FAMILLE DES SCIÉNOIDES
Le palais, lisse et sans dents, est le caractère qui distingue les espèces de cette famille de celle des Percoïdes, car on retrouve dans les Sciénoïdes les dentelures des pièces operculaires , les différentes variétés de dentition et la disposition des nageoires des Percoïdes.
On pêche aux Canaries une des espèces de Sciénoïdes de la Méditerranée, et l’ane des plus communes en cette mer, le Sciæna nigra de Linné, et avec elle plusieurs autres Scienes de genres différens et dont on ne rencontre aucune espèce sur nos côtes européennes : tels sont les Pristipomes. Je n’ai pas vu d’autres Sciénoïdes dans les collections que M. Webb a si généreusement données au muséum d'Histoire naturelle de Paris.
M. Berthelot parle du Maigre (Sciæna aquila, Cuv., Val.) dans son Histoire des pêches sur la côte occidentale d'Afrique, mais sans lavoir jamais vu, et par la seule raison que le nom de Curbina s’appliquerait, dit-il, à cette espèce comme aux autres Sciènes, du genre voisin. Je fais cette observation pour que l’on ne croie pas légèrement que cette espèce, qui a été observée quelquefois sur nos côtes de la Manche, l'ait aussi été dans l'Atlantique.
GENUS CORVINA.
Corpus compressum , SQUANosUM.
CaPuT squamosum , anlicè oblusum.
PRÆOPERCULUM (enuiier denticulalum.
DENTES sefacei, in maxillà superiori extùs majores.
PALaToM lœve, edentulum.
FôrAmiNA quatuor ad symphysim maxillæ inferioris.
Pinnæ nudæ alepidolæ. P. dorsales duc divisæ , approximaiæ. P. analis acüleus secundus validus ac pungens. |
MEMBRANA BRANCHIOSTEGA radiis seplem.
LE CORB COMMUN. — CORVINA NIGRA (1).
Cette«espèce méditerranéenne se pêche dans le canal qui sépare la: côte d'Afrique de l'archipel des Canaries; elle y est très-estimée.
Son nom espagnol est Curbina. Sous cette dénomination, les pêcheurs comprennent encore plusieurs espèces de grands Sciénoïdes, du poids de quinze à vingt kilogrammes-et même davantage, qui vivent en troupes et donnent lieu. à des pêches profitables.
(1) Cuv., Val., v, pag. 86.
an NO & nr
GENUS UMBRINA.
Conrus compressum, squamosum.
Capur anticé oblusum , roslrum versus cule lobald oblectum , omnino squamosum , ossibus maxillaribus ac labialibus exceptis.
DENTES selacei, subæquales, PALATUuM lœve.
MAXILLA 4nferior CiTTosa.
Pnne dorsales duc, divisæ,approximalæ.
MEMBRANA BRANCHIOSTEGA radiis seplem.
L'OMBRINE RONFLEUR. — UMBRINA RONCHUS. Nos.
J'ai long-temps hésité à distinguer cette espèce canarienne de celle de la Méditerranée.
Je crois cependant devoir le faire, parce que je trouve que le Poisson a le corps plus trapu, la hauteur sous la dorsale plus grande, celle de cette nageoire aussi un peu plus haute; l’épine de l’anale plus forte , et enfin le caractère le plus saillant me paraît consister dans la petitesse de l’écaille suscapulaire ou mastoïdienne,
Il y a aussi quelques différences dans le nombre des rayons.
Le Poisson des Canaries a le profil du dos convexe et très-soutenu entre les deux dorsales, A cet endroit , la hauteur fait le quart de la longueur totale. La tête a un septième de moins que la hauteur du corps. Dans l’Ombrine dela Méditerranée , la tête égale la hauteur ; et celle-ci mesure à peu près le cinquième de la longueur du corps.
