‹ Histoire naturelle des insectes (volume 2)Chapitre 65 sur 1156 · MUS · texte numérisé non relu

MUS

» Les orbites (sans doute les cavités des crystallins ) , où étaient contenus ces douze yeux , sont dans un état parfait de conservation. Un des petits yeux (yeux latéraux? ) , et le grand œil ( œil médian?), du côté gauche ont conservé leur forme en même temps que leur cornée qui est plissée. L’intérieur est rempli d’une substance terreuse.

» Les mandibules sont également très-distinctes , mais elles sont dans une position renversée ; chacune offre trois dents saillantes , et si l’on examine l’une d’elles , sous un grossissement convenable, on y voit les poils qui recouvrent la lame cornée dont elle est revêtue.

» Les anneaux thoraciques qui paraissent être au nombre de huit, et ceux de la queue , sont trop disloqués pour que l’on en puisse facilement distinguer le nombre, mais ils diffèrent de ce que l’on observe dans toutes les espèces connues. La vue de la face dorsale a été obtenue en taillant la pierre par la face postérieure.

» On voit très-bien dans la fig. 2 , l’animal par sa face inférieure et le palpe droit terminé par les pinces qui caractérisent ce genre Cette pince et l’abdomen sont séparés par une graine fossile carbonisée, d’une espèce commune dans la formation houillère.

» L’enveloppe cornée de ce Scorpion est dans l’état de conservation le plus extraordinaire, car elle n’est ni décomposée ni carbonisée. La substance propre, chitine ou èlytrine , qui composait probablement cette enveloppe , comme les élytres des Scarabées, a résisté à la décomposition et à la minéralisation. Elle se détache facilement , et elle est élastique , translucide et cornée ; deux couches la constituent, dont chacune a conservé la structure qui lui est propre, l’extérieure est rugueuse , très-opaque, et d’une couleur noir brun;

(l) Trans . du musée de Bohême , avril j[835.

SCORPIONIDES.

lu couclie interne au contraire est plus molle , de couleur jaune , moins élastique ; elle est organisée du reste comme la lame externe. On voit, à l’aide du microscope, que chacune de ces deux lames est formée de cellules hexagonales , séparées par de fortes cloisons, d'espace en espace , elles sont traversées par des pores toujours ouverts , et qui présentent chacun une aréole enfoncée , ayant à son centre une pelite ouverture qui sert d’orifice à une trachée. Ou voit dans la figure 7 , 1 impression des fibres musculaires, destinées à mettre les pattes en mouvement.

» Toutes les analogies déduites des espèces actuelles nous permettent de poser en fait que la présence de grandes espèces de Scorpions est un indice certain de la température élevée du climat sous lequel ils habitent ; et cette conséquence est parfaitement en harmonie avec l'aspect tropical des végétaux auxquels le Scorpion est associé dans le terrain houiller de Bohême.»

M. Bronn signale le genre scorpion parmi ceux dont on a trouvé des espèces dans le succin.

MM. Hemprich et Ehrenberg ont résumé ainsi les résultats de leurs études , relativement à la distribution géographique des Scorpions :

Les Centrants sont Américains ; il y a aussi des Buthus en Amérique, mais l’Europe n’a pas d’animaux de ces deux genres. On ne lui connaît que des Androctonus et des Scorpius , et dans ses parties australes seulement. Les Androctonus et les Buthus sont les seuls Scorpions de l’Afrique boréale et de l’Asie occidentale. »

Voici les résultats auxquels nous sommes arrivé dans notre travail sur les mêmes animaux :

Les Scorpions sont soumis à l’une des règles les plus générales de la géographie zoologique. L’Amérique , dans ses parties chaudes ou tempérées , n’a aucune des espèces de l’ancien monde , et comme ces animaux s’avancent peu vers le nord, on comprend que

G. SCORPION

la différence des espèces du nouveau et de l’ancien continent soit un fait complètement vrai pour ce groupe d’ Arachnides. Dans chaque continent , la dispersion des espèces paraît assez étendue : la Colombie nous a fourni une ou deux espèces de la Guyane ; l’Europe , l’Asie et l’Afrique ont deux espèces communes , mais dans leurs régions méditerranéennes seulement.

Le premier groupe des Scorpions ou les Androctones ne nous a fourni que des espèces de l’ancien monde : une seule en Europe , celle qui lui est commune , avec l’ouest de l’Asie et le nord de l’Afrique ; quelques-unes en Asie , et un plus grand nombre en Afrique. Madagascar ne nous a donné jusqu’ici qu’une seule espèce , laquelle est un Androctone (1).

Les recherches de MM. Hem prich et Ehrenberg, et plus récemment celles de M. Koch, ne leur ont fourni que des espèces américaines de Centrants .

Les Atreus sont de l’ancien et du nouveau monde ; on n’en a pas observé en Europe. Ceux d’Amérique sont les plus variés en espèces.

Les Telegonus sont de l’Amérique ; une espèce de la Nouvelle-Hollande (5c. squama , p. 64) se rapproche beaucoup de leur groupe ; ils ne sont pas nombreux en espèces.

Les Buthus proprement dits sont d’Afrique, d’Asie, et de l’Amérique septentrionale.

Les Chactas ou le Scorpio maurus et espèces voisines sont de l’Amérique chaude.

Les Scorpius habitent l’ancien monde , dans l’hémisphère boréal et principalement dans la région méditerranéenne.

