TOURMALINE
sommets manifestent bientôt la polarité électrique : le sommet trièdre, ou le sommet composé du plus petit nombre de facettes, acquiert l’électricité vitrée, et le sommet le plus complexe l’électricité résineuse. L’opposition électrique augmente avec la température, et disparaît au moment où celle-ci devient stationnaire. Elle reparaît ensuite pendant le refroidissement, mais en sens inverse; c’est-à-dire qu’alors le sommet qui a le moins de facettes devient résineux et l’autre vitré.
La tourmaline est généralement noire et opaque ; mais souvent aussi elle est verte, bleue ou rouge, et elle est alors transparente, au moins lorsqu’on la regarde perpendiculairement à l’axe, car elle est toujours opaque vue dans le sens de l’axe ou de la longueur du prisme. Elle jouitd’une autre propriété qui la rend très-utile pour étudier le phénomène de la double réfraction dans les minéraux; elle polarise la lumière. Il en résulte que, lorsqu’on dirige un rayon de lumière à travers deux plaques de tourmaline taillées parallèlement à l’axe et croisées à angle droit, l’espace compris entre les deux plaques est entièrement obscur. 11 reste obscur lorsqu’on interpose entre les deux plaques une lame diaphane d’une substance qui ne possède que la réfraction simple; par exemple, le verre ou le grenat. 11 devient éclairé lorsque la substance interposée possède la double réfraction, comme le quartz et le zircon .
La tourmaline raye très-facilement le verre et souvent le quartz, mais elle est toujours rayée par la topaze; elle pèse de 3,0U9 à 3,076. Sa cassure est inégale et conchoïde. Les variétés noires ou brunes se boursouflent et même se fondent au chalumeau en une scorie noire ; les variétés vertes et rouges se boursouflent sans se fondre. Ces différences de propriétés et de couleur ont fait donner quelques noms particuliers à certaines tourmalines qui les présentent : une variété d’un beau bleu d’indigo, d’Uto en Suède, a reçu le nom d'indicolite ; une autre, de Sibérie, d’un rouge de rubis, a été nommée rubellite ; les tourmalines du Brésil, d’un verre bouteille plus ou moins foncé, ont reçu la désignation d'émeraudes du Brésil, bien que leur couleur soit bien distincte de celle de l’émeraude. Le Saint-Gothard fournit des tourmalines d’un bleu clair, et l’ile d’Elbe en présente qui sont presque incolores.
La composition des tourmalines est très-compliquée, mais toujours caractérisée par la présence de l’acide borique, qui vient y tenir la place d’une certaine quantité de silice. Après ces deux acides vient l’alumine, comme base prédominante, puis un certain nombre de bases monoxydées dont la nature et la proportion ne sont pas sans influence sur les caractères particuliers du minéral.
Généralement les variétés transparentes, bleue, verte ou rouge,
Guibourt, Drogues, T édit. T, 1. — 23
contiennent peu de magnésie et d’oxyde de fer, et présentent, comme bases principales monoxydées, la lithine et la potasse ou la soude. C’est le contraire pour la tourmaline noire et opaque.
Les chimistes sont loin de s’accorder sur la formule de la tourmaline. Quant à moi, je la crois formée de deux silicates de la même formule que ceux du grenat, mais dans des proportions qui peuvent varier, et toujours caractérisés par une substitution partielle de l’acide borique à l’acide silicique. J’avais admis (1) comme étant la formule la plus générale, fondée sur la moyenne de six analyses, 4Al Si + M3Si ; mais il convient peut-être de particulariser davantage cette composition. Or, si l’on prend pour type du minéral qui nous occupe la tourmaline verte et transparente du Brésil , ou celle de Chesterfield, toutes deux analysées par Gmelin, ou la tourmaline bleue d' Uto, analysée par Arfwedson, on trouve que ces trois tourmalines ont également pour formule
5AÎ Si -f- M3Si; et cette conséquence devient tout à fait évidente
en prenant la moyenne
Acide silicique. . . .
— borique .
Alumine .
Oxure ferreux .
— manganeux .