PAR M. A. VALENCIENNES
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INTRODUCTION
L'ichthyologie des îles Canaries offre plusieurs genres d'intérêt à là zoologie générale. Cet archipel, situé à l'entrée du grand bassin de l'Atlantique , sur la côte d’Afrique, semble plutôt lier, par les Poissons qu'il nourrit, les côtes du continent américain au bassin de la Méditerranée qu’à la côte d'Afrique. Ce n’est donc pas seulement à cause du nombre des espèces nouvelles que sa faune va nous faire ajouter à celle du globe que nous nous intéressons à l’ichthyologie de cet archipel, mais aussi parce que le mélange des formes américaines à celles de la Méditerranée va jeter de nouvelles lumières sur cette question si intéressante de la distribution des espèces sur le globe. |
Les Priacanthes, les Béryx, les Piméleptères, les grandes Carangues, les Scombres à formes américaines se rencontrent aux Canaries ; et la similitude de plusieurs espèces est d'autant plus remarquable qu’elle a lieu pour des Poissons qui ne peuvent être comptés parmi les espèces voyageuses. Le Pimeleplerus Incisor est un des meilleurs exemples à citer.
Des Poissons, observés très-rarement dans la Méditerranée, se pêchent en abondance aux Canaries; on pourrait alors dire que les individus pris dans la Méditerranée s’y sont égarés, ou qu'ils y ont été poussés par l'effet de quelques courans. J'envisagerai toutefois ce phénomène sous un point de vue plus général, en rappelant enfin que l’on observe des faits semblables dans la distribution des oiseaux. Dans certaines régions, des espèces s’y rencontrent rarement, alors qu’elles pullulent dans d’autres.
L'ichthyologie de l'ile de Madère, qui a été faite avec tant de soin par M. Lowe, ressemble par plusieurs espèces rares à celle des Canaries; mais ilne me paraît pas, à en juger du moins par le beau travail dû à l’auteur que je viens de citer, que l’on trouve à Madère autant d'espèces américaines qu'aux Canaries. La ressemblance de l’ichthyologie de ces îles avec Sainte-Hélène et l'Ascension offre encore une autre considération intéressante. Elle montre que les Poissons se sont beaucoup plus éloignés des côtes des deux grands continens baignés par l'Atlantique qu’on ne l'avait cru. Enfin, comme nous ne trouvons pas au cap de Bonne-Espérance les espèces américaines qui s’avancent jusqu'aux Canaries, et que cependant on y observe un assez grand nombre d’espèces de la Méditerranée , on doit être porté à croire que, dans la distribution des espèces de Poissons, la configuration et la nature de la côte ont plus d'influence sur la vie de ces animaux que le degré de chaleur dû à la latitude des contrées.
Sous le rapport de la classification zoologique des Poissons, l'étude des espèces canariennes offre un intérêt assez grand ; car nous avons appris à connaître la patrie de plusieurs, et entre autres celle du Beryx decadactylus, ignorée jusqu’au moment où MM. Webb et Berthelot ont rapporté leur collection. Nous avons aussi reconnu
(4) plusieurs des Poissons dont les figures, restées manuscrites dans les cartons de Forster, ont été déterminées, mais quelquefois avec incertitude, dans notre grande ichthyologie.
Depuis que j'ai examiné les collections des Canaries, M. Lowe a publié son catalogue des Poissons de Madère ; et l’on verra dans le cours de ce travail combien j'en ai profité. J’ai même regretté que des figures déjà faites depuis long - temps aient porté des noms différens des siens. Mais, comme j'ai grand soin d’en avertir, cettepartie de la synonymie sera toujours facile à établir maintenant.
Pour éviter dans ce travail des répétitions inutiles, j'ai présenté, comme une sorte de résumé zoologique, les simples documens de mœurs ou de localités recueillis par MM. Webb et Berthelot sur des espèces déjà connues, et dont la détermination a été faite avec tout le soin que je pouvais apporter à un tel ouvrage, et je n’ai donné de description détaillée que des Poissons nouveaux ou peu connus, et qui méritaient une
attention plus spéciale.
ICHTHYOLOGIE CANARIENNE.