Histoire naturelle des insectes
Ce volume , qui termine l’histoire naturelle des Insectes Aptères, que je m'étais engagé à compléter lorsque j'en ai commencé la publication il y a dix ans, est divisé en deux parties.
La première renferme l’histoire naturelle des Myriapodes. J’en ai confié la rédaction à l’habile naturaliste qui, dans ces derniers temps, a le plus contribué aux progrès de cette branche de l’entomologie. Les descriptions que j'avais faites de ces animaux, et le plus grand nombre des espèces de la collection du Muséum de Paris qui avaient servi de matériaux à mes descriptions, lui ont été communiquées.
J'ai rédigé la seconde partie, qui, sous le titre d’Additions à l'histoire naturelle des Insectes Aptères, est une révision de tout l'ouvrage. Cette révision m’a paru nécessaire pour accomplir, dans toute son étendue, la promesse que j'avais faite dans ma préface. Je remarquai alors qu’il n’existait, sur la classe des Insectes Aptères, aucun ouvrage qui présentàt sous une forme méthodique l’ensemble des connaissances acquises. Depuis cette époque, ces connaissances se sont, en très-peu de temps, considérablement accrues. J’ai toujours eu soin de me tenir au Courant des travaux faits sur cette branche de l’entomologie , et j'ai tâché, occasionnellement, d'en accroître le nombre par mes observations personnelles. J'ai trouvé dans mes manuscrits, dont quelques-uns étaient écrits depuis longtemps , les matériaux nécessaires pour le compléter, et je n’ai eu, en quelque
sorte, qu’à les réunir ou àles extraire.
APTÈRES, TOME IV, a
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A En
L’intervalle de temps qui s'était écoulé entre la composition du premier et du second volume de cet ouvrage, m'avait déjà forcé de terminer le second volume par un assez long supplément. Je le rédigeai de manière à ce que tous les articles ajoutés pussent être facilement reportés aux pages et aux endroits de l'ouvrage qu’ils étaient destinés à rectifier, ou à augmenter. J’en ai usé de même pour ce dernier supplément, et j’en ai assujetti tous les articles à la classification de toutes les parties de l’ouvrage, de telle sorte qu’on puisse, en le lisant, recourir facilement au supplément général pour les additions et les rectifications qu'on doit y faire, et qu’en prenant connaissance de ce supplément, on ait la faculté de retrouver les pages qui doivent précéder les articles qu'il contient ; pages qu’ilest nécessaire de relire pour bien comprendre ces - articles. Je ferai remar quer que la découverte de nouveaux genres et des études plus approfondies, m'ont engagé à modifier, pour da troisième fois, la classification des séries naturelles des genres d'Aranéides. Ce nouveau classement , qui est fondamentalement le même que les précédents, sera, je crois, utile à ceux qui voudront commencer l'étude de ces Insectes, comme à ceux qui y ont déjà fait quelques progrès. (Voyezl’article54 du Supplément, p.521-23.)
Conformément à la classification que j'ai exposée précédemment (t. I, p. 38-43), l’histoire naturelle des Insectes Aptères se termine par celle des Myrr4pones. Cette troisième et dernière classe se divise en deux ordres, les Chilognathes et les Syngnathes, mieux nommés Diplopodes et Chilopodes. Ces deux ordres
ii] se rapprochent par une tête pourvue d'antennes, et qui est distincte du reste du corps; par les nombreux segments dont ce corps est formé, et le grand nombre de pattes dont il est pourvu. Isdiffèrent cependant beaucoup entre eux, par leur organisation et par des caractères essentiels. Les Diplopodes ont des antennes courtes , les Chilopodes ont des antennes allongées. Les Diplopodes ont le corps convexe et arrondi, à segments entourés d’un tégument dur; les Chilopodes, au contraire, ont le corps aplati, ou peu convexe, recouvert en dessus et en dessous de plaques coriacées. Les Diplopodes ont les pattes courtes, fines et faibles, des mouvements lents ; les Chilopodes ont des pattes fortes, plus ou moins allongées , ils sont vifs et agiles. Les premiers se rapprochent le plus des Crustacés par leur enveloppe dure; les seconds, des Aranéides par leur derme mou et flexible. Mais c’est surtout par les organes importants de la manducation que ces deux ordres diffèrent l’un de l’autre : chez les premiers, trèssimples et peu puissants; chez les seconds, forts et compliqués. Aussi les premiers sont-ils rongeurs et lignivores; les seconds, rapaces et insectivores.
C’est principalement par ces organes de la bouche que les caractères par lesquels j'ai différencié ces deux ordres sont insuffisants. Je les ai entièrement omis-pour les Chilopodes ou Syngnathes (voyez t. I, p. A3). À l’époque où j'ai rédigé cette partie de mon ouvrage je me trouvai embarrassé pour caractériser aussi brièvementiqu’il était nécessaire les bouches de deux grands ordres de Myriapodes.
Les entomologistes n’ont jamais été d'accord sur
la manière de considérer les diverses pièces de la bouche de ces Insectes, et sur les noms qu'on doit donner à chacune d'elles : tous ont été plus ou moins préoccupés du désir de coordonner systématiquement cette nomenclature avec celle qu’on emploie pour les Insectes hexapodes ; tous se sont montrés désireux d'exprimer par des mots inventés, ou composés, les résultats de leurs observations. Ge point de vue est utile et philosophique, sans doute; il jette du jour sur ces transformations successives que la nature opère dans les organes des êtres de toutes les classes et de tous les ordres; il nous montre comment elle pourvoit aux nécessités de l’existence, en variant sans cesse les moyens; comment elle reste fidèie à un plan régulier, constant dans ses bases, en lui faisant subir des modifications infinies.
