‹ Histoire naturelle des drogues simples, ou, Cours d'histoire naturelle professé à l'École de pharmacie de ParisChapitre 173 sur 194 · MICAS · texte numérisé non relu

MICAS

sort de leur composition chimique qui ne peut être ramenée à une seule formule, et de leurs propriétés optiques qui montrent que les micas ne peuvent appartenir à un seul système cristallin.

Les micas sont rayés par la chaux carbonatée; ils pèsent de 2,65 à 2,95 ; ils sont presque incolores, ou jaunâtres, gris, verts, bruns, rouges, violets ou noirs, Les moins colorés sont assez transparents pour servir de vitre, lorsqu'ils sont en lames suffisamment étendues, comme certains micas de Sibérie; les plus foncés paraissent opaques. Ils sont généralement fusibles au chalumeau en un émail blanc, ou noir lorsqu'ils contiennent beaucoup de fer; ceux qui renferment une forte proportion de magnésie sont attaquables par l'acide sulfurique ; les autres ne le sont pas.

Les micas, suivant leur couleur, la grandeur et la forme de leurs lames, peuvent être confondus, à la première vue, avec quelques autres substances dont il est facile de les distinguer. Celui qui est en grandes lames transparentes ressemble beaucoup à de la chaux sulfatée hydratée ; mais il conserve sa transparence sur les charbons ardents, tandis que la chaux sulfatée hydratée y devient très-blanche et opaque.

Le mica d'un blanc argentin ressemble à de l'argent et porte le nom d'argent de chat ; de même que le mica jaune bronzé ressemble à de l'or et se nomme vulgairement or de chat. Mais les lames isolées de ces micas sont transparentes et fragiles, et ne pèsent guère que 2,65; tous caractères qui empêchent de les confondre avec les deux métaux précités.

Le mica blanc ou verdâtre peut aussi ressembler au talc ; mais celui-ci est onctueux au toucher, tandis que le mica est seulement doux sans onctuosité. Enfin le mica noir se distingue du graphite et du molybdène sulfuré parce qu'il ne tache pas le papier ; et du fer oligiste écailleux, en ce que celui-ci est sensible à l'aimant et peut se réduire en poudre rouge tout à fait amorphe et non lamelleuse; tandis que la poudre du mica noir est grisâtre et toujours lamelleuse.

Tous les micas transparents jouissent de la double réfraction ; mais il y en a quelques-uns qui ne possèdent qu'un axe suivant lequel cette double réfraction est nulle, et qui, par conséquent, doivent appartenir au système rhomboédrique. Tous les autres ont deux axes de double réfraction, et la plus grande partie de ceux-ci cristallisent dans 'le système du prisme droit rhomboïdal; tandis que d'autres appartiennent au prisme rhomboïdal oblique. On a trouvé quelquefois, mais rarement, du mica en prismes hexaèdres très-courts, avec des modifications qui caractérisent ces trois systèmes de cristallisation.

Je ne rapporterai pas ici les analyses très-nombreuses qui ont

été faites des micas. J'ai formulé le résultat des principales de ces analyses dans le tableau des silicates qui a précédé. On peut y voir que ces minéraux se composent toujours de deux silicates : l'un à la base d'alumine et de peroxyde de fer; l'autre à bases monox ydées, dans lesquelles domine soit la lithine, soit la potasse, soit la magnésie. Il est remarquable qu'aucun mica ne contient de soude, ce qu'il faut attribuer, conformément à l'observation de Dufrénoy, à ce qu'ils appartiennent aux plus anciens terrains granitiques, dans lesquels le feldspath lui-même est à base de potasse ; tandis que les roches granitiques plus modernes contiennent plutôt de l'albite au lieu d'orthose, et du talc ou de la chlorite au lieu de mica. Les analyses faites anciennement par Klaproth et Vauquelin ne faisaient pas mention d'acide fluorique. C'est M. Henri Rose, je crois, qui a le premier trouvé le fluor dans le mica, et toutes les analyses faites depuis en ont également donné. Cependant, comme la quantité en est très-variable et quelquefois fort petite, il serait possible que tous les micas n'en continssent pas. Celui de Juschakowa, dont j'ai donné une formule conforme à l'analyse, contient 10,44 de fluor et 1,31 de chlore pour 100.

