‹ Histoire naturelle des drogues simples ou cours d'histoire naturelle professé a l'Ecole de Pharmacie de Paris (volume 4)Chapitre 15 sur 85 · X. Ouûxinlna rouge, blancliisi-aiit à l’air · texte numérisé non relu

X. Ouûxinlna rouge, blancliisi-aiit à l’air

.l’ai reçu il ya très lontcmps ce quinquina, de M. Auguste Delondre, sous le nom de quinquina rouge de Santa-Fé, et je l’ai décrit sous ce nom dans les deux premières éditions de cet ouvrage ( 1820 et 1826). Mais ce nom étant devenu tout à fait impropre, depuis qu’il a été prouvé que le quinquina rouge de Santa-Fé ou de Mutis est du quinquina nova , j’ai décrit cette écorce, en 1 836, sous le nom de quinquina rouge de JAma, l’assimilant alors, à tort, au quinquina rouge qui sera décrit immédiatement après. Le fait est que cette écorce constitue une espèce très distincte et fort peu active, malgré sa grande ressemblance avec le véritable quinquina rouge, ,1c ne l’ai rencontrée nnile part depuis sa première ajiparition , et l’origine m’en est inconnue.

Ecorce entièrement roulée, bien cylindrique, de la grosseur d’une forte jilume à celle du pouce, très rugueuse et dure à rcxtérieur, mar- (]uée en tous sens de nombreuses fissures, et, de distance en distance, d’autres fissures transversales plus apparentes. Elle est tantôt couverte d’une légère couche blanche uniforme , tantôt d’itn gris plus ou moins l'oiieé, avec des taches jaunes crypiogamiques. La croûte est très mince

120 DICOTYLÉDONES CAUCU'LOUES.

el très adhérente au liber, qui est d’un rouge très prononcé. Tous ces caractères se rapportent à ceux des écorces moyennes du quinquina rouge vrai; mais voici ce qui distingue celui qui nous occupe : il est pâteux sous la dent , très peu amer , mais acide et un peu astringent, à peu près comme certains faux sucs d’acacias. Il est comme fragile, et casse ordinairement, sous l’effort des mains, par un plan perpendiculaire à l’axe. Sa cassure est peu fibreuse , et cependant elle n’est pas nette comme celle des quinquinas chargés de résine; elle est inégale. Enfin cette cassure offre le singulier caractère de blanchir au bout de quelque temps, surtout à la partie interne; et si alors on l'examine à la loupe, on voit qu’il s’y est formé une sorte d’exsudation blanche grenue.

XL Quinquina rouge «le Lima.

J’ai vu pour la première fois ce quinquina, en 1830, chez M. Auguste Delondre, droguiste à Paris. Il venait d’en recevoir deux caisses , parmi beaucoup d’autres de quinquina de Lima. Quoique ce quinquina fût d’une qualité supérieure , sa couleur inusitée fut cause que M. Delondre, pour s’en défaire, fut obligé de le mélanger aux quinquinas gris ordinaires , qui ne le valent pas. Ce quinquina, tel qne je le possède encore , est en écorces longues et bien roulées, de la grosseur d’une forte plume à celle du doigt. Il est recouvert d’un épiderme gris blanchâtre, avec des parties grises foncées et des taches jaunes cryptogamiques. Sa surface extérieure est plus ou moins rugueuse et marquée de beaucoup de fissures irrégulières. La croûte est mince , très adhérente, ordinairement dure, quelquefois un peu fongueuse et s’usant parle frottement. Le liber est dur, compacte , d’apparence ligneuse et d’une couleur d’ocre tirant sur le rouge. Il possède une saveur très amère et astringente, aromatique, non désagréable.

J’ai trouvé plus récemment, comme étant une sorte de Lima, le même quinquina chez JI. üubail. Il avait cependant un aspect un pou différent du précédent, et il ressemblait tellement au vrai quinquina rouge, que je l’ai, pendant plusieurs années , décrit séparément du précédent, sous le nom de quinquina rouge de Lima, imitant le rouge vrai; mais aujourd’hui je ne vois pas de raison suffisante pour conserver cette séparation. Voici cependant les caractères particuliers de ce nouveau quinquina :

A. Écorces les plus jeunes roulées , de la grosseur du petit doigt à celle d’un doigt moyen ; épiderme peu rugueux, uniformément blanchâtre, avec des déchirures longitudinales semblables à celles du jeune quiiKiuina lima blanc, et quel([ues fnssures transversales itrofondes, très espacées ; liber ligneux , épais de 2 à 3 millimètres, de couleur d’ocrc tirant beaucoup sur le rouge, de saveur amère, etc.

