FAMILLES DU MOLYBDENE ET DU CI1R0ME
Molybdène.
Métal blanc, un peu malléable, presque infusible : pesant 8,636. Ses composés oxygénés sont : 1° un oxure rnolybdeux, Mo, noir, formant des dissolutés noirs avec les acides ;
2° Voxure molybdique, Mo, brun-pourpre très-foncé, rougeâtre à l'état d'hydrate;
3° L acide molybdique, Mo, blanc jaunâtre, à peine soluble dans l'eau ;
4° Un oxyde bleu intermédiaire (acide rnolybdeux), soluble dans l'eau. ^
Le sulfure de molybdène existe dans la nature; il répond à l'oxure molybdique, et contient MoS2, ou
Soufre 40
Molybdène 60
C'est une substance métalloïde, d'un gris de plomb, onctueuse au toucher, et composée de lames flexibles. Il pèse 4,5; il est infusible au chalumeau ; mais il s'y volatilise en acide sulfureux, reconnaissable à son odeur, et en acide molybdique, qui apparaît sous forme de vapeurs blanches. Lorsqu'on le traite par l'acide sulfurique, il dégage de l'acide sulfureux et donne un dissoluté i bleu d'acide rnolybdeux. Traité par l'acide nitrique, il produit de l'acide sulfurique et un dépôt blanc d'acide molybdique devenant bleu lorsqu'on le place humide sur une plaque de zinc.
Le sulfure de molybdène ressemble beaucoup au graphite ; mais il est plus blanc, et laisse, par le frottement sur la porcelaine, une trace verdâtre, tandis que celle du graphite est noirâtre, de même que sur le papier.
Le sulfure de molybdène forme des filons ou des amas isolés peu abondants dans diverses roches primitives, telles que le granite>legneiss,lemicaschïste. Quelquefoisaussi ilyestdisséminé à la manière du mica. On le trouve principalement aux Pyrénées, et dans les Alpes du Dauphiné, du Piémont et du Tyrol; dans les mines d'étain de Cornwall, etc.
Le molybdène oxydé ou acide molybdique est fort rare. On lc| trouve en poussière jaunâtre à la surface du précédent. Il contient:1 toujours un peu d'oxyde de fer, et constitue peut-être un sur-) molybdate de fer.
CIIHOME.
Clir.ome.
Ce métal est d'un blanc grisâtre, et très-dur. Il n'est pas magnétique, ne s'oxyde pas à l'air et s'oxyde même difficilement à la chaleur rouge. Les acides l'attaquent difficilement; mais les alcalis l'attaquent, au contraire, facilement à l'aide de la chaleur et de l'oxygène. Il est susceptible de trois degrés d'oxygénation : 1° un oxyde vert (Cr203), qui existe dans l'émeraude, le diallage, la serpentine, le fer chromé du Var; 2° un acide rouge (CrO3) qui existe dans le plomb rouge de Sibérie, ou chromate
>ide plomb, d'où Vauquelin l'a retiré en 1797; 3° un oxyde brun intermédiaire ou chromate de proioxyde de chrome, très-peu
-stable.
L'oxyde vert de chrome se trouve quelquefois isolé, ou du rmoins simplement mélangé à des matières siliceuses, comme à I;la montagne des Écouchets, entre Conches et le Creuzot (Saôneeet-Loire) ; ou bien au diallage et à la serpentine, comme dans les A/Ylpes de Savoie et de Piémont. C'est du reste tout ce que nous fen dirons ici; les silicates auxquels l'oxyde de chrome ne sert que dde principe colorant devant être examinés beaucoup plus tard; |ile fer chromé du Yar faisant partie des états naturels du fer et le i chromate de plomb ayant été décrit avec les sels de plomb.
FAMILLE DE L'URANE.