Mais en adhérant trop strictement à ces considérations, on a rendu la nomenclature incertaine et la science plus difficile ; car on n’a pas toujours observé le développement des organes de la même manière, et tiré les mêmes conclusions d'observations semblables. 11 est donc nécessaire pour bien comprendre le langage des naturalistes qui nous ont précédés, et même pour ne pas laisser d’incertitude dans les descriptions que renferme notre ouvrage, de présenter l’analyse des organes de la manducation des deux ordres d’Insectes, objets de nos investigations, et d'appliquer à ces organes, comme nous avons fait dans les autres classes , les noms les plus clairs , les plus ordinaires, et kes plus propres à désigner les fonctions qu'ils sont destinés à remplir ; et de faire cohnaître aussi ceux que les naturalistes
+ eur ont donnés ; de fixer ainsi pour ces animaux la synonymie de la terminologie.
Si l’on met sous ses yeux une grande espèce de Chilopode , un Scolopendre, on remarquera d’abord que la tête qui en forme le premier segment est aplatie et est couverte en dessus d’un tégument coriacé et poli. Ce tégument, sous lequel se trouvent les organes de la manducation, est pour nous le chaperon.
À l’extrémité antérieure de ce chaperon sont les antennes et de chaque côté, et au-dessous du premier article des antennes, sont les veux.
Si on renverse l'insecte sur le dos, on verra que le chaperon se replie et forme à la partie supérieure un hémicycle ayant au milieu de sa courbure une petite échancrure arrondie ; cette partie du chaperon qui, par son bourrelet, enserre et protége tous les organes de la manducation est la /évre supérieure.
Derrière cette lèvre sont deux pièces oblongues articulées, transversalement dentées en scie et dures à leur extrémité, qui servent à diviser, à mâcher la nourriture, ce sont les mächoires.
Derrière les mâchoires sont deux pièces mobiles, épaisses, inclinées, mais articulées en longueur ou de bas en haut, qui ont quatre plis plutôt que quatre articulations, et qui montrent que ces pièces sont suscepübles de s’allonger et de se raccourcir pour faire agir la partie terminale qui est plus large, arrondie postérieurement , coupée en plan à l’intérieur. Ges deux pièces servent évidemment à retenir, à pressurer la nourriture rompue par les mâchoires, auxquelles elles se superposent, et à introduire l'aliment
VJ dans le pharynx. Ces deux pièces sont pour nous les palpes maxilliformes.
A la base de ces palpes sont, du côté interne, deux appendices allongés, pointus et droits qui, occupant l'entrée du pharynx, y retiennent, y rassemblent la nourriture. Ces appendices, unis par leur base, forment un organe bifide qui est la langue.
Au devant et comme superposées à ces deux pièces se trouvent soudées deux véritables palpes, formées d'articles étroits, allongés, cylindriques, composés de quatre articles ou plutôt de trois si l’on considère leur partie basilaire soudée, mais les deux articles qui composent cette partie basilaire sont fusiformes et cylindriques, pareils aux autres, et n’ont nullement la forme d’une lèvre. Ces palpes, terminés par une petitegrifle, sont les palpes labiaux.
À toutes ces pièces superposées les unes aux autres se trouve superposée, mais plus reculée encore à sa base, une dernière et grande pièce qui les cache toutes presque entièrement , et qu’il faut enlever ou abaisser pour observer les autres. Cette pièce est la lèvre inférieure ; elle est échancrée à son extrémité, et dans cette échancrure, armée de dents. De chaque côté de cette lèvre inférieure émane une pièce composée de quatre articles larges, forts à leur base, diminuant de grandeur vers leur extrémité et terminés
par un fort onglet mobile, très-pointu, percé en des- - sous pour laisser échapper le venin, semblable à l’onglet des Aranéides. Ges deux pièces qui composent les plus apparents, les plus puissants de tous les organes de la manducation sont les mandibules. Par leur onglet, dont la tige est cylindrique, forte et cornée,
Vi} les mandibules des Chilopodes ont la plus grande analogie avec les mandibules des Aranéides, mais celles-ci se meuvent de haut en bas et perpendiculairement ; les mandibules de Chilopodes se meuvent horizontalement et latéralement. Les mandibules des Aranéides sont articulées dans la partie supérieure de la tête sous le derme du corselet et du chaperon ; et sous le bandeau, elles couvrent et cachent, en dessus et en avant, les autres parties de la bouche qui, en dessous, sont à découvert et étalées les unes à côté des autres. Les mandibules des Chilopodes , au contraire , émanent de la lèvre inférieure qui est sous la tête, et cachent, avec la lèvre, toutes les parties de la bouche qui sont superposées les unes aux autres.