Le préopercule est dentelé ; les dents sont en carde rase, et fines; la première dorsale a son troisième rayon aussi haut que la moitié du corps, et, quoique sa seconde dorsale ait plus de rayons , elle est proportionnellement plus courte que celle de l'Ombrine d'Europe. L’anale est aussi plus basse et plus large ; la caudale est coupée carrément.
La ligne latérale suit la courbure du dos par le tiers de la hauteur. Je compte une soixantaine d’écailles entre l’ouïe et la caudale ; elles sont finement ciliées et ont dix à douze rayons à l’éventail, Le bord radical est droit.
La couleur est un brun-rougeätre mêlé de bleu et d’argent sur les côtes. Les nageoires dorsales et caudales sont roussâtres ; les nageoires ventrales et anales sont noires. ;
L'individu que j'ai décrit a 0°,50. Les naturalistes l’ont rapporté sous les noms
de Curvina ou de à Roncador.
L’OMBRINE CANARIENNE. — UMBRINA CANARIENSIS. Nos.
On trouve dans ces mêmes mers une autre Ombrine à première dorsale plus
basse et à seconde plus longue, à corps plus allongé, à profil moins haut.
La longueur de la tête, égale à peu de chose près à la hauteur du tronc , est comprise quatre fois et demie dans la longueur totale, L’œil est assez grand, car, éloigné d’une fois son diamètre du bout du museau , il est compris à peine plus de trois fois dans la longueur de la tête. Le sous-orbitaire est large et entièrement écailleux. Le préopercule a de fines dentelures le long du bord montant, et d’assez fortes épines à son angle, qui est arrondi. De chaque côté du barbillon, il y a quatre pores sous la mâchoire
inférieure.
La première dorsale est moins haute de l'avant , la seconde est plus étendue le long du dos parce qu'elle est soutenue par un plus grand nombre de rayons. La caudale est coupée carrément ; l’épine de l’anale est très-forte.
Les écailles sont très-finement grenues et ciliées sur leur bord libre, et un peu plus grandes que celles de l'espèce précédente ; car je n’en compte que quarante-cinq rangéese ntre l’ouïe et la caudale. La ligne latérale est tracée en suivant une courbe insensible par le tiers du côté.
La couleur est un brun-verdâtre légèrement argenté, avec quinze à vingt lignes obliques bleues sur chaque flanc. Le bord de l’écaille, un peu plus foncé que le centre, forme un réseau qui couvre le corps. Les nageoires sont rembrunies ; le bord des ventrales et l’anale sont noirâtres ; Les pectorales sont plus pâles.
Ce poisson se nomme aux Canaries Berrugato, ce qui veut dire verruqueux, probablement à cause de la verrue en forme de cirrhe du dessous de la symphyse ; mais les pêcheurs le confondent aussi, sous le nom de Curvina ou de Roncador, avec l'espèce précédente.
Les deux individus que j'ai vus ont 0",40 de longueur.
GENRE PRISTIPOME. — PRISTIPOMA. Cuv.
CORPUS compressum, SQUAamosum.
Capur anticé oblusum : pr'æoperculum serraium.
Denres selacei, in maxilla superiori exlùs majores.
PALATUM /Ͼve. L,
Mandibulæ inferioris symphysin versùs rovEA parvula, ac in ulroque lalere FoRAMINA DUO.
Pinnæ lœves nec non squamosæ. Dorsalis unica.
MEMBRANA BRANCHIOSTEGA radis seplem.
LE PRISTIPOME RONFLEUR. — PRISTIPOMA RONCHUS. Nos. (PL vu, fig. 2.)
Cette espèce est voisine des Pristipoma Rogieri ou P. Rang, qui habitent toutes deux la côte d'Afrique baignée par l'océan Atlantique équatorial.
