SEPTIÈME CLASSE
DICOTYLIÎDONES CALICIFLOHES.
Celte classe renferme les végétaux dicolylédonés dont la corolle et les étamines sont portées sur le calice, que ce calice soit libre ou soudé avec l’ovaire ; elle pourrait être scindée naturellement en deux sousclasses, dont la première tiendrait aux corolliflores par ses corolles gamopétales et dont la seconde se lie aux Ihalamiflores par ses fleurs polypétales. C’est dans la première sous-classe que se trouve l’immense groupe des plantes à fleurs composées ou synanthéréesj mais, avant d’y arriver, on rencontre une quinzaine de familles moins importantes, dont trois seulement devront nous arrêter ; ce sont les Pyrolacées, les Êricavées et les Lobéliacéea.
FAMILLE DES PÏRTLACEES.
Ce petit groupe, démembré des Éricacées, nous oflre deux plantes assez actives dont les caractères feront connaître ceux de la famille.
l»ïrole k reuilles rondes, verdure-d’hiver, Pyrola rotundifulia, L. Celte plante croit dans les bois, à l’ombre, en France, en Allemagne, dans le nord de l’Europe et de l'Amérique. Ses racines produisent plusieurs liges hautes de 21 à 27 centimètres, munies à la base de feuilles arrondies longuement pétiolées, persistantes. Les liges sont nues sur leur longueur, terminées par une grappe simple de fleurs dont le calice est très-petit, à 5 divisions aiguës et réfléchies; la corolle est formée de 5 pétales arrondis, blancs et ouverts; les étamines sont en nombre double des pétales et non soudées avec eux; les anthères sont biloculaires et s’ouvrent
2 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
par deux pores au sommet; l’ovaire est libre, porté sur un disque hypogyne, à 5 loges, surmonté d’un style long, cylindrique, courbé en S, terminé par 5 stigmates pourvus d'un anneau à la base; le fruit est une capsule à 5 côtes arrondies, pourvue du calice réfléchi à sa base, et du style persistant au sommet; elle est à 5 loges, à 5 valves loculicides, et contient dans chaque loge un grand nombre de semences très-menues, renfermées dans un arille celluleux. Cette plante était autrefois très-employée en médecine comme vulnéraire et surtout comme astringente, dans les hémorrhagies, la leucorrhée, la diarrhée.
parole ombelié, Pyrolaumbellata,L.;Chimaphila umbellata, Nuit. Cette plante se trouve aussi en Europe; mais elle est beaucoup plus fréquente dans l’Amérique septentrionale, où on lui donne les noms de winter-greeh elàepippisewa, qui sont la traduction ou l’équivalent des noms français verdurè -d'hiver et herbe- à-pisser Ses tiges sont rougeâtres, ramifiées, presque ligneuses, hautes de 8 à H centimètres, garnies de feuilles oblongues-lancéolées, atténuées en pointe inférieurement, dentées en scie, régulièrement verticilléespar six ou quatre; les fleurs sont rougeâtres, portées en petit nombre à l’extrémité d'un pédoncule terminal, disposées en ombelle ou en corymbe et assez longuement pédicellées. Le style en est très-court et caché dans l’ombilic de l’ovaire. Les feuilles de icmto'- ÿreen sont astringentes, corroborantes et surtout très-diurétiques, étant prises en infusion. On les emploie contre fhydropisie. Elles ont été bien représentées par Laraarck (1).
FAMILLE DES ÉRICACÈES.
Famille très-nombreuse et très-naturelle, quoique difficile àbiencir" conscrire en raison de la déhiscence variable des fruits, et de l’ovaire qui peut être libre ou adhérent au calice. Elle renferme des arbrisseaux ou sous-arbrisseaux à feuilles persistantes, souvent roides, entières ou dentées, articulées sur la tige, privées de stipules. Les fleurs sont complètes, régulières, pourvues d’un calice à 4, 5 ou 6 divisions, libre ou adhérent à l’ovaire. Lacorolleest insérée sur un disque soudé au calice, demi supèreousupère, gamopétale ou presque potypélale,marcescente ou tombante ; les étamines suivent l’insertion de la corolle et sont en nombre égal ou double de ses divisions, à filets libres ou plus ou moins soudés; les anthères sont sagiltées ou bicornes, à 2 loges s’ouvrant par des pores terminaux ou par des sutures longitudinales, et quelquefois munies à leur base d’un appendice dorsal, filiforme.
