‹ Histoire naturelle des insectes (volume 2)Chapitre 241 sur 1156 · Gamase bordé. ( Gamasus marginatus · texte numérisé non relu

Gamase bordé. ( Gamasus marginatus

Acarus marginatus , Herm., Mem. apterol., p. 76 , pl. 6,

fig. 6.

Cette Mite , dit Hermann, vit sur les cadavres. Elle a été

trouvée sur le corps calleux , près la glande pinéale du cerveau

d’un soldat grièvement blessé ci mort à l’hôpital militaire.

Dugès assure avoir observé la même espèce de Gamase sur une

mouche dont elle suçait le cou.

Hermann, qui avait, au sujet du parasitisme de certains Acarus, des opinions qui n’ont pas toutes été confirmées par les progrès de la science, fait, à propos de Y Acarus marginatus , la digression suivante :

« Le 18 thermidor de l’an II , le peintre qui a dessiné l’espèce précédente , assista à une dissection du cerveau faite par le chirurgien Brasdor, à l’hôpital militaire de Strasbourg. Le sujet avait une forte fracture au crâne ; mais la dure-mère n’avait reçu aucune atteinte. Lorsque les deux hémisphères du cerveau furent écartés , et la pie-mère ôtée , le peintre vit courir sur le corps calleux la Mite dont je viens de donner la description : il la saisit avec des pincettes , l’enveloppa dans du papier, et me l’apporta.

» On dira , peut-être , que cette Mite s’est probablement introduite du dehors ; mais les Mites ne cherchent pas pareils endroits : le crâne avait été ouvert auparavant ; la planche sur laquelle le cadavre avait été posé , ainsi que le local , étaient bien propres.

G. GAMÀSE.

» D’ailleurs , d’autres observations prouvent que des Mites et des Insectes pareils ont été trouvés dans des endroits extraordinaires. On connaît les Mites trouvées dans la conjonctive de l’œil , qu’une femme de Paris avait l’habitude de retirer, avec une aiguille d’argent , aux personnes de son quartier, qui en étaient affectées. Le fait est rapporté dans une lettre du chirurgien du roi Lejeune, insérée dans le Traité de Guillemeau sur les maladies des yeux, répété par Mouffet, Theatr. Ins., p. 267, et par Gendron , Maladie des yeux , t. II, p. 91 , qui raconte aussi à cette occasion que le chirurgien Petit Fa assuré avoir observé le même cas. Les Cirons ou Comédones sont connus , et quoique plusieurs médecins n’aient pas voulu les admettre comme Insectes , mais les aient regardés comme des poils ou des portions de graisse épaissie , il se pourrait fort bien qu’ils eussent le sort des Hydatides , et qu’ils fussent reconnus enfin pour être des animaux. Les Crinons , revendiqués par Chabert , différents peut-être des Comédones , me le font croire : du moins les figures de ces derniers , données par les auteurs , ne sont pas des Ascarides. Les Mites de la gale , dont l’existence est mise hors de doute depuis les observations de Wickmann [Étiologie de la gale , Hanovre , 1786) , ont été trouvées jusqu’ici ailleurs que dans les pustules de la gale ? N’est-il pas possible que certains Insectes soient congenita , et propres à certains animaux et à certaines parties intérieures des animaux, comme les vers ? Estil déraisonnable de croire que , tout comme certains Insectes , tels que les Poux , ne sauraient vivre que sur certains animaux , il en est d’autres qui ne sauraient subsister que dans l’intérieur de certaines parties , ou que , peut-être , leurs œufs ou leurs germes ne peuvent se développer que quand ils ont été portés à ces endroits? Ne savons-nous pas que les Hydatides ne s’attachent qu’à certaines parties , les unes à l’écorce du cerveau , les autres au plexus choroïde , d’autres au mésentère ? Les anguilles de Eoffredi auraient-elles plus de facilité de passer le long des tuyaux du chaume que les germes des Insectes par les plus petits vaisseaux? Ne savons-nous pas d’ailleurs que des substances brutes et grossières , des épingles et d’autres corps se sont montrés, et sont sortis du corps humain à un endroit fort éloigné de la place où ils étaient entrés , et qu’on a de la peine à concevoir comment ils y sont parvenus ? Gomment expliquera-t-on les autres maladies pédiculaires , rares à la vérité , mais toujours bien

AGARIDES.

constatées ? D’où viennent les millions de Poux qui se montrent dès le troisième jour dans la Plica polonica , comme le rapporte le très-exact descripteur de cette maladie , Lafontaine , dans ses Traités de chirurgie et de médecine , imprimés à Bresîau et à Leipsic , en 1792 ? Il est à savoir au reste si ce sont des Poux et des Mites ; car ordinairement les praticiens , et souvent les meilleurs, ont peu de connaissance des Insectes et de l’histoire naturelle en général , et confondent les choses qui ne sont que semblables. C’est ainsi que pendant longtemps les Mites et les Poux avaient été confondus , même par des naturalistes de profession.

» Justamond n’avait peut-être pas si tort de supposer que le virus cancéreux pourrait bien venir des Mites dont les germes , nécessairement beaucoup plus petits qu’elles-mêmes, s’introduiraient par les vaisseaux lymphatiques. Voyez son Traité on Cancer ous disor der, Londres, I 780. Depuis Linné , personne n’a décrit la Mite rejetée avec la matière dyssentérique ; et quoique ce grand auteur dise qu’il n’a trouvé entre la Mite de la farine , de la gale , de la phthisie et de l’hémitritée , d'autre différence que celle du lieu , on peut cependant bien admettre que ces espèces ne sont pas les mêmes , comme il est avéré aujourd’hui que celle de la gale est bien différente , quoique Linné dise qu’il y a à peine trouvé de la différence.

» Ce n’est pas , au reste , la première fois que des Insectes ont été trouvés dans le cerveau. Nelius Gemma , dans son Cos mocritica , p. 241 , rapporte que le crâne d’une femme ayant été ouvert , il y a été trouvé quantité de vermicules et de Punaises ; c’est ainsi qu’il les appelle : c’étaient sans doute d’autres Insectes. On en trouvera probablement plusieurs cas , si on veut se donner la peine de consulter les observateurs. Il est à présumer que certains Insectes ne se trouvent souvent qu'isolés dans le corps humain , et n’y sont pas observés par cette raison , mais qu’ils causent , dans certaines circonstances , de grands ravages et des maladies dont on ne devine pas l’origine ; de la manière que d’autres Insectes vivent sur des plantes pendant plusieurs années sans causer un dommage apparent , mais deviennent un très-grand fléau pour le cultivateur, lorsque certaines causes favorisent leur multiplication.

» En l’an 1787 , le 28 mars , mon collègue Lauth , professeur d’anatomie, me fit voir un petit Insecte trouvé sur la glande pi*

G. GAMASE

tuitaire d’un maniaque décédé à l'hôpital. Tout le monde le prit pour un Morpion ; mais je le reconnus pour une nouvelle espèce de Mite , qui ressemblait assez , par la taille et la couleur, à une espèce [Acarus cellaris) que je retrouve très-souvent , parmi la terre humide , dans les coins de ma cave. »

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