La ligne du profil descend assez obliquement ; la nuque est soutenue, mais la tête n’est pas cependant obtuse. Sa longueur fait le quart de celle du corps, qui comprend trois fois et demie celle du tronc. L'œil est assez grand, quoiqu'il n’ait pas tout-à-fait le tiers de la longueur du bout du museau à l'angle de l’opercule ; Le cercle de l'orbite n’entame pas la ligne du profil. Le premier sous-orbitaire est presque aussi haut que l’œil est large. IL est écailleux comme le limbe du préopercule ; les autres pièces operculaires le sont aussi. Le bord montant du préopercule est un peu rentrant vers le milieu ; son angle est très-arrondi ; tout le bord est fortement dentelé. La bouche, petite et peu fendue , a les mâchoires garnies de dents en velours sur une bande peu large.
La portion épineuse de la dorsale s’abaisse un peu vers les derniers rayons; la caudale est échancrée.
Les nombres des rayons mous de l’anale diffèrent de ceux de toutes Les espèces voisines. Ja ligne latérale, légèrement courbée, est tracée par le tiers des côtés. 11, 4
Les écailles sont très-finement striées: et ciliées sur le bord , et chagrinées ensuite. Le sommet des rayons de l'éventail n’est pas recouvert par l’écaille précédente, ce qui fait paraître , vers le centre, un faisceau de cinq stries rayonnantes. Le bord radical est droit, finement festonné , et il n’y a que huit rayons à l’éventail ; je compte cinquante rangées d’écailles entre loue et la caudale.
La couleur est gris. teinté de verdâtre sur le dos et argenté sous le ventre. Il y a des traces de lignes grises le long des flancs.
Cette nouvelle espèce de Pristipome doit, comme:ses congénères et les Sciénoïdes en général, faire entendre un son quand on la tire de l’eau, car les pêcheurs canariens l’appellent Roncador, ce qui veut dire ronfleur.
Nos individus ont 0,55.
Cette espèce est, sans aucun doute, très-voisine de la suivante, qui a été décrite par M. Lowe ; mais comme je ne vois pas, aux deux individus que jai sous les yeux, la tache de l’opercule signalée par l’auteur anglais, je crois devoir l'en distinguer.
LE PRISTIPOME DE BENNETT. — PRISTIPOMA BENNETTII. Lowe (1).
Ce Pristipome a le corps très-semblable au précédent.
La hauteur étant contenue trois fois et demie dans la longueur totale, celle de la tête n’est que le quart de celle du corps. Les dentelures du préopercule sont un peu plus prononcées et le bord est plus festonné. L’œil est plus petit, son sous-orbitaire plus étroit, la dorsale épineuse plus égale.
Les écailles, disposées sur cinquante-cinq rangées, entre l’ouïe et la caudale, ont le bord très-finement dentelé.
La ligne latérale, peu courbée, est tracée par Le tiers du côté.
La couleur est verte sur le dos, argentée sous Le ventre, et des taches vertes forment, douze à treize lignes longitudinales sur les flancs ; elles se voient mieux par reflet que directement. A l’angle de l’opercule existe une tache verte.
Il est impossible de ne pas reconnaître ici le Prislipoma Bennellii de M. Lowe. A Madère, il est appelé Roncador, Roqueirdo, ou Salmdo ; le premier de ces noms s’applique à presque tous les Sciénoïdes. J’insiste d'autant plus à séparer le Poisson que je viens de décrire du précédent , que les pêcheurs canariens ont donné celui-ci sous un nom différent : il s'appelle Machole, tacheté, sans doute à cause de la tache qui manque à l’autre.
L'individu qui a servi à ma description est long de 0,170.
LE PRISTIPOME BOURRO. — PRISTIPOMA VIRIDENSE, Nos. (2).
Les naturalistes , qui ont exploré avec tant de soins l’archipel des Canaries, y ont trouvé une autre espèce de Pristipome, qui a été décrite dans l'Histoire naturelle des Poissons, de MM. Cuvier et Valenciennes, d’après des individus rapportés des îles du
(1) Synop. of the Fish. of Madeira, pag. 476. (2) Cuv., Val., Hist. nat. des Poiss., v, pag. 287.