L'urane est un métal dont l'existence a été signalée la prermière fois en 1787, par Klaproth, dans un minéral nommé ipechblende, que l'on considérait auparavant comme une variété ide la blende ou sulfure de zinc. Klaproth a même passé pour en lavoir extrait le métal, en traitant l'oxyde d'urane, à une haute température, par du charbon, de même qu'on a admis plus ■récemment que M. Arfvedson était parvenu à obtenir l'urane llrès-pur en réduisant l'oxyde ou le chlorure d'urane, à une température peu élevée, par un courant de gaz hydrogène; mais, en H842, M. Péligot a démontré que le prétendu urane métallique ide Klaproth et d'Arfvedson était un protoxyde irréductible par le charbon et l'hydrogène, et que pour obtenir l'urane pur, auquel il donne le nom d'uranium, il fallait d'abord préparer du protochlorure d'urane, en faisant passer, à la couleur rouge, un courant de chlore sur un mélange d'oxyde d'urane et de charbon, et ensuite décomposer le chlorure d'urane par le potassium. On enlève le chlorure de potassium par l'eau, l'on obtient l'urane
Guibol bt, Drogues, 5' édition. T. I. — 14
2*0 FAMILLE DE L'URANE.
sous forme d'une poudre noire, qui prend sous le brunissoir l'éclat de l'argent, en acquérant une certaine malléabilité. Le métal ainsi obtenu brûle à l'air, à une température très-peu élevée, avec un très-grand éclat. Il ne décompose pas l'eau pure à la température ordinaire ; mais il se dissout avec dégagement d'hydrogène dans les acides dilués. Depuis lors, M. Péligot l'a obtenu en globules, un peu malléables, durs, mais facilement rayés par l'acier, ayant la couleur du nickel ou du fer. Sa densité est 48,4. D'après M. Péligot, l'urane n'aurait pas moins de 5 degrés d'oxydation.
1° Un sous-oxyde brun à l'état d'hydrate, obtenu en décomposant le sous-chlorure par l'ammoniaque. Il est formé de U804; il paraît décomposer l'eau et se convertir en un autre sous-oxyde vert-pomme indéterminé.
2° Un protoxyde brun, ancien urane de MM. Arfvedson et Berzelius, obtenu en réduisant les oxures supérieurs de l'urane par Thydrogène et le charbon, ou en calcinant en vase clos Toxalate jaune d'urane. Il est quelquefois pyrophorique ; il forme avec les acides dilués des dissolutions vertes. Il est formé de
Urane I atome 750 88,24
Oxygène 1 100 11,75
3° Un deutoxyde noir, obtenu en chauffant fortement le nitrate d'urane. Il est formé de U*05 ou de 2UO -J- U203.
4° Un tritoxyde d'uranium ou oxyde vert-olive, obtenu en soumettant les oxydes précédents à l'action de l'air ou de l'oxygène, à une température rouge sombre. Il est d'un vert olive et d'un aspect velouté. Traité par les acides, il donne un mélange de sels jaunes et de sels verts. Il est formé de U304 ou deUO -J- U203 : il répond à l'oxyde de fer magnétique FeO -f- Fe203.
5° Le peroxyde d'urane ou oxyde des sels jaunes, jouant le rôle de base avec les acides forts et le rôle d'acide avec les alcalis. Il est formé de
On l'obtient en exposant à la lumière solaire un soluté d'oxalate jaune d'urane ; il se dégage de l'acide carbonique et de l'oxyde de carbone, et l'urane se précipite à l'état d'hydrate de tritoxyde, qui, bien lavé et exposé à l'air, repasse à l'état d'hydrate d'oxyde jaune (Ebelmen). On peut également faire éva-
URANE OXYDÉ, PECHBLENDE OU PECIIURANE. , 211
porcr à une douce chaleur un soluté alcoolique de nitrate uranique. A un certain degré de concentration, il se produit une réaction entre l'acide nitrique et l'alcool, d'où résultent de I'éther nitreux, de la vapeur nitreuse, de l'aldéhyde et de l'acide formique. L'oxyde d'urane mis à nu se précipite. On évapore presque à siccité, on traite par l'eau pour laver l'oxyde et on le fait sécher.