Tous les micas à base de lithine paraissent avoir une composition fort simple représentée par (AlFe)Si -\- (Po, Li)Si, sauf le mélange de fluorure d'aluminium ou de silicium, dont je ne parlerai plus.

On a trouvé le rubidium dans la proportion de 0,26 pour 100 dans la lépidolithe de Rosena, en Moravie.

La plus grande partie des micas à base de potasse, et principalement les micas de Suède et de Finlande, présentent aussi une formule très-simple, dérivée de la précédente. Cette formule est

3(A1, F e)Si + (Po, Mn ou Mg)Si.

Les micas dans lesquels la magnésie prédomine appartiennent surtout à la Sibérie. Ce sont les seuls qui aient offert un seul axe de double réfraction et qui appartiennent par conséquent au système rhomboédrique. Leurs silicates sont d'un ordre différent et

leur composition peut être représentée par (Al Fe)2Si3 -f- (Mg,

Po)3SÏ, ou par (A'lF e)2Si -f 3(Mg, Po)'si.

Enfin il existe, comme par exception, quelques micas à deux axes, dans lesquels la silice devient très-prédominante. Je renvoie au tableau pour les formules.

Le mica fait partie essentielle de plusieurs roches primitives, et principalement du granité, du gneiss et du micaschiste ; ce dernier en est presque entièrement formé, 11 est moins abondant dans les

FELDSPATKS. 479

terrains de transition, et cependant il fait encore partie de plusieurs roches dures telles que les phyllades et les psammites; ses parties atténuées paraissent aussi constituer presque entièrement les schistes argileux. On le trouve ensuite disséminé sous forme de paillettes brillantes dans tous les autres terrains, et notamment dans les sables des terrains tertiaires, d'où on le retire pour l'employer comme poudre pour l'écriture.

Feldspath».

Les granités et la plupart des roches non stratifiées contiennent, comme partie constituante essentielle, une substance lamelleuse, nacrée, blanche ou rosée, qui a été désignée par "Wallerius sous le nom de feldspath, et qui a été considérée comme un seul et même minéral, jusqu'à ce que M. Lévy, par les caractères cristallographiques, et M. G. Rose, par les mômes caractères réunis à la composition chimique, aient montré que le feldspath de Wallerius devait former plusieurs espèces distinctes. Aujourd'hui on en connaît six espèces qui portent les noms à'orthose, albite, oligoclase, rhyacolite, labradorite, anorthite. On peut y joindre le pétalite et le triphane, dont le premier présente la composition de l'albite, et le dernier celle de Poligoclase avec substitution totale ou partielle de la lithine à la soude.

Orthose ou Feldspath potassique.

Cette substance se trouve en cristaux engagés dans les roches primitives, ou en masses lamelleuses. Sa forme primitive est un prisme rhomboïdal oblique, dont les faces forment des angles d'environ 120° et 60°, et dont la base est inclinée sur les faces de 112° i' (1); mais ses cristaux les plus habituels sont des prismes rectangulaires ou des prismes à six faces, aplatis et terminés par un biseau; et ces cristaux sont très-souvent hémitropes ou maclés, comme si un cristal avait pénétré en partie dans un autre.

L'orthose est rayé par le quarz, mais il fait feu avec le briquet. Il devient phosphorescent par le frottement réciproque de ses parties; sa pesanteur spécifique varie de 2,40 à 2,58; il se fond au chalumeau en un émail blanc; il est insoluble dans les acides. Le plus pur est incolore et transparent; mais il est très-souvent opaque et d'un blanc de lait, ou d'un blanc grisâtre, verdâtre ou rougeâtre. Il y en a une variété chargée de paillettes brillantes comme l'aventurine; une autre encore est incolore et presque transparente, avec un chatoiement nacré qui, lorsqu'elle est

(1) D'après M. Lévy, les angles ci-dessus sont de 118° 35', G 1° 25' et 1 12<> 35'.

polie en sphéroïde et exposée à la lumière, simule le disque argenté de la lune; aussi lui donne-t-on le nom de pierre de lune, etc.

La composition normale de l'orthose, calculée sur la formule Al Si3 + PoSi, est :

Silice 2207,28 6ï,8I

Alumine 642,34 18,36

Potasse 588,86 16,83

Mais il contient très-souvent quelques centièmes de soude avec un peu de magnésie et de chaux, par substitution à la potasse ; et ce qu'il y a d'extraordinaire, c'est que tandis que cette substitution, conformément à la loi de l'isomorphisme, ne change pas le système cristallin de l'orthose, l'albite et la carnatite (feldspath calcaire du Garnate), qui ne dilfèreht du premier que par la prédominance de la soude ou de la chaux sur la potasse, appartiennent à un système différent.

