‹ Histoire naturelle des Iles Canaries (volume 3)Chapitre 118 sur 243 · REPTILES DES ILES CANARIES · texte numérisé non relu

REPTILES DES ILES CANARIES

Les îles du littoral africain , si nous en exceptons Madagascar, sont peu riches en animaux terrestres. Les Zaffarines, placées dans la Méditerranée et très-rapprochées de la côte Barbaresque, ont fourni entre autres Reptiles la curieuse espèce d'Amphisbènes à laquelle on a donné le nom de Trogonophis Wiegmanni; Madère a donné un Lézard particulier, Lacerla Maderensis ou Dugesü : les îles du cap Vert n’ont encore offert aux collecteurs aucun Reptile ni Mammifère dont nous ayons connaissance. Quant aux îles de la côte de Guinée, et en particulier à celle de Fernando - Po, les recherches nouvelles des voyageurs anglais tendent à les faire regarder comme pourvues d’une Faune assez nombreuse, mais qui ne diffère pas de celle du continent d’une manière remarquable ; aussi ces nouvelles observations sur la Faune fernandienne démontrent-elles qu’on avait eu raison de regarder l’île de Madagascar comme un centre spécial de création, et, organologiquement parlant, comme un continent à part.

La Zoologie des Canaries, que l’ouvrage de MM. Webb et Berthelot aura fait connaître, appartient par ses caractères généraux à celle de l’Afrique , et, comme celle des îles dont nous parlions d’abord, elle ne nous fournit qu’un petit nombre d’animaux terrestres. Les Reptiles que ces messieurs y ont recueillis se rapportent à quatre espèces seulement, dont voici les noms :

Scincus ocellatus ,

Lacerta Galloti ,

Gecko (Platydactylus) Delalandi ,

Hyla arborea (1).

Nous avons déjà, lorsque nous avons fait dessiner la planche erpétologique qui accompagne cette notice, publié quelques détails sur ces animaux (2).

Le premier et le quatrième sont bien connus des naturalistes ; celui-là , cependant, est, dans son espèce, une variété assez distincte, par son corps plus grêle et par sa

(1) Cette espèce habite l’île de Ténériffe. Elle est abondante dans quelques parties de la région élevée. Je l’ai trouvée en assez grande quantité cachée sous les pierres, sur le plateau appelé Mesa de Tegina , non loin de la ville de Laguna, à plus de 2000 pieds au-dessus du niveau de la mer. Elle est plus rare dans la région inférieure. Je l'ai vue cependant dans le ravin au-dessous du château de Paso alto près de Sainte-Croix.

Outre ce Batrachien, on rencontre, dans les mares d’eau de quelques ravins, le Rana esculenta; mais nous nous sommes assuré qu’il a été introduit ici comme à Madère. P. B. W.

(2) Bull. de la Soc. philom. de Paris, 1839, p. 4, et Journal de l’Institut.

(4) couleur gris-brun pointillé en dessus et plus foncé sur les côtés du corps et de la tête.

Le Lézard et le Gecko de Ténériffe n'avaient point encore été décrits, lorsque MM. Webb et Berthelot les rapportèrent en France; mais, vers cette époque, ils reçurent de MM. Duméril et Bibron, dans la riche collection du Muséum , des noms que nous nous sommes empressé d'accepter.

Depuis la publication de notre Notice de 1839 , et de la planche qui fait partie de cet ouvrage , MM. Duméril et Bibron ont publié, dans leur Erpétologie générale , des descriptions détaillées du Lacerta Galloti et du Gecko Delalandi. Aussi nous contenterons-nous ici d'indiquer les principaux caractères à l’aide desquels il.est possible de reconnaître ces animaux, et surtout ceux qui distinguent le Lézard de Ténériffe de l'espèce propre à l’île de Madère.

LÉZARD DE GALLOT. — LACERTA GALLOTI (1).

(Reptiles. Planche nique figg. 1-5.)

Luc. Gaz, Dum. et Bibr., CoZ!. Mus.; P. Gerv., Bull. de la Soc. philom. de Paris, 1839 ; Dum. et Bibr., Erpét. gén., V, 238.

Le premier individu de cette espèce que le Muséum ait possédé lui avait été donné par feu M. Gallot, amateur zélé d’histoire naturelle, dont elle rappellera le nom. Ceux que MM. Webb et Berthelot ont recueillis à Ténériffe ont été déposés dans le même établissement.

Les Lézards de Gallot ont la plaque occipitale distincte, médiocre, en triangle tronqué à son sommet antérieur. Leur disque massétérien est circulaire et entouré de petites plaques en pavés. Les squames de leur dos et des flancs sont en lignes transverses à peu près régulières et de même en pavés; les écailles de la queue sont disposées circulairement et carénées longitudinalement à peu près vers leur milieu, celles du collier sont séparées de la région abdominale par des squames granuleuses. Dans toute l'étendue du thorax et du ventre on remarque, de même que chez les autres Lézards , des plaques longitudinales en séries. Il y a plus de six de ces séries : les unes vont du thorax au bas - ventre, les autres naissent des flancs et sont comme formées par la fusion des squames en pavés des côtés du dos. A vrai dire, ces séries sont aussi bien transversales que longitudinales ; et au sixième rang transversal, en partant des membres postérieurs, on compte treize séries longitudinales : plus près

(1) Le Lézard de Gallot a l’allure et les mœurs du Lacerta agilis. Il est très-répandu dans toutes les îles.

On nous a parlé d’un Lézard vert beaucoup plus grand que cette espèce, qui doit se trouver à l’île de Fer; mais il ne m'a pas été possible de me le procurer. C’est probablement de ces Lézards que parlent les chapelains de Béthencourt : « Il y a (dans l’île de Fer) des lézardes grandes comme des chats, mais elles ne font nul mal et sont bien hideuses à voir (*). » P. B. W.

(*) Hist. de la prem. descouv. et conquest. des Can., pag. 122.

des membres antérieurs il y en a moins, et leur nombre diminue encore quand elles approchent de l'anus. La plaque médiane de l’opercule anal est de moyenne grandeur, pentagone , et double environ en surface de celles qui lui sont latérales ; les autres, plus externes, sont de moins en moins grandes. J'ai compté vingt-cinq ou vingt-six pores fémoraux de chaque côté.

La couleur du corps est variée de brun, de verdàtre et de jaune, et il ya sur le dos deux traits d’un vert tendre chez les exemplaires adultes.

Les jeunes ont six de ces lignes, mais les deux externes de chaque côté sont en partie décomposées.

Le corps, chez les adultes, mesure trois pouces et demi et la queue cinq.

Ce Lézard n’a point été vu ailleurs qu'aux Canaries.

GECKO DELALANDE. — GECKO (PLATYDACTYLUS) DELALANDII (1). (PL. unique, fig. 8-10.) Prar. Der., Dum. et Bibr., Erpétol. gén., III, 324; P. Gerv., Bull. de la Soc. philom. de Paris, 1839.

Le Gecko Delalande a été représenté d’après l'individu même que MM. Duméril et Bibron avaient décrit, et duquel les exemplaires recueillis par MM. Webb et Berthelot ne différaient point.

On cite la même espèce à Madère et au Sénégal.

(1) Ce Gecko ne s’éloigne guère du climat chaud du littoral des îles Canaries. On le voit souvent dans l’intérieur des habitations, où il grimpe sur les murs ; car, par le mécanisme particulier de ses pattes, il peut s’attacher aux surfaces les plus lisses, Ses mouvements sont très-lents, et sa laideur le rend suspect aux étrangers à qui ses mœurs sont inconnues. PES

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