UL'lUACliKS. 121

B. ÉcoiXL'S plus àgôi'S lüujours roulées , grosses coiiiiuc le doigt moyen , comme le jiouce ou davantage ; surlace généralement couverte d’un léger enduit crétacé, dure, inégale, très rude au toucher, olï'rant des rides, des stries ou des déchirures longitudinales et de nombreuses lissures transversales. La croûte est mince, brune, dure, quelquefois séparée du liber qui est d’un rouge pâle, débarrassé de la couleur ocreuse ordinaire des quinquinas gris, (le liber est ligneux, épais de 2 là 5 millimètres, d’une forte amertume.

Ce quinquina , d’après une analyse commencée mais que je n’ai pu terminer, est très riche en cinchonine et en quinine. Tant que j’ai pu en trouver dans le commerce, c’est lui que j’ai employé exclusivement comme quinquina gris, dans mes préparations de pharmacie, tant il est supérieur aux meilleurs quinquinas de Loxa ou de Lima.

Le Musée britannique possède sous le iT 41 , cinchona nitida del Beru ns buena, une écorce tout à fait conforme à celle reçue en 1830 , par .M. Delondre, et comme je ne puis séparer cotte écorce de la présente, j’admets que toutes deux sont produilcs par \c cinchona nitida ; trouvant ainsi b employer, pour une écorce éminemment active, une es|)cce de cinchona que Unix et Pavon ont placée au premier rang pour l’efficacité (1).

Xll. Ouiuqiiina rouge vrai, hou vcrriiqucux.

Cuscarilla roxa verdadem , Laubert , Bull, phann., t, Jl, p. 304.

.1. Liis petites écorces de ce quinquina ont l’apparence extérieure du quinquina lima blanc, et resscndilent encore jilus au quinquina rouge de Lima , dont il vient d’être question, lilles sont tout à fait roulées ,

(1) Cinchona nitida , R, P. ; arbre élevé de 10 à lo mètres, présentant ordinairement phi.sieurs troncs divergents et stolonifères. Écorce rude, d’un brun noirâtre, varié de couleurs brune et cendrée ; intérieurement d’un fauve foncé, très amère , acidulée, non désagréable. Feuilles oèouccs, quelquefois cependant ovale.s-oblongucs , longues de 8 à 16 centimètres, très entières, très brillantes, planes, à veines purpurescenles en dessous. Pétioles longs de 27 millimètres, pourpres; fleurs en paniculc étalée; calice petit, pourpre; corolle longue à peine de 13 millimètres , pourprée en dehors , blanche en dedans, à limbe peu velu. Dans les provinces de Huanaco, Tarma, Huamalies et Xanxa, l’écorce do cot arbre est vendue comme le véritable quinquina officinal et à un prix plus élevé que les autres e.spèces.

Voici les caractères de deux très jeunes écorces de C. nitida, que Laubert m’a données anciennement : Epiderme gris foncé ou gris noirâtre, rugueux, avec des fissures transversales courtes et assez régulièrement espacées. Croûte dure, compacte, d’un rouge brun foncé, très adhérente ; liber assez dur quoique formé de fibres longues et grossières, d’une couleur rouge très marquée, d’une saveur très astringente, amère, aromatique, non désagréable.

122 UlCOTYLÉnOINES CALIC.IKEOUliS.

rccouverlos d’iiii ('iiidcrmo niiiicc', gcnéralemeiu et unifoi'iiiéinciil blanc, offiant parfois des ladies jaunes, ducsdi un irès petit cryptogame grenu implanté sur sa surface. Cet épiderme est fendillé longitudinalement, avec quelques fissures transversales à des espaces assez éloignés. L’écorce proprement dite est d’un rouge prdc ou orangé, unie à l’extérieur, quelquefois très dure et compacte, assez souvent plus légère et fibreuse; elle jouit d’une saveur amère-astringentc très prononcée, aromatique, finissant par être sucrée. La poudre est d’une couleur orangée rouge.

B. J’ai trouvéanciennement chez M. Marchand, sous le nom de quinquina orangé , une écorce qui n’est que la précédente privée de son épiderme.