(27) cap Vert par feu M. Delalande, ou par madame Lee pendant le voyage qu'elle fit à San-Yago avec le célèbre et infortuné M. Bowdich son premier mari.
L’individu des Canaries, parfaitement conservé, permet d’en donner une description beaucoup meilleure que celle de l'Histoire des Poissons , faite d’après un individu médiocrement bien préparé.
L'espèce appartient bien, comme nous l'avons établi, à la dernière division des Pristipomes, celle qui a , comme le P. rubrum , les deux dorsales continues, de même
hauteur, et le corps oblong. |
La hauteur du tronc est comprise trois fois et deux tiers dans la longueur totale. La tête n’en mesure pas le quart. La nuque n’est pas soutenue, le museau est allongé ; l'œil est grand, car son diamètre fait le tiers de la longueur de la tête. Le bord du préopercule est fortement dentelé. Les dents maxillaires du rang externe sont grosses et coniques, et les dents de derrière sont fines et en velours.
La caudale est coupée carrément.
Le second rayon épineux de l’anale est gros et strié. Les écailles sont rugueuses au toucher ; vues à la loupe, on voit leur surface âpre, et le bord fortement cilié. Le bord radical est coupé droit. Il n’y a que cinq rayons à l'éventail. Les écailles sont petites, car il y en a quatre-vingts rangées au moins entre l’ouïe et la caudale. La ligne latérale est formée d’une série de petits traits en ligne droite.
Tout ce Poisson est d’une couleur uniforme rembrunie, formée par une nuance brune chargée sur chaque écaille de taches bleu-noirâtre. La dorsale , l’anale et la caudale sont noiïrâtre plus foncé sur la portion molle. Les pectorales sont plus pâles; les ventrales, jaunâtres à leur base , sont noires à
la pointe.
Ce Poisson, qui se pêche par soixante brasses, se nomme , aux Canaries, Bourro
(petit âne).
L'individu est long de 0,370.
GENUS HELIAZES.
Corpus elliplicum, squamosum.
CAPUT parvum, riclus oris minimus.
DEnTEs conici parouli in unica serie circumfxi.
Pr ROPERCULUM serrulalum.
Pinna dorsalis unica simui ac analis squamis veslitæ , caudalis nuda. MEMBRANA BRANCHIOSTEGA T'Gdiis sex.
L'HÉLIAZE BORDÉ. — HELIAZES MARGINATUS. Nos.
(Atlas. PI, vu, fig. 1.)
Nous avons fait connaître cette espèce, dans notre Histoire naturelle des Poissons, d’après les individus de Madère, envoyés peut-être en Europe par M. Lowe.
Les individus des Canaries n’offrent aucune différence avec ceux de Madère.
On les appelle Cas{aneta. |
FAMILLE DES SPAROIDES.
Les Sparoïdes des Canaries se composent en grande partie des espèces de Ja Méditerranée; mais nous y trouvons de grands et beaux Poissons qui offrent un aspect tout à fait étranger. Les Sargues sont très-voisins de ceux d'Amérique. Une espèce de Daurades nous était connue par des individus pris dans le golfe de Guinée. C’est jnsqu'ici le seul exemple à citer avec le Pagrus vulgaris de Poissons des Canaries qui se retrouvent en même temps sur la côte d'Afrique. Cest assez curieux quand on a examiné un si grand nombre d'espèces, et que nous trouvons tant de ressemblance avec les espèces américaines. Les Dentés rappellent , par les filamens de leur dorsale, certaines espèces de l'Inde.
SARGUE. — SARGUS.
CORPUS compressum, Squamosum.
Capur oblusum. Os, ad maxillas, dentibus anticè compressis, truncatis incisoribus, posticé numerosis rolundalis ac granosis munilum.
PALATUM læve.
OSsSA OPERCULARIA lævia, inlegra.
Pinnæ nudæ, squamis destilutæ.
