‹ Histoire naturelle des drogues simples, ou Cours d'histoire naturelle professé à l'École supérieure de pharmacie de Paris. Tome premier (volume 2)Chapitre 103 sur 194 · FER PHOSPHATÉ · texte numérisé non relu

FER PHOSPHATÉ

Il donne de l’eau par la calcination dans un tube de verre et devient magnétique, bien qu’il prenne une couleur rouge due à la suroxydation presque complète du fer. Il est soluble dans l’acide nitrique avec dégagement de vapeur rutilante : la dissolution précipite en bleu par le cyanure ferroso-potassique.

Il est fort diflicile d’établir la composition des phosphates de fer naturels, les nombreuses analyses qui en ont été faites conduisant toutes à des résultats différents. Il est probable que le phosphate de fer se forme d’abord à l’état de phosphate de protoxyde, blanc et hydraté, et que c’est en s’oxydant par le contact de l’air qu’il prend une teinte bleue ou verte; car on en trouve des cristaux transparents et incolores, qui, conservés à l’air, prennent par places une belle couleur bleue, laquelle s’étend ensuite peu à peu à tout le cristal; et on en voit des masses terreuses devenues bleues à la surface, quand le centre est encore d’un blanc grisâtre passant rapidement à l’air au gris bleuâtre et au bleu. Tels sont le phosphate de fer cristallisé de Commentry (Allier) et les phosphates terreux d’Eckartsberg en Thuringe, et de New-Jersey dans l’Amérique septentrionale.

Le fer phosphaté vert a été trouvé en nodules mamelonnés» rayonnés et translucides à l’intérieur, dans un minerai de fer et de manganèse, à Sayn, sur les bords du Rhin. Il s’altère à l’air par la suroxydalion du fer, devient opaque, d’une couleur d’ocre, et prend toute l’apparence d’une hématite brune. Il est fusible à la llamme d’une bougie. On l’a trouvé également à Anglarprèsde Limoges, mêlé d’une certaine quantité d’oxyde de manganèse.

Le fer phosphaté bleu est celui qui a le premier fixé l’attention des minéralogistes par sa couleur bleue, qui l’avait fait regarder comme du bleu de Prusse naturel. 11 est tantôt cristallisé, tantôt terreux. Les cristaux dérivent d’un prisme rectangulaire oblique. Ils pèsent 2,06 et sont rayés par la chaux carbonatée rhomboïdale. Il prend une teinte noirâtre lorsqu’on le broie à l’huile, ce qui le distingue du cuivre carbonaté bleu. Il s'altère souvent dans les collections, perd sa transparence et prend une couleur vert-bouteille.

Le fer phosphaté se trouve dans un grand nombre de gisements, à partir des terrains primitifs qui nous le présentent â llureaux près de Limoges, à Bodenmais en Bavière, à Kongsberg en Noi wége, et dans les gîtes métallifères du Cornouailles. On l’a trouvé dans le basalte de i’île Bourbon, dans le calcaire secondaire à Eckarlsberg, enfin dans les terrains d’alluvion moderne, formant de petits nids, au milieu des dépôts d’argile, de

lignites el de fer hydraté, comme à Alleyras dans la Haute-Loire, à Hillentrup sur la Lippe, à New-Jersey, etc.

Analyses île phosphates de fer.

Fer phosphaté résinite ou delvauxme. — Substance trouvée dans les déblais d’une ancienne mine de plomb et dans une carrière

FER ARSÉNIATÉ.

de calcaire, à Besneau, près de Visé (Liège). Elle est en rognons fragiles, à cassure conchoïdale, et d’un éclat résineux. L’analyse a donné :

Rapports moléculaires.

Acide phosphorique. . . 13,6 15 1

Oxure ferrique . 29 30 2

Eau . 40,2 357 24

Carbonate calcaire . H

Silice.

3,6 Fe* Ph 4- 24\q.

Ce phosphate est semblable à celui de l’Ile-de-France analysé par Laugier, avec une quantité double d’eau.

Fer nraéniaté.

Indépendamment du fer arséniaté résinite et du fer sulfo-arséniaté, dont j’ai fait connaître la composition à l’occasion du fer sulfaté résinite, il existe deux arséniates de fer verts et cristallisés, dont voici les caractères et la composition :

I. Fer arséniaté cubique, pharmacosidèrite . — Cristaux cubiques, d’un vert foncé, pesant 2,99, rayant la chaux carbonatée rhomboïdale. Il donne de l’eau par la calcination et laisse un résidu rouge d’arséniale de peroxyde. Chauffé dans un tube avec un mélange de carbonate de soude et de charbon, il dégage de l’arsenic métallique. Il se dissout dans les acides forts; le liquide étendu d’eau forme un précipité bleu par le cyanure ferrosopotassique.

Le fer arséniaté cubique se trouve dans les mêmes gîtes que l’étain et le cobalt dans le Cornouailles. Berzélius en a retiré :

Oxygène.

Acide arsénique .

•î:li j >4,35

— phosphorique.

Oxyde ferrique .

— cuprique .

Eau .

IG

Parties insolubles. . . .

