‹ Histoire naturelle des insectes (volume 2)Chapitre 317 sur 1156 · Sarcopte de l’homme. ( Sarcoptes scabiei · texte numérisé non relu

Sarcopte de l’homme. ( Sarcoptes scabiei

(PI. 35 , fîg. 1.)

Blanc ; ponctiforme; corps marqué en dessus de stries en arc de cercle à son pourtour en dessus et de petits mamelons à son milieu ; collier pourvu d’un prolongement postéro-infère spiniforme ; soie médio-latérale médiocre ; abdomen terminé par deux grandes soies, ayant extérieurement auprès d’elles deux paires de soies plus petites, sub-égales; épine basilaire des pattes postérieures simple.

Acarus scabiei , De Géer, Mém. pour l'Hist. des 1ns., VII, p. 94, pl. 5, fîg. 12-15. — ■ Sarcoptes scab., Latr., Généra , I, p. 152. — Fournier, Dict. sc. méd XVII, p. 76 et 251. — Raspail, Ann. sc. d’obs., II, 446, et III , 298, 1830; id., Lancette française , 15 août 1831 ; id., Mém. comp. sur l’Hist. nat. de l’Insecte de la gale ; in-8° ; Paris , 1834; id.. Chimie organique , première édit., 1 , 511 , 1833 , et deuxième édit., II, 598 , pl. 15. — Dugès, Ann. sc. nat., 2e série , III , 245, pl. 11.— -Leroi et Vandenhecke , Rech. miscros, sur VAc. scab., ou Insecte de la gale de V homme , in-8°, 1835 (Extr. des Mém. soc. sc. de Seine-et-Oise) avec 4 pl. — P. Gerv., Ann. sc. nat., 2' série , XV, 9, pl. 2 , f. 8.

Vit dans la gale humaine, dont il est l’origine.

Quoique la gale humaine , p^r ses symptômes , diffère , sous quelques rapports , de celle des animaux mammifères , chez lesquels on l’a étudiée , elle est , aussi bien que chez ces derniers , causée par un Acarides. Cette notion , dès longtemps populaire

G. TYROGLYPHE.

dans le midi de l’Europe , n’est cependant acquise à la science celle de quelques médecins , du moins , que depuis un petit nombre d’années, et comme c’est, pour ainsi dire, un sujet encore à l’ordre du jour, nous n’avons pas craint d’êire blâmé en rapporlant ici l’historique des discussions auxquelles a donné lieu, à différentes époques, le Ciron de la gale.

Quoique les anciens, et particulièrement Aristote, aient connu des Acarides , puisqu’ils font mention de ceux qui se développent sur le vieux fromage , ils n’ont point vu celui de la gale humaine. C’est dans un auteur arabe du douzième siècle , Âbou Merroan Abdel Maleck ben Zohar, plus connu sous le nom d 'Abenzoar, que se trouve le premier indice de cette observation. L’ouvrage de ce médecin a pour titre : Tciisir Elmedouât oua Eltadbir , ce qui signifie : Interpretatio et testificatio medicationis et regiminis. On y lit un passage signalé aux érudits par Moufet, naturaliste anglais du seizième siècle , et dont voici la traduction :

« Il y a une chose connue sous le nom de soab , qui laboure » le corps à l’extérieur; elle existe dans la peau, et lorsque » celle-ci s’écorche à quelque endroit, il en sort un animal ex- » trêmement petit, et qui échappe presque aux sens. »

A ces renseignements, Abenzoar ajoute un système de traitement qui consiste en une tisane de semences de carthame et d'orties , et en onctions ou lotions extérieures avec de l’huile d’amandes amères et une décoction de feuilles de persicaire.

