déhiscence seplicide; feuilles planes, bourgeons squameux , strobilifonnes. Genres uzalea , rhododendron , /e- /hnn, etc.
Le genre le plus important de cette famille est le genre erica (bruyère) , composé dé plus de AOO espèces dont le plus grand nombre, originaires de l’Afrique méridionale, sont de très jolis arbrisseaux bien propres à faire l’ornement de nos serrres et de nos jardins. Leur tige, très rameuse. , s’élève depuis 1 décimètre jusqu’à 1 ou 2 mètres;, leurs feuilles sont presque toujours verticillées , très petites , linéaires , dures au toucher, à marges roulées en dessous ; leurs fleurs sont axillaires ou terminales, pédicellées, presque toujours accompagnées de 3 bractées; le calice est à 4 parties , la corolle est en cloche , ovale ou cylindrique, i à 4 divisions et marcesceute. Les anthères sont au nombre de 8 , terminales, pourvues de deux soies dorsales, ou mutiques. Le fruit est une capsuhi à 4 loges , à 4 valves septifères , à graines petites et ordinairement très nombreuses. Les bruyères sont généralement amères et as-
U niCO'l YLKDONES CAr.lCtFI.OlU'S.
Il ingéniés, quelquefois résineuses el iiromaliqucs, niais coiiipléleniont inusitées aujourd’hui dans l’art médical.
Les aiidromcdes, [rcs voisines des bruyères, dont elles diirèrcnl par leurs fleurs pentamères, ont dû leur nom à ce que leurs jolies fleurs, e.vposées par la nature sur les plages désertes de la Laponie, ont été comparées par Linné à la belle fille de Cassiopé exjiosée nue sur un rocher ; mais ce genre, après avoir contenu plus d’une centaine d’esiièces, se trouve aujourd’hui presque réduit à [’androiuedu poli/ folia de Linné, que sa vertu n'arcotico-âcrc rend très pernicieuse aux moutons.
Vandroiiicda mariana L. [leuenthoe mariann DC.), de l’Amérique septentrionale, possède la meme qualité délétère ; Vnndromeda arborcu L. [oxidcndrwn arhormm DG.), nommée vulgairement en Amérique wrrd-lree ou sanr-trce, possède des feuilles acides et un peu austères, usitées en décoction comme antiphlogistiques.
liauUlivrtc coiicliée.
Gaultheria procumbens L., Lain. JIL, t. 367. Petit arbuste dont les liges sont longues de 16 à 22 centimètres, lisses et couchées; les rameaux sont courts , nombreux , légèrement puhescenls , garnis de feuilles presque sessiles, alternes, ovales-mucronées, dentées en scie, longues de 27 millimètres, vertes, souvent teintes de pourpre à la hase; les fleurs sont rouges , pédonculées, axillaires et pendantes, souvent réunies par bouquets de 3 à 5 ; les calices sont pourprés à la base, à 5 divisions, entourés de 2 bractées ; la corolle est ovale , à limbe réfléchi à 5 dents. Les anthères sont au nombre de 10 , incluses, à filets velus, à anthères- bifides au sommet, pourvues chacune de 4 soies. L’ovaire est libre, entouré à la hase par 10 écailles , et surmonté d’un style filiforme et d’un stigdiate obtus. Le fruit est une capsule globuleuse déprimée , à 5 sillons , embrassée par le calice accru et devenu bacciforme. La capsule s’ouvre en 5 valves seplifères; les semences sont nombreuses, petites, à testa réticulé.
