‹ Histoire naturelle des drogues simples, ou Cours d'histoire naturelle professé à l'École supérieure de pharmacie de Paris. Tome premier (volume 2)Chapitre 61 sur 194 · EXTRACTION DU MERCURE · texte numérisé non relu

EXTRACTION DU MERCURE

en Hongrie, et dans quelques endroits de la Saxe, de la Bohême et de la Silésie. Si maintenant on se rappelle que la terre a été primitivement un globe de matière fondue et d’une chaleur excessive, on comprendra, ainsi que je l’ai déjà dit, que le mercure et le soufre devaient faire partie de son atmosphère, et qu’ils n’ont pu se condenser qu’aprôs la solidification des roches de cristallisation, telles que le granité, la syénite, la protogyne, etc. ; tandis que le micaschiste, qui se trouve au-dessus, a pu voir condenser ■le sulfure de mercure. Mais il faut ajouter qu’il n’y est pas resté, parce que ces couches, d’abord superficielles, ont pu, par l’abaissement du sol et par la superposition découches nouvelles, se rapprocher du centre et éprouver l’action d’une chaleur intense qui en aura chassé le mercure, lui aura même fait traverser le terrain houiller, soumis à une chaleur encore trop forte pour qu’il pût s’y arrêter, et ne lui aura permis de se condenser que dans les grès rouges et dans les schistes bitumineux superposés à la houille. C’est là, en effet, que se trouve la plus grande partie du sulfure de mercure, dans toute l’étendue du monde : à Mosche- Landsberg, à Almaden, à Idria, à San-Juan de la Chica au Mexique, à Guanca-Vélica au Pérou. Enfin, on le trouve en filons dans le calcaire pénéen, dans la montagne de Silla-Casa, au Pérou.

On voit que presque partout les gîtes de mercure sulfuré sont circonscrits dans un espace très-limité entre le grès rouge et le calcaire pénéen. Les schistes bitumineux qui l’avoisinent offrent des empreintes de poissons qui ont quelquefois toutes leurs écailles, et qui, dans toutes les localités, paraissent appartenir à la même espèce. Dans tous les cas, le sulfure se trouve, ou disséminé dans toute la masse du dépôt, ou réuni en petits amas isolés les uns des autres, ou en veines placées dans toutes les directions.

Extraction. — On retire le mercure de son sulfure par deux procédés principaux : ou l’on décompose le sulfure par un corps fixe qui s’empare du soufre et laisse volatiliser le mercure, ou bien on grille le sulfure de mercure avec le contact de l’air dans un appareil propre à condenser le mercure. Alors le soufre se perd à l’état d’acide sulfureux. Le premier procédé est usité dans les Deux-Ponts, le second est employé à Almaden et à Idria. Dans le duché de Deux-Ponts, on mêle la mine broyée avec de la chaux éteinte, et on la chauffe dans de grandes cornues de fonte, disposées sur une galère. La chaux s’empare du soufre, et le mercure, volatilisé par le calorique, vient se condenser dans un pot de terre, en partie rempli d’eau, adapté à chaque cornue.

A Almaden, on chauffe la mine triée, et quelquefois, en outre, bocardée et lavée, dans des fourneaux carrés, disposés de manière que le sulfure, placé sur un sol à jour, est traversé par la flamme du foyer qui se trouve au-dessous. A la partie supérieure de l’une des faces du fourneau sont pratiquées des ouvertures à chacune desquelles est adaptée une suite de conduits dits aludels, qui passent au-dessus d’une terrasse, et vont se rendre dans une grande chambre ou réservoir commun. Au moyen de cette disposition et du courant d’air établi par le feu dans tout l’intérieur de l’appareil, le soufre de la mine se brûle et se dégage à l’état d’acide sulfureux; le mercure, revenuà l’état métallique, se volatilise et se condense dans les aludels, d’où il coule dans le réservoir commun. La terrasse au-dessus de laquelle passent les aludels est inclinée des deux côtés vers son milieu, où elle forme une rigole destinée à recevoir et verser dans la chambre le mercure que les jointures des conduits laisseraient échapper.

A Idria, on emploie un fourneau semblable à celui d’Almaden; mais la condensation du mercure se fait dans une suite de chambres adossées l’une à l’autre, et communiquant alternativement par leur partie inférieure et supérieure, afin d’augmenter le trajet que les vapeurs doivent parcourir. Dans ce procédé, comme dans celui d’Almaden, les produits de la combustion du bois et ceux du bitume forment une suie grasse qui salit le mercure, et dont on le débarrasse par le moyen de la chaux ou de tout autre alcali. La suie mélangée d’alcali est mise à la partie supérieure du fourneau et chauffée dans une autre opération.

Le mercure purifié est versé dans le commerce, renfermé dans des bouteilles en fer ou dans des outres de peau.

Usages. — Le principal usage du mercure est pour 1 exploitation des mines d’or et d’argent, pour la fabrication du cinabre artificiel et du vermillon, pour l'étamage des glaces, pour la construction des baromètres et thermomètres, etc.

Il fournit à la pharmacie son oxyde rouge préparé par la calcination du nitrate, ses sulfures, ses deux chlorures, connus sous les noms de mercure doux et sublimé corrosif ; ses deux iodures, et un grand nombre de sels. Il fait la base des pommades citrine et mercurielle, de l’emplâtre de Vigo, etc. Ses composés sont en général vénéneux, ou au moins dangereux; cependant, lorsqu’ils sont employés avec prudence, ils tiennent le premier rang parmi les antisyphilitiques connus.

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