(1) M. Koch donne le Scorpio bnhiensis de Perty comme un Androctonide du genre qu’il nomme Tùyus. Voyez p.-3().

SOORPIONIDES»

Au contraire , il ny a pas d ’lschnurus dans la même région, ceux-ci provenant de l’hémisphère austral, en Afrique , ou de l’Inde , dans ses îles et sur le continent , et même de l’Amérique septentrionale.

On ne peut rien conclure encore au sujet des Scorpions fossiles ; ce que l’on en a dit a même besoin d’être revu d’une manière comparative.

CHÉLIFÈRES.

On ne doit y reconnaître qu’un seul véritable genre, mais subdivisé avec raison par Leach et d’autres auteurs en deux groupes , dont nous ferons des sousgenres.

Genre GHÉLIFER. ( Chelifer .) (1)

Corps multi-articulé , scorpioïde, sans prolongement uroïde de l’abdomen, sans queue, sans aiguillon, ni appendices pectiniformes de l’appareil génital. Anneaux de l’abdomen sub-semblables.

Appendices masticateurs et ambulatoires comme dans les Scorpions.

Deux ou quatre yeux sur le bouclier céphalothoracique en une ou deux paires; point d’yeux médians ou du vertex.

Respiration trachéenne.

Reproduction ovipare.

Taille beaucoup plus petite que celle des Scorpions.

(l) Chelifhr , Geoffroy, Ins. des environs de Paris , II,6l8. — Faux Scorpions , De Géer, VII, 3^9 — Latreille , Généra , I, 182. — Leach, Trans. linn. soc., XI ; id. , Zoolog . miscellany , t. III. ■ — Hermann, Mèm. aptèrol. ■ — De Théis , Ann. sc. n., ire série, t. XXVII. — Koch et Hahn, die Arachn,; iid,, Deutschl. Crust., Myriap, und Insekten.

G. GHELTFER.

Les Chélifères , qu'on appelle également Pinces, vivent clans les mêmes pays que les Scorpions et se voient aussi clans des régions où l'on ne rencontre point ces derniers. ïl y en a fort avant dans le nord de l'Europe et partout leurs habitudes sont les mêmes. Ces petits animaux se tiennent à la surface du sol humide sous les plantes herbacées ou sous la mousse ; il y en a aussi dans les forêts , sous Fécorce de certains arbres, et il en est d’autres espèces qui fréquentent les habitations et se fourrent souvent dans les papiers, les livres ou les herbiers. Ces Pinces ont été des premières connues , leur analogie avec les Scorpions a frappé de tout temps les observateurs ; Aristote , en parlant du Scorpion , dit qu’il a des pinces , comme en a aussi, ajoute-t-il, cette petite espèce de Scorpion qui s’engendre dans les livres (. Hist . liv. iv, chap. vu). Ailleurs il dit que les Scorpions de cette sorte, qu’il nomme otopîitcùôyjç , sont extrêmement petits et n’ont pas de queue. M. Pouchet, dans son traité d’histoire naturelle (1), dit qu’on en a trouvé qui étaient parasites de la mouche domestique. Hermann avait déjà observé un fait analogue.

Pendant longtemps, les animaux qui nous occupent ont conservé le nom de Scorpions, et Aldrovande qui lésa reconnus pour être ceux dont avait parlé Aristote, les appelle Scorpio lîbrarius . Swarmmerdam en a également fait mention comme de petits Scorpions sans queue , mais dans la description qu’il en donne il ne leur assigne que six pattes. Pour Frisch , ce sont des Araignês- Scorpions. Geoffroy accepta cette dénomination et de plus il établit pour recevoir les ani-

(1) Zool. clciss., Il, 216; ï 84 1 »

76 SCORPIONIDES.

maux qu’il indique et qu’il appelle aussi des Pinces , un genre particulier sous le nom de Chelifer.

En 1778 , De Géer admet ce genre, mais en remplaçant par celui de faux Scorpions le mot Pinces qui dénote une partie même des Chelifer et lui semble pour cette raison devoir être repoussé.

Ces insectes étaient d’abord pour Linné des Acarus et dans la Faune suédoise il en parle sous le nom d 'Acarus cancroides ; plus tard dans la douzième édition du Systema natures , il les reporta parmi les Phalangium. Roesel en avait fait plus heureusement des espèces du genre scorpio , ce qu’adopta Fabricius , et c’est en se guidant d’après les mêmes considérations que ce célèbre entomologiste , que Latreiile, dans son Généra crustaceorum , tout en adoptant le genre Chelifer comme distinct de celui des Scorpions, le rapporte néanmoins, à la même famille, celle des Scorpionides. Plus tard , il fit passer les Ghélifères dans l’ordre des Arachnides trachéennes et les Scorpions dans celui des pulmonaires.

Pour Illiger, le mot O hisium remplace celui de Chelifer; mais en 1814, Leacb, considérant que les Pinces ont deux ou une seule paire d’yeux , donna à chacun des mots Chelifer et Obisium une signification particulière , chacun d’eux s’appliquant alors à un genre de ce groupe.

Nous devons encore citer parmi les auteurs qui ont le plus avancé nos connaissances au sujet des Pinces , Hermann , Leach , et MM. Savigny, de Théis , Hahn et Koch, qui ont fait connaître aussi plusieurs espèces de ces animaux.

Le nombre des espèces de Pinces européennes que l’on connaît est présentement assez considérable , et

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