J'ai exposé précédemment (p. 358 et 359) que le feldspath, par une décomposition qu'il peut éprouver dans le sein de la terre, se convertit en une argile pure et blanche, nommée kaolin, qui forme la pâle de la porcelaine. Le feldspath lui-même, en masses lamellaires ousaccharoïdes, est employé sous le nom depétunzé, pour faire la couverte des porcelaines. Cette différence dans l'application est due, d'une part, à la fusibilité du feldspath; de l'autre, à ce que le kaolin, ayant perdu la presque totalité de l'alcali du premier, est seulement susceptible d'éprouver au feu le plus intense un commencement de ramollissement, qui en agglutine les parties et donne à la masse la demi-transparence qui caractérise la porcelaine. Le kaolin, pour former de la porcelaine, doit donc contenir un peu de feldspath non décomposé.

Albite ou Feldspath sodique.

Ce minéral présente beaucoup de propriétés communes avec l'orthose. Ainsi il fait feu au briquet et est rayé parle quarz ; il se conduit de même au chalumeau et est inattaquable par les acides. Sa pesanteur spécifique est un peu plus considérable et varie entre 2,61 et 2,63. Il est très-rarement transparent, et est ordinairement d'un blanc de lait quelquefois nuancé de gris, de rouge ou de vert. Il a l'éclat vitreux.

On le trouve en cristaux, ou en masses lamelleuses ou grenues, comme l'orthose ; mais sa forme primitive est un prisme oblique non symétrique. Il forme de petits filons dans les granités des

OLIGOKLAS.

Alpes, et il y est en outre souvent disséminé en petits cristaux, surtout dans les granités modernes. Cependant il n'y devient jamais dominant comme l'orlhose, et on ne peut pas dire qu'il existe des granités à base d'albite. Il n'en est pas de même des porphyres et des dioriles, dont la pâte paraît souvent composée d'albite.

L'albite étant formé de Xl Si3 + SdSi, sa composition normale est :

Alumine 642,34 19,49

Soude 387,50 11,7b

Mais elle contient souvent un peu de potasse, de chaux et de magnésie. Lorsque la potasse s'élève à 2 p. 100, comme dans l'albite de Zoeblitz en Saxe, la pesanteur spécifique du minéral s'abaisse à 2,53; ce qui avait engagé M. Breithaupt à en faire une espèce particulière, sous le nom de péricline; mais cette seule différence ne suffit pas pour la séparer de l'albite.

Oligoklas ou Oligoclase.

Spodumen à base de soude, ou Natrospodumen. — Ce minéral, de même que l'albite, fait partie des^ granités, et principalement de ceux à gros éléments, qui sont comme enclavés dans un granité plus ancien à petits éléments. On le trouve aussi dans les gneiss et les micaschistes qui les accompagnent, dans certains porphyres dioritiques, et dans les terrains volcaniques modernes. Jl est difficile à distinguer de l'albite, dont il partage le système de cristallisation, l'opacité et la couleur blanchâtre ; il possède la même dureté, mais une pesanteur spécifique un peu plus forte encore (2,6 ï à 2.66); il est plus fusible au chalumeau. Il a la même

formule que le triphane (RSi2 -j- H Si) ; mais il contient quelquefois du peroxyde de fer substitué à l'alumine, et à côté de la soude, qui est sa base principale, se trouvent quelques centièmes de potasse et de chaux et quelque peu de magnésie, de sorte que

sa formule propre est JAl,Fe) Si2 + (Sd,Po,Ca,Mg)Si.

Labradorite ou Pierre de Labrador.

Cette belle substance se trouve en masses lamelleuses d'un gris cendré, mais avec des reflets vifs et changeants, bleus, rouges, verts, etc. Les cristaux en sont très-rares et difficiles â délermi-

Cuibourt, Drogues, 5* édition. X. I. — 31

ner ; mais le clivage des masses conduit à admettre, pour forme primitive, un prisme oblique non symétrique.