Le Sarcopte était donc connu des Arabes à cette époque , et comme la gale est plus fréquente dans les pays méridionaux , ce fait n’a rien de surprenant ; c’est pour cette raison sans doute que l’auteur italien d’une traduction d’Abenzoar, publiée, pour la première fois , à Venise , en 1494 , remplaça positivement le mot arabe soab , qui veut dire lentes , par celui de pedicelli parvunculi . En Italie , en effet , et dans beaucoup d’autres pays , la connaissance du Sarcopte est vulgaire depuis un temps immémorial , ainsi que de la manière de se débarrasser de ce parasite incommode. Mais alors, comme aujourd’hui, les savants différaient d’opinions sur des faits qui ne font pas le moindre doute pour l’empirisme populaire. Avicenne professait encore sur l’étiologie de la gale l’opinion de Galien , qui devait longtemps sutfire aux médecins de l’Europe occidentale.

Moufet, ainsi que nous l’avons dit , ne lut pas, sans en sentir

ACARIDES.

la valeur, les écrits d’Abenzoar et de quelques auteurs méridionaux sur la gale , et dans son Théâtre des Insectes (1) resté trente ans inédit , il s’exprime ainsi :

« Syro animalculum est omnium minutissimum, solens iny> nasci caseo et ceræ inveteratis et cuti item humanæ... Syroni- » bus nulla forma expressa præter quàm globi : vix oculis capi- » tur ; magnitudo tam pusilla , ut non atomis constare ipsum , » sed unum ex atomis Epicurus dixerit... Ita sub ente habitat, » est actis cuniculis , pruritum maximum loco ingeneret, preci- » pué manibus vel aliis partibus et igni admotis... Hos peculia- » riter vulgus aciculâ extrahit ; sed , cùm non simul tollatur » causa, eorum fomes, persévérât affectio. Itaque præstat un- » guento vel fotu eos occidere , quo simul tollatur pruritus ille » infestissimus. »

Dès 1557, Scaliger, dans son ouvrage contre Cardan , s’exprimait ainsi :

« En écrivant sur l’Acarus d’Aristote , vous l’avez justement » comparé avec le Garapara. Les Padouans le nomment Pedi- » cello , les Turiniens Sciro , et les Gascons , Brigans : sa forme » est globuleuse : il est si petit, qu’on peut à peine l’apercevoir, » et que l’on peut dire de lui qu’il n’est pas composé d’atomes , » mais que c’est l’atome d’Épicure. 11 se loge sous l’épiderme , » en sorte qu’il brûle par des sillons qu’il se creuse. Extrait avec » une aiguille et placé sur l'ongle' , il se met peu à peu en mou- » vement, surtout s’il est exposé aux rayons du soleil. Écrasé en » le pressant entre deux ongles , il fait entendre un bruit, et il » en sort une matière aqueuse. »

Les médecins d’Italie professaient la même opinion , et elle avait même des partisans en France, surtout dans la personne de «Foubert , professeur à Montpellier et élève du célèbre Rondelet.

Vers 1580, Joubert considère le Sarcopte , qu’il nomme Syro , comme la plus petite espèce de Pou , et il dit qu’elle vit constamment sous l’épiderme , où elle se creuse des galeries , à la manière des Taupes, dans la terre, ce qui produit les démangeaisons insurmontables qui sont un des caractères de la gale.

En 1638, plus de trente années après la mort de l’auteur,

(1) Insectorum sive minimorum animalium theatrum , p„ 266. Lon= dini , 1634.

G- TYROGLYPHE.

parut l’ouvrage d’Aîdrovande, dans lequel le sujet n’est pas traité avec moins de lucidité. Les auteurs les plus récents, dit Aldrovande (liv. V, chap. iv, p. 215), ajoutent un troisième genre de Poux de l’homme ; on le nomme Scyro , et vulgairement Pedicello; il rampe entre la peau et l’épiderme, se creusant des espèces des galeries sinueuses et formant des vésicules non suppurantes ; si on crève celles-ci, il en sort des animaux si petits, que l’on peut à peine les apercevoir, si ce n’est quand on est doué d’une bonne vue et à une lumière extrêmement vive. Aldrovande ajoute que , n’ayant pas vu l’Acarus dont parle Aristote , il ne peut pas dire si c’est le même animal que son Pédicello , mais qu’il est porté à le croire différent.