I.’ovaire est pluriloculaire, contenant un grand nombre d’ovules Axés sur une colonne centrale qui se continue en un style indivis, terminé
(1) Lamar^, Illustrations de genres de l' Encyclopédie, pl. CCCLXVII, Rg.
ÉRICACÉES. 3
parut! stigmate arrondi ou pelté, souvent entouré à la base d'un indusium annulaire. Le fruit est charnu dans les genres à ovaire infère, plus souvent capsulaire dans les autres. Les semences sont solitaires ou nombreuses dans chaque loge, pourvues d’un arille réticulé, d’un volume bien plus considérable que celui delà semence.
Kndlicher a divisé cette famille en trois sous-familles ou tribus.
1. ^^rlclnéea. Anthères mutiques ou pourvues d’un appendice dorsal; ovaire libre ; fruit capsulaire à déhiscence loculicide, rarement bacciforme ; feuilles très-souvent dures et piquantes, rarement planes; bourgeons nus. Genres Blœria, Erica, Andromeda, Oxidendron, Clethra, (idulthma, Arbutus, Arctostaphylos, etc.
2. Vacciniées. Corolle tombante, anthères toujours bipartites, trèssouvent appendiculées ; ovaire infère, fruit bacciforme ou drupacé ; feuilles planes ; bourgeons couverts d’écailles imbriquées, rarement nus. Genres Oxycoccos, Vaccinium, etc.
3. Bhoiiodendrée». Corolle tombante, anthères mutiques ; ovaire libre; fruit capsulaire à déhiscence septicide ; feuilles planes, bourgeons squammeux, strobiliformes . Genres Azalea, Rhododendron, Liidum, etc.
Le genre le plus important de cette famille est le genre Ërica (bruyère), composé de plus de 400 espèces dont le plus grand nombre, originaires de l’Afrique méridionale,sontde très-jolis arbrisseaux bien propres à faire l’ornement de nos serres et de nos jardins. Leur lige, très-rameuse, s’élève depuis un décimètre jusqu’à un ou 2 mètres; leurs feuilles sont presque toujours verticillées, très-petites, linéaires, dures au toucher, à marges roulées en dessous; leurs fleurs sont axillaires ou terminales, pédicellées, presque toujours accompagnées de 3 bractées; le calice est à 4 parties; la corolle est en cloche, ovale ou cylindrique, à 4 divisions et marcescente. Les anthères sont au nombre de huit, terminales, pourvues de deux soies dorsales, ou mutiques. Le fruit est une capsule à 4 loges, à 4 valves septifères, à graines petites et ordinairement très-nombreuses. Les bruyères sont généralement amères et astringentes, quelquefois résineuses et aromatiques, mais complètement inusitées aujourd’hui dans l’art médical.
Les aniiromèdea, Irès-voisines des bruyères, dont elles diffèrent par leurs fleurs pentamères, ont dû leur nom à ce que leurs jolies fleurs, exposéees par la nature sur les plages désertes delà Laponie, ont été comparés par Linné à la belle fille de Gassiopé exposée nue sur un rocher; mais ce genre, après avoir contenu plus d’une centaine d’espèces, se trouve aujourd’hui presque réduit à ^'Andromeda poli/olia de Linné, que sa vertu narcotico-âcre rend très-pernicieuse aux moutons.
^'Andromeda mariana,L.{Leucothoe mamna, DG.), de l’Amérique
4 DICOTYLÉDONES CALICIFLOIIES.
septentrionale, possède la môme qualité délétère; YAïub'omeda arborea, L. {Oxidendrum arboreum, DG.), nommée vulgairemenlen Amérique soiTel-tree ou saur-tree, possède des feuilles acides et un peu austères, usitées en décoction comme antiphlogistiques.
(■aul(h<-rl<‘ couchée.
Gaultheria procumbens, L., Lam. (1). Petit arbuste dont les tiges sontloiiguesde lGà22 centimètres, lisseset couchées; les rameaux sont courts, nombreux, légèrement pubescents, garnis de feuilles presque sessiles, alternes, ovales-mucronées, dentées en scie, longues de 27 millimètres, vertes, souvent teintes de pourpre à la base; les fleurs sont rouges, pédonculées, axillaires et pendantes, souvent réunies par bouquets de 3 à 5 ; les calices sont pourprés à la base, ii 5 divisions, entourés de 2 bractées ; la corolle est ovale, à limbe réfléchi à 5 dents. Les anthères sont au nombre de 10, incluses, à filets velus, à anthères bifides au sommet, pourvues chacune de 4 soies. L’ovaire est libre, entouré à la base par 10 écailles, et surmonté d’un style filiforme et d’un stigmate obtus. Le fruit est une capsule globuleuse déprimée, à 5 sillons, embrassée par le calice accru et devenu bacciforme. La capsule s’ouvre en 5 valves septifères; les semences sont nombreuses, petites, à testa réticulé.