MEMBRANA BRANCHIOSTEGA radis seplem.
L’archipel des Canaries nourrit plusieurs Sargues qui se trouvent dans la Méditcrranée ; mais 1l a aussi quelques espèces qui lui sont particulières. :
LE SARGUE DE RONDELET. — SARGUS RONDELETII (1).
Ce Sargue se nomme aux Canaries Sargo blanco.
Je n’en ai vu qu'un petit individu long de 0,180. Le savant botaniste qui y a fait aussi les belles collections ici décrites, dit cependant que l’espèce y est très-commune; on la pêche à la ligne dans toutes les Canaries.
Ce Sargue se trouve aussi à Madère, ainsi que l’espèce suivante.
LE SARGUE DE SALVIAN. — SARGUS SALVIANI (2).
Le seul individu qui m’ait été communiqué a 0,295. Il a été envoyé sous le nom de Seifia, qui est le même que celui sous lequel cette espèce est connue à Madère.
(1) Cuv., Val., vi, pag. 14.
(2) Idem, ibid., pag. 28.
LE SARGUE VIEILLE. — SARGUS VETULA. Nos. (1). (PL. 9, fig. 2.)
Notre Sargue vieille de la Méditerranée a été aussi envoyée des Canaries avec ses caractères bien arrêtés et se reproduisant par sa tête courte, ses dents molaires nombreuses, son museau obtus, la teinte plus uniforme du Poisson. Cependant les pêcheurs canariens le confondent avec l’espèce de Rondelet , sous le nom de Sargo blanco.
Je ne vois pas que M. Lowe ait reconnu cette espèce parmi les Poissons de Madère.
L'individu que j'ai sous les yeux a 9",180 de longueur.
LE SARGUE FASCÉ. — SARGUS FASCIATUS (2).
L'observation de cette espèce aux Canaries nous en fait connaître la patrie, car nous ne savions pas l’origine de l’individu qui a servi à notre description dans l’Aistoire naturelle des Poissons.
Ses incisives sont étroites et proclives , et au nombre de dix à chaque mâchoire. Les molaires sont très-petites et sur deux rangs: la rangée externe en a cinq à six et l’interne quatre à cinq. il n’y en a point de petites et granuleuses derrière les incisives.
Cette espèce a le dos verdâtre; le reste du corps brille d’un bel argenté et est traversé par cinq larges bandes noires. Le dessus de la tête est aussi noirâtre; la dorsale, à rayons assez grêles, un peu teintée. L’anale, au contraire , est noirâtre , ainsi que les ventrales, La base de la pectorale est rembrunie; mais la caudale, légèrement échancrée , n’a point de taches.
Ce Sargue vit sur les roches; il a été envoyé sous le nom de Sargo breado , dénomination qui rappelle celle que M. Lowe donne de l'espèce suivante. Il n’a pas mentionné celui-ci dans son Catalogue des Poissons de Madère.
La longueur de Findividu que j'ai sous les yeux est de 0,310.
Ce Poisson et le suivant montrent que la distinction du genre Puniazzo ou Charax, que nous avons cru devoir conserver dans l'Histoire des Poissons , d'après les travaux de M. Risso, est mauvaise, et que ce genre doit être effacé, et qu'il faut placer le Sparus aculirostris parmi les Sargues.
LE SARGUE C£RVIN. — SARGUS CERVINUS. Nos. (3).
Les pêcheurs canariens distinguent avec raison du Sargo breado leur Sargo molinero, quoiqu'il en soit très-voisin. Nous n'avons pas connu cette espèce quand nous avons rédigé l’histoire des Sargues dans notre Ichthyotogie.
C’est un grand Poisson à corps élargi et à museau pointu. La hauteur, sous la dorsale, fait le tiers de la longueur totale; la tête n’en mesure que le quart, mais l'œil, dont le diamètre est compris quatre fois et demie entre le bout du museau et l’angle de l’opercule , est reculé sur la seconde moitié de la tête et éloigné de deux fois au moins son diamètre : ce qui rend le sous-orbitaire haut , et donne au museau
arr
(1) Cuv., Val., vi, pag. 48.