Peu de temps après la publication des indications précises qui viennent d’être rapportées, Hauptmann, médecin allemand, soupçonna que les animalcules que le P. Kircher avait cru voir dans les bubons pestilentiels , pourraient bien être les mêmes Insectes ( riethliesen ) que les Allemands nomment Âcari. Dans une lettre à Kircher, et dans un ouvrage sur les eaux thermales de Wolkenstein , imprimé à Leipsick en 1657, il dit que ces mêmes animalcules , examinés avec le microscope , lui paraissent avoir quelque ressemblance avec les Mites qui naissent dans le vieux fromage. Hauptmann est le premier qui ait donné une figure du Sarcopte : il le représente pourvu de six pattes et de quatre crochets.

Dans les ouvrages de Rédi, l’Insecte de la gale humaine est décrit avec beaucoup plus d’exactitude encore , et même figuré , d’après les observations communiquées à ce savant et célèbre aptérologiste dans une lettre qu’il a publiée comme lui ayant été adressée par le docteur Bonomo, et qui a été depuis réclamée par Cestoni , son véritable auteur.

Cette lettre , écrite en italien, en 1687 , a été traduite en latin par Lanzoni , et insérée, en 1691, dans les Miscellanea naturœ curiosorum. On la trouve en français dans la collection académique , mais l’on y a fondu une autre lettre de Cestoni à Vallisnieri , écrite en 1710. Voici un extrait de cette lettre :

« Tandis que , guidé par vos vues et sous vos auspices , je fai- » sais des expériences sur des Insectes , je lus par hasard , dans » le Dictionnaire de V Académie delta Crusca (1) , que le Ciron

(1) Rédi était un des principaux rédacteurs de ce dictionnaire.

2^2 ÀC ARIDES»

» est un petit ver qui se forme sous la peau des galeux , et dont » la morsure cause une extrême démangeaison ; ayant trouvé » depuis que Giuseppe Lorenzio adopte cette opinion , j’eus la » curiosité de vérifier le fait par moi-même. Je communiquai » ce dessein à M. Hyacinthe Cestoni. Il m’assura avoir vu plu- » sieurs fois des pauvres femmes, dont les enfants étaient ga- » leux , tirer, avec la pointe d’une épingle , des plus petites pus- » tules , avant qu’elles fussent mûres et purulentes , je ne sais » quoi , qu’elles écrasaient sur l’ongle, non sans un petit craque- » ment ; et qu’à Livourne , les galériens se rendaient récipro- » quement le même service. 11 ajouta qu’il ne savait pas avec cer- » titude si les Cirons étaient effectivement des vers. Ainsi , nous » résolûmes tous deux de nous en éclaircir. Nous nous adrcs- » sûmes donc à un galeux, en lui demandant l’endroit où il » sentait la plus forte démangeaison. Il nous montra un grand » nombre de pustules qui n’étaient pas encore purulentes ; j’en » ouvris une avec la pointe d’une aiguille très-fine , et après » avoir exprimé un peu de la liqueur contenue , j’en tirai un » petit globule blanc presque imperceptible. Nous observâmes » ce globule au microscope , et nous reconnûmes , avec toute la » certitude possible , que c’était un ver dont la figure approchait » de celle des tortues; de couleur blanchâtre ; le dos d’une cou- » leur un peu plus obscure , garni de quelques poils longs très- » fins. Le petit animal montrait beaucoup de vivacité dans ses » mouvements. Il avait six pattes , la tête ponctuée et armée de » deux petites cornes ou antennes à l’extrémité du museau.

» Nous ne nous en tînmes pas à cette première observation ; nous » la répétâmes un grand nombre de fois sur diverses personnes , » attaquées de la gale , d’âge , de tempérament et de sexe dif- » férents , et en différentes saisons de l’année ; nous trouvâmes » toujours des animaux de môme figure. On en voit dans » presque toutes les pustules aqueuses ; je dis presque toutes ? » parce qu’il nous a été quelquefois impossible d’en trouver.