La gaulthéi ie couchée croit abondamment du Canada à la Yirginie, sur les montagnes boisées et sablonneuses. Klle y est nomméecommunément montain-tea, partridge-ber'ry oxibox-berry . Elle estdouée d’une odeur très-agréable, surtout lorsqu’elle est desséchée, et estemplcfyée en infusion théiforme. On en retire par la distillation une huile volatile qui est connue en parfumerie sons le nom d’essence de winter-green, bien que le nom de winter green soit plus spécialement appliqué à la pyrole ombellée. Cette essence est plus pesante que l’eau et bout à 224 degrés. M. Cabours l’a trouvée formée de C**H*Ü®, ce qui est exactement la composition du salicylate d’éther mélbylique, puisque C**H»0® -|- C*H®0 = C**H>0*. Alors, pour confirmer ce rapprochement, M. Cahours a préparé le salicylate d’élher métbylique en distillant un mélange d’acide salicylique, d’esprit de bois (alcool métbylique) et d’acide sulfurique, et il a vu qu’en efl'elce composé était identique avec l’essence de Gaultheria procumbens. Tous deux, traités par la potasse ou la soude caustique, se transforment instantanément en cristaux solubles dans l’eau et dans l’alcool, et qui régénèrent l’essence par l’addition d’un alcali^ mais si on attend
(1) Lamarck, Encyclopédie, Illustration des genres, tabula CCCLVII.
ÉRICACÉES. — BUSSEROLE.
vingt-quatre heures, la dissolution aqueuse, traitée par un acide, fournira, au lieu d’essence de Gaultheria, de l’acide salicylique (1).
Arbougier, j4ré«<MS Uuedo, L. Petit arbre commun dans les bois arides de l’Europe méridionale et de l’Orient, muni de feuilles alternes, oblongues lancéolées, dentées en scie, rigides, glabres, brillantes, d’un beau vert et persistantes. Les fleurs sont disposées en grappes paniculées; elles sont formées d’un calice trèspetit à 5 divisions, d’une corolle en grelot, à 5 dents obtuses et réfléchies, de 10 étamines incluses dont les anthères s’ouvrent par deux pores au sommet et sont munies de deux soies réfléchies. Ovaires posé sur un disque hypogyne à 3 loges polyspermes; un style, un stigmate obtus. Le fruit est une baie globuleuse terminée par le style persistant, divisée intérieurement en 5 loges polyspermes. Ce fruit est tout couvert de granulations d’une belle couleur rouge, ce qui lui donne l’apparence d’une fraise et a fait donner à l’arbousier le nom de fraisier en arbre. Ce fruit est assez fade et passe pour indigeste. Les feuilles sont très-astringentes et servent en Orient au tannage des peaux. M. Loze, pharmacien à Bordeaux, a retiré de la racine d’arbousier un extrait semblable à celui de mtonilm 'wXw'''' ‘
Baggerole ou Baigin-d’ourg.
Arbutus Uva-ursi, L. ; Arctostaphylos Uva-ursi, Spreng. {fig 563). Ce petit arbrisseau croît dans les pays montagneux, surtout en Italie, en Espagne et dans le midi de la France; ses tiges sont rondes, rougeâtres, couchées, longues de 25 à 33 centimètres. Ses feuilles sont alternes, coriaces, persistantes, obovées, trèsentières, brillantes, d’une saveur très-astringente; ses fleurs son disposées en petites grappes inclinées, blanches , légèremen purpurines à l’ouverture. Ces fleurs présentent tous les caractères des arbousiers, à cela près que l’ovaire est entouré à la base de 3 écailles charnues. Le fruit est une baie globuleuse, unie, •d’un beau rouge, de la grosseur d’un grain de groseille, terminée par le style persistant, divisée intérieurement en 5 loges monospermes. Ce fruit, dont le goût est âpre et un peu acide, est recherché par les oiseaux et par les animaux sauvages, ce qui a fait donner à la plante le nom de raisin-d'ours ou d’ Ucd ursi. Le nom de busserole, qui veut dire petit-buis, lui vient de la ressemblance de ses feuilles avec celles du buis.