Le labradorite pèse de 2,7 à 2,75 ; il raye le verre ; il ne donne pas d'eau par la calcination ; il se fond au chalumeau en un verre huileux; il se dissout par digestion dans l'acide clilorhydriquc, et la dissolution précipite abondamment par l'oxalate d'ammoniaque. Cette solubilité dans les acides le fait facilement distinguer des autres minéraux feldspalhiques. Il contient d'ailleurs moins de silice; sa base principale monoxydée est la chaux, et ses bases accessoires sont la soude et l'oxure ferreux. Sa formule est :

AlSÏ + (Ca, Sd, Fe) Si.

Le labradorite a d'abord été trouvé sur la côte du Labrador associé à l'hyperstène, et faisant partie d'un terrain granitique. On le trouve aussi disséminé dans le basalte et dans les laves des volcans modernes.

Pétrosilex.

On donne le nom de pétrosilex à une substance compacte, dure, amorphe et sans aucune structure cristalline , qui forme des nœuds, des veines ou des amas dans les terrains de granité, et qui constitue également la pâle des porphyres et des diorites. îl se trouve aussi en masses plus ou moins considérables ou en ûlons intercalés, soit dans les terrains de transition, soit dans ceux de sédiment. On admet même que le pétrosilex peut avoir une origine toute neptunienne, prouvée par des fossiles végétaux, comme à Thann, dans les Vosges, et que son étal actuel lui a été communiqué par une action postérieure de nature ignée ; mais il est évident que l'on confond ici deux roches d'origine très-différente, et que le hasard seul pourrait faire qu'elles fussent de même nature.

Le pétrosilex primitif est encore assez difficile à définir, en raison de sa nature massive et amorphe; parce qu'il est possible qu'il y ait de l'orthose, de l'albite ou de l'oligoclase compacte, que l'on confonde avec lui ; mais comme un grand nombre d'analyses ont montré qu'il existe une substance différente des trois précédentes par la grande quantité de silice qu'elle contient, et qui possède des caractères assez constants, on est conduit à en faire une espèce particulière.

Le pétrosilex, ainsi restreint et défini, est une substance compacte, translucide et ayant un éclat un peu mat; il est ordinairement d'un gris rougeâtre, ou verdâtre, ou d'un blanc grisâtre. Celui de Salberg, en Suède, qui a reçu le nom particulier à'adi-

AMMONIUM. . i83

noie, est d'un rouge de sang. Le pétrosilex pèse de 2,606 à 2,06; il raye le verre, et est rayé par le quarz;'il a une cassure esquilleuse plus ou moins distincte, assez semblable à celle du silex corné, avec lequel il a été longtemps confondu ; mais "Werner les a distingués en'nommant le pétrosilex hornstein fusible, et le silex corné hornstein infusible; parce que, en effet, le pétrosilex se fond au chalumeau, quoiqu'il soit plus difficile à fondre que le feldspath.

Le pétrosilex est formé des mêmes éléments que les minéraux fcldspathiques : silice et alumine, potasse ou soucie, plus une quantité variable de magnésie, de chaux et d'oxyde de fer. Mais il renferme de 70 à 81 de silice, tandis que l'albite, qui en contient le plus après lui, n'en présente que 68 à 70 pour 100. J'en ai donné deux formules dans le tableau qui a précédé. Le pétrosilex de Nantes, qui contient 75,20 de silice, 15 d'alumine, 3,4 de potasse, etc., a pour formule 4AI Si3 -f- 3Po Si3. L'adinole de Salberg , qui renferme 79,5 de silice, 12,2 d'alumine, 6 de

soude, etc., a pour formule Àl Si6 -f- Sd Si.

L'ammoniaque est un alcali gazeux qui résulte de la combinaison de 1 volume d'azote et de 3 volumes d'hydrogène condensés en 2 volumes. Ce corps peut donc se combiner aux acides ; mais, par une circonstance qui devait paraître bizarre anciennement, tandis que les sels d'alcalis fixes peuvent exister anhydres, et que le chlorhydrate d'ammoniaque lui-môme se forme sans le secours de l'eau, les sels ammoniacaux formés par les oxacides contenaient toujours au moins une molécule d'eau. Le sulfate d'ammoniaque ordinaire, par exemple (le seul qui fût alors connu), non-seulement n'est pas formé d'une molécule d'ammoniaque et d'une d'acide sulfurique, comme le sont les sulfates neutres à base d'alcalis fixes; il contient d'abord 2 molécules d'ammoniaque pour 1 d'acide, et il renferme de plus nécessairement 1 molécule d'eau, indépendamment d'une autre molécule qu'il contient lorsqu'il est cristallisé. La formule du sulfate d'ammoniaque sec était donc SO3 + Az2H6 -f- H20.