« Il est très-difficile d’apercevoir ces Insectes sur la superficie » du corps , à cause de leur extrême petitesse et de leur couleur » semblable à celle de la peau. Ils s’introduisent d’abord par » leur tête , et ils s’agitent ensuite , rongeant et fouillant , jusqu’à « ce qu’ils se soient entièrement’ cachés sous l’épiderme, où il » nous a été facile de voir qu’ils savent se creuser des espèces de » chemins . ou des routes de communication d’un lieu à un

G. TYROGLYPHE.

» un autre; de sorte qu’un seul insecte produit quelquefois plu- » sieurs pustules aqueuses ; quelquefois aussi nous en avons » trouvé deux ou trois ensemble , et , pour l’ordinaire , fort près » l’un de l’autre.

» Nous étions fort curieux de savoir si ces petits animaux » pondaient des œufs ; et après de longues recherches nous eû- » mes enfin la satisfaction de nous assurer de ce fait ; car ayant mis » sous le microscope un Ciron pour en faire dessiner la figure » par M. Isaac Colonello , il vit, en dessinant, sortir de la partie » postérieure de cet animal un œuf blanc à peine visible et «presque transparent; il était de figure oblongue comme un » pignon.

» Animés par le succès , nous recommençâmes à chercher ces » œufs avec la plus grande attention , et nous en trouvâmes » beaucoup d'autres en différents temps ; mais il ne nous arriva » plus de les voir sortir du corps de l’animal sous le microscope.

« Il me semble que l’on peut conclure de la découverte de ces » œufs que les Cirons se multiplient comme les autres animaux » par le concours des deux sexes , quoique je n’aie jamais aperçu » dans ces insectes aucune différence qui puisse faire distinguer » le mâle de la femelle. Peut-être trouvera-t-on dans la suite » cette différence , soit par un hasard heureux , soit par des ob~ » servations plus suivies, plus exactes, et faites avec de meil- » leurs microscopes.

« En considérant toutes ces choses mûrement et sans prévcn- » tion , il me semble qu’on peut révoquer en doute les opinions » des auteurs de médecine touchant les causes de la gale. Parmi » la multitude des anciens , quelques-uns , avec Galien , la font » provenir de l’humeur mélancolique, sans qu’on sache bien en» » core dans quelle partie du corps réside cette humeur ; d’autres , » avec Avicenne , veulent qu elle soit produite par le sang seul; « et d’autres, enfin , par l’humeur atrabilaire, mêlée avec la pi- » tuite salée.

» Quant aux auteurs modernes , quelques-uns , avec Sylvîo « Deleboe , attribuent cette maladie à un acide mordicant exhalé » par le sang ; d’autres , avec Van-Helmont, à une fermentation «particulière, et d’autres aux sels âcres et irritants contenus » dans la lymphe ou dans la sérosité et portés dans la peau par « différents conduits.

» Parmi tant d’opinions je hasarde aussi nies conjectures : APTÈRES, TOME ill I 8

A CA RI DLS.

» j’avoue donc que je suis très-porté à croire que la gale , nom- » mée par les Latins scabies et décrite par eux comme une af- » fection de la peau, et comme une maladie très-contagieuse, » n’est autre chose que la morsure des petits insectes dont j’ai » parlé , lesquels rongeant continuellement la peau y font de )> petites ouvertures par où s’extravasent quelques gouttes de sé- » rosité et de lymphe. Cette sérosité ou lymphe extravasée , » comme les pustules aqueuses dans lesquelles ces vers conti- » nuent à manger, causent une extrême démangeaison ; et lors- » que le malade se gratte , il augmente le mal et la démangeai- » son même ; il déchire non-seulement les pustules aqueuses , » mais encore la peau et les petites veines dont elle est parse- )> mée , d’où suivent de nouvelles pustules , des plaies et les » croûtes qui se forment sur les plaies. En effet , on ne voit ja- » mais de ces plaies dans les endroits du corps où les doigts ne » peuvent aisément atteindre, lors même que ces endroits sont » tout couverts de gale : la seule morsure des Cirons ne produi- » sant que des pustules aqueuses. Du reste ces petits animaux se » glissent sous la peau par tout le corps ; mais ils se rassemblent » en plus grande quantité dans les articulations , parce qu'ils » s’introduisent et se nichent avec facilité dans les plis de la « peau. En quelque partie qu’ils soient d’abord logés, il s’en » trouve bientôt dans les mains , et surtout entre les doigts ; car » en grattant les parties où l’on sent la démangeaison, les ongles » rencontrent des Cirons qui ne peuvent en être entamés , parce » qu’ils ont la peau très-dure , et ces Cirons se glissant sous les » ongles et se faisant des routes sous la peau, se nichent plus » facilement entre les doigts que partout ailleurs, et s’y font des » espèces de nids où ils déposent leurs œufs en si grande quan- » tité qu’un petit nombre de Cirons suffit pour couvrir bientôt » tout le corps.