La gaulthérie couchée croît abondamment du Canada à la Virginie, sur les montagnes boisées et sablonneuses. Elle y est nommée communément montain-tea , partridge-berry ou box-berry. Elle est douée d’une odeur très agréable, surtout lorsqu’elle est desséchée, et est employée en infusion ihéiforme. On en retire par la distillation une huile volatile qui est connue en parfumerie sous le nom à'csisence de wintergi'een, bien que le nom de ii'intcr-green soit plus spécialement appliqué à la pyrolc ombellée. Cette essence est plus pesante que l’eau et bout à 224 degrés. M. Gahoursl’a trouvée formée de C'^n^O®, ce qui est exactement la composition du salicylate d’éther méthylique, puisque
ÉlUC/
(,1111505 + (J2H30 = G<«lI805. Alors, pour confirmer ce rapproclieineiil , M. Galiours a préparé le salicylatc d’étlicr métliyliquc en dislillaiit un mélange d’acide salicylique , d’esprit de bois (alcool niélhylique) et d’acide sulfurique, et il a vu qu’en efiét ce composé élait identique avec l’essence gaultheria prneumbens. traités
par la potasse ou la soude caustique, se transforment instantanément en cristaux solubles dans l’eau et dans l’alcool, et qui regénèrent l’essence par l’addilion d’un alcali ; mais si on attend vingt-quatre heures, la dissolution aqueuse , traitée par un acide, fournira, au lieu d’essence de gaultlieria, de l’acide salicylique {Journ. de phurrn. et ckim.,
Arbousier. Arbutus unedo L. Petit arbre commun dans les bois arides de l’Europe méridionale et de l’Orient, muni de feuilles alternes, oblongues-lauccolôcs , dentées en scie, rigides, glabres, brillantes, d’un beau vert et persistantes. Les Heurs sont disposées en grappes paniculées ; elles sont formées d’un calice très petit à 5 divisions , d’une corolle en grelot, à 5 dents obtuses et réflécliie.s, de 10 étamines incluses dont les anthères s’ouvrent par deux pores au sommet et sont munies de deux soies réHécliies.
Ovaire posé sur un disque bypogyne à 5 loges polyspermes; 1 style, 1 stigmate obtus. Le fruit est une baie globuleuse terminée par le style persistant , divisée intérieurement en 5 loges polyspermes.
Le fruit est tout couvert de granulations d’une belle couleur rouge , ce qui lui donne l’apparence d’une fraise et a fait donner à l’arbousier le nom de fraisier en arbre. Ce fruit est assez fade et passe pour indigeste. Les fouilles sont très astringentes et servent en Orient au tannage des peaux.
Itlisscrolc ou Raisiii-d’Oiirs ( lij;. 23-2).
Arbutus iwa-ursi L. , ai-ctostaphi/los lœa-ursi Spreng. Ce petit arbrisseau croît dans les pays montagneux , surtout en Italie, en Espagne
6 IUCOI'YLKDÜNES CAMCll'I.ÜKliS.
et dans le midi de la France ; ses liges sont rondes , rougeâtres, couchées, longues de 25 à 35 cculiinèlres. Ses feuilles sont alternes , coriaces, persistâmes, obovées, très entières, brillantes, d’une saveur très astringente ; ses fleurs sont disposées en petites grappes inclinées , blanches , légèrement purpurines à l’ouverlurc. Ces fleurs présentent tous les caractères des arbousiers, à cela près de l’ovaire cpii est entouré à la base de 3 ecadles charnues. Le fruit est une baie globuleuse, unie, d’un beau rouge, de la grosseur d’un grain de groseille, terminée par le style persistant , divisée intérieurement en 5 logos monospermes. Ce fruit , dont le goût est âpre et un peu acide, est recherché par les oiseaux et par les animaux sauvages , ce qui a fait donner à la plante le nom de raisin-d’ ours ou dL Uva-ursi. Le nom de busserole , qui veut dire petitbuis , lui vient de la ressemblance de ses feuilles avec celles du buis.
Les feuilles de busserole ont joui d’une certaine célébrité contre la gravelle et sont encore usitées aujourd’hui comme diurétiques; mais, ainsi que nous l’a fait remarquer anciennement âl. flraconnot, on les remplace souvent dans le commerce par les feuilles de l’aireii»-, i>oiic-tucc [vacciniiim vitis-idtm L.) , petit arbrisseau de la tribu des vacciniées ( lig. 233 ), très abondant dans les Vosges. Voici à quoi on peut les distinguer.