Les choses en étaient là lorsque, Eerzélius ayant obtenu un amalgame de potassium, en décomposant la potasse par la pile avec l'intermédiaire du mercure placé au pôle négatif, l'idée lui vint de soumettre l'ammoniaque à la môme expérience, et il vit tout aussitôt le mercure se changer en un amalgame très-volu-

■*8t •• FAMILLE DE L'AMMONIUM.

mineux, très-léger, mais toujours doué du brillant métallique ; d'où l'on devait conclure qu'il s'était combiné avec un métal. Ce métal, déterminé par la décomposition de l'amalgame, était formé de AzIP, ou plutôt de Az2H8 qui en représentent l'équivalent chimique.

C'est alors que Berzélius, comparant les composés ammoniacaux à ceux de potassium, s'imagina que le sulfate, par exemple, ne devait pas contenir d'eau, et que les éléments de cette eau devaient être combinés à l'ammoniaque pour former de l'oxyde d'ammonium :

Az2H6 + H-'O = Az2H8,0.

Alors les sels ammoniacaux devenaient tout à fait comparables à ceux de potassium ; et le sulfate d'ammoniaque en particulier, pouvant s'écrire ainsi. . . . SO3 -f- Az2H8,0, répondait au sulfate de potasse SO3 -f- Ps 0. Pareillement le chlorhydrate d'ammoniaque, au lieu d'être représenté par C12H2 -f Az2H6, peut l'être par Cl2 -f- Az2H8.

Le chlorure de potassium = Cl2 -f Ps.

Enfin, ainsi que je l'ai déjà dit, en parlant de l'alun (p. 476), ce sel peut contenir indifféremment du potassium ou de l'ammonium, et sa formule peut être s

Al S3 '+ Ps S + 24H ou Al SP + (Àz H*) S -+- 24H.

Rien ne prouve mieux la nature métallique de l'ammonium et son isomorphisme avec le potassium. Ce n'est donc pas sans raison que je me suis réservé de placer ses composés naturels après ceux du potassium. Ces composés ne sont d'ailleurs qu'au nombre de trois : le chlorure, le sulfate et le phosphate à l'état de phosphate ammoniaco-magnésien.

Ammonium clilornré.

Chlorhydrate d'ammoniaque. — Ce sel s'est nommé, pendant quelque temps, muriate d'ammoniaque, et plus anciennement set ammoniac, parce que, suivant Pline, on le trouvait en grande quantité aux environs du temple de Jupiter Ammon. Quoi qu'il en puisse être de cette assertion, elle indique au moins que l'emploi de ce sel remonte à une grande antiquité.

Le chlorhydrate d'ammoniaque se forme journellement dans les éruptions volcaniques. L'Etna en produit des quantités considérables qui ont été quelquefois livrées au commerce. Les Kal-

AMMONIUM CHLORURÉ. 485

moucks trafiquent, depuis un temps immémorial, de celui qu'ils recueillent auprès de deux volcans encore brûlants dans la haute Asie. Enfin, les houillères embrasées/telles qu'il en existe à Saint- Étienne dans le département de la Loire, en produisent également qui se sublime dans les fentes du terrain. On en possède de beaux cristaux qui sont des trapézoèdres appartenant au sys tème cubique. Sa forme la plus habituelle, lorsqu'on le fait cristalliser artificiellement, est l'octaèdre régulier.

Mais toutes les sources naturelles du sel ammoniac, fussentelles exploitées, seraient bien loin de suffire à la consommation de nos arts industriels, et tout celui que nous employons est fabriqué artificiellement.

Il n'y a pas cent ans encore que tout le sel ammoniac consommé en Europe était tiré d'Égypte, où on l'extrait encore delà fiente des chameaux, de la manière suivante : cette fiente, desséchée, est brûlée comme combustible par les pauvres du pays ; le sel qu'elle contient se volatilise et se condense avec la suie dans les cheminées. Les fabricants de sel ammoniac achètent cette suie, en remplissent aux deux tiers de grands ballons de verre, et la chauffent au bain de sable pendant trois jours. Le sel se sublime dans la partie supérieure des ballons, et forme des pains solides, demi-transparents, souvent salis par une matière fuligineuse.