» Il me semble que ce que j’ai dit jusqu’ici peut servir à ex- » pliquer pourquoi la gale est si contagieuse. Les Cirons passent » aisément d’un corps à un autre parle seul contact de ces corps; » car ces petits animaux ayant une extrême agilité et n’étant pas » tous continuellement occupés à se creuser des passages sous » l’épiderme, il s’en trouve souvent quelques-uns sur la superficie » de la peau , et ils sont très-prompts à s’attacher à la première » personne qui se présente ; et en quelque petit nombre qu’ils » aient été reçus ils multiplient prodigieusement en pondant des

G. TYBÜGLYPHE.

» œufs, li ne faut pas s’étonner non plus de ce que la gaie se » communique par le moyen des linges et autres hardes qui ont « servi aux personnes galeuses ; car il peut y rester quelques Ci- » rons. Ils vivent même hors du corps jusqu’à deux ou trois «jours, comme j’ai eu lieu de nfen assurer plusieurs fois par » l’observation. On comprend aussi comment la gale se guérit » par les lessives , les bains et les onguents composés de sel , de » soufre . de vitriol , de mercure simple , précipité , sublimé et » d’autres semblables drogues corrosives et pénétrantes; car ces » préparations s’insinuent dans les cavités les plus profondes, dans » les labyrinthes les plus reculés de la peau et y tuent infaillible- » ment les Cirons , ce qu'on ne peut jamais faire en se grattant , >> quoiqu’on fasse des plaies assez considérables , parce que » les Cirons ne peuvent guère être entamés par les ongles et » qu’ils échappent par leur extrême petitesse. Les médicaments » internes n’agissent pas non plus sur ces petits animaux , et l’on «est toujours forcé de revenir aux onguents dont je viens de » parler pour parvenir à une parfaite guérison.

» Il arrive aussi qu’après avoir fait usage des remèdes externes « pendant dix ou douze jours et s’être cru totalement guéri, on « voit bientôt reparaître la gale comme auparavant : Cela vient » de ce que l’onguent n’a tué que les Cirons vivants et n’a point » détruit les œufs déposés dans les cavités de la peau comme dans » des nids , où , venant à éclore , ils renouvellent le mal; c’est « pourquoi on fait très-bien de continuer l’usage des onguents « pendant quelques jours après que la gale a disparu : cette pra- » tique est d’autant plus facile qu’on peut composer ces on- » guents avec des parfums très-agréables , comme avec de la pool- » made jaune de fleur d’oranger ou de rose incarnate mêlée d’une « quantité convenable de mercure précipité rouge. »

Les Acta eruditorum pour 1682, et les Transactions philosophiques pour 1703, contiennent aussi des notices relatives au Sarcopte , mais qui sont loin de valoir la précédente.