Les feuilles de busserole ont joui d’une certaine célébrité •contre la gravelle et sont encore usilées aujourd’hui comme diu-
,(l)Cahours, Journ. de pharm. et chim., t, III, p. 364.
DICOmÉDONES CALICIFLORES.
réliques. M. Harris, docteur américain, les a préconisées comme agent obstétrical. Mais, ainsi que nous l’a fait remarquer anciennement M. Braconnot, on les remplace souvent dans le commerce par les feuilles de r»lpellepoiic(ufe iVaccinium Vitis-idœa,
L.), petit arbrisseau de la tribu des Vacciniées (flg. S64), trèsabondant dans les Vosges. Voici à quoi on peut les distinguer.
Les feuilles de busserole sèches sont toujours d’un beau vert, épaisses, très-entières, obovées (1), sans nervures transversales saillantes, comme chagrinées sur les deux faces. En examinant la face inférieure à la loupe, on y distingue un réseau très-fin, rougeâtre, dû à la division extrême des nervures transversales. Cette face est encore verte et luisante, quoiqu’elle le soit moins que la supérieure. La saveur des feuilles A’Uva-wsi, sèches est trèsastringente ; leur odeur assez forte, désagréable et analogue à celle de bryone desséchée (2). En les triturant avec un peu d’eau
(1) C’est-a-dire ovales, mais plus larges vers la partie supérieure qu’à la base qui est terminée en pointe.
(2) Cette odeur est due à un principe volatil qui, lorsque les feuilles sont renfermées dans un bocal avec un papier, jouit de la propriété de colorer ce papier en une couleur bistrée. Le même phénomène a lieu avec un certain nombre de substances qui ne sont pas, à proprement parler, aromatiques,
o.,nt tes feuilles de Dvrole. les racines de dentelaire et de carline.
ÉRICACÉES. — AIRELLE MYRTILLE. 7
dans un morlier de porcelaine, il en résulte une liqueur trouble jaunâtre, qui, filtrée, forme sur-le-champ un beau précipité bleu par le sulfate de fer au minimum; la liqueur reste entièrement décolorée. Cet essai y indique la présence de beaucoup d’acide gallique et de tannin ; aussi ces feuilles sont-elles employées dans divers pays pour tanner les peaux.
Les feuilles d’airelle sont d’un vert brunâtre, moins épaisses que celles A’Una-ursi, moins entières (c’est-à-dire quelquefois légèrement dentées), à bords toujours repliés en dessous. Leurs nervures transversales sont très-apparentes, et leur face inférieure qui, à part les nervures, est unie et blanchâtre, est de plus parsemée de points bruns très-remarquables, auxquels l’arbuste doit son nom d’aeref/e ponctuée. Ces feuilles, triturées avec de l’eau, donnent une liqueur qui, filtrée et essayée par le sulfate de fer, devient d’un beau vert, reste d’abord transparente, forme ensuite un précipité vert et conserve la même couleur.
On pourrait encore risquer quelquefois de confondre les feuilles à'Uva uvsi, avec celles de buis, Buxus sempervtrens, L. ; mais les feuilles de buis sont ovales-oblongues, le plus souvent échancrées au sommet, et non chagrinées; leur face inférieure est marquée d’une nervure longitudinale et de nervures transversales très-nombreuses, parallèles, non ramifiées et non saillantes, mais rendues très-apparentes par le duvet blanc très-court qui les recouvre. Ces feuilles, triturées avec de l’eau, donnent une liqueur dans laquelle le sulfate de fer ne forme qu’un précipité gris verdâtre peu abondant.
[Kawalier a extrait des feuilles de VArbutus Uva-ursi, une substance amère, soluble dans l'eau bouillante, moins soluble dans l’eau froide et dans l’alcool, presque insoluble dans l’éther, cristallisant en aiguilles incolores groupées en faisceaux. Celte substance appartient au groupe des glucosides et M. SIrecker a obtenu son dédoublement en glucose et en hydroquinon (l).]
Airelle myrtille, Vaccinium Myrtillm, L. Arbrisseau de 50 à 60 centimètres, croissant dans les bois, en France, en Allemagne, en Angleterre; il a les rameaux verts et anguleux, les feuilles ovées, dentées, très-glabres, assez semblables à celles du myrte, ce qui lui a valu son nom ; elles ne sont pas persistantes ; les pédoncules sont uniflores et solitaires ; les fleurs sont formées d’un calice adhérent à l’ovaire, dont le limbe est libre et a 5 dents peu marquées ou nulles; la corolle est urcéolée ; les étamines sont au nombre de 10, incluses, insérées comme la corolle sur le
(t) Voir Journal de pharmacie et de chimie, 3* série, XL, page 156. — Voir aussi Rochleder, Principes immédiats contenus dans la famille des Éricinéea {Journ. depharm. et de chimie, 3' série, XXIII, p. 476).
