‹ Histoire naturelle des drogues simples, ou Cours d'histoire naturelle professé à l'École supérieure de pharmacie de Paris. Tome premier (volume 2)Chapitre 132 sur 194 · ARGILES FERRUGINEUSES · texte numérisé non relu

ARGILES FERRUGINEUSES

liquide brun capable de percer les creusets les plus réfractaires. Elles forment des couches puissantes dans un grand nombre de pays, et dans divers terrains infra-ou supra-crétacés. Celles que l’on exploite aux environs de Paris, comme l’argile jaunâtre de Virollay et l’argile verte de Montmartre, appartiennent à la formation du gypse et constituent des couches très-étendues qui séparent ce terrain d’eau douce du terrain marin supérieur.

Argiles ferrugineuses.

Ces argiles ont une couleur rouge due à de l'oxyde de fer, dont la quantité varie depuis la plus faible jusqu’à celle capable de constituer un minerai de fer exploitable. D’autres fois elles ont une couleur jaune due à l’hydrate de fer. Elles sont usitées plutôt pour la peinture ou pour l’usage médical que pour la fabrication des poteries.

Sanguine ou crayon rouge. — Argile à structure schisteuse, à texture compacte, à cassure facile et terreuse. Elle est douce au toucher, très-tendre, tache fortement les doigts et laisse sur le papier des traces d’un rouge vif et durable. On la trouve en petites couches ou en amas, au milieu des schistes argileux, comme à Thalliter, dans la Hesse, à Blankenbourg et à Kcenitz, en Thuringe. On en fabrique des crayons rouges.

Bol d'Arménie ou argile ocreuse rouge. — Cette argile tire son nom de ce qu’on l 'apportait autrefois d’Arménie ou tout au moins de l’Orient. Mais depuis longtemps déjà celleque nous employons est tirée de divers lieux de la France, comme de Blois et de Saumur. Elle est douce au loucher, d’un rouge moins vif et moins foncé que la sanguine. Elle est également plus compacte, plus dure, plus difficile à casser et à délayer dans l’eau. Elle contient ordinairement du gravier, qui se précipite lorsqu’elle est délayée, et qu’il faut en séparer par décantation. Quelquefois on lave le bol à la carrière môme et on le met en petits pains ronds qu’on empreint d’un cachet. Cette opération était autrefois pratiquée dans l’Orient et principalement à l’ile de Lemnos, d’où l’argile ainsi préparée avait pris les noms de terre sigillée ou de terre de Lemnos ; mais ces noms appartenaient aussi à une argile beaucoup plus pâle, qui seule les a conservés.

T erre sigillée; argile ocreuse pâle. — Cette substance, dontj’ignore le lieu d’origine, est toujours sous la forme de petits pains orbiculaires ou cylindriques plus ou moins aplatis et marqués d’un cachet. Elle est d’un blanc rosé et contient par conséquent beaucoup moins d’oxyde de fer que le bol d’Arménie. Elle fait partie de l’électuaire de safran composé ou confection d’hyacin-

FAMILLE DE L’ALUMINIUM, thés, de même que le bol d’Arménie entre dans la composition de l’électuaire diascordium qui lui doit sa couleur rouge.

Ocre jaune. — Cette substance se trouve en France, sur les bords du Cher, dans la commune de Saint-Georges ; à Bitry (Nièvre) et à Taunay, en Brie. Elle est située à une certaine profondeur audessous d’un banc de sable, d’un banc de glaise et d’un banc de grès, et elle est portée sur un banc de sable. Elle forme une couche assez homogène, mais sans consistance et presque pulvérulente, d’un jaune un peu orangé et assez foncé. Elle présente un toucher siliceux plutôt qu’argileux, et elle contient en effet une très-grande quantité de silice, peu d’alumine, de la chaux et de l’oxyde ferrique hydraté. Elle est employée dans la peinture et surtout dans celle en bâtiments. On en calcine également une partie pour en former de l 'ocre rouge qui est employée pour les mêmes usages.

Terre d’ombre. — Cette substance est une argile massive, d’apparence terreuse, d’un grain très-fin et très-égal, mais sans consistance, absorbant l’eau très-avidement et s’y délayant avec une grande facilité.. Elle est d’une couleur foncée qui est à la fois verdâtre, jaunâtre et brunâtre, et qui devient d’un brun rougeâtre au feu. Elle nous arrive par Marseille, qui la tire soit de la province d’Ombrie, en Italie, soit de l’île de Chypre ou du Levant. Elle est très-usitée dans la peinture en détrempe et pour la fabrication des papiers peints.

Terre de Sienne. — Cette substance est tirée des environs de Sienne en Italie; elle est sous forme de petites masses d’un jaune brunâtre à l’extérieur, et présentant à l’intérieur la couleur et la cassure luisante de l’aloès hépatique. Elle est très-estimée dans la peinture, soit dans son état naturel, soit brûlée ou calcinée, opération qui lui communique une couleur brun rougeâtre' trèsfoncée.

Terres comestibles. — Je ne terminerai pas cette longue série des composés argileux sans parler de l’usage presque universellement répandu, chez les peuples sauvages de l’Afrique, de l’Amérique et de l’Asie, de manger, comme un supplément nécessaire à une nourriture trop insuffisante, des quantités considérables d’argile. Cet usage s’est même conservé ou propagé chez des peuples plus civilisés, comme dans l’Inde, et jusqu’en Portugal, où des femmes, dit-on, mangent encore avec plaisir de la terre rouge de Boucaros, dont sont fabriqués les alcarazzas, ou vases à rafraîchir l’eau. Je ne pense pas qu’un usage aussi répandu ait pour seul effet de tromper l’estomac, et d’apaiser momentanément la faim, sans aucun résultat utile pour la nutrition. Il est probable, au contraire, que l’instinct de conser-

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