Linné s’occupa du même insecte, et il lui donna le nom d 'Acarus humanus subcutaneus , puis celui c VAcarus scahiei qui a prévalu, malgré Terreur assez singulière du célèbre naturaliste suédois, qui ne tarda pas à considérer l’Acarus de la gale humaine et ceux du fromage et de la farine , comme autant de variétés d’une même espèce. Geoffroy et surtout De Géer combattirent celte manière de voir, elle second, dans ses Mémoires

ACAIUDES.

pour servir à l’Histoire des Insectes , décrivit avec soin l’animal qui nous occupe , et il en donna une figure fort exacte. « C’est , suivant la phrase caractéristique de De Géer, une Mite arrondie, blanche , à courtes pattes roussâtres avec un très-long poil aux quatre postérieures et dont les quatre tarses antérieurs sont en tuyau terminé par un petit bouton . »

Nyander, dans une dissertation inaugurale sur les Exanthe mata viva , soutenue sous la présidence de Linné ^ avait cependant, en 1757, des idées fort justes sur l’Acarus de la gale, dont il indiquait même la véritable retraite au bout des sillons sous-épidermiques et non dans la vésicule. « Acarus sub ipsâ pustulâ , est-il dit dans cette thèse, minime quœrendus est ; sed longiùs recessit; sequendo rugam cuticulœ observatur ; in ipsâ pustulâ progeniem déposait , quam scalpendo offringimus et disseminamus , ita cogente natura. »

Morgagni , Othon Fabricius , et quelques autres savants du Nord , s’étaient occupés, après les méridionaux dont nous avons parlé , de ce petit animal , mais les contestations auxquelles il devait donner lieu n’étaient pas encore terminées ; l’école de Paris qui , à l’exception de Geoffroy, ne s’en était point encore occupée , devait remettre en doute tout ce que les observations précédentes avaient démontré.

La thèse , habilement faite , de M- Galès (1) devait être la cause de ces nouvelles discussions. Attaché , comme élève interne , à l’hôpital Saint-Louis, où l’on traite les galeux, ce médecin fit des recherches sur la cause de leur mal, et, comme presque tous ses prédécesseurs , il accepta l’opinion que l’Acarus en est la véritable origine , opinion qu’il soutint dans sa thèse inaugurale en même temps qu’il signalait les données thérapeutiques auxquelles elle conduit. M. Galès combat avec raison dans ce travail l’opinion admise par quelques personnes que l’ Acarus est parasite des pustules , mais qu’il n’en est pas la cause (2). Une figure, dessinée avec beaucoup de soin par M. Meunier , l’un de nos bons peintres de zoologie , est jointe à la thèse du nouveau docteur.

( i) Essai sur le diagnostic de la gale , sur ses causes et sur les conséquences médicales et pratiques à déduire des vraies notions de cette maladie. ( Faculté de Paris , 1812.)

2) Dix ans avant, M. Walekenaer s’était exprimé ainsi à cet égard : « Il Y Acarus scabiei se trouve dans les uleères de la gale. Il pénètre

G. TYROGLYPHE.

« Je ne puis disconvenir, dit celui-ci à la page 24, que la » figure que je donne ne soit fort différente de celle de Cestoni , » Etmeller, De Géer et autres. Qu’en conclure ? que les Cirons » de la gale , décrits par les autres observateurs , n’existent pas « réellement? Je n’oserais le dire; je consentirais plutôt à re~ « connaître plusieurs espèces de cet Insecte. C’est un parti que « je prends volontiers, surtout pour me concilier avec De Géer, » à l’opinion duquel on ne peut se dispenser d’ajouter foi ; je «crois même avoir rencontré deux fois sa Mite, mais morte, » et ne pouvant prêter à un examen suffisant.

» Voici un autre sujet de différent avec le même naturaliste. » Parmi les descriptions accompagnées de figures qu’il a don- » nées , celle de la Mite de la farine se rapporte si exactement à » l’Insecte que j’ai trouvé dans la gale , qu’il me serait impossible de le décrire autrement; ce qui semblerait absoudre » Linnœus du reproche qu’on lui fait d’avoir regardé ces deux » Cirons comme des variétés Fun de l’autre. Je me suis donc «trouvé dans l’obligation d’examiner si la Mite de la farine est « réellement la même que celle que j’ai trouvée dans les pustules » de la gale. Quoique en les observant comparativement au mi- » croscope, je n’aie pu contredire l’idée que la description et la » figure de De Géer m’avaient fait naître, l’analogie semblait re~ » pousser leur similitude ; ainsi il n’y avait que l’expérience qui » pût décider. En conséquence , je pris des Mites de la farine , « je les plaçai dans un verre de montre sur mon bras et les y » laissai une nuit : aucune d’elles n’entra sous ma peau , ne l’en- » tama, ni même n’en changea l’apparence. On verra bientôt » qu’il n’en est pas ainsi des Mites de la gale. »