La lèvre inférieure qui sert de base aux mandibules, n'est pas, comme les autres organes, attachée au premier segment du corps ou à la tête; ces organes sont soudés ensemble et au chaperon. Lorsqu'on soulève celui-ci et qu’onle rejette en arrière pour distinguer et disséquer les parties de la bouche, alors toutes les parties supérieures de la bouche, excepté la lèvre inférieure qui les recouvrent, se soulèvent avec le chaperon , y restent attachées , et se font voir dans leur position naturelle, superposées les unes aux autres; la lèvre inférieure et les mandibules restent seules et détachées, et se montrentcomme une continuation du second segment du . Corps, qui, échancré à sa partie antérieure et plus large que celui qui le suit, pourrait être considéré comme le corselet de J’Insécte. Ce segment projette de chaque côté une patte, qui, dirigée en avant et
vil]
à côté des mandibules, sert à les soulever dans la marche, ainsi que toute la tête. Ces pattes plus petites que toutes les autres, ne dépassent pas la lèvre inférieure ou l'ouverture de la bouche, et la pointe de l’onglet des mandibules; de sorte quequand cet onglet se replie, la patte sert à maintenir et à presser la proie contre cette pointe : cette première paire de pattes devient alors un auxiliaire des organes de la manducation. Le derme coriacé du second segment entoure et serre fortement la base de la lèvre inférieure, et par conséquent des mandibules. Ainsi on pourrait dire que ce qui distingue les mandlibules des Aranéides de celles des Diplopodes , c’est que les premières sont céphaliques et les secondes pectorales.
Il est inutile pour notre objet de pousser plus loin l'analyse des organes de la manducation des Chilopodes, et de faire connaître les noms que l’on a donnés aux différents compartiments de chacun de ces organes limités par les enfoncements et les saillies qu’on y remarque, ainsi que les variations de formes, et quelquefois l’oblitération de quelques-unes de leurs parties; toutes choses qui peuvent servir à caractériser les genres et les espèces. Mais il est nécessaire,
-pour justifier les noms que nous avons donnés à ces organes, de décrire comment s'opère par leur Cire l'acte de la manducation.
L'animal commence par saisir, tuer et rompre sa "ler au moyen de ses mandibules; puis il l’introduit en entier ou par morceaux sous sa lèvre sûpérieure, où elle est brisée et mâchée entre les dents des deux mâchoires cornées ‘transversales, et retenue et ma-
cérée par le bourrelet de cette lèvre : la proie est prise ensuite et lubréfiée par les deux larges et plates extrémités des palpes maxilliformes qui la triturent de bas en haut ét en dessous ; tandis que les mâchoires et la. lèvre l’attaquent en dessus et sur les côtés. Les deux palpes labiaux qui entourent les palpes maxilliformes la retiennent entre ceux-ci, qui sont, ainsi que tous les organes masticatoires , pressés par la grande lèvre inférieure ; celle-ci, agissant par ses dents contre la langue bifide, donne un dernier degré de trituration à la substance alimentaire, et aide cette langue, et les palpes labiaux, et les ganglions mobiles des palpes maxilliformes, à introduire enfin cette substance, ainsi préparée, dans le pharynx et dans le canal alimentaire.
Ainsi les organes de la manducation des Chilopodes se rapprochent beaucoup de ceux des Insectes hexapodes; ils sont même plus développés et composés d’un plus grand nombre de pièces. 11 n’en est pas de même des Diplopodes, qui non-seulement s’éloignent beaucoup, sous ce rapport, des Insectes hexapodes, mais aussi des Chilopodes. Les Diplopodes ont une bouche très-simple, composée d’un petit nombre de pièces, et ce caractère, en les éloignant des Insectes masticateurs et déglutinateurs, les place parmi les Insectes rongeurs et suceurs. Si on examine la tête d’un lule ou d’un Gloméris, on verra qu'elle est en dessus pourvue d’yeux et d’antennes; son chaperon est échancré et denté dans son bord intérieur, mais ne se reployant pas en dessous où sont les organes de la manducation et n'ayant pas de bourrelet, il n’a réellement pas de
lèvre supérieure. Sous le chaperon se trouvent, comme dans les Chilopodes, des mâchoires larges, arrondies, mais ayant des dents peu aiguës à leur extrémité interne, Ces mâchoires épaisses, distinctement divisées en deux portions par une articulation médiane, ont des tubercules, ou dents imbriquées, dans la convexité de leur extrémité supérieure. Ces mâchoires ne sont pourvues d'aucun palpe et ont sous ce rapport de l’analogie avec les mandibules des Insectes hexapodes ; il convient donc d’appeler ces organes, mndchoires mandibulaires.
Une lèvre inférieure grande, large et échancrée à son extrémité couvre aussi la bouche en dessous dans les Diplopodes comme dans les Chilopodes ; cette lèvre et les mâchoires mandibulaires sont les seules pièces de la bouche. Il n’y a pas chez eux d’autres organes de la manducation ; il n’y a pas non plus d'organes de préhension ni d'attaque,
Dans une famille de Myriapodes nouvellement découverte et décrite par M. Brandt (1), nous voyons des organes de la manducation très-différents de ceux de tous les genres de Chilopodes et de Diplopodes, ce sont ceux des Polyzonides ou Syphonophores.Ges Insectes se rapprochent des Chilopodes par leur corps aplati, maisils s’en éloignent par tousles autres caractères de leur organisation qui les rapprochent des Diplopodes,parmilesquels M.Gervaislesa, suivantnous,
justement maintenus. Ils forment le passage d’un
(1) Brandt. Recueil de mémoires relatifs à l'ordre des In-
sectes Myriapodes. Saint-Pétersbourg , 1841; in-8, p. 45-
51. -- Newport. Transact. of the Linnean Society, 1844; in-4, p. 278.
di ww.