8 DICOTYIÆDONKS CALICIFI.ORES.
limbe du calice ; les anthères sont hifnles en haut et en bas, munies sur le dos de deux arêtes redressées; le fruit est une baie globuleuse couronnée par le limbe du calice, à 5 loges polyspermes. Ces baies sont d’un bleu noirâtre (blanches dans deux variétés), très-recherchées des coqs de bruyère. Elles sont acidulés, rafraîchissantes, et servent à faire un sirop et des confitures sèches. On les emploie aussi dans la teinture et pour colorer le vin.
L'airelle cannelier<re) Vaccinium Oxicoccus, L. ; Oxicoccos palustris, Pers.) rampe dans les marécages sur la grande espèce de mousse nommée s/iAajg'ne; ses feuilles sont persistantes, ovales, pointues, à bords roulés en dessous, blanchâtres à la face inférieure; ses baies sont rouges, ovoïdes, d’une saveur acide.
LesrosaKea, que l’on désigne plus ordinairement sous leur nom linnéen /Ihododendron, sont des arbrisseaux ou des arbres dont quelques espèces [Rk. ferrugimum, hirsutum, Chamædstus) croissent sur les montagnes alpines de l’Europe ; les autres appartiennent à l’Asie ou à l'Amérique septentrionale ; presque toutes sont cultivées dans les jardins, â cause de la beauté de leurs fleurs. Ce sont des végétaux généralement dangereux et doués d’une vertu narcotico-âcre. On prépare en Piémont, avec les bourgeons du Rhododendron ferrugtneum, vulgairement nommé lauricr-roae des Alpes, une huile par infusion (élæolé) connue sous le nom d’huile de marmotte, employée contre les douleurs articulaires. Les feuilles du Rhododendron chrysanthum de la Sibérie sont usitées comme astringentes et narcotiques ; à dose trop élevée, elles causent des tremblements et des vertiges.
Le Ledum palustre, L., croissant dans le nonl de l’Europe et de l’Asie, nommé vulgairement romarin Muvaire, à cause de ses feuilles linéaires, à bords roulés en dessous, possède une odeur vireuse, un goût amer et astringent et une vertu narcotique, un peu émétique. On en obtient par la distillation une huile volatile plus légère que l’eau, pourvue d’une saveur aromatique brûlante, réaction acide due à des acides gras libres et un acide huileux odorant l’actrfe lédumique (1). Les feuilles du Ledum palustre de l’Amérique septentrionale, vulgairement nommées thé iiu liabrador, sont recommandées contre la toux.
(1) Voir Vræ\\ie,J<mrml fur prakt. chemie, t. LXXXIt, p. 181. — Voir aussi Journal de pkarm. et de chimie, 3* série, XLI, p. 251 .
LOBÉLIACÉES.
FAMILLE DES LOBÉLTACÉES.
Les Lobéliacées faisaient auparavant partie des Campanulacées (i), dont elles diffèrent par leur corolle irrégulière, leurs anthères syngénèses et leur stigmate entouré d’un godet membraneux, entier ou cilié. Ce sont des plantes herbacées ou sousfrutescentes, ordinairement pourvues d’un suc laiteux, très-âcre et fortement vénéneux; à feuilles alternes, dépourvues de stipules; à fleurs complètes ou très-rarement dioïques par avortement, formées d’im calice soudé avec l’ovaire, et d’une corolle insérée sur le calice, gamopétale, à 5 lobes inégaux, souvent fendue profondémenten dessus et comme bilabiée. Les étamines sont au nombre de 5, insérées sur le calice ; les filets sont souvent séparés par le bas, mais toujours soudés par le haut en tube qui entoure le style; les anthères sont introrses, biloculaires, réunies de même en un tube qui entoure le style. L’ovaire est infère ou demi-supère, couronné par un disque glanduleux, d’où s’élève un style terminé par 2 stigmates entourés par un anneau cilié. Le fruit peut être charnu et indéhiscent, ou capsulaire à 2 ou 3 loges polyspermeset à déhiscence loculicide.