(2) Idem, ibid,, pag. 59.
(3) Charax cervinus, Lowe ; Fish. of Mad., pag. 177.
une assez notable apparence de longueur. Cette avance est encore augmentée par l'épaisseur des lèvres qui recouvrent les dents incisives obliques et proclives au-devant de la bouche. Ces dents incisives sont au nombre de douze en haut et de huit en bas, comme l'indique très-justement M. Lowe : les molaires sont aussi, comme cet observateur les a vues, sur deux rangs et en petit nombre. La dorsale a ses rayons plus gros et plus courts que ceux du précédent , la caudale plus profondément échancrée et la pectorale plus longue ; elle mesure le quart de la longueur totale, L’écaille de l’aisselle de la ventrale est très-longue et très-forte.
Je compte cinquante rangées d’écailles entre l’ouïe et la caudale. Les couleurs sont disposées comme sur le précédent , mais les bandes plus larges rendent le Poisson plus brun.
Il est impossible de ne pas reconnaître le Charax cervinus de M. Lowe dans cette espèce, qui porte à Madère le nom de Sargo veado.
L’individu que je décris a 0",540 de longueur.
Comme le précédent , il vit aussi par bandes et se prend sur toute la côte d'Afrique opposée aux Canaries; mais je ne sache pas qu'il se trouve dans le golfe de Guinée, nous ne l'avons jamais vu parmi les nombreuses collections faites dans ces mers pour le cabinet du Roi. Il descend à de très-grandes profondeurs; il aime les eaux claires. Ce Poisson est très-estimé à cause de l’excellent goût de sa chair.
A cause de l’arrangement des molaires sur deux rangs, je ne puis hésiter à laisser cette espèce à côté de la précédente dans le genre Sargue. Mais la petitesse des dents molaires, la proclivité des incisives montrent aussi que ces deux espèces sont voisines du Sargus acutirosiris, lequel n’a qu'une seule rangée de dents. Le nombre des rangées de dents ne devient plus qu'un caractère spécifique; et c’est pour cela que je pense à réformer le genre Charax que M. Risso avait cru devoir établir, et que nous avions adopté d’après lui.
Je lis dans l'ouvrage de M. Berthelot sur la pêche de la côte occidentale d'Afrique, que le Sargo molinero est l'adalte du Sargo breado (Sargus fasciaius). Je ne puis me ranger à cette opinion , les caractères que je viens d'indiquer ne peuvent dépendre de différences d'age. Il est possible que les pêcheurs donnent au Sargo breado le nom de Sargo molinero, et qu'ils confondent alors les deux espèces que j'ai observées dans la collection de M. Webb sous le même nom.
GENRE DAURADE. — CHRYSOPHRYS. Cuv.
CORPUS COMpressum, SQUAMOSUM.
CaPuT oblusum, crassum, antice rotundatum. à
Os amplum ; ad maxillas lurgidas anticè neNTES conici quatuor, posticè molares numerosi, rotundati ac globosi.
OSSA OPERCULARIA lœv1a, inlegra.
PINNZ nude.
MEMBRANA BRANCHIOSTEGA Tadûs seplem.
Je n'ai pas trouvé, parmi les Poissons des Canaries, les Daurades de notre Méditerranée , mais j y ai observé une belle espèce africaine, que nous avons indiquée dans notre Ichthyologie , sous le nom de
DAURADE AUX TACHES BLEUES. — CHRYSOPHRYS COERULEOSTICTA. (PL vi, fig. 1.)