C. Les ecorces moyennes diffèrent des précédentes par une surface rude, très rugueuse et d’une couleur grise foncée; les fissures transversales sont plus marquées et plus rapprochées; l’intérieur est d’un rouge beaucoup plus pur et plus foncé ; l’épaisseur est de 5 à 7 millimètres; la cassure est nette à l’extérieur, fibreuse à l’intérieur. La dureté et la saveur varient également. L’extérieur est très dur sous la dent, et jouit d’une saveur amère, astringente-aromatique, très prononcée. L’intérieur est un peu spongieux et peu sapide.

D. Le quinquina ronge qui a été analysé par Pelletier me paraît appartenir à la variété précédente ; mais il offre quelques caractères particuliers que j’ai retrouvés dans un certain nombre d’écorces, ce qui fait que je les décris ici.

Croûte généralement d’un blanc jaunâtre à l'extérieur , très dure , rugueuse, profondément crevassée et se séparant par places du liber. Liber dur, compacte, creva.ssé , inégal, d’un rouge orangé; saveur acide, amère et astringente.

E. Grosses écorces munies d’une croûte épaisse, mais dure, marquée de profondes crevasses transversales et ressemblant entièrement à celle, du gros çalisaya. lilleen diffère cependant ; 1“ parce qu’on y découvre Irès peu de ces fibres blanches qui donnent à l’intérieur de la croûte du çalisaya une sorte de re.sscmblance avec- une peau chargée d’un poil ras ; 2“ par sa belle couleur rouge foncée à l’intérieur, et par la couleur grise des lames qui en séparent les différentes couches ; tandis que, dans le çalisaya , les lames de la croûte sont brunes et plus foncées que la substance qu’elles renferment; 3“ celte substance rouge possède une amertume et une astringence maniuées, (pioique beaucoup moins fortes que celles de la partie ligneuse ; cette môme substance est insipide dans le çalisaya.

Le liber, débarrassé de sa croûte, offre une surface très inégale et bosselée; il est d’un rouge plus ou moins prononcé , et il res.semble du reste, par sa texture fibreuse et sa grande amertume, à celui du çalisaya.

UUlilAClil-S.

\III. Oiiiiiqiiiiia ronge vrai, vcrriiqiicux.

A. Ecorces roulées de la grosseur du doigt ou davantage; ci'oiUc mince, non crevassée, d’un gris-rougeâti'c ou gris-verdTitre à l’exiérieur, et remarquable par un grand nombre de points proéminents, ([ui ré])ondent aux parties verruqueuses du liber. Ces points, ayant été plus exposés au frottement que les parties environnantes , sont en général usés et d’une couleur orangée. Le liber est d’un rouge pâle ou orangé et d’une saveur amère-aslringente.

B. Écorces roulées, à croûte d’un gris rouge, dure, mince, très adhérente au liber. Celui-ci est compacte, d’un rouge-brun, et chargé d’une grande quantité de verrues ou d’autres proéminences de formes variées. Cette écorce a une saveur très amère et styptique , teint la salive en rouge et donne une poudre d’un rouge-orangé foncé.

C. Écorces plates, à épiderme mince, blanchâtre, marqué de très petites fentes irrégulières, offrant quelques portions fongueuses plus élevées ; partie ligneuse rouge, très chargée de verrues.

D. Grosses écorces, à croûte blanchâtre à l’extérieur, mais très fongueuse à l’intérieur, et formée d’une matière rouge pulvérulente , séparée par des lames grises d’un aspect micacé; liber d’un rouge vif, surtout dans les parties qui avoisinent la croûte, et offrant une surface très inégale ; cassure toute fibreuse; mais la coupe opérée à l’aide de la scie est li.sse et très résineuse à l’extérieur. Ce quinquina est recherché à cause de sa belle couleur rouge, et se vend toujours un prix fort élevé.

Origine du quinquina rouge officinal. Les deux .sortes d’écorces que je viens de décrire , quinquina rouge vrai non verruqueux et quinquina rouge verruqueux, constituent ensemble le véritable quinquina rouge officinal; j’ai exposé précédemment comment, d’après les fausses indications de Mutis, ce quinquina a été attribué au cinchona oblongifolia M. {cinchona magnifolia R. P.). Cette erreur n’a pu être découverte que lorsque Ilumboldt eut rapporté en Europe le prétendu quinquina rouge de Mutis , ou l’écorce du cinchona oblongi folia ; elle l’a été d’abord en Allemagne par Schrader et de Bergen , qui ont reconnu que le quinquina rouge de Mutis, ou l’écorce du cinchona oblongifolia, était celle qui portait en Eiurope le nom de quinquina nova. Aux preuves irrécusables qu’en ont données ces deux auteurs j’ajouterai : 1° que le quinquina rouge de Mutis, déposé par Ilumboldt au Muséum d’histoire naturelle de Paris, n’est antre que du quinquina nova ; 2" que trois quinquinas examinés par Vauquelin sous les dénominations suivantes : 11° 2 , quinquina de Santa- Fé ; n° 10, cinchona magnifolia; n° 16, quinquina rouge de Santa-Fé , étaient du quinquina nova, rc-

