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Histoire naturelle des insectes

Ce volume renferme l’histoire naturelle des cinq derniers ordres des Insectes aptères-acères , c’est-àdire des Insectes sans ailes et sans antennes, et celle des trois ordres qui composent la classe des Dicères-hexapodes , ou Insectes à six pattes pourvus de deux antennes, dont j’ai donné les caractères essentiels , t. 1 , p. 38 à 42 de cet ouvrage.

Le volume suivant complétera tout l’ouvrage , et contiendra l’histoire naturelle des Dicères-myriapo-

des , ou Insectes pourvus de deux antennes , et d’un

nombre de pattes excédant celui de six.

La collection du Muséum d’histoire naturelle de Paris , m’ayant offert un grand nombre d’individus de cette dernière classe qu’aucun naturaliste n’avait encore entrepris de décrire , je m’y appliquai avec une grande ardeur , il y a quelques années. Après avoir achevé cette tâche laborieuse et recueilli des matériaux nombreux , je disais dans la préface de mon premier volume que cette partie de l’histoire naturelle présentait une lacune presque entière. En effet, on ne possédait alors que ce qu’avaient écrit sur ce sujet Latreille et Leach, qui, d’après l’examen d’un petit nombre d’espèces , avaient établi quelques genres. Mais le volume où je m’exprimais ainsi paraissait à peine lorsque je reçus l’extrait du Bulletin des naturalistes de Moscou , qui m’apprit qu’un naturaliste éminent, M. Brandt , avait fait de la classe des Myriapodes l’objet de ses études spéciales; il promettait dans ce recueil un travail plus complet sur cette partie de l’histoire naturelle ; il instituait

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des genres et des sous-genres bien caractérisés. A la même époque un jeune naturaliste , qui ne connaissait ni le travail de M. Brandt ni le mien , dont il n’avait et dont il n’a encore rien paru, vint me soumettre un mémoire sur une nouvelle espèce deGéophile trouvée dans Paris même. Ce mémoire me parut si bien fait que je l’engageai à le publier et à continuer ses investigations sur cette classe d’insectes. Ce jeune naturaliste était M. Gervais. Depuis , M. Brandt et M. Gervais, l’un dans le Bulletin de l’Académie des sciences de Moscou , l’autre dans les Annales des sciences naturelles, et dans différents recueils, ont publié les résultats de leurs études sur les Insectes dont je m’étais occupé. Plus leurs efforts pour perfectionner cette partie de l’entomologie m’ont paru heureux , plus j’ai désiré en profiter dans la rédaction de cette partie de mon ouvrage. Telle est la cause du retard qu’elle a éprouvé , et que je tâcherai de rendre le moins long qu’il me sera possible.

Quant à la portion de l’ouvrage que renferme ce volume , elle est entièrement , ainsi que l’indique le titre , de M. Gervais , que je me suis adjoint pour collaborateur, lorsque j’eus reconnu combien l’affaiblissement de mes yeux me permettait peu d’espérer de pouvoir vérifier les travaux récemment publiés sur les Acarides , les Épizoïques et les Thysanoures. J’ai l’assurance que le monde savant n’aura qu’à se féliciter de voir resserré dans un si petit nombre de pages l’exposé de tout ce qui a paru jusqu’à ce jour d’observations et de faits sur des Insectes si longtemps négligés des naturalistes, si difficiles à réunir, si pénibles à observer. J’ose espérer aussi qu’on appré-

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ciera le grand nombre d’espèces nouvelles décrites par M. Gervais ; la lucidité de sa méthode ; les aperçus neufs et intéressants dont il a enrichi la science , sans l’encombrer et l’obscurcir par le fastueux étalage d’inutiles innovations dans la classification et

la nomenclature ; genre de mérite , nous l’avouerons, qui nous satisfait d’autant plus qu’il devient tous les jours plus rare.