Baumé est le premier qui ait tenté d'enlever cette branche d'industrie à l'Égypte. Il a fabriqué du sel ammoniac de toutes pièces ; mais son procédé était trop dispendieux pour soutenir la concurrence avec celui d'Egypte, et il a fallu l'abandonner. On lui a substitué le procédé suivant :

On transporte, dans des fabriques situées hors des grandes villes, mais à leur portée, toutes les matières animales qui proviennent de leurs immondices, comme des os, delà corne, etc.; on introduit ces matières dans des cylindres de fonte disposés horizontalement, au nombre de trois ou de quatre, dans un fourneau à réverbère, et on les y chauffe fortement. L'une des extrémités des cylindres est entièrement fermée par un couvercle de fonte : on adapte à l'autre de larges tubes qui conduisent les vapeurs dans des tonneaux contenant de l'eau, et disposés entre eux comme les flacons d'un appareil de Woolf. Ces vapeurs sont composées d'eau, d'huile empyreumatique, d'acétate, de cyanhydrate, et surtout d'une grande quantité de carbonate d'ammoniaque qui se dissout dans l'eau avec les précédents et une portion d'huile. On met la liqueur, qui est très-brune, en contact avec une dissolution trouble de sulfate de chaux, et même on la fdtreà travers une couche de ce sel. Le carbonate d'ammoniaque et le sulfate de chaux se décomposent réciproquement : il

486 AMMONIUM CHLORURÉ.

en résulte du carbonate de chaux insoluble, et du sulfate d'ammoniaque qui reste dans la liqueur. Alors on ajoute dans cette liqueur un excès de sel marin ; on fait évaporer et cristalliser. II y a alors double décomposition et formation de sulfate de soude et de chlorhydrate d'ammoniaque, qui cristallisent à deux époques différentes : on les sépare donc, et l'on purifie le chlorhydrate par la sublimation dans de grands matras de verre.

Aujourd'hui ce procédé a cessé d'être employé partout où l'on a introduit l'éclairage par le gaz retiré de la houille ; parce que la distillation de la houille donne naissance à des eaux ammoniacales que l'on s'est bien vite empressé d'utiliser. On sature ces eaux par de l'acide chlorhydrique et on les évapore dans de grands creusets en fonte garnis de tuiles à l'intérieur. Lorsque le sel est desséché en assez grande quantité dans le creuset, on recouvre celui-ci d'une calotte de plomb et l'on chauffe assez pour sublimer le sel.

On peut le purifier par une nouvelle sublimation. J'ai vu ce procédé très-simple employé à la fabrique de MM. Hills, à Depthford, près de Londres.

Le sel ammoniac du commerce est en pains ronds aplatis, d'une apparence de glace, et comme légèrement flexibles sous le marteau lorsqu'on veut le casser. 11 est blanc ou coloré par une matière fuligineuse, qui paraît n'être pas inutile lorsqu'on le fait servir dans l'étamage du cuivre ; mais pour la pharmacie, c'est le sel ammoniac blanc qu'il faut préférer, et il convient encore de le purifier par solution et cristallisation.

Le chlorhydrate d'ammoniaque a une saveur très-piquante; il est soluble dans environ H parties d'eau froide, et dans une bien moindre quantité d'eau bouillante; il cristallise en aiguilles qui se groupent comme des barbes de plume, et qui forment, en se séchant, des masses fort légères. Ce sel, ainsi cristallisé, ne contient pas d'eau, et est formé seulement de : acide chlorhydrique, 68,24; ammoniaque, 31,76. Il est entièrement volatil et indécomposable au feu; il exhale une forte odeur d'ammoniaque lorsqu'on le mêle, même à l'état solide, avec un alcali fixe, ou avec les carbonates de potasse et de soude; sa dissolution précipite celle de nitrate d'argent, de même que toutes les autres dissolutions de chlorures.

Le sel ammoniac est employé à l'intérieur et à l'extérieur.

Il sert à faire l'ammoniaque et le carbonate d'ammoniaque ; on l'emploie pour décaper le cuivre que l'on veut étamer; il sert quelquefois dans la teinture.

PHOSPHATE AMMONIACO-MAGNÉS1EN.