114 DiœTYLÉUONliS CAUCIl'XOKKS.

coluiaissahly aux caraclèrcs des écorces et aux |)ropriétés cliiiniqucs des macérés [Journal de pharmacie , t. XVI, p. 228). Ainsi rien n’est mieux prouvé cjuc ce fait (|ue le cinchona oblongifolia, ou magnifolia, produit le quinquina nova et non le vrai (luinquina rouge.

Mais alors quel est le cinchona qui produit cette dernière écorce ? J’ai supposé ancieimement que ce pouvait être l’arbre même décrit par La Condamine , ou une espèce très voisine, parce que j’admettais que le quinquina rouge de La Condamine était notre quinquina rouge ollicmal , et que cet académicien annonce que les quinquinas rouge et jaune n’olfrent aucune différence remarquable dans la feuille, dans la fleur et dans le fruit ; mais comme il me paraît plus probable aujourd’hui que le quinquina rouge de La Condamine est un de mes deux premiers quittas de Loxa, tandis que son quinquina jaune est le quatrième, la similitude des arbres indiqués ])ar La Condamine ne peut plus être invoquée pour fixer l’origine de notre quinquina rouge. Alors voici les seuls indices qui me restent pour arriver à la détermination de l’espèce :

1° Les écorces A et B du quinquina rouge non verruqueux sont tellement semblables , sauf la couleur |)lus foncée du liber, au quinquina rouge de Lima de M. Dubail, qu’il est im|)ossible qu’ils n’appartiennent pas à la même espèce botanique , et comme je pense que c’est le cinchona nitida qui produit le dernier , il en résulte que je suis obligé d’admettre que c’est également le cinchona nitida qui produit le quinquina rouge non verruqueux.

2" Il existe dans l’herbier de M. Deles.sert un spécimen de cinchona innommé J de Jaen de Bracamoro.s, récolté par Bon|)land. Ce sitécimeu n’a ni Heurs ni fruits, et se compose seulement de grandes feuilles semblabl. s à celles du cinchona academica ou lanceoluta, scrobiculées seulement à l’extrémité supérieure, glabres, épaisses, fermes, toutes gorgées d’un suc rouge, ainsi que le pétiole et le rameau. Ce cinchona doit produire Le (juimiuina rouge.

3“ On trouve dans les collections de ([uinquinas du Musée britannique et de M. Delessert un grand nombre d’écorces nommées colorada de Jaen , de! Rey, de Loxa , de lus azogues de f.oxa, etc. , qui n’ont aucun rapport avec notre quinquina rouge. Une seule écorce se rapporte au quinquina rouge non verruqueux, et elle s’y rapporte exactement; c’est le cascarilla colorada de Huarcmda , specics nom inedita , du Musée britannique (n" 20 ter des écorces), et \q cascarilla colorada de Lluaranda de la colleclioii Delessert (lettre E). Déplus, la liste do M. Delessert indique comme nom d’espèce le cinchona succirubra de Pavou MSS. Il est possible, il est même probable que cette espèce sc rajjporte au cinchona de Jaen indiqué plus haut.

Voilà les seuls indices que j’aie trouvés sur l’origine du quinquina

HDniACfc[:s.

ronge non verriiqueux. Quant an quinquina ronge verrnqneux , je ne l’ai vn dans anenne collection originale, et coinnic il n’oiïre ancnn cryptogame à la surface , je suis porté à croire que c’est sculonient l’écorce do la racine du précédent. On conçoit eu effet qu’on ne déracine pas un arbre |)üur en tirer des écliaiuillons d’écorces pour une collection; tandis que, dans une grande exploitation ou dans un dcfriclienient de forêt, on peut défoncer les racines pour en livrer les écorces au commerce. On doit le faire d’autant mieux que, de même que cela a lieu ordinairement, l’écorce de la racine peut avoir plus de couleur et do propriétés que celle du tronc.

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