M. Frédéric Cuvier, aux éloges qu’il a bien voulu donner au premier volume de notre ouvrage lorsqu’il en rendit compte dans le Journal des Savants , a joint un reproche. C’est celui d’avoir méconnu l’importance des considérations anatomiques , en rétablissant dans son intégrité , parmi les Insectes , la classe des Aptères , telle que Linné la composait , moins - cependant les Crustacés , si nombreux , en genres et en espèces, et qui par la nature de leur test, le milieu dans lequel ils vivent , leur appareil respiratoire destiné à agir sur le fluide ambiant , les appendices antenniformes de leur tête , ont depuis Aristote été toujours considérés comme une classe d’animaux voisins, mais différents , des Insectes,,

Nous ne croyons pas que le reproche qui nous a été fait par M. Frédéric Cuvier soit fondé. Nous avons toujours considéré comme occupant le premier rang dans la science les anatomistes et les physiologistes ; les Swammerdam , lesLyonet, les Strauss-Durkheim, les Léon Dufour, les Tréviranus, les Muller, les Hérold, etc.; ce sont eux qui ont fait connaître l’organisation intérieure des insectes, dévoilé les mystères de leurs fonctions vitales, et les merveilles cachées de leurs surprenantes transformations : mais nous avons

dit, et avec raison , ce nous semble , que dans le célèbre et populaire ouvrage de l’illustre Cuvier, laclasse des Arachnides et sa subdivision en pulmonaire et trachéenne , était mal caractérisée , mal définie ; que trop d’importance avait été donnée, dans cet ouvrage, aux appareils de la respiration dans les animaux articulés et à sang blanc ; que de leurs différences il ne fallait pas en conclure une opposition aussi tranchée dans leurs fonctions vitales que celle qu’on avait supposée ; que pour bien saisir les rapports d’analogie qui existaient entre les différents ordres d’insectes , on devait se garder d’en exclure les ordres des Insectes- Aptères de Linné; et que malgré les caractères qui séparaient ces ordres entre eux , il fallait les maintenir dans une même division , éminemment unie par ses affinités à la grande division des Insectes ailés , soit que ceux-ci se trouvent dans leur état de larves , ou dans leur état parfait.

Aujourd’hui le beau travail de M. George Newport, sur les systèmes des nerfs et de la circulation du sang dans les Myriapodes et les Scorpionides (1) , a prouvé ce que j’avais avancé d’après le seul examen des organes extérieurs. M. Newport a , par ses dissections , et ses ingénieuses observations , fait voir qu’il existait des vaisseaux artériens et des vaisseaux veineux , une véritable circulation du sang, dans les Myriapodes et les Scorpionides , aussi bien que dans toutes les autres classes d’animaux articulés. M. Newport a décrit d’une manière aussi claire qu’ingénieuse comment cette circulation s’effectue par le

(1) Newport,, Philosophical transactions , 1843, part. 2, p. 243-302, pi. 12, 13, 14 et 15.

grand vaisseau dorsal que l’on avait cm à tort isolé, et auquel au contraire aboutissent d’autres vaisseaux, clos et distincts, qui pénètrent dans toutes les parties du corps , et opèrent la nutrition et l’accroissement.

Le même anatomiste a aussi démontré comment dans tous les articulés la sensation a lieu par l’effet du double cordon , composé d’une suite de fibres superposées en deux séries longitudinales aboutissant à un ganglion ou renflement, qui est le cerveau, l’organe de la volonté et de la sensibilité. Il a fait voir, par des expériences ingénieuses analogues à celles qui ont été faites il y a plusieurs années sur les nerfs de la tête de plusieurs quadrupèdes , par notre grand physiologiste M. Magendie, les effets produits dans la volonté et la sensibilité de plusieurs espèces de Myriapodes et de Scorpionides , lorsque ces insectes se trouvent privés par l’amputation d’un des lobes de leur cerveau, ou d’une portion de leurs cordons nerveux. Ce n’est pas ici le lieu d’entrer dans de plus grands détails sur le travail de M. Newport et sur les conséquences qu’on en peut tirer pour l’histoire naturelle des insectes dont nous avons entrepris l’histoire; ces considérations trouveront leur place, lorsqu’à la fin de cet ouvrage , nous ferons une revue générale de cette grande classe des Insectes ; que nous la comparerons aux classes des Insectes ailés , et que nous résumerons les faits principaux qui la concernent ; ceux qui sont les plus propres à intéresser les naturalistes, et à hâter les progrès de la science.

