‹ Histoire naturelle des drogues simples, ou, Cours d'histoire naturelle professé à l'École de pharmacie de Paris (volume 5)Chapitre 25 sur 121 · XII. Quinquina rouge vrai, non verruqueux · texte numérisé non relu

XII. Quinquina rouge vrai, non verruqueux

Cascarilla roxa verdadera, Laubert, Pull. pharm.,t AL, p. 304. A. Les petites écorces de ce quinquina ont l'apparence extérieure du quinquina lima blanc, et ressemblent encore plus au quinquina rouge de Lima, dont il vient d’être question. Elles sont tout à fait roulées,

(4) Cinchona nitida, R, P.: arbre élevé de 10 à 145 mêtres, présentant ordinairement plusieurs troncs divergents et stolonifères. Ecorce rude, d’un brun noirâtre, varié de couleurs brune et cendrée ; intérieurement d’un fauve foncé , très amère , acidulée, non désagréable. Feuilles obovées, quelquefnis cependant ovales-oblongues, longues de 8 à 16 centimètres, très entières, très brillantes, planes, à veines purpurescentes en dessous. Pétioles longs de 27 millimètres, pourpres ; fleurs en panicule étalée; calice petit, pourpre: corolle longue à peine de 15 millimètres, pourprée en dehors, blanche en dedans, à limbe peu velu. Dans les provinces de Huanaco, Tarma, Huamalies et Xauxa, écorce de cet arbre est vendue comme le véritable quinquina officinal et à un prix plus élevé que les autres espèces.

Voici les caractères de deux très jeunes écorces de €. nitida, que Laubert m’a données anciennement : Epiderme gris foncé ou gris noirâtre, rugueux, avec des fissures transversales courtes et assez régulièrement espacées. Croûte dure, compacte, d’un rouge brun foncé, très adhérente ; liber assez dur quoique formé de fibres longues et grossières, d’une couleur rouge très marquée. d’une saveur très astringente, amere, aromatique, non désagréable,

122 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

recouvertes d’un épiderme inince, généralement et uniformément blanc, offrant parfois des taches jaunes, dues à un très petit cryptogame grenu implanté sur sa surface. Cet épiderme est fendillé longitudinalement , avec quelques fissures transversales à des espaces assez éloignés. L'écorce proprement dite est d’un rouge pâle ou orangé, unie à l'extérieur, quelquefois très dure et compacte, assez souvent plus légère et üibreuse; elle jouit d’une saveur amère-astringente très prononcée, aromatique, finissant par être sucrée. La poudre est d’une couleur orangée rouge.

B., J'ai wouvéanciennement chez M. Marchand, sous le nom de quinquina orangé, une écorce qui n’est que la précédente privée de son épiderme.

C. Les écorces moyennes diffèrent des précédentes par une surface rude, très rugueuse et d’une couleur grise foncée ; les fissures transversales sont plus marquées et plus rapprochées ; l’intérieur est d’un rouge beaucoup plus pur et plus foncé ; l'épaisseur est de 5 à 7 millimètres ; la cassure est nette à l'extérieur, fibreuse à l’intérieur. La dureté et la saveur varient également. L’extérieur est très dur sous la dent, et jouit d’une saveur amère, astringente-aromatique, très prononcée. L'intérieur est un peu spongieux et peu sapide.

D. Le quinquina rouge qui a été analysé par Pelletier me paraît appartenir à la variété précédente ; mais il offre quelques caractères particuliers que j'ai retrouvés dans un certain nombre d'écorces, ce qui fait que je les décris ci.

Croûte généralement d’un blanc jaunätre à l'extérieur , très dure, rugueuse, profondément crevassée et se séparant par places du liber. Liber dur, compacte, crevassé, inégal, d’un rouge orangé; saveur acide, amère et astringente.

EE’. Grosses écorces munies d’une croûte épaisse, mais dure, marquée de profondes crevasses transversales et ressemblant entièrement à celle du gros calisaya. Elle en diffère cependant : 1° parce qu’on y découvre très peu de ces fibres blanches qui donnent à l’intérieur de la croûte du calisaya une sorte de ressemblance avec une peau chargée d’un poil ras ; 2° par sa belle couleur rouge foncée à l’intérieur, et par la couleur grise des lames qui en séparent les différentes couches ; tandis que, dans le calisaya , les lames de la croûte sont brunes et plus foncées que la substance qu’elles renferment ; 3° cette substance rouge possède une amertume et une astringence marquées, quoique beaucoup moins fortes que celles de la partie ligneuse ; cette même substance est insipide dans le calisaya.

Le liber, débarrassé de sa croûte, offre une surface très inégale et bosselée ; il est d’un rouge plus ou moins prononcé , et il ressemble du reste, par sa texture fibreuse el sa grande amertume, à celui du calisaya.

RUBIACÉES. 123

XIII, Quinquina rouge vrai, verruqueux.

A. Écorces roulées de la grosseur du doigt ou davantage ; croûte mince, non crevassée, d’un gris-rougeâtre ou gris-verdâtre à l’'extérieur, et remarquable par un grand nombre de points proéminents, qui répondent aux parties verruqueuses du liber. Ces points, ayant été plus exposés au frottement que les parties environnantes , sont en général usés et d’une couleur orangée. Le liber est d’un rouge pâle ou orangé et d’une saveur amère-astringente.

B. Écorces roulées, à croûte d’un gris rouge, dure, mince, très adhérente au liber. Celui-ci est compacte, d’un rouge-brun, et chargé d’une grande quantité de verrues ou d’autres proéminences de formes variées. Cette écorce a une saveur très amère et styptique, teint la salive eu rouge et donne une poudre d’un rouge-orangé foncé.