Les feuilles de busserole sèches sont toujours d’un beau vert , épaisses, très entières, obovées (1), sans nervures transversales saillantes, comme chagrinées sur les deux faces. Lu examinant la face inférieure à la loupe, on y distingue un réseau très lin , rougeâtre , dû à la division extrême des nervures transversales. Celte face est encore verte et luisante, quoiqu’elle le soit moins que la supérieure. La saveur des feuilles à’iwa-ursi sèches est très astringente; leur odeur est assez forte, dés-
(1) C’e.st-h-dire ovales, mais plus larges vers la partie supérieure base qui est lermiuée eu pointe.
Fig. 233.
HllfCACÉliS. 7
agréable etanalogue à celle de la bryoïie desséchée (1). bn les iriliirant avec un lieu d’eau dans un morlier de porcelaine, il en résulle une liqueur Irouble jaunâire, qui, filtrée, forme sur-le-champ un beau précipité bleu par le sulfate de fer au médium; la liqueur reste entièrement décolorée. Cet essai y indique la présence de beaucoup d’acide gallique et de tannin ; aussi ces feuilles sont-elles employées dans divers pays pour tanner les peaux.
Les feuilles d’airelle sont d’un vert brunâtre, moins épaisses que celles à'iivn-ursi, moins entières (c’est-à-dire quelquefois légèrement dentées), à bords toujours repliés en dessous. Leurs nervures transversales sont très apparentes, et leur face inférieure qui, à part les nervures , est unie et blanchâtre, est de plus parsemée de points bruns très remarquables , auxquels l’arbuste doit son nom A’ airelle ponctuée. Ces feuilles triturées avec de l’eau donnent une liqueur qui , filtrée et essayée par le sulfate de fer, devient d’un beau vert , reste d’abord transparente , forme ensuite un précipité vert et conserve la môme couleur.
ün pourrait encore risquer quelquefois de confondre les feuilles A'uua- //r.s'i avec celles de buis, fomrs sem/ieroiVens L. (t. II, p. 3Zi3) ; mais les feuilles de buis sont ovales-oblongues , le plus souvent échancrées au sommet , et non chagrinées ; leur face inférieure est marquée d’une nervure longitudinale et de nervures transversales très nombreuses , parallèles, non ramifiées et non saillantes , mais rendues très apparentes jiar le duvet blanc très court qui les recouvre. Ces feuilles, triturées avec de l’eau , donnent une liqueur dans laquelle le sulfate de fer ne forme qu’un précipité gris-verdâtre peu abondant.
Airelle iiiyriiiie , vaccinium jiiyrtillus L. Arbrisseau de 50 à (iO cenliinètres, croissant dans les bois, eu France, en Allemagne, en .'Vngleterre ; il a les rameaux verts et anguleux , les feuilles ovées, dentées , très glabres , assez semblables à celles du myrte , ce qui lui a valu son nom; elles ne sont pas persistantes ; les pédoncules sont uniilorcs et solitaires; les fleurs sont formées d’un calice adhérent à l’ovaire , dont le limbe est libre et h 5 dents peu marquées ou nulles; la corolle est urcéolée; les étamines sont au nombre de 10, incluses, insérées comme la corolle sur le limbe du calice; les anthères sont bifides jtar haut et par bas, munies sur le dos de deux arêtes redressées; le fruit est une baie globuleuse couronnée par le limbe du calice, à
(1) Cotte odeur e.st due à un principe volatil qui, lorsque les feuilles sont renlormées dans un bocal avec un papier, jouit de la propriété de colorer ce papier en une couleur bistrée. Le même phénomène a lieu avec un certain nombre de substances qui ne sont pas , à proprement parler, aromatiques , telles sont les feuilles de pyrole , les racines do dentclairc et de carlinç.
8 mCOTYL/SDONES CAIJCll'XORES.
