‹ Histoire naturelle des drogues simples, ou Cours d'histoire naturelle professé à l'École supérieure de pharmacie de Paris. Tome premier (volume 2)Chapitre 47 sur 194 · ARSENIC NATIF · texte numérisé non relu

ARSENIC NATIF

gris d’acier et d’un grand éclat métallique, mais qui se ternit très-promptement à l’air. Il pèse 5,959 et non 8,30S, comme on le répète encore par erreur dans quelques ouvrages modernes. Chauffé dans un vase fermé, il se sublime sans entrer en fusion, et sa vapeur cristallise en lames brillantes par le refroidissement.

Chauffé au contact de l’air, il se volatilise à une température beaucoup plus basse, et telle qu’il n’est pas entièrement oxydé ; de sorte que les parties qui échappent à l’oxydation répandent l’odeur alliacée caractéristique du métal chauffé ; car l’oxyde est inodore.

L’arsenic existe dans la nature à l’état natif , à l’état de sulfure rouge, nommé réalgar, à l’état de sulfure jaune ou orpiment, à l’état d 'acide arsénieux, enfin formant des arséniures avec un grand nombre de métaux, et des arsénites ou des arséniates avec plusieurs oxydes salifiables. Ainsi que je l’ai déjà exposé précédemment, nous n’examinerons que l’arsenic natif, ses deux sulfures et l’acide arsénieux.

Arsenic natif (As).

Substance assez commune, quoique peu abondante. On la trouve principalement dans les mêmes gîtes que l 'argent sulfuré, que l’étain oxydé ; plus rarement avec la galène ou sulfure de plomb. Elle y accompagne généralement les minerais arsénifères de cobalt et de nickel, comme à Allemont, en France ; à Wittiken, en Souabe ; à Andreasberg, au Ifarz, etc. On ne le trouve guère que sous la forme de baguettes prismatiques rectangulaires simples ou réunies en faisceaux ( arsenic bacillaire) ; ou en masses mamelonnées à leur surface, compactes à l’intérieur, et composées de couches courbes et concentriques qui, par la cassure, imitent la forme d’une coquille (arsenic lestacé), ou bien enfin en masses grenues (arsenic granulaire ). Dans tous les cas, il est presque entièrement volatil dans un tube de verre ou sur un charbon, en répandant l’odeur alliacée qui lui est propre.

Arsenic sulfuré rouge ou Kénlgnr. — Sulfure arsénique.

Ce sulfure n’a pas de correspondant parmi les oxydes d’arsenic. Il est formé de I molécule d’arsenic et de 1 molécule de soufre (AsS), ou de

Arsenic.

Soufre.

On le trouve dans les gîtes argentifères, plombifères et cobaltifères, en Saxe, en Bohême, à Kapnick, en Transylvanie, qui fournit les plus beaux cristaux; au Vésuve, à l’Etna et dans les environs d’autres volcans. Les cristaux dérivent d’un prisme rhomboïdal oblique, dont la base repose sur une arête (5° type). L’incidence de la base sur l’arête est de 143° 55', et l’incidence réciproque des faces latérales est de 74° 26' et 105° 34'.

Le réalgar en stalactites volumineuses, dont les Chinois font des pagodes et des vases, se trouve également près d’un volcan, dans l’île de Ximo, au Japon.

Le réalgar acquiert l’électricité résineuse par le frottement ; il est très-fragile, et produit une poudre d’une belle couleur orangée. J’en possède un échantillon, venant de Chine, qui répand une odeur d’arsenic, même à froid. Il est entièrement volatil au chalumeau, avec une odeur d’ail. Pesanteur spécifique, 3, 5.

Caractères distinctifs du réalgar et d’autres minéraux que l’on pourrait confondre avec lui.

Sulfo-antimoniure d'argent ou argent rouge : poudre rouge ; pesanteur spécifique 5,5886; non électrique par frottement ; réductible au chalumeau en un bouton d’argent.

Plomb ckromaté: pesanteur spécifique 6,0269; non électrique ; réductible au chalumeau.

Mercure sulfuré ou cinabre : poudre d’un rouge vermillon ; pesanteur spécifique 8,09 ; entièrement volatil au chalumeau, mais sans odeur alliacée. La fumée blanche se condense sur un corps froid en globules métalliques.

Stilbite rouge ou zéolithe rouge d’Ædelfors (silicate d’alumine et de chaux hydratée) : raie la chaux carbonatée spathique ; pesanteur spécifique 2,5. Blanchit et s’exfolie sur un charbon allumé; se fond et se boursoufle au chalumeau sans se volatiliser.

Le réalgar est employé en peinture. Les Grecs, qui le connaissaient sous le nom de sandaraque, s’en servaient pour le même usage, et le prenaient à l’intérieur comme médicament. On dit aussi que les Chinois se purgent en avalant un liquide acide qu’ils laissent séjourner dans des vases faits de réalgar natif. Frédéric Hoffmann (1) rapporte en avoir fait prendre des doses considérables à des chiens sans leur causer la mort, ni même aucune sorte d’accident fâcheux. Le docteur Régnault en a obtenu le même résultat. On peut croire, d’après cela, que le véritable réalgar est peu vénéneux ; mais on ne saurait conseiller d’en introduire de nouveau l’usage dans la thérapeutique ; la facilité avec laquelle on peut le confondre avec le faux réalgar ou arsenic rouge, lequel

(1) Fred. Hoffmann, Observation um physico-chimicarum libri très. Halle, 1722.

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