X] ordre à l’autre, mais leurs organes de la manducation les éloignent de ces deux ordres. Ils n’ont ni lèvre supérieure, ni lèvre inférieure, ni mandibules, ni mâchoires : leur très-petite tête offre un ovale plus ou moins allongé ou pointu à son extrémité inférieure qui, avec trois pièces soudées entre elles , forment un sucoir. Cette anomalie rend l’ordre des Diplopodes plus difficile à caractériser ; mais en maintenant ces
* Insectes dans cet ordre il faut y avoir égard dans le caractère général qu’on doit lui assigner.
Après avoir terminé cette étude de la bouche des Myriapodes en général, il nous sera facile de rectifier et de compléter les caractères donnés précédemment aux deux ordres de Myriapodes, t. I, p. 43, et en nous conformant à la nomenclature que nous avons adoptée pour la classe des Aptères-acères , qui, de tous les Aptères, ont pour les organes de la bouche le plus d’analogie avec les Myriapodes
Drpcopopes. — Bouche pourvue d’une lèvre inférieure et de deux mächoires mandibulaires, ou d’un sucoir de plusicurslames réunies.
Cæiropones. — Bouche pourvue d’une lèvre inférieure et de deux mandibules en pinces monodactyles, d’une lèvre supérieure, de deux mâchoires, de palpes maxilliformes et de palpes labiaux.
Après ces détails sur les organes de la manducation, il ne nous reste plus pour l'intelligence des auteurs qui nous ont précédés qu’à faire connaître les noms presque toujours impropres, suivant nous, par lesquels les auteurs ont désigné ces organes, les uns parce qu’ils ne les connaissaient qu’imparfaitement; les autres, par suite d’un système contraire
Xi] g à la clarté du langage. Ce ne sont pas Îes rudiments ou les indices des organes des êtres soumis à nos investigations dont nous devons nous préoccuper, mais ce sont ces organes mêmes qu'il faut décrire tels qu'ils se montrent à nos yeux, et non pas tels que des analogies, quelquefois fausses ou trompeuses, nous montrent comment la nature aurait pu les produire si elle ne les avait pas faits tels qu’ils sont. Dans les Chilopodes, l’arceau du chaperon ounotre lèvre supérieure, ainsi nomméeaussi par M. Brandt (1), a reçu de M. Newport une dénomination distincte ; il le nomme labrum ou lèvre antérieure (2). La pièce dentée, qui est immédiatement sous la lèvre supérieure, qui pour nous et pour M. Newport sont les mâchoires, sont nommées par Fabricius, Latreille , Savigny et M. Brandtles mandibules. Les palpes maxilliformes sont pour Fabricius les mâchoires qui sont doubles; pour Latreille c’est une {évre quadrifide dont les deux divisions latérales sont plus grandes, annelées transversalement, semblables aux palpes membraneuses des Chenilles, manière de voir qui n’est pas celle des premiers écrits de Latreille, mais qui a été suggérée par le mémoire de M. Savigny sur les Insectes apiropodes. Savigny dans nos palpes maxilliformes, voit une première paire de mâchoires et dans notre langue bifide, deux secondes mâchoires, les quatre formant ensemble
(1) Brandt. Recueils de Mémoires relatifs à l’ordre des Insectes myriapodes ; Saint-Pétersbourg, 1841 ; in-8°, p. 18.
(2) Newport. Monograph of the class Myriopoda, Trans. of the Linnean Society. 1844, in-4, vol. XIX, p. 301, pl. 33, fig. 8.
xii} une lèvre inférieure (1); parce qu’il fallait à Savigny, comme dans les Orthoptères ou dans son Insecte modèle, trouver dans les Myriapodes quatre mâchoires et une lèvre inférieure. Nos palpes maxilliformes sont nommées simplement par M. Newport palpes maxilluires et la pièce bifide allongée qui est à sa base est aussi par lui et par nous nommée langue. Cependant M. Newport a mieux que Savigny suivi les développements successifs des Myriapodes, mais il s’est bien gardé d’assujettir sa nomenclature des organes à la configuration du fœtus de l’Insecte (2).
M. Brandt nomme mächoires nos palpes maxilliformes; mais, dit cet habile naturaliste, ces mâchoires semblent exercer les fonctions de palpes quiparaissent destinés , avec la lèvre supérieure , à prendre les aliments pour les apporter aux mandibules (mâchoires), et en même temps les retenir. La lèvre inférieure de M. Brandt est ce que nous avons nommé la langue.
Les palpes superposés aux palpes maxilliformes que nous avons nommés palpes labiaux sont pour Fabricius les palpes antérieurs; pour Latreille simplement les palpes; pour M. Savigny une première lèvre auxiliaire. M. Newport nomme labium pourvu de palpes, les deux articles basilaires et soudés de nos palpes, observant qu’ils correspondent à la première lèvre auxiliaire de Savigny , mais sans adopter cette dénomination dans l’explication de ses planches.
(1) Savigny. Mémoires sur les animaux sans vertèbres. 1816, in-8, p. 45, 85 et 86.
