‹ Histoire naturelle des drogues simples, ou Cours d'histoire naturelle professé à l'École supérieure de pharmacie de Paris. Tome premier (volume 2)Chapitre 174 sur 194 · EAUX MINÉRALES. — CARLSBAD. 53S · texte numérisé non relu

EAUX MINÉRALES. — CARLSBAD. 53S

Carlsbad (Bohême). — Ces bains célèbres de l’empereur Charles sont situés en Bohême, dans une vallée étroite et profonde, et sont peu éloignés de l’endroit où cette vallée s’ouvre dans celle de l’Ëger. Un ruisseau, nommé le Tepel, coule au milieu, et les sources chaudes sourdent en très-grand nombre sur ses deux rives, à de petites distances les unes des autres. Toutes ces sources, dont la principale se nomme le Sprudel, ont une origine commune, et sortent à travers les ouvertures d’une croûte de calcaire que l’eau a formée elle-même, en abandonnant Te carbonate de chaux qu’elle tient en dissolution.

Cette croûte de calcaire fut brisée au commencement du siècle dernier, et l'on vit au-dessous plusieurs grandes cavités remplies d’eau, dont le fond était également une croûte de calcaire. On perça cette seconde croûte, et l’on découvrit sous elle des cavités semblables d’où l’eau sortit avec une force prodigieuse, et dont le fond consistait en une troisième croûte épaisse, comme les précédentes, de 1 à 2 pieds, et recouvrant enfin un vaste réservoir d’eau bouillante nommé le Chaudron du Sprudel, qui s’étend sous la plus grande partie de la ville de Carlsbad. Ce réservoir paraissait avoir, suivant l’inégalité du fond, de 11 à 14 pieds de profondeur, sauf dans une certaine direction, où l’on ne put atteindre la limite, et c’est par cet endroit que l’eau afflue avec force en paraissant venir des lieux les plus profonds du globe.

Ce qu’on nomme le Sprudel n’est proprement qu’une certaine ouverture du bassin-chaudron, par laquelle l’eau est poussée, par intervalle, avec de grandes quantités de gaz acide carbonique; sa température, à la sortie, est de 73 degrés centigrades ; les autres sources varient de 62 à 50 degrés, suivant leur élévation sur le terrain et le refroidissement plus considérable qu’elles éprouvent avant d’arriver à l’air. La quantité d’eau qui en sort est prodigieuse, et on a calculé, d’après son analyse, qu’il s'écoulait avec elle annuellement, sans aucun profit pour les arts, 200,000 quintaux de carbonate de soude et 300,000 de sulfate de soude cristallisé.

L’analyse des eaux de Carlsbad a été faite par Beccher, Klaprolh, Reuss, et offrait assez de concordance pour qu’on pût juger inutile de l’expérimenter une quatrième fois. Il était réservé cependant à Berzélius d’y découvrir des principes jusqu’alors inaperçus dans les eaux minérales ; voici les résultats de son analyse (1), modifiés d’après ceux qu’a obtenus plus récemment M. Gottl :

(I) Berzélius, Annales de chimie et de physique, t. XVIII, p. 254.

EAU

H au du Sprudel, 1 kilogramme.

Acide carbonique .

Azote .

Sulfate de soude desséché .

— de potasse .

grammes.

Carbonate de chaux .

— de magnésie .

— de protoxyde de fer .

Silice .

Phosphate d’alumine avec excès de ) hase . )

Cauterets (Hautes-Pyrénées, France). — Village à l’extrémité de la vallée de Lavédan, au pied des Pyrénées, à dix lieues de Tarbes, à sept lieues de Baréges. On y trouve des sources nombreuses et abondantes d’eaux sulfureuses thermales, dont les principales sont celles de la Raillère, des Espagnols et de César. Celles-ci, dont la température est la plus élevée, et marque 51 degrés centigrades, est en même temps la plus sulfureuse et doit être considérée comme le type de l’eau de Cauterets ; les autres sourcesdevantprobablement leur température inférieureet leur moindre sulfuration à un mélange d’eau des terrains supérieurs, ou à l’action de l’air dans les conduits qui les amènent à la surface de la terre. Les eaux de Cauterets sont remarquables par la minime quantité de substances salines qu’elles contiennent, et elles ont, du reste, une composition analogue à celle des autres eaux sulfureuses primitives des Pyrénées. M. Longchamp a retiré de l’eau de la source de la Raillère, pour un litre d’eau (1) :

Sulfure de sodium . 0,019t

Sulfate de soude. . . .’ . 0,0443

Chlorure de sodium . 0,0496

Silice . 0,0611

Soude caustique . 0,0034

A reporter . ~Ô~Î823"

(1) Cette analyse laisse à désirer au moins pour la manière dont ont été interprétés. On a reconnu depuis que la potasse et la rencontraient jamais i> l’état caustique dans les sources.