Ammoniaque sulfatée.

Ce sel se forme dans les mêmes circonstances que le précédent et se rencontre dans les mêmes lieux ; ainsi on le trouve en efflorescence sur les laves récentes de l'Etna et du Vésuve, et dans les houillères embrasées de la Loire et de l'Aveyron ; mais son principal gisement est sur les roches ou dans les fentes du terrain où se trouvent les lagoni de Toscane, dont les eaux le tiennent en dissolution. Celui qu'on obtient par l'art cristallise en prismes hexaèdres aplatis, terminés par des pyramides à six faces, et dont la forme primitive est un" prisme droit, rhomboïdal. Il possède une saveur piquante et amère ; il se dissout dans deux fois son poids d'eau froide ; il se décompose et se volatilise complètement à une température élevée. Il est formé de

Az2H6 ,. 212,5 22,67

Le sulfate naturel a présenté exactement la même composition.

Phosphate ammoniaco-magnésien.

En explorant les gisements du guano, sur la côte d'Afrique, on y a trouvé de nombreux cristaux d'un sel dont la forme primitive paraît être un prisme rhomboïdal droit, et qui, ayant été analysé par M. Teschemacher, a été trouvé composé de :

Rapports moléculaires.

Acide phosphorique 30,40 == 33,77 1

Magnésie 17 = 63,80 2 '

Ammoniaque (Az H3) 14,30 = 67,29 2

Eau 38,10 = 338,67 10

Formule : "p Mg2 (Az H3)2 + 10H.

Ce sel diffère du phosphate ammoniaco-magnésien artificiel,

tel que j'en ai déterminé la composition (PMg2AzH3 + 14H), par

4 équivalent d'ammoniaque en plus et 4 équivalents d'eau en moins.

Le guano est une substance d'origine animale que l'on a trouvée d'abord sur les côtes du Pérou, aux îles de Chinche, et dans d'autres plus méridionales, telles que Ilo, Iza, Arica, etc. Il forme dans ces îles des dépôts très-élendus de 16 à 20 mètres d'épais-

seur, et paraît avoir été produit, durant un grand nombre de siècles, par l'accumulation des excréments des innombrables oiseaux qui les habitent. On a trouvé depuis le guano sur les côtes de la Patagonie, et dans les îles delà côte occidentale d'Afrique, et on en transporte aujourd'hui, de toutes ces contrées, des quantités considérables en Europe, où on l'emploie comme un engrais très-puissant. Il se présente ordinairement sous la forme d'une matière humide, pulvérulente, de couleur brunâtre et d'une odeur forte et ammoniacale. On y découvre souvent des cristaux blancs, soyeux, de diverses natures, car il est difficile de trouver une matière plus complexe et plus variable dans sa composition. On peut y rencontrer les substances suivantes :

Sulfate de soude. Carbonate d'ammoniaque.

— de potasse. Chlorure de potassium.

Phosphate de chaux. Chlorure de sodium.

— de potaese. Chlorhydrate d'ammoniaque.

— de soude. Acide urique.

— d'ammoniaque. Urate d'ammoniaque.

— de magnésie. Acide humique.

— ammoniaeo-magnésien. Humate d'ammoniaque.

Oxalate de chaux. Matières organiques indéterminées.

— de soude. Eau.

— d'ammoniaque.

Nous avons passé en revue, jusqu'ici, les espèces minérales les plus importantes, soit par leur abondance dans la terre, soit par leur utilité. Il nous reste encore à considérer ces espèces dans leurs mélanges, lorsque ces mélanges forment eux-mêmes une partie plus ou moins essentielle de la croûte solide du globe, et lorsque l'uniformité et la constance de leurs parties constitutives en forment des sortes d'espèces composées, qui ont leur importance et leur utilité propres, utilité et importance qui appartiennent bien alors à la masse ou au mélange, et non plus isolémentaux éléments qui les forment. On a donné anciennement à ces mélanges le nom de roches ; mais plus récemment, lorsque la géologie est venue nous éclairer sur la disposition des matériaux qui composent la terre, et qu'on a voulu exprimer par un mot la généralité de ces matériaux, on leur a donné également le nom de roches. Alors il a fallu distinguer des roches simples et des roches composées; les premières n'étant autre chose que les minéraux simples considérés géologiquement, c'est-à-dire relativement à leur place et à leur connexion avec les grands phéno-

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