D’où l’on déduit immédiatemenl Fe'JÀs3-|- 16Aq. Berzélius, se fondant sur l’augmentation de poids trouvée, pense qu’une partie du fer est à l’état de protoxyde, et donne pour formule :

Celte formule ne concorde pas avec les résultats de l’analyse et offre 1 molécule de fer et 2 molécules d’eau en excès. Le rapport de 8 molécules de fer contre tl molécules d’arsenic, qui correspond à la composition de plusieurs phosphates, doit être conservé. La véritable formule est plutôt Pe4 As -(- Fe^As* -f 16Aq.

On trouve à Hornhausen (duché de Nassau) du fer arsénialé cubique, dont une partie, en cristaux noirs et opaques, avait été prise d’abord pour une combinaison d’oxyde de fer et d’oxyde de plomb, et avait reçu le nom de beudantite. Mais d’après l’examen qu’en a fait M. Damour, ces cristaux ne sont que de l'arséniale de fer mélangé avec du sulfure de plomb, et ne peuvent constituer une espèce minérale (I).

2. Fer arséniaté rhomboïdal , scorodife. — Cet arséniate de fer se trouve séparé en deux espèces par Beudant (2), sous les noms de scorodite et de néoctèse, d’après les résultats différents des analyses qui en avaient été laites par Ficinus et Berzélius; mais d’après l’examen que viennent de faire de ces deux espèces MM. Damour et Descloizeaux, il convient de les réunir en une seule, dont voici les caractères : substance d’un vert bleuâtre pesant de 3,11 à 3,18, rayant la chaux carbonatée, rayée par le fluorure de calcium. Elle se présente en cristaux prismatiques ou d’apparence octaédrique, terminés par un pointement à 4 faces, et qui dérivent tous d’un prisme droit rhomboïdal, dont l’incidence des faces latérales est de 98° 1' 20", et le rapport entre un des côtés de la base et la hauteur comme 143 : 206. Ce fer arsénialé se trouve à Schwarzemberg en Saxe, à Saint-Austle en Cornouailles, et à Vaudry, près de Limoges, dans les filons de minerais d’étain et de cobalt. La variété de San-Antonio-Pereira près de Villa-Rica, au Brésil, qui formait le néoctèse de M. Beudant, tapisse les cavités d’un fer hydroxydé. Il faut y joindre aussi un fer arséniaté en masse poreuse, d’un vert pâle trouvé près de Marmato dans le Popayan et analysé par M. Boussingault. Yoici la composition de toutes ces substances :

Acide arsénique..

Oxure ferrique . . .

(1) Damour, Ann. chim. phys., janvier 1814, p. 73.

(2) Beudant, Traité de minéralogie. Paris, 1830.

FER CIIROMÉ.

Arséniate de fer de Villa-llicn, par Berzélius.

(2) — de Vaulry, par M. Damour.

(3) — de Cornouailles, par le même.

(4) — de Saxe, par le même.

(5) — de Villa-Rien, par le même.

(6) — terreux de Marmato, par M. Boussingault. La moyenne de loules ces analyses donne :

Oxygène. Calculé.

Acide arsénique. . . .

As

Oxure ferrique .

Fe

Eau .

il*

Fer chromé.

Substance d’un gris noirâtre et d'un éclat métallique médiocre, pesant de 4,03 à 4,5, assez dure pour rayer le verre; tenace et difficile à briser sous le marteau.

La cassure est très-raboteuse. La poudre est d’un gris cendré ; les morceaux les plus purs agissentsensiblementsurl’aiguilleaimantée.

Le fer chromé est infusible au chalumeau sans addition ; fondu avec le borax, il lui communique une belle couleur verte ; l’acide nitrique ne le dissout pas.

On a trouvé, mais très-rarement, le fer chromé cristallisé en octaèdres réguliers. Il est le plus souvent en masses amorphes, qui se brisent quelquefois suivant les faces d'un prisme oblique rhomboïdal, ou d’un rhomboïde aigu. Ces masses se trouvent exclusivement dans les roches de talc ou de serpentine, comme à la Bastide de la Carrade, dans le département du Var, à Harford et à Barhill près de Baltimore aux États-Unis, à Krieglack en Styrie, sur les bords du Viasga en Sibérie, etc. Lorsque le fer chromé s’y trouve â peu près pur ou peu mélangé, il offre les caractères indiqués ci-dessus, couleur noirâtre, éclat métalloïde, cassure laminaire, magnétisme sensible; mais le plus souvent il est plus ou moins pénétré et mélangé de particules de la roche qui lui sert de gangue, et alors il a une couleur plus grise, ou rosée, une cassure écailleuse, un éclat demi-vitreux, et il est sans action sur l’aiguille aimantée.

La composition du fer chromé est encore très-incertaine : Yauquelin y admettait de l’acide chromique, du fer oxyduié et de l'alumine ; mais Laugier a montré que le chrome y était seulement à l’état d’oxyde. Plus tard, on l’a regardé comme formé de

sesquioxyde de chrome, de sesquioxyde de fer et d’alumine, tandis que, aujourd’hui, on le croit plutôt composé de sesquioxyde de chrome, d’alumine et de protoxyde de fer. Les analyses faites jusqu’ici ne peuvent décider la question, et l’on peut ajouter, d’ailleurs, qu’on ne connaîtra la véritable composition du fer chromé que lorsqu’on aura trouvé le moyen d’isoler préalablement les différentes substances, apercevables à la loupe, dont les masses sont formées. En voici cependant un assez grand nombre d’analyses, dont une seule, celle de Vauquelin, admettait de l’acide chromique :

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