DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE
Le cadre restreint que MM. Webb et Berthelot se trouvent forcés d'adopter pour la zoologie des iles Canaries , ne nous permettant pas de nous étendre sur les généralités spéciales aux Foraminifères de ces îles, nous nous bornerons au rapide exposé des principaux faits qui s’y rattachent.
Nous n'avons rien à dire de l’histoire de cette classe, aucun travail n’ayant été publié sur les espèces propres aux Canaries. Dans cet essai, le premier qu’on ait publié sur ce sujet, il nous suffira d’indiquer les sources d’où nous avons tiré les matériaux nécessaires à son exécution. MM. Webb et Berthelot nous ont permis d'examiner avec soin les nombreuses plantes marines, qu'ils ont rapportées des Canaries , et sur lesquelles nous avonS découvert plusieurs Foraminifères; ils nous ont de plus communiqué un peu de sable recueilli à l’Orotava; nous y avons joint des sables ramassés par nous à Ténériffe, lors de notre passage dans cette île; et c’est avec ces faibles ressources que nous avons commencé notre travail. Néanmoins nos résultats ont dépassé nos espérances , puisqu'après de minutieuses recherches, nous avons pu découvrir quarante - trois espèces. Nous sommes loin de donner ce nombre comme un ensemble complet des espèces canariennes, car nous n’avons pu examiner des sables de toutes les îles; mais il pourra du moins fixer, dès à présent, les idées sur la comparaison à faire entre cette petite faune locale , et celles des autres parties du monde.
Si, comparativement à ce que nous avons dit de la distribution géographique des Mollusques canariens, nous voulons envisager , sous les mêmes points de vue, les Foraminifères que nous possédons, nous trouverons les résultats suivans :
Les Foraminifères des Canaries qui habitent simultanément les côtes de France, sont au nombre de sept, ou forment près du sixième de la totalité. On peut les diviser en trois séries, selon qu'ils se trouvent : 1° sur les côtes de l'Océan seulement ; 2° sur les côtes de la Méditerranée ; 3 sur les côtes de l'Océan et de la Méditerranée. Dans la première division, nous n’avons aucune espèce ; dans la seconde, nous en avons six: l’Orbulina universa, la Globigerina bulloides, la Planorbulina vulgaris, la Truncatulina variabilis, et la Textularia sagiltula. Dans la troisième nous n’en avons qu’une seule, la Truncatulina lobata.
Ce qui précède montre qu’à l'exception de la Truncalulina lobata, plus indifférente à la température, puisqu'elle s'avance jusqu'auprès du pôle nord, toutes sont seulement de la Méditerranée. On peut donc conclure de ces faits que les Forami-
nifères qu’on trouve aux Canaries et sur les côtes de France vivent encore dans une 11. — (22 PARTIE.) (FORAMINIFÈRES.) — 16
( 122 ) dépendance de la zone d’habitation qui leur est propre, la Méditerranée étant plus chaude que sa latitude ne le comporte, par suite de sa position à l'abri des courans froids du nord.
Pour les espèces de Foraminifères des Canaries qu'on rencontre simultanément en d’autres lieux , nous en trouvons quatre : lOrbulina universa, la Lingulina carinala, la Planorbulina vulgaris, et la Rosalina valvulata, que nous avons également reçues des Antilles, et qui dès lors paraissent propres aux régions tropicales, ou ont été transportées vers les côtes d'Amérique , soit par les vents alisés, soit sur la quille des navires.
Nous avons une autre catégorie d'espèces canariennés, celles dont les analogues se rencontrent fossiles au sein des couches terrestres; dans cette série nous en connaissons six, dont cinq, l’Orbulina universa, la Lingulina carinala, la Globigérina bullotides, la Truncatulina lobata, et la Textularia sagiltula, se rencontrent dans les terrains tertiaires subapennins de l'Italie, et les trois dernières encore dans les terrains tertiaires de l'Autriche, à Nussedorf et Buitur (1). Ce nombre d’espèces identiques vient appuyer le rapprochement que nous avons.fait des Foraminifères canariens avec ceux de la Méditerranée et de l’Adriatique ; car nos recherches nous ont prouvé que la plupart des espèces vivant actuellement dans ces deux mers; ont leurs analogues fossiles dans les terrains tertiaires de l'Italie et de l'Autriche. Il nous reste une sixième espèce, la Quinqueloculina lævigaia , dont l’analogue fossile se trouve dans le bassin tertiaire de Paris; à son égard nous nous dispenserons de tout rapprochement.
Après ces distinctions, nous avons encore trente-trois espèces de Foraminifères propres aux Canaries. Le manque de matériaux nous fait nous abstenir pour elles de toute comparaison avec les espèces de la côte voisine d’Afrique. Nous ferons seulement observer que cet ensemble, quoique différant spécifiquement en tout des Foraminifères de la Méditerranée et de l’Adriatique, s’en rapproche néanmoins par le facies général, des espèces et par l’ensemble des genres. Les Canaries, toutefois, nous ont offert des formes nouvelles dont nous avons formé le genre Webbina.
Les Foraminifères des Canaries sont ainsi réparties par ordres et par familles.
ie Ordre. MONOSTÈGUES. 4 eo Speo, * EANEENNERENE < 5 | Ile Famille. Inequilateridæ. 4 XIe Ordre. HÉLICOSTÈGUES. LA que Muibie a 7 je 26 Ü Ile Famille. Turbinoidæ. %* 149 | IVe-Ordre. ENTOMOSTÈGUES. »
Ve Ordre. ENALLOSTÈGUES. 4 2 - ( ie Famille. Miliolidæ 2 VI: Ordre. AcarmSrÈeues. | 400 : | 40 | Ile Famille. Multiloculidæ. 8 | MOfa er 45
(1) Nous devons la connaissance de toutes les espèces d'Autriche à la complaisance toute particulière que M. le conseiller Joseph de Häuer a bien voulu mettre à nous communiquer le fruit de ses recherches.