‹ Histoire naturelle des Iles CanariesChapitre 42 sur 52 · FORÈTS DE L'ILE DE PALMA · texte numérisé non relu

FORÈTS DE L'ILE DE PALMA

La végétation primitive s'est mieux conservée dans l’île de Palma qu à Ténériffe et dans la grande Canarie; les arbres et les plantes s'y développent avec plus de vigueur; les forêts, en général, s'y présentent en plus grandes masses, et occupent, au-dessus des champs cultivés, un espace considérable. La région laurifere affecte, sur les pentes rapides du nord-est et du nord-ouest, une distribution et des expositions analogues à celles des îles voisines : depuis la vallée de Buenavista jusqu'à la pointe de Juan Aly, elle couvre les versans des - montagnes et les berges des ravins qui rayonnent autour de l'île. Dans les endroits les mieux fournis, cette zone de végétation commence à l'altitude de 1800 pieds, et continue jusqu'à environ 4000 ; mais alors les Fayas et les Bruyères (1) dominent exclusivement audessus des autres espèces. Dans quelques vallées de la côte orientale, les Châtaigniers, qu'on introduisit après la conquête, ont aussi remplacé les bois vierges. A l'occident de Buenavista les premiers gradins des montagnes offrent ‘un exemple de ces changemens; ces grandes plantations garnissent maintenant les bords de ce plateau, se mêlent aux cultures , et les séparent sur plusieurs points des bois indigènes ; mais partout ailleurs la végétation primitive règne encore sans partage, et a conservé tous ses caractères. Le Til (2) est un des arbres les plus abondans, les autres Lauriers sont aussi fort nombreux, et après eux les Mocans et les Aceviños (3) tiennent le premier rang. Parmi les plantes némorales , outre celles que nous avons déjà fait connaître

(1) Myrica Faya et Erica arborea.

(2) Laurus fœtens.

(3) Z'isnea Mocanera et Ilex Canariensis.

pour les autres îles et qui vivent ordinairement dans les forêts, il s'en trouve plusieurs que nous n'avons jamais rencontrées autre part (1). Les bois de Barlovento possèdent aussi une nouvelle espèce d'Echium que nous avons appelée Pininana , du nom que lui ont donné les habitans du pays. Cette belle espèce produit un tyrse chargé de fleurs qui s'élève jusqu'à quinze pieds au-dessus du sol. L'Æypion viscosum, assez rare à Ténérifle, est également très-répandu dans les forêts de la bande orientale où il acquiert le port d'un sous-arbrisseau.

Les végétaux, dans l’île de Palma, ont en général une croissance rapide, et leurs parties ligneuses y prennent de très-grands développemens. Aux environs de La Galga nous avons vu des Viñaticos (Laurus Indica) dont la cime était tellement élevée que les ramiers qui s'y réfugiaient y restaient hors des atteintes des meilleurs chasseurs, malgré la plus forte portée de leurs armes. Dans le district d'Adcaimen, au-dessus du bourg de Saint-André, nous avons mesuré un Til dont le tronc avait plus de quatorze pieds de circonférence.

Mais c'est principalement dans la fameuse Caldera que nous trouvàmes les plus beaux arbres : en présence de ces végétaux séculaires cachés dans la profondeur de cet abime, nous fûmes amplement dédommagés des fatigues et des dangers qu'il nous fallut surmonter pour y parvenir. Tout dans ce vaste cratère vint accroître l'intérêt de nos recherches : surpris d'abord du pêle-mêle de la végétation, nous ne le fümes pas moins à la vue d'un Pistachier (2), dont le tronc avait plus de sept pieds de diamètre, et d'an Genévrier (3), aussi étonnant par les dimensions de sa base que par l'élévation extraordinaire de sa tige. Parmi les Pins, qui croissent confondus avec les Lauriers, les Fayas, les Bruyères et les autres arbres, il y en eut un surtout quifit

(1) Genista splendens, Nob. Genista stenopetala , Nob. et Lotus eriophthalmus, Nob. (2) Péstacia Atlantica.

(3) Juniperus Cedro.

plus particulièrement notre admiration : il avait pris racine sur les bords du torrent qui traverse la Caldera , ses branches robustes s'étalaient en larges rameaux et ombrageaient un immense espace, les plus basses étaient recourbées jusqu’à terre et formaient une voûte de verdure qui eût pu abriter tout un troupeau. Cet arbre si imposant était peut-être contemporain des dernières révolutions qui avaient bouleversé ses alentours; ce fut au pied de son tronc colossal que nous nous établimes pour passer la nuit. De là nous découvrions la plus grande partie de l'enceinte; en face s'élevaient des pics menaçans, des rochers entassés, des montagnes sur d'autres montagnes; des groupes de végétaux, composés d'espèces disparates, garnissaient toutes les berges et couronnaient les masses de basalte dont nous étions entourés, tandis qu'au-dessus régnait l’aridité la plus affreuse. Nous voyions RÀ, pour la première fois, les Dattiers à côté des Pins, et les plantes du littoral mélées avec celles de la haute région. Nous devons en convenir, malgré ce que nous avons déjà dit de, ces lieux et de leur aspect sauvage (1), on n'aura encore qu'une bien faible idée de l'impression qu'ils nous causèrent. Par son caractère grandiose, la végétation de la Caldera porte avec elle le cachet d'une nature indépendante et forte de sa liberté; ses principales beautés consistent dans le gigantesque de ses formes, dans la bizarre dissémination de ses produits, et plus encore dans les contrastes qui résultent de ce désordre de création. (Voyez Atlas, vues phytos., pl. 9.)

(1) Voy. précédemment Géog. descript., p. 12 et 13; et Géog. botan., p.25, 66, et suiv.

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