5 loges polys|)erincs. ( e 1 ii s s iit d’un bleu noirâtre (blanches dans deux variétés) , très recherchées des coqs de bruyère. Elles sont acidulés, rafraîchissantes, et servent à faire un sirop et des confitures sèches. On les emploie aussi dans la teinture et pour colorer le vin.
L’airellc cannelierge {vcwcinium OxicOCCOS L., OXicOCCllS pcilustris Fers.) rampe dans les marécages sur la grande espèce de mousse nommée sphaigne ; ses feuilles sont persistantes, ovales, pointues, à bords roulés en dessous, blanchâtres à la face inférieure; scs baies sont rouges, ovoïdes, d’une saveur acide.
Les i-osagcs, que l’on désigne plus ordinairement sous leur nom liiinéen rhododendron, sont des arbrisseaux ou des arbres dont quelques espèces (/lî/i. ferrugineum, hirmtum, dmnœcidus) croissent sur les montagnes alpines de l’Europe ; les autres appartiennent à l’Asie ou à l’Amérique septentrionale ; presque toutes sont cultivées dans les jardins , à cause de la beauté de leurs fleurs. Ce sont des végétaux généralement dangereux et doués d’une vertu narcotico-âcre. On prépare en Piémont , avec les bourgeons du rhododendron l'erriu/meum , vulgairement nommé lam-iei-i-ose des Alpes , une huile ]>ar infusion (élæolé) connue sous le nom d’/mf/c de marmotle , employée contre les douleurs articulaires. Les feuilles du rhododendron chrysanthwn de la Sibérie, sont usitées comme astringentes et narcotiques; à dose trop élevée, elles causent des tremblements et des vertiges.
Le ledum palustre L. , croissant dans le nord de l’Europe et de l’Asie, nommé vulgairement roiuat-în .sauvage, à cause de ses feuilles linéaires, à bords roulés en dessous, possède une odeur vireuse, un goût amer et astringent et une vertu narcotique , un peu émétique. On en obtient parla distillation une huile volatile plus légère que l’eau, pourvue d’uue saveur aromatique bridante. Les feuilles du ledum palustre de l’Amérique septentrionale , vulgairement nommées tijc du Laïu-ador, sont recommandées contre la toux.
FAMILLE DES LOBÉLIACÉES.
Les lobéliacées faisaient auparavant partie des cainpanulacees (1), dont elles dilfèrent par leur corolle irrégulière , leurs anthères syngé-
(1) Je no dirai rien de la famille des campanulacées , malgré l’importance numérique de .son principal genre ( campanula) et le nombre assez considérable d’e.spèces qui sont cultivées dans les jardins ; mais leurs propriétés médicales sont à peu près nulles , et l’on no peut guère citer pour leur utilité que ]es campanula rapunculus, rapanculoides, cdulis, adenopliora lilifolia, phytcuma spicatum, dont le.s racines, connues sous le nom de raqionces, forment une nourriture dure et peu sapidc.
r.OBÉLlACÉliS. 9
iiùses et leur sligniatc entouré d’un godet membraneux, entier ou cilié. Ce sont des plantes herbacées , ou sous-frutescentes , ordinairement pourvues d’un suc laiteux , très âcre et fortement vénéneux ; à feuilles alternes, dépourvues de stipules; à fleurs complètes outrés rarement dloïques par avortement , formées d’un calice soudé avec l’ovaire, et d’une corolle insérée sur le calice , gamopétale, à 5 lobes inégaux , souvent fendue profondément en dessus et comme bilabiée. Les étamines sont au nombre de 5 , insérées sur le calice ; les filets sont souvent séparés par le bas , mais toujours soudés par le haut en un tube qui entoure le style; les anthères sont introrses, biloculaires , réunies de même en un tube qui entoure le style. L’ovaire est infère oudemisupère, couronné par un disque glanduleux, d’où s’élève un style terminé par 2 stigmates entourés par un anneau cilié. Le fruit peut être charnu et indéhiscent, ou capsulaire à 2 ou 3 loges polyspermes et à déhiscence loculicide.