C'. Écorces plates, à épiderme mince, blanchâtre, marqué de très petites fentes irrégulières, offrant quelques portions fongueuses plus élevées ; partie ligneuse rouge, très chargée de verrues.

D. Grosses écorces, à croûte blanchâtre à l'extérieur, inais très fongueuse à l’intérieur, et formée d’une matière rouge pulvérulente, séparée par des lames grises d’un aspect micacé; liber d’un rouge vif, surtout dans les parties qui avoisinent la croûte, et offrant une surface très inégale ; cassure toute fibreuse ; mais la coupe opérée à l’aide de da scie est lisse et très résineuse à l'extérieur. Ce quinquina est recherché à cause de sa belle couleur rouge, et se vend toujours un prix fort élevé.

Origine du quinquina rouge officinal. Les deux sortes d’écorces que je viens de décrire, quinquina rouge vrai non verruqueux et quinquina rouge verruqueux, constituent ensemble le véritable quinquina rouge officinal ; j'ai exposé précédemment comment, d’après les fausses indications de Mutis, ce quinquina a été attribué au cénchona oblongifolia M. (cinchona magnifolia R. P.). Cette erreur n’a pu être découverte que lorsque Humboldt eut rapporté en Europe le prétendu quinquina rouge de Mutis, ou l'écorce du cinchona oblongifolia ; elle Pa été d’abord en Allemagne par Schrader et de Bergen , qui ont reconnu que le quinquina rouge de Mutis, ou l'écorce du cénchona oblongifolia, était celle qui portait en Europe le nom de guinquina nova. Aux preuves irrécusables qu’en ont données ces deux auteurs j’ajouterai : 4° que le quinquina rouge de Mutis, déposé par Humboldt au Muséum d'histoire naturelle de Paris, n’est autre que du quinquina nova ; 2° que trois quinquinas examinés par Vauquelin sous les dénominations suivantes : n° 2, guinquina de Santa-Fé ; n° 10, cinchona magnifoliu ; n° 16, quinquina rouge de Santa-Fé, étaient du quinquina nova, re-

| 124 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

connaissable aux caractères des écorces et aux propriétés chimiques des macérés (Journal de pharmacie, t. XVI, p. 228). Ainsi rien n’est mieux prouvé que ce fait que le c'nchona oblongifolia, où magnifolia, produit le quinquina nova et non le vrai quinquina rouge.

Mais alors quel est le cinchona qui produit cette dernière écorce ? J'ai supposé anciennement que ce pouvait être l'arbre même décrit par La Condamine, ou une espèce très voisine, parce que j’admettais que le quinquina rouge de La Condamine était notre quinquina rouge officinal , et que cet académicien annonce que les quinquinas rouge ct jaune n'’offrent aucune différence remarquable dans la feuille, dans la fleur et dans le fruit ; mais comme il me paraît plus probable aujourd’hui que le quinquina rouge de La Condamine est un de mes deux premiers quinas de Loxa, tandis que son quinquina jaune est le quatrième, la similitude des arbres indiqués par La Condamine ne peut plus être invoquée pour fixer l’origine de notre quinquina rouge. Alors voici les seuls indices qui me restent pour arriver à la détermination de l'espèce :

1° Les écorces À et B du quinquina rouge non verruqueux sont tellement semblables, sauf la couleur plus foncée du liber, au quinquina rouge de Lima de M. Dubail, qu’il est impossible qu'ils n’appartiennent pas à la même espèce botanique , et comme je pense que c’est le cinchona nitida qui produit le dernier , il en résulte que je suis obligé d'admettre que c’est également le cinchona nitida qui produit le quinquina rouge non verruqueux.

29 Il existe dans l’herbier de M. Delessert un spécimen de cinchona innommé, de Jaen de Bracamoros, récolté par Bonpland. Ce spécimen n'a ni fleurs n1 fruits, et se compose seulement de grandes feuilles semblabl s à celles du cinchona academica où lanceolata, scrobiculées seulement à l'extrémité supérieure, glabres, épaisses, fermes, toutes gorgées d’un suc rouge, ainsi que le pétiole et le rameau. Ce cinchona doit produire le quinquina rouge.

3° On trouve dans les collections de quinquinas du Musée britannique et de M. Delessert un grand nombre d'écorces nommées co/orada de Juen, del Rey, de Loxa, de los azoques de Loxa, etc., qui n’ont aucun rapport avec notre quinquina rouge. Une seule écorce se rapporte au quinquina rouge non verruqueux, et elle s’y rapporte exactement; c’est le cascarilla colorada de Huaranda, species nova inedita , Au Musée britannique (n° 20 £er des écorces), et le cascarilla colorada de Huaranda de la collection Delessert (lettre E). De plus, la liste de M. Delessert indique comme nom d'espèce le cinchona succirubra de Pavon MSS. Il est possible, il est même probable que cette espèce se rapporte au cinchona de Jaen indiqué plus haut.

Voila les seuls indices que j'aie trouvés sur l'origine du quinquina

RUBIACÉES. 125 rouge non verruqueux. Quantau quinquina rouge verruqueux, je ne l'ai va dans aucune collection originale, et comme il n'offre aucun cryptogame à la surface, je suis porté à croire que c'est seulement l'écorce de la racine du précédent. On concoit en effet qu’on ne déracine pas un arbre pour en tirer des échantillons d'écorces pour une collection ; tandis que, dans une grande exploitation ou dans un défrichement de forêt, on peut défoncer les racines pour en livrer les écorces au commerce. On doit le faire d’autant mieux que, de même que cela à lieu ordinairement, l’écorce de la racine peut avoir plus de couleur et de propriétés que celle du tronc.

Page 1