L'urane se trouve dans la nature à l'état d'oxyde intermédiaire (urane oxydulé de Haûy) constituant la pechblende, à l'état
. à.' oxyde jaune hydraté et à l'état de phosphate hydraté combiné au phosphate de chaux ou de cuivre., et à l'état de carbonate hydraté
i combiné au carbonate de chaux.
Urane oxydulé, Pechblende ou Pechurane.
L'urane oxydulé constitue la pechblende, et cependant n'est jamais pur dans ce minéral. On y trouve du fer oxydé, des sulfures et arséniures de fer, de plomb, de cuivre, de zinc, et queli quefois de cobalt et de nickel. Sa gangue habituelle est un car- : bonate de chaux, de magnésie et de manganèse. Un échantillon choisi, analysé par Klaproth, lui a donné :
Oxyde d'urane 86,5
Sulfure de plomb 6
Silice 5
Protoxyde de fer 2,5
C'est une substance amorphe, compacte, noirâtre, d'un éclat Igras et légèrement métalloïde. Elle pèse de 6,378 à 6,530. Elle test assez difficile à entamer par le couteau. Elle offre une structure un peu feuilletée dans un sens. Elle est presque inattaquable [par l'acide chlorhydrique, qui dissout seulement l'oxyde de fer, ta chaux et la magnésie qui peuvent s'y trouver. Mais elle est faccilement dissoute par l'acide nitrique, qui peroxyde l'urane et (change les sulfures et arséniures de plomb, de fer, etc., en -sulfate de plomb, arséniate de fer, etc. On évapore à siccité, con reprend par l'eau froide qui ne redissout guère que le i nitrate d'urane. On fait évaporer et cristalliser. Pour obtenir le nitrate d'urane dans un plus grand état de pureté, on le dissout dans I'éther sulfurique, qui l'abandonne ensuite par son évaporation spontanée. On le fait enfin redissoudre dans l'eau et cristalliser. C'est ce nitrate qui sert à la préparation des oxydes et de tous les autres composés artificiels de l'urane.
212 FAMILLE DE L'URANE .
L'urane oxydulé présente quelque ressémblance extérieure 1 avec le zinc sulfuré brun, le wolfram et le fer chromité du Var ; J mais on peut facilement reconnaître ces trois substances aux | caractères suivants :
Zinc sulfuré brun. Pesanteur spécifique, 4,166; facilement rayé I par le couteau; poudre grise; clivages dirigés en plusieurs I sens ;
Wolfram ou tungstate de fer et de manganèse. Pesanteur spécifi- I que, 7,3 ; poudre brune tirant sur le violet; clivage net suivant I deux sens perpendiculaires;
Fer chromité du Var. Pesanteur spécifique, 4,498 ; fondu au chalumeau avec le borax, le colore en vert ;
L'urane oxydulé se trouve principalement à Joachimsthal en Bohême, à Schneeberg et à Johann-Georgenstadt en Saxe, dans I des dépôts argentifères et aurifères.
Urane hydroxydé.
Substance fort peu abondante, jaune, pulvérulente, qui se forme à la surface des morceaux de l'espèce précédente et probablement par l'action de l'air humide. Elle donne de l'eau à la calcination ; elle se dissout dans les acides, et offre alors les caractères des dissolutés d'urane peroxydé, qui sont :
Couleur jaune ;
Alcalis, précipité jaune d'uranate alcalin ; Carbonates alcalins, précipité jaune-citron, soluble dans un excès de carbonate ;
Métaux purs, rien ;
Sulfide hydrique, rien ;
Sulfhydrates alcalins, précipité noir ;
Cyanure ferroso-potassique, précipité rouge de sang ;
Phosphates solubles, précipité jaune pâle ;
Arséniates, précipité blanc-jaunâtre ;
Arsénites, précipité d'un très-beau jaune.
Urane phosphaté.
Ce sel n'existe que combiné soit au phosphate de chaux, soit à I celui de cuivre. Il en résulte deux sels doubles que les minéralo-| gistes ont longtemps confondus avec l'urane oxydé, mais qui forment deux espèces minéralogiques distinctes.