‹ Histoire naturelle des drogues simples, ou, Cours d'histoire naturelle professé à l'École de pharmacie de ParisChapitre 35 sur 194 · SÉLÉNIUM ET TELLURE · texte numérisé non relu

SÉLÉNIUM ET TELLURE

et le principal dérivé, l'acide sulfurique, viennent le sélénium et le tellure, corps que plusieurs chimistes rangent encore parmi les métaux, mais que leur grande analogie avec le soufre ne permet pas d'en séparer, et qui, dans notre classification naturelle des corps simples, forment avec lui le groupe des thionides.

Le sélénium, en effet, à part son éclat métallique gris foncé et sa pesanteur spécifique, qui est de 4,3, est presque le sosie du soufre.

Il est solide, cassant comme du verre, non conducteur du calorique, et à peine conducteur du fluide électrique (il n'isole pas assez pour s'électriser par frottement).

Il est fusible à une température un peu supérieure à 100 degrés, et se volatilise au-dessous de la chaleur rouge, en un gaz jaune, moins foncé que celui du soufre. Il- brûle avec une flamme bleue par le contact d'un corps en combustion, et exhale une odeur de rave ou de chou pourri.

Il se combine avec l'oxygène dans le rapport de 1 molécule de sélénium avec 1, 2, 3 molécules d'oxygène, et cette dernière combinaison forme un acîde difficile à distinguer de l'acide sulfurique.

Enfin le sélénium combiné à l'hydrogène, dans le rapport de 1 à 2 en volumes, forme du sélénide hydrique, gaz tellement semblable au sulfide hydrique ou acide sulfhydrique, qu'on a encore peine à les distinguer.

Le tellure se rapproche davantage des métaux; car il est opaque, très-éclatant, et pèse 6,1379; mais, de même que le sélénium, il se dissout sans altération dans l'acide sulfurique concentré, et peut en être précipité par l'eau. On ne lui connaît jusqu'ici qu'un seul degré d'oxygénation (TeO2), qui répond à l'acide sulfureux; mais il forme avec l'hydrogène un acide gazeux et fétide, tellement semblable à ceux produits par le soufre et le sélénium, qu'on a peine à les reconnaître. Enfin on trouve entre ces trois corps la même ressemblance de propriétés et la même similitude de gisement que celles observées entre le chlore, le brome et l'iode.

Le sélénium ne se trouve pas pur dans la nature, et il y est d'ailleurs peu abondant. Ainsi que je l'ai dit. c'est à lui que paraît due la teinte rougeâtre observée souvent dans le soufre de Sicile et de Lipari. Il se trouve en petite quantité, combiné aux mêmes métaux que le soufre, dans quelques mines de Suède, du Harz et du Mexique. On le trouve en Norwége combiné au tellure et au bismuth, et il accompagne le tellure dans quelques mines de la Transylvanie. Il a été découvert par Berzélius clans l'acide sulfurique préparé avec du soufre obtenu du grillage des pyrites cuivreuses de Fahlun, en Suède.

Le tellure est presque aussi rare que le sélénium ; car on ne l'a encore trouvé que dans la mine de bismuth de Norwége, dont je viens de parler, et dans quelques minéraux de Transylvanie, connus^sous les noms d'or blanc, d 'or graphique, d'or problématique. Nous parlerons de ces différentes combinaisons, qui contiennent ordinairement de l'or, de Y argent et du plomb, à l'article de ces différents métaux, qui leur servent de bases, et nous ne mentionnerons ici que celle qui porte le nom de tellure natif, bien que ce ne soit pas du tellure pur, et qu'elle contienne, sur 100 parties, 7,20 de fer et 0,25 d'or.

Ce tellure se trouve à Fazbay, en Transylvanie, en veines dans de la chaux carbonatée manganésifère ou dans d'autres matières terreuses, où l'on trouve également des sulfures de plomb et de zinc, du sulfo-antimoniure d'argent, de l'or, etc. Il se présente sous forme de petits cristaux hexaédriques aplatis, de petites lames brillantes ou de grains; il est d'un blanc d'étain sombre, tendre et fragile, et tachant légèrement le papier. Il décrépite au chalumeau, se fond et brûle avec une flamme vive et brunâtre, et en répandant une odeur âcre, souvent mêlée de l'odeur de rave pourrie propre au sélénium.

En suivant l'ordre naturel des corps simples, tel que nous l'avons établi précédemment, nous arrivons au genre des arsenides, composé de l'azote, du phosphore, de Y arsenic et de Y antimoine; mais nous laisserons aux professeurs de chimie à parler de l'azote, gaz incolore, inodore, impropre à la combustion et à la respiration, qui forme les 79 centièmes en volume de l'air atmosphérique.

Nous parlerons pas davantage des cinq composés qu'il forme avec l'oxygène, puisque aucun d'eux n'existe dans la nature à l'état de liberté, et que l'acide azotique est même le seul que Ton trouve combiné à différentes bases alcalines, à la suite desquelles nous étudierons ces combinaisons.

Par une raison semblable, nous ne parlerons pas du phosphore ni de ses acides oxygénés, qui sont toujours le résultat d'opérations chimiques.

Nous devrons nous arrêter à Y arsenic, corps simple électronégatif, que les chimistes rangent ordinairement parmi les métaux, mais qui ne peut pas plus être séparé du phosphore que le sélénium du soufre, l'iode ou le brome du chlore, etc.

L'arsenic pur est un corps solide, très-fragile, opaque, d'un

Page 1