Les lohélies, qui ont donné leur nom à celte famille, forment un genre très-nombreux dont quelques espèces seulement sont indigènes à l’Kuiope. Le plus grand nombre des autres vient de l’Américjue septentrionale, ensuite de la Nouvelle-Hollande, de l'Afrique et de l’Asie. Plusieurs d’entre elles ont mérité, par la beauté de leurs fleurs, disposées en une grappe ou épi terminal, d’être cultivées pour l'ornement des jardins. Telles sont principalement:
La lobèiie iiii Chili, Lobelia Tupa, L., dont les fleurs, longues de 40 à 55 millimètres, sont d’un rouge vif. Toutes les parties de la plante sont fortement vénéneuses, et l’odeur seule des fleurs parait très-dangereuse,
La lobéiie à iong;ues fleurs, Lobelia lotigiflova, L. Les fleurs sont blanches, longues de 8 à 11 centimètres, solitaires dans l’aisselle des feuilles ; originaire de la Jamaïque et des Antilles.
La lobélie rardinaie, Lobelia cardinalis, L. Originaire de la Virginie et de la Caroline ; cultivée depuis très-longtemps en Eu-
^1) Je ne dirai rien do la famille des Campanulacées, malgré l’importance miniérique de sen principal genre [Campnnula) et le nombre assez considérable d’espèces qui sont cultivées dans ies jardins ; mais leurs propriétés médicales sont à peu près nulles, et l’on ne peut guère citer pour leur utilité que les Canipamia Rnpuncutus, r/ipunculoïUes, edulU; Ademphora lilifolta, P/iyteuma spientum, dont les racines, connues sous le nom de raiponces, forment une nourriture dure et peu sapide.
rope dans les jardins, où elle peut passer l’hiver en pleine terre.
Scs fleurs sont grandes et d’un rouge pourpre éclatant.
La lobélle de Nurinum, Lobelia surtnametisis , L.; arbrisseau delà Guyane, de 2 à 3 mètres de hauteur, d’une végétation vigoureuse et d’un très-bel effet lorsqu’il est pourvu de ses grandes fleurs rouges. Ûn le cultive en serre chaude.
Une espèce de lobélie, très-usitée dans la médecine des États- Unis, est le Lobelia inflata, L., plante annuelle dont la tige est rameuse à la partie supérieure, garnie de feuilles irrégulièrement dentées, un peu velues; les fleurs sont petites, courtement pédicellées, disposées en grappes spiciformes augmentées de petits rameaux à la base ; le tube du calice est glabre et ovoïde, à lobes linéaires-acuminés égalant la longueur de la corolle qui est d’un bleu pâle ; la capsule est ovoïde et renflée. Cette plante est récoltée, tige, feuilles et fleurs mêlées, par les quakers du New- Lebanon, et mise sous forme de carrés longs, fortement comprimés et du poids d'une demi-livre ou d’une livre. Elle est d’un vert jaunâtre, d’une odeur un peu nauséeuse et irritante, et d’un goût âcre et brûlant semblable à celui du tabac. Elle parait contenir un principe âcre analogue à la nicotine, un acide particulier, de la résine, du caoutchouc, de la chlorophylle, de la gomme, etc.
On emploie également en Amérique, comme antisyphilitique, la racine du Lobelia syphilitica. Cette plante est cultivée depuis assez longtemps en France, où elle est connue sous le nom de cardinale bleue, à cause de la couleur bleue de ses fleurs. Elle s’élève à la hauteur de 50 à 65 centimètres. Sa tige est simple, munie de feuilles ovées, pointues des deux côtés, irrégulièrement dentées ; les fleurs sont portées sur des pédicules axillaires, plus courts de moitié que les feuilles, à calice velu, dont les lobes lancéolés acuminés sont auriculés à la base et à bords réfléchis.
La racine de lobélie, telle que le commerce me l’a présentée, mais sans que je puisse assurer si elle était véritablement produite par le Lobelia syphilitica (1), est grosse comme le petit doigt, d’un gris cendré au dehors, et marquée de stries superficielles, circulaires et tongiludinales, disposées régulièrement de manière à donner à l’épiderme une certaine ressemblance avec la peau d’un lézard. Sa cassure transversale est jaune, comme feuilletée, et offre beaucoup de cellules rayonnantes ; sa saveur est légèrement sucrée; son odeur, un peu aromatique, se rappro-
(1) On m’a dit que cette racine venait des Alpes, ce qui pourrait faire, supposer qu’elle serait produite par ie Lobelia luurenlia, L. (Laurentia Micheiu,