Henry prétend que la source de la Raillère, et probablement les tiennent de l’iodure de sodium.

les résultats soude ne se

autres, con.

EAUX MINÉRALES. — CHALLES.

Report .

Magnésie .

Potasse caustique.

Ammoniaque. . . .

Barégine .

gram.

traces.

MM. Gintrac, Filhol, François et Buron ont fixé de la manière suivante la quantité de monosulfure de sodium contenue dans les différentes sources :

Source des Espagnols . 0,0254

— de Bruzaud . 0,0150

— de César.... . 0,0267

— de Pause . 0,0245

— du Pré . 0,0223

— du Bois . 0,0161

— Maouhourat . 0,0134

Cauvallat (Gard, France). — Près du Vigan. On y trouve une eau sulfureuse secondaire, froideet d’une composition presque semblable à l’eau d’Enghien. Elle a été analysée par O. Henry (1).

Challks (Savoie, France). — Hameau dépendant de la commune de Triviers, à trois quarts de lieue de Chambéry. En 1841, M. le docteur Domenget y a découvert, sur sa propre propriété, trois sources'd’une eau minérale froide fortement sulfurée et iodurée, qui contient sur 1000 parties, d’après l’analyse faite par O. Henry (en sels anhydres) (2) :

Sulfure de sodium .

Sulfate de soude .

— de chaux, peu .

Carbonate de soude .

Chlorure de sodium .

— de magnésium .

Bromure de sodium .

Iodure de potassium . .

Silicate de soude .

— d’alümine .

Carbonate de chaux .

— de magnésie .

— de stronliane .

Phosphate de chaux .

— d’alumine . . . J

Sulfure de fer avec un peu de manganèse.

Matière organique azotée .

Perte .

(1) Henry, Bulletin de i'Acad. royale de médecine, t. VII, p. 713.

(2) Id. Ibid , t. VIII, p. 94.

EAU

Chateldon (Puy-de-Dôme, France). — Petite ville à trois lieues de Vichy et à neuf de Clermont. On y trouve cinq sources, dont deux, dites des Vignes, sont peu éloignées de la ville et sont les seules exploitées. Les trois autres, dites de ta Montagne, sont à 1600 mètres de la ville, et à mi-côte d’une montagne ; elles sont presque abandonnées aujourd’hui.

Les eaux de Chateldon sont froides, limpides, très-gazeuses et dégagent à la source une grande quantité d’acide carbonique presque pur. Elles verdissent le sirop de violettes, prennent une teinte vineuse par la noix de galle, et se colorent en bleu par le cyanure ferroso-potassique. O. Henry père et fils et Gonod ont retiré pour un litre :

Acide carbonique libre . 2,178 t,885

Bicarbonate de chaux . 0,5(6 0,666

— de potasse . 0,003 0,005

— de protoxyde de fer . 0,035 0,030

Sulfates de soude et de chaux . 0,030 0,090

Chlorure de sodium . 0,030 0,025

Iodure et bromure alcalins . non douteux, nondouleux.

Silice, alumine, phosphates terreux,)

principe arsenical sans doute uni au > 0,110 0,101

fer et à la soude, matière organique, j

Cuatel-Guyon (Puy-de-Dôme, France). — Village qui possède sept sources d’une eau acidulé, saline, calcaire et ferrugineuse, dont la température varie de 30 à 35 degrés centigrades. Une analyse de la source Brosson, a donné, pour 1 litre, à M. Gonod :

Acide carbonique libre .

Bicarbonates do chaux et de strontianc. . . . — de rnatrnésie .

de manganèse .

jôiO

...j. ' j j mine

01 Cf5'

Matière organique .

EAUX MINÉRALES. — CHELTENIIAM. 539

Chaudes-Aigues (Cantal, France). — Petite ville à cinq lieues sud de Saint-Flour, qui doit son nom aux nombreuses sources d’eaux thermalesdont elle est environnée. La principale, nommée fontaine du Par , se trouve au milieu de la ville. Sa température est de 81,05 degrés centigrades. Cette eau dépose dans la première partie du conduit qui la reçoit, à la sortie de la source, du sulfure de fer arsenical, sans que l’on puisse dire s’il était tenu en dissolution par l’eau bouillante dans l’intérieur de la terre, ou s’il a été seulement détaché, en particules très-ténues, des roches traversées par l’eau. Quoi qu’il en soit, l’analyse des eaux de Chaudes-Aigues a été faite par différents chimistes, et suivant l’ordinaire, leurs résultats sont assez diflérents. Yoici ceux qui ont été obtenus par M. Blondeau de Rodez :

Cirbonale de soude . 0,471

— de chaux . 0,050

— de magnésie . 0,010

Oxyde de fer . 0,001

— de magnésie . 0,006

Sulfure d’arsenic . traces.