(2) Newport. Monograph of the class Myriapoda, dans
Trans. of the Linnean Society. 1844, in-4, vol. XIX, p. 297, 301 et 302, pl. 33, fig. 6, 7 et 8.
xiv AN À à
Notre lèvre inférieure et les fortes mandibules monodactyles qui enémenegi sont pour Fabricius le {abium et les palpiposteriores, la lèvre inférieure et les palpes postérieures. Pour Latreille ce n’était d’abord qu'une lèvre inférieure , mais ensuite c’est pour lui une seconde lèvre formée par une seconde paire de pieds dilatés et joints à leur naissance et terminés par un fort crochet mobile. M. Brandt s’est réuni, en partie, à Latreille, et considère de même les mandibules de Chilopodes, « comme une espèce de première paire de pattes transformées, qui, par leur fonction, doivent être adnumérées aux organes de la bouche (1), auxiliaires ou accessoires. Ces définitions sont encore dues à l'influence du mémoire de Savigny. Celui-ci nomme cette lèvre inférieure une se- conde lèvre auxiliaire, et pour son Insecte idéal la première lèvre auxiliaire est la première paire de pattes, la seconde lèvre auxiliaire est la seconde paire de pattes, et ce qui est réellement la première paire de pattes dans le Scolopendre est la troisième dans ce système. M. Newport s’est garanti de telles influences , et après avoir savamment décrit le développement du Scolopendre depuis la sortie de l'œuf, il n’hésite pas à voir, ainsi que nous, dans ce qu’on a appelé les pieds-mächoires du Scolopendre de véritables mandibules (2). Latreille et plusieurs entomologistes modernes ont donné le nom de forci-
(1) M. Brandt. Recueil , etc., p. 29.
(2) Newport, Transactions ofthe Linnean Society; 1844, in-4°, t. XIX, p. 289 : « These are the structures which afterwards become the immense forcipated foot-jaws, the true mandibles of the perfect animal, and which arethe ana-
: L XV pules aux mandibules monodactyles des Chilopodes comme aux mandibules didactyles des Scorpionides: et la lèvre inférieure des Scolopendres est souvent nommée par M. Gervais lèvre forcipulaire.
Pour les Diplopodes, dont les organes de la manducation sont beaucoup plus simples, il y a moins de divergences dans la terminologie.
Le chaperon tient pour tout le monde lieu de lèvre supérieure.
Les mâchoires mandibulaires de ces Myriapodes sont pour Fabricius, Latreille et Brandt de véritables mandibules, et notre lèvre inférieure recoit aussi ce nom. Il n’y a pas pour ces auteurs d’autres organes de la manducation, dans cet ordre, excepté dans les espèces qui ont un sucoir que Fabricius et Latreiïlle n’ont point connues, Maïs cette pénurie d’organes n’a pas arrêté M. Savigny. La lèvre inférieure du Iule terrestre est divisée par des sillons en quatre compartiments terminés par des tubercules ou des dents, et et il n’hésite pas à voir, dans ces compartiments d’un même organe, deux premières mâchoires et deux secondes mâchoires, toutes soudées ensemble et formant cette lèvre. C’est ainsi qu’il a trouvé la bouche des Iules toute conforme à celle des Scolopendres et à celle de son Insecte idéal. Si Savigny avait connu les Myriapodes suceurs, il aurait trouvé plus de facilité pour sa théorie; mieux que dans la lèvre indivisible des Diplopodes rongeurs, les pièces du suçoir des Diplopodes suceurs lui eussent fourni ce dont
logues of the strong mandibles ofInsects.» Et p. 301, à l’explication de la planche 33, fig. 4, 9, il dit : « The femoral joints of the great mandibles or foot-jaws. »
XV) Ma ,
ilavait besoin pour voir en eux tous les organes de son Insecte idéal, puisque dans les trompes et les soies des Lépidoptères et des Diptères il retrouve les mandibules, les mâchoires, la langue, les lèvres supérieures et inférieures, et les palpes des Orthoptères, des Coléoptères, des Hyménoptères, des Névroptères, de tous les Insectes broyeurs et masticateurs. M. Brandt a observé très-bien que dans les Iules la réunion particulière des mâchoires et de la lèvre inférieure dans une lame destinée à broyer les aliments, prépare en quelque sorte le passage des Diplopodes rongeurs aux Diplopodes suceurs.
Je l’ai dit, ces considérations sont ingénieuses, et jusqu’à un certain point vraies et utiles; mais elles deviennentnuisibles quand on traduit, ou plutôt quand on travestit, par elles, les observations, et quand par la trop grande importance qu’on y attache, on les fausse et on les dénature. Comme c’est par des observations sur les organes de la manducation que, suivant nous, l'étude des Myriapodes peut obtenir les progrès les plus solides et les plus certains, j’ai cru devoir m’attacher à bien définir ces organes et à faire disparaître les difficultés, que ceux qui voudront s’adonner à cette étude pourraient trouver à bien comprendre les auteurs qui en ont écrit. |
Paris, ce 15 avril 1847.
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Considérations générales sur les Myriapodes.
Les Myriapodes sont des animaux articulés terrestres, pourvus de pieds articulés plus nombreux que ceux des autres classes et dont le nombre varie depuis dix à douze paires jusqu’à cent cinquante et au delà. Tous respirent par des trachées comme les Insectes, mais leur corps n'est divisible qu’en deux parties : 1° la téte qui porte une paire d'antennes, les yeux lorsqu'ils existent, et les appendices buccaux, et 2° le tronc, formé d’anneaux semblables ou presque semblables, variables dans leur forme et dans leur composition suivant les différentes familles, simples ou complexes, presque tous pourvus d’une paire de pieds (Ghilopodes ou Syngnathes) ou de deux paires (Diplopodes ou Chilognathes), et non séparables en anneaux thoraciques et abdominaux. Le dernier des anneaux porte l’orifice anal.