Cette Daurade a le museau gros et obtus ; l’occiput est le point le plus élevé du profil, dont la ligne descend par une courbure assez oblique vers l'extrémité de la tête. La plus grande hauteur, prise à cet endroit, est le tiers du corps, la caudale non comprise ; la longueur de la tête est contenue quatre fois dans la longueur totale. L’œil, de grandeur médiocre ; est sur le haut de la tête sans que l’orbite entame la ligne du profil; son diamètre est compris cinq fois et demie dans la hauteur de la tête, mesurée à l’aplomb du milieu de l’orbite : l’intervalle qui sépare les deux yeux est plus grand que deux fois le diamètre de l’un d’eux. L’angle du frontal antérieur fait une saillie assez grande au-dessus de l’orbite, ce qui élargit encore le front du Poisson. L’œil est éloigné du bout du museau de deux fois et deux tiers son diamètre, La hauteur du sous-orbitaire sous lui égale une fois et demie le diamètre, et sa largeur à la base vaut deux fois cette même mesure, Il recouvre en partie le maxillaire. La joue est très-haute. Il y a huit rangées d’écailles sur Le préopercule, dont le limbe est en outre assez large; son bord montant est très-légèrement convexe du côté de la bouche, son angle et Le bord inférieur sont arrondis. L’opercule est petit, en arc de cercle, couvert d’écailles comme le sous-opercule, qui est distinct sous ces écailles et plus haut que large. Enfin on reconnaît aussi très-facilement l’interopercule , qui a trois rangées près de son articulation avec la mâchoire inférieure tandis qu’il n’en a que deux à l’autre extrémité.
Les mâchoires sont très-épaisses et élargies, pour soutenir les dents molaires arrondies dont la gueule est pavée ; elles sont sur trois rangs à la mâchoire supérieure et sur deux seulement à l’inférieure. Sur le devant, je trouve quatre dents coniques très-fortes à la mâchoire supérieure et six à l’inférieure. La peau de la mâchoire inférieure est nue.
La pectorale est très-longue , égalant le tiers de la longueur du corps sans la caudale, J'y compte seize rayons, et le treizième et le quatorzième dépassent un peu leurs supérieurs immédiats pour être égaux au dixième et prendre une longueur égale au tiers des rayons supérieurs.
Les ventrales sont aussi assez longues, car elles ont à peu près la moitié de la longueur des pectorales; Jeur rayon épineux est assez fort, et l’écaille de leur aisselle grosse et prolongée.
La dorsale a des rayons épineux assez forts croissant du premier jusqu’au quatrième, qui est compris trois fois et un tiers dans la hauteur du tronc; les rayons mous sont un peu plus bas. L’anale correspond au troisième rayon mou de la dorsale; sa seconde épine est forte, pointue et droite , La troisième est un peu courbée.
La caudale est bifurquée et ses deux lobes sont larges.
Les écailles sont lisses, minces et de grandeur médiocre. J’en compte cinquante entre l’ouiïe et la caudale.
La ligne latérale est parallèle à la courbe du dos et tracée un peu plus haut que le quart de la hauteur du tronc.
La couleur paraît avoir été rougeâtre avec quelques taches bleues en croissant sur les écaille du dos et de la poitrine, et l’on voit aussi qu’il y avait des teintes bleues sur le sous-orbitaire.
L’individu que je décris a près de 0",660.
Ce beau Poisson n’a pas été mentionné par M. Lowe. 11 senomme aux Canaries Sama. On le pêche par d'assez grandes profondeurs, et on le voit arriver par troupes dont les individus bondissent sur l'eau en bandes si nombreuses que l’on peut en prendre plus de cinquante tonneaux. Sa chair est très-bonne; on la sale et on la conserve pour la nourriture d'hiver. Le poids de ce Poisson dépasse rarement dix kilogrammes.
GENRE PAGRE. — PAGRUS. Nos.
CORPUS COMPTESSUM, SQUAMOSUM.
CApPuT oblusum, crassum.
DENTES anticè conici sex ; el ponè eos, dentes minimi subaculi vel granosi. MoLares parvi, în serie duplici tantüm geminati.
MEMBRANA BRANCHIOSTEGA radis seplem.