— de fer . »

Chlorure de sodium . 0,063

— de magnésium . 0,007

Bromure de sodium . 0,020

lodure de sodium . 0,018

Silicate de soude . 0,082

Silice . 0,013

Alumine . 0,001

Matière organique . 0,010

Cheltenham (Gloucestershire, Angleterre).— D’après MM. Parkes et Brande, qui ont fait l’analyse des eaux minérales, il y en a trois sources qui diffèrent par leur nature sulfureuse, ferrugineuse ou purement saline. En voici les résultats (1) :

Eau

Eau, 1 kilogramme. saline.

Acide carbonique . »

— sulfhydrique . »

Chlorure de sodium . 6,844

Sulfate de soude . 2,053

A reporter . 8,807

(I) Journal de Pharmacie, t. VI, p. 499.

Eau Eau

ferrugineuse, sulfureuse.

grammes. grammes

EAU

Eaa, 1 kilogramme

ferrugineuse.

Eau

sulfureuse.

Report .

grammes.

grammes.

grammes.

Sulfate de magnésie . . . .

— de chaux .

Carbonate de soude .

Oxyde de fer .

On consultera également, sur la composition réelle de l'eau minérale de Cheltenham, les observations de M. John Murray (i).

Contrexe ville (Vosges, France). — Village à six lieues de Bout bonne : on y trouve trois sources d’une eau froide et séléniteuse, qui est vantée dans les affections des voies urinaires. O. Henry assigne à l’une de ces sources ( source du Pavillon ), la

composition suivante. Pour un litre d’eau :

gram.

Acide carbonique libre. . 0,019

Oxygène . indéterminé.

Bicarbonate de chaux . 0,675

— de magnésie . 0,i20

— de soude . 0,197

— de fer et de manganèse.. .. . 0,009

— de strontiane . indices.

Sulfate de chaux.. . . . 1,1 50

— de magnésie . 0,190

— de soude . 0,130

— de potasse . indices.

Chlorures de sodium, de potassium, de ma- 1 Q )80

gnésium . j ’

Iodure, bromure . indices.

Acide silicique . j o 120

Azotate . indices.

Phosphale de chaux et d’alumine . j

Matière organique et arsenic . > 0,070

Perte . 1

Cransac (Aveyron, France). — Village à une demi-lieue d’Aubin, dans une étroite vallée formée par deux collines élevées, dont l’une présentedans son intérieur unechaleur considérable et laisse souvent échapper des flammes accompagnées de vapeurs sulfureuses. Ces phénomènes, qu’on pourrait supposer de nature volcanique, neparaissent dus qu’à une houillère embrasée. Ils doivent être d’ailleurs circonscrits dans un assez petit espace, puisque les eaux

(1) Ann. de chimie, t. XCV1, P- 276.

EAUX MINÉRALES. — CRANSAC. 541

de Cransac, produites par des sources très-rapprochées de la montagne, sont froides et offrent une température à peu près constante de 10 à 12 degrés centigrades. Plusieurs de ces sources sont très-remarquables par leur nature fortement vitriolique, qui les rend plutôt toxiques que médicinales, et par la présence d’uue certaine quantité de sulfate de manganèse, qui y a été signalé par Yauquelin. Mais les proportions relatives des différents sulfates qui les constituent sont très-variables, ainsi qu’il résulte des analyses qui ont été faites par MM. Henry et Poumarède. Les sels sont anhydres et fournis par 1000 grammes d’eau.

Sulfate de fer . »

— de manganèse. 0,40

— de magnésie., i ,12

*— de chaux . 1,21

— d’alumine . 0,93

Silice . »

Matière organique bi- 1 #

tumineuse . J

I. Source douce, ou basse Beselgues. — Elle est usitée en boisson.

II. Source douce, ou basse Richard. — C’est la plus utilisée comme eau médicinale. Elle a l’inconvénient d’ètre fortement séléniteuse.

III. Source haute, ou forte Richard. — Elle est fortement styplique et le sulfate de fer y est en partie au maximum d’oxydation. Elle est trop active pour ne pas être employée avec précaution.

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