Organisation des Myriapodes. — Les deux grands groupes des Myriapodes, c’est-à-dire celui des espèces qui ont l’organisation des Scolopendres, et celui des
2 x nsc he.
espèces qui ressemblent davantage aux Jules, diffèrent beaucoup entre eux. Aussi la catégorie des Myriapodes n’a-t-elle qu’un très-petit nombre de caractères communs. Les détails que nous allons donner sur l’organisation de ces animaux auront pour résultat de nous bien faire comprendre les différences qui distinguent l'un des groupes, ou les Chilopodes, de l’autre, celui des Diplopodes. Il en résultera cette démonstration que les Myriapodes constituent bien plutôt deux classes d'Entomozoaires que deux ordres d’une seule et même classe.
1. La forme extérieure de ces animaux rappelle toujours plus ou moins celle des Chenilles ou des Vers, eten particulier celledes Néréides. Les Myriapodes du même groupe que les Scolopendressontles plus semblablesaux Vers chétopodes, et, principalement, aux Néréides; ceux de la catégorie des lules et des Glomeris ressemblent au contraire davantage aux Crustacés dont ils ont même les segments résistants. On les a souvent rapprochés des Cloportes.
Dans les deux cas, les Myriapodes ont la tête séparée du reste du corps, et celui-ci est composé d’une série de segments variables en nombre et plus ou moins semblables entre eux ; ces segments sont quelquefois trèsmultipliés, et, lorsqu'ils le sont le plus, ils tendent à prendre un caractère de plus en plus uniforme. C'est ce que l’on voit dans les derniers genres de chaque grand groupe : les Tules, les Polyzonies et les Géophiles. Au contraire, chez les Scutigères, et même chez les Lithobies, qui commencent la série des Ghilopodes, les anneaux ne se ressemblent pas tous, surtout en dessus; les Polydèmes, parmi les Diplopodes, ont aussi les deux parties constituantes de leurs an-
neaux moins semblables entre elles que celles des Iules, et le second ainsi que le dernier segment des Gloméris diffèrent beaucoup des segments intermédiaires qui se ressemblent entre eux. La position des organes génitaux varie ; ils sont placés sous les premiers anneaux dans les Jules et les Glomeris, relégués au contraire à l'extrémité postérieure du corps dans les Scolopendres et dans les familles voisines. Tous les segments du corps quisuivent la tête peuvent être pédigères, souvent même ils sont quadripédigères, c’est-àdire pourvus de deux paires de pieds chacun. C’est le cas de la plupart des segments chez les lules, les Polydèmes, les Glomeris, les Polyzonies, etc.; mais il nous semble que chaque segment est alors formé lui-même par la réunion de deux anneaux , soit inégaux comme dans les Polydèmes , soit égaux comme dans les Iules. L’agencement des éléments constituants de chaque anneau a permis de diviser les Chilognathes en trois groupes ( Monozonies, Trizonies, appelés aussi les Bizonies, et Pentazonies). Mais ces particularités de la composition élémentaire de chaque anneau peuvent être interprétées d’une manière plus uniforme ; c’est un point sur lequel nous reviendrons ailleurs.
Ï n’y à chez aucun Myriapode d’anneaux abdominaux distincts du thorax. Cependant quelques Diplopodes ont à leur partie postérieure, au devant de l'anus, un petit nombre de segments apodes.
Quant aux pieds, leur composition est assez simple, sauf néanmoins chez les Scutigères, dont les tarses sont décomposés en une multitude de petits articles, ce qui les à fait appeler Schizotarses. Les pieds des autres Myriapodes ont six articulations et un ongle terminal simple. Certains de ces animaux ont jusqu’à
cent cinquante paires de ces organes, et même plus; mais dans chaque grand groupe les premiers genres n’en ont qu’un petit nombre : tels sont les Pollyxènes, qui commencent la série des Diplopodes, et les Gloméris, qui se placent avant les Zéphronies et Polyzonies ; tels sont encore les Lithobies et les Scolopendrelles, celles-ci dans le groupe des Géophiles , celles-là dans celui des Scolopendres.
2. Les sens ont également une complication en rapport avec le rang qu'occupent les Myriapodes dans leur propre classe. Nous parlerons principalement de ceux de l’odorat, dont les antennes sont le siége, et de la vue. Plus compliqués dans les premières espèces, ils se dégradent de celles-ci aux dernières. Les yeux sont surtout remarquables sous ce rapport.
Tous les Myriapodes ont des antennes, ce qui aurait dû les faire séparer des Arachnides auxquelles on les a quelquefois réunis , et ils n'ont, comme les Insectes hexapodes , qu’une seule paire de ces organes, caractère qui les éloigne des Crustacés, ces derniers en ayant le plus souvent deux paires.
Les antennes des Diplopodes ont une disposition toute spéciale et qui les fait bien reconnaître. Elles sont composées dans presque tous les cas de sept articles inégaux entre eux ou plus ou moins égaux, et elles affectent une disposition moniliforme ou subclaviforme. Leur longueur n’est jamais considérable et quelquefois même elles sont assez courtes, comme cela a lieu dans certains animaux de la famille des Iules. Leur dernier article est habituellement moins grand que les autres et souvent à demi inclus dans le pénultième. M. Newport (1) a fait connaître un Iule
(1) Philos, trans. royal soc. Lond,, 1844.
dont les antennes s'étaient recomplétées après avoir été mutilées: Jai cité (1) un Lysiopétale ( Julus plicatus , Guérin ) qui avait huit articles aux antennes au lieu de sept , mais peut-être par anomalie.