On doit peu s’étonner, d’après ce qui précède , que M. Raspail ait reconnu , en 1829 (1) , que l’Acarus représenté par M. Galès n’était autre que celui du fromage ou de la farine ; mais , si à la même époque, cet observateur nia l’existence des véritables Sarcoptes chez les individus atteints de la gale , c’est qu’au lieu de

entre les rides de la peau , et y cause une forte démangeaison et des pustules, et l’analogie avec les vésicules aux gales, qui surviennent aux plantes par la piqûre des Insectes, semble prouver que celui-ei est la cause et non le produit de la gale. » Faune parisienne , Il , /p/l; 1802.

Ajoutons que les autres naturalistes, français et étrangers, conservèrent aussi cette opinion, la même que Geoffroy avait déjà soutenue, i) Ann, des se. d'observation , t. Il , 44^»

ACARÏDES.

leschercher dans les sillons, comme l’avait indiqué Nyander,illes cherchait dans les vésicules elles-mêmes. Cette manière de voir fut cependant admise par quelques personnes. Aussi M. Lugol , M. Biet et beaucoup d’autres médecins, qui n’étaient pas au courant de la partie zoologique de la question, niaient-ils tout à fait l’existence des vrais Acarus psoriques; singulière opinion dont M. Vallot fut un des champions les plus favorables à M. Galès, lorsqu’il soutint devant l’Académie de Dijon , et publia , en 1829, dans les actes de cette société savante, que les prétendus Cirons de la gale ne sont autre chose que des Cirons domestiques observés sur des individus pustuleux, et que leur malpropreté expose seule ces derniers aux insultes des Mites, qui vivent alors sur eux aussi bien que sur le fromage.

Mais un fait qui paraît bien positif, c’est que l’Acarus ne réside pas dans la pustule ; cependant M. Galès , en cela plus heureux que ses prédécesseurs, avait , dit-il, retiré des pustules ellesmêmes plus de trois cents Acarides , et il assure que l’habitude avait fini par lui apprendre à distinguer au premier coup d’œil les boutons qui en recelaient ! Ce n’est donc pas sans raison que M. Raspail accuse ici M. Galès d’avoir « fait le plus joli tour d’étudiant qu’on puisse imaginer » en substituant l’Acarus du fromage à celui de la gale humaine ; mais il a tort de nier que la gale soit le produit d’un Insecte. Cette dernière opinion cependant ne tarda pas à être généralement admise , et elle le fut , dans l’école de Paris du moins , jusqu’à ce qu’une nouvelle thèse, soutenue par M. Renucci, vint remettre le sujet en discussion et convertir les plus incrédules , M. Vallot excepté.

<c Comme Cestoni, comme Cassai , dit M. de Blainville dans un » rapport très-savant fait à l’Académie des sciences sur ce nouveau » travail, M. Renucci est né dans un pays (la Corse) dont la tein- » pèrature est fort élevée, dont la masse de la population est pau- » vre et vit dans un état dégoûtant de malpropreté et de privations , » et où , par conséquent , la gale est presque générale ou endé- » mique. Comme eux, il a vu les galeux , et surtout les mères à » l’égard de leurs enfants , enlever un à un les Acarus à l’aide » d’une épingle, sachant très-bien que, dans cette maladie plus » que dans toute autre, le précepte causa sublatâ, tollitur effec- » tus, est de la plus exacte vérité...’.. C’est ainsi qu’il est parvenu » à pouvoir, à volonté et autant de fois qu’on le désire , trou- » ver et extraire les Acarus sur les galeux, et surtout sur

G. TYROGLYPHE. 9JQ

» ceux qui n’ont pas encore commencé ie traitement antipso- » rique (1). »