LE PAGRE ORDINAIRE. — PAGRUS VULGARIS (1).
Le Pagre ordinaire, que j'ai déjà vu s’avancer dans l’Atlantique jusque sur les côtes africaines de Gorée, et que M. Lowe a indiqué comme un des Poissons de Madère, se trouve aussi aux Canaries.
J'en ai un individu long de 0”,383 et qui n’a que 0,106 de hauteur.
Il se nomme Bossi negro. I se pêche jusque par soixante brasses de profondeur.
LE PAGRE ORPHE. — PAGRUS ORPHUS (2).
Cette espèce , que nous croyons rare dans la Méditerranée , se trouve aussi aux Canaries. MM. Webb et Berthelot en ont un individu long de 0", 360 et haut de 0”, 150; proportions qui caractérisent bien le Pagre orphe si on le compare au Pagre ordinaire. J'insiste sur ce caractère parce que M. Lowe a établi, sous le nom de Pagrus rostralus , une espèce dont le nom vulgaire aux Canaries serait Bica , et qu'il croit tenir du Pagrus orphus et du Pagrus centrodontus. Or il ne pourrait avoir donné à une espèce de Pagre ayant de l’affinité avec le Pagrus orphus l'épithète de rostralus. Je crois que celte espèce de Madère n’est autre que le Pagrus vulgaris.
(1) Cuv., Val., Poiss., vi, pag. 142.
(2) Idem, Ibid., pag. 150.
Mais toujours est-il qu'elle serait très-distincte du Pagrus orphus , que M. Lowe ne cite pas d’ailleurs dans son Catalogue des Poissons de Madère.
L'Orphe des Canaries se pêche par les mêmes profondeurs et dans les mêmes lieux * que le Pagre ordinaire.
LE PAGRE DE BERTHELOT. — PAGRUS BERTHELOTI. Nos.
Après ces deux espèces je trouve un grand et beau Poisson du genre des Pagres, et qu'au premier aspect on prendrait pour le Chrysophrys cœruleosticla: en examinant les dents , on est bientôt fixé sur le rang que notre nouveau Poisson doit tenir.
C’est un Poisson à tête cambrée, à museau court et obtus, dont le corps est élevé de l’avant. Sa hauteur fait le tiers de la longueur totale. |
La longueur de la tête est moindre que le quart de celle du corps. L’œil est placé sur le haut de la joue ; son diamètre est compris quatre fois dans la longueur et cinq fois dans la hauteur. Il est éloigné de celui du côté opposé de deux fois ce diamètre. Le frontal antérieur fait comme dans les Pagres une assez forte saillie en avant. Le sous-orbitaire est large et haut. Le préopercule est étroit et élevé ; il a six rangées d’écailles, quelques autres s’avancent sur le limbe et le couvrent en partie : les autres pièces operculaires sont aussi écailleuses, Les dents sont fortes ; en avant, il y a quatre grosses canines coniques ; sur la symphyse, derrière celles-ci, il y en a plusieurs granuleuses, et enfin deux rangées de grosses et arrondies dont celles du rang externe sont plus petites, et au nombre de huit au moins; il n’y en a que cinq au rang interne.
L’ossature de l’épaule est écailleuse. La pectorale est très-grande et a les rayons supérieurs et inférieurs plus allongés que les autres ; mais les premiers, beaucoup plus grands, ne sont contenus que trois fois et demie dans la longueur totale , tandis que ceux du bas le sont au moins neuf fois.
La dorsale est haute de l’avant , de telle façon que le premier et le second rayon , épineux et trèscourts, sont suivis de trois autres aplatis et flexibles dont la hauteur est comprise deux fois et un quart dans celle du corps. Le quatrième est le plus allongé. Le sixième n’est plus que des deux tiers, et le dernier que moitié de ceux-ci.
La caudale est fourchue.
Je ne vois pas d’écailles dans l’aisselle de la pectorale.