Les Diplopodes palpent avec leurs antennes, qu'ils tiennent le plus souvent arquées et dont le segment terminal est souvent glanduleux.
Les antennes des Chilopodes sont toujours plus ou moins sétiformes ou finement moniliformes, et le nombre de leurs articles est bien supérieur à ce qu'il est chez les Diplopodes. Les Géophiles qui présentent le nombre minimum en ont quatorze; les Scolopendres et les Cryptops en ont en général de dix-sept à vingt ; les Lithobies en ont à peu près quarante , mais encore semblables entre eux et moniliformes , tandis que dans les Scutigères, où le nombre est extrême, ces articles sont de plusieurs sortes : les trois basilaires submoniliformes, les suivants trèscourts, réunis entre eux de manière à former une longue partie sétiforme, et articulée, au moyen d’articles à peu près semblables aux premiers , à une autre portion également sétiforme , mais plus grêle. Les antennes des Chilopodes qui occupent le premier rang, ont donc le plus grand nombre d'articles connus, et ce nombre va en diminuant à mesure qu’on passe des Scutigères aux Lithobies , de celles-ci aux Scolopendres, et des Scolopendres aux Géophiles , qui sont les derniers animaux de ce groupe. Fréquemment les deux antennes des Scolopendres différent entre elles par le nombre de leurs articles.
Nous avons constaté sur des Polydèmes , des lules, des Lithobies et des Scolopendrelles que le nombre
(1) Ann, sc, nat., 3e série, t. IT, p. 59.
des articles des antennes augmente à mesure que ces animaux approchent de l’âge adulte. Ce nombre dans l'animal parfait peut fournir de très-bons caractères.
Les yeux des Myriapodes n’ont pas encore été anatomisés d’une manière spéciale, mais ils paraissent avoir la structure des yeux simples des Insectes, quoiqu'ils soient en général groupés en nombre plus ou moins considérable et de manière à simuler des yeux composés. Ceux des Scutigèressontréellement des yeux composés. Les yeux manquent dans certains genres: Gloméridèmes , Polydèmes, Blaniules, Cryptops et Géophiles. Il n’y en a qu’une seule paire dans les Stemmiules, Platydèmes et Scolopendrelles. Les Polyzonies en ont trois paires en série. Les Scolopendres en ont quatre paires en un petit groupe. Ceux des Gloméris sont plus nombreux, mais en série liire. Enfin, ils sont plus nombreux encore, réunis sous une figure variable , et souvent polygonaux dans les Zéphronies , Craspédosomes, lules, Lysiopétales, Spiroboles , Spirostreptes et Lithobies.
Il y a des particularités concordantes remarquables entre la disposition ou le nombre des yeux des Myriapodes et le développement du système nerveux; de telle sorte que les espèces supérieures , dans chacune des séries qui constituent cette classe d'animaux, sont en général les mieux douées sous ces deux rapports, tandis que chez les espèces inférieures, également dans chaque série, le système nerveux est moins complet et les yeux moins nombreux ou même nuls. On verra ailleurs que les Myriapodes inférieurs sont aussi dans leur groupe ceux qui ont les segments du corps les plus nombreux et les plus uaiformes, caractère auquel se joint aussi celui d’avoir les pieds les plus multipliés.
Là
On n’a pas constaté expérimentalement la présence de l’ouie chez les Myriapodes ; mais il existe chez les Gloméris à la base externe des antennes, entre cellesci et les yeux, une petite fossette que M. Brandt consi- dèrecomme étant peut-être unorgane d’audition. Cette fossette se voitégalement sur les Zéphronies et les Glomeridesmus. On, trouve encore un indice de la même disposition dans certaines espèces exotiques de Tules ou de Polydèmes, mais d’une manière moins évidente.
3. On à dit assez souvent que le canal digestif des Myriapodes formait un tube droit, et par conséquent sans replis, depuis la bouche jusqu à l'anus (1); mais cette assertion n’est pas exacte. Ainsi que M. Brandt l’a vu dans les Gloméris (2) et comme nous avons pu nous en assurer dans ces animaux et dans les Zéphronies ou Sphérothères, le canal digestif est presque double de . la longueur totale. Après l’œsophage, qui est court, commence un ventricule chylifique ou estomac duodénal qui est ample, long , et donne insertion postérieurement aux vaisseaux biliaires. Cet estomac est continué par un intestin grêle, assez court, recourbé en ansé à la partie postérieure du corps, et dont la portion qui revient en avant débouche elle-même dans un intestin plus gros qui remonte le long de l’estomac, pour redescendre ensuite jusqu'à l'anus, vers lequel son diamètre s’est considérablement rétréci. L’intestin des Gloméris et des Zéphronies a donc près de trois fois la longueur du corps, ou du moins il décrit deux courbures et suit trois directions différentes.
La définition de canal rectiligne paraît mieux con-
(1) Cuvier et Duvernoy, Anatomie comparée, t. V, p. 246 et d'autres auteurs.
(2) Archives de Muller.