L’Acarus de la gale a été depuis lors fréquemment étudié à Paris , et son étude a donné lieu à plusieurs publications nouvelles de la part de MM. Baude (2), Sédillot (3), Raspail (4), etc. M. Aubé (5) ajoute, comme cause de communication des Sarcoptes, et, par suite, de la gale , le genre de vie nocturne de ces Insectes C’est en effet de nuit qu’ils font le plus souffrir; la chaleur du corps du patient, sa tranquillité , etc. , sont autant de causes de l’activité plus grande alors de ces Acarides ; aussi couche-t-on rarement avec des galeux sans en prendre le germe de leur maladie.

La gale elle-même est donc une maladie symptomatique , et les traitements externes suffisent pour la guérir en quelques jours. Elle peut , au contraire , ainsi que les maladies vermineuses, durer indéfiniment si l’on n’y fait pas attention , ce qui a souvent lieu quand elle est peu intense, le prurit étant alors très- supportable et , assure - 1- on , agréable pour quelques personnes. C’est ainsi, au rapport de M. Galès, que M. Peyrilhe fait mention d’un homme qui ne voulut pas qu’on le guérît de la gale, de peur d’être privé de cette singulière jouissance. Dans la Basse-Bretagne, l’une des anciennes provinces de France où la gale peut être regardée comme endémique, les habitants se plaisent, également d’après M. Galès, à porter des chemises neuves; ils vendent comme vieilles celles qui , par l’usage, ont acquis quelque souplesse , et le tissu rude et grossier des toiles dont ils les font leur procure, par l’effet du frottement, un soulagement exempt des lésions et de la cuisson douloureuse dont Faction des ongles est ordinairement suivie.

Sur presque tous les points du globe , même dans des archipels à peine fréquentés par les navigateurs, on a constaté des cas de gaie, souvent même en grand nombre. Le Sarcopte de la gale n’est pas la seule espèce d’Acaride qui soit parasite de notre espèce. En Europe on en a même constaté de plusieurs genres,

C 0 Nouv. Ann. Mus. Paris , t. TV, p. 21 3.

^2 Journ. des Conn . médicales , i8^4*

(3 Acad. sc. , i834- 4 Chimie organique, 2® édition.

;3 ; Thèses de la Faculté de médecine de Paris , i836, n° 60.

ACAR1DFS.

sans parler des Ixodes , Argas , etc. En effet, nous avons parlé plus haut ( p. 225 ) d'un Dermanysse qui a été trouvé sur une femme , et nous verrons plus loin , dans YAcarus folliculorum , notre genre Simonea , une preuve bien plus certaine de cette assertion. L’étude comparative des diverses variétés de gales donnerait peut-être des Sarcoptes différentes, surtout s’il était possible de la faire dans des pays éloignés. D’autres maladies de peau en fourniront sans doute aussi quand elles seront mieux connues , le Prurigo en particulier : Bateman figure même deux parasites du Prurigo senitis , dans la planche 6 des Délinéations of the cutaneous diseases comprised in 1 fie collection of the laie Dr. tVillan ; in-4 , 1815(1).

J’ai trouvé en grand nombre, sur un Maki de la ménagerie du Muséum qui était galeux , des Acarides du genre Sarcopte fort semblables, dans leur apparence générale, à celui de l’homme. Je ne pourrais cependant décider à présent de leur véritable identité. La gale de plusieurs autres espèces d’animaux est de même produite par la présence d’Acarides , et nous avons décrit plusieurs des animaux qui roccasionnent. Ils sont d’espèce particulière, quelques-uns même de genre différent. Il est à regretter qu’on n’ait pas fait connaître les caractères des Sarcoptes du Phascolome dont M. Duméril (2) parle en ces termes : « Nous avons vu ceux d’un Phascolome de la Nouvelle-Hollande attaqué d’une sorte de gale qui s’est communiquée à plusieurs des aides-naturalistes du Muséum, lorsqu’ils étaient occupés à préparer la peau de l’un de ces animaux qui avait succombé et dont on a conservé la dépouille. »

Page 1