Nous avons voulu seulement ici prouver combien étaient incertains les caractères anatomiques sur les-

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quels on a cm pouvoir établir une nouvelle classe parmi les animaux articulés , sous le nom d’ Arachnides , et la séparer des Insectes. Sans doute la grande division des insectes aptères est composée d’ordres plus hétérogènes que ceux des autres classes d’insectes, mais ce n’est pas une raison pour méconnaître les rapports d’affinité qu’établit le caractère unique et général qui les unit entre eux , et les sépare, en même temps , de tous les autres Insectes : celui d’être privés du moyen de s’élever dans l’air; caractère qui les attache à la terre ou aux corps des végétaux et des animaux qu’elle nourrit.

Un des plus éminents zoologistes de nos jours, M. de Blainville, dans un article profondément pensé (1) , d’un de nos dictionnaires des sciences naturelles , a reconnu que le principe fondamental de la mesure du degré de l’animalité était la sensibilité, et sa conséquence la locomotilité ; que « c’était là le véritable zoomètre , puisque ce sont ces facultés qui constituent l’animal. » Nous avons donc eu raison (2) de mettre au premier rang , pour la classification des insectes, les métamorphoses qui sont le développement de l’être ou de la sensibilité , et des organes du mouvement. Par la privation d’ailes, par le défaut de métamorphoses", la classe des insectes aptères se trouve parfaitement caractérisée. L’ordre des Aphaniptères, qui ne se compose que d’un genre, n’étant fondé que sur un des deux caractères qui constituent cette grande classe, pouvait seul en être écarté.

(1) De Blainville. Dictionnaire des sciences naturelles . 1840. In-8°, Supplément, 1. 1, p. 213.

(2) Histoire naturelle des Insectes- Aptères , tome I, p. 8.

Au reste , M. Duméril , qui fut un des premiers coopérateurs de Cuvier , dans ses travaux anatomiques , et qui se distingue surtout par son esprit judicieux et méthodique, n’a jamais admis cette classe des Arachnides et a toujours conservé intacte , dans sa méthode entomologique la classe , des Insectes aptères de Linné (1)®

M. Brandt (2) qui écrivait avant le dernier travail de M. Newport, conclut que par suite des recherches anatomiques de M® Treviranus, on doit à l’exemple de Linné réunir dans la même classe les insectes Hexapodes, les Arachnides et les Crustacés : « Il n’y a pas de doute, dit-il , que par cette méthode d’arrangement, la classification serait simplifiée, et en même temps basée sur des caractères anatomiques et physiologiques communs. On peut même avancer que , en suivant une telle marche , nous obtiendrons des divisions plus analogues aux classes bien établies d’autres animaux, et fondées également sur des différences anatomiques, comme les classes des animaux vertébrés , dont le principe de classification est accepté par tous les naturalistes (3). »

Cependant nous pensons que la classe des Crusta» cés est fondée sur de bons caractères, et doit être séparée des insectes pour former une classe à part Cette classification me paraît être de la nature de celles que M. Brandt signale comme étant acceptées par tous les naturalistes.

(1) Duméril, Considérations générales sur la classe des Insectes , 1823. In-8°, p. 157 et 233.

(2) J. -F. Brandt, Recueil de mémoires relatifs à V ordre des Insectes Myriapodes. Pétersbourg, 184l.In-8°, p. 3.

(3) J. -F. Brandt, ibid.y p. 5, etc.

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