Les lobélies , qui ont donné leur nom à celte famille , forment un genre très nombreux dont quelques espèces seulement sont indigènes à l’Europe. Le plus grand nombre des autres vient de l’.\mérique septentrionale , ensuite de la Nouvelle-Hollande , de l’Afrique et de l’Asie. Plusieurs d’entre elles ont mérité , par la beauté de leurs fleurs , disposées en une grappe ou épi terminal , d’être cultivées pour l’ornement des jardins. Telles sont principalement :
La lobéiie <iu «Jhiu, lobelia tupah., dont les fleurs , longues de /iü à 55 millimètres, sont d’un rouge vif. Toutes les parties de la plante sont fortement vénéneuses, et l’odeur seule des fleurs paraît être très dangereuse.
La loitciic sV i<»i;;ucN fleurs, lohelici loiigiflora L. Les fleurs sont blanches, longues de 8 à 11 centimètres , solitaires dans l’aisselle des feuilles ; originaire de la Jamaïque et des Antilles.
La l«l(élîc eartlinale , lobeiio, cardinciHs L. Originaire de la Virginie et de la Caroline ; cultivée depuis très longtemps en Europe dans les jardins , où elle peut passer l’hiver en pleine terre. Ses fleurs sont grandes et d’un rouge pourpre éclatant.
La i«i»6Uc <lc Surinam , lübclia surincimensis L. ; arbrisseau de la Guiane, de 2 à 3 mètres de hauteur, d’une végétation vigoureuse et d’un très bel effet lorsqu’il est pourvu de ses grandes fleurs rouges. On le cultive en serre chaude.
Une espèce de lobélie très usitée dans la médecine des États-Unis , est le lobelia inflata L. , plante annuelle dont la tige est rameuse à la partie supérieure , garnie de feuilles irrégulièrement dentées , un peu velues ; les fleurs sont petites, courleraent pédicellées , disposées en grappes spiciformes augmentées de petits rameaux à ly base ; le tube du calice
DICOTYLÉDONKS CALICIFLOIIES.
est glabre et ovoïde , à lobes linéaircs-acuniinés égalant la longueur de 1 a corolle qui est d’un bleu pâle ; la capsule est ovoïde et renlléc. Celte plante est récoltée , tige , l'euilles et fleurs mêlées , par les quakers du New-Lebanon et mise sous forme de carrés longs , fortement comprimés et du poids d’une demi-livre ou d’une livre, fille est d’un vert jaunâtre, d’une odeur un peu nauséeuse et irritante , et d’un goût âcre et brûlant semblable à celui du tabac. Elle paraît contenir un principe âcre analogue à la nicotine, un acide particulier, de la résine, du caoutchouc , de la chlorophylle , de la gomme , etc.
On emploie également en Amérique, comme antisyphilitique, la racine du lobelia syphilitica. Cette plante est cultivée depuis assez longtemps en France , où elle est connue sous le nom de cardinale bleue, à cause, de la couleur bleue de ses fleurs. Elle s’élève à la hauteur de 50 à 65 centimètres. Sa tige est simple, munie de feuilles ovées, pointues des deux côtés, irrégulièreuient dentées ; les fleurs sont portées sur des pédicellcs axillaires , plus courts do moité que les feuilles , à calice velu , dont les lobes lancéolés acuminés sont auriculés à la base et à bords réfléchis.
La racine de lobélie, telle que le commerce me l’a présentée , mais sans que je puisse assurer si elle était véritablement produite par le lobelia si/philitica (1) , est grosse comme le petit doigt , d’un gris cendré au dehors, et marquée de stries superficielles, circulaires et longitudinales, disposées régulièrement de manière à donner h l’épiderme une certaine ressemblance avec la peau d’un lézard. Sa cassure transversale est jaune , comme feuilletée, et offre beaucoup de cellules i-ayonnantes ; sa saveur est légèrement sucrée; son odeur, un peu aromaticiue, se rapproche de celle des aristoloches. Cette racine a été analysée par JL Boissel [Journ. deptmrm., t. X , p. 623 ).