S MYRJAPODES,
venir à l'intestin des Iules(1). Ceux-ci ont un œsophage court, dilaté postérieurement en jabot, et suivi de l'estomac duodénal ou ventricule chylifique, qui est séparé du jabot par un étranglement cylindrique et, sans papilles à l’intérieur. Sa longueur égale les deux, tiers de celle du tube digestif. Il est suivi par un intestin gréle, un peu large dans le principe, mais qui se rétrécit promptement en un canal court et étroit ; le gros intestin qui est plus long a presque le diamètre de l'estomac.
Dans les Lithobies (2), l’œsophage et le jabot ne forment qu'un même tube d'un diamètre uniforme, cylindrique, enveloppé par ei glandes salivaires, et atteignant à peine la seconde plaque dorsale. M. Marcel de Serres et Treviranus n’admettent point l’existence du jabot, mais l’analogie fait supposer à M. Léon Dufour que cette première poche gastrique existe néanmoins, et que si elle n’est pas plus prononcée c'est que les aliments n’y séjournent que peu de temps et en petite quantité, ce qui ne nécessite pas l'existence d’une dilatation sensible. Une valvule annulaire donne
entrée dans le ventricule chylifique ou estomac duo-
74] Sénal qui est assez ample , forme à lui seul les deux
+ tiers de la longueur du tube digestif et donne posté- * rieurement naissance aux canaux hépatiques.
*L se
L'intestin, bien moins large et cylindroïde, paraît
cannelé suivant sa longueur, lorsqu'il est vide, et qu’il
. se contracte sur lui-même; avant de se terminer à l'anus, il offre un cæcum à peine sensible.
L'appareil digestif des Scutigères (3) diffère peu de
(1) Treviranus, Vermischte Schriften,—Ramdobr, pl. XV, fig. 1. (2) Marcel de Serres, Treviranus, Léon Dufour. (3) Léon Dufour, loco cit.
ne -
ORGANISATION. 9 celui des Lithobies. L’œsophage y est d’une brièveté extrême ; Je’ jabot n’est qu'une faible dilatation; la partie stomacale est cylindrique ‘et occupe environ les trois quarts de la longueur du corps; un peu avant la terminaison du rectum , il existe une sorte d'appendice cœcal.
Dans le Geophilus Gabrielis, nous avons trouvé un développement plus considérable encore de la partie stomacale du tube digestif, eu égard à la longueur du corps. Là non plus ce tube n’est pas complétement droit ; il décrit une anse fort évidente quoique assez courte dans sa partie intestinale proprement dite, un peu après sa première moitié (1).
k. Ainsi qu’on en a déjà fait la remarque, l'organe hépatique des Myriapodes ressemble beaucoup à celui des insectes hexapodes. Il se compose également de canaux fort déliés ou vaisseaux malpighiens. On a décrit et représenté ceux des Gloméris (2).
Ceux des Iules (3) sont deux très-longs tubes extrêmement contournés le long du gros intestin, se repliant en avant auprès des glandes salivaires et se reportant en arrière pour s’insérer au pylore de l’estomac duodenal.
Chez les Scutigères et chez les Lithobies il yen a également (4), ceux des Scutigères sont au nombre de quatre, plus courts et ayant la même insertion : il n’y en a que deux chez les Lithobies , mais ils sont assez longs pour remonter jusqu'aux glandes salivaires. Ceux des Géophiles (G. Gabrielis) nous ont montré
(1) P. Gervais, Ann. sc. nat., 3° série, t. IL, pl. 5, fig. 19,
(2) Brandt, Archives de Muller, 1837.
(3) Treviranus, Vermischte Schriften. — Ramdohr, PI. XV, fig. 1. (4) Léon Dufour, Ann. sc. nat., 1re série, t, IL, pl. 5, fig. 1 et 4.
LE
10 MYRIAPODES. une disposition peu différente (1), mais néanmoins digne d’être décrite. Ils sont également fort prolongés en avant, et leur insertion a lieu de même à l’extrémité postérieure de l’estomac. Celle de celui de la face supérieure se fait par un pétit renflement ampulliforme après lequel il remonte en se courbant, passe ensuite sous l'intestin, redescend à peu près jusqu’au niveau de son insertion, mais à la face opposée de lintestin, pour remonter ensuite directementsous celui-ci. Le second tube n’a pas d’ampoule à son insertion; il naît à peu près au-dessous du précédent, mais un peu plus haut, se recourbe brusquement, croise en dessus le premier auprès de son insertion , se contourne ensuite pour aller sous l'intestin stomacal rejoindre la portion ascendante de l’autre qu'il suit parallèlement. 5.Plusieurs auteursse sont occupésdanscesdernières
années de la circulation chez les Myriapodes, et ils ont aisément reconnu que cette fonction, qu'on avait pour ainsi dire niée chez les Insectes, tant on en réduisait l'importance, est cependant assez compliquée chez eux et chez les Myriapodes.
À M. Tyrrel a d’abord observé la circulation chez les ” Lithobies etles Géo philes (2). Dans la Scolopendremor-
"1 dante (3), les organes circulatoires consistent en un vais-
seau dorsal étranglé à chaque articulation, et fournissant là , de chaque côté , une branche transversale entourée de graisse comme lui. Ce vaisseau dorsal se bifurque à peu de distance de la tête, de manière à embrasser
(1) P. Gervais, Ann. sc. nat., 3° série, t. Il, pl. 5, fig. 19.
(2) Journ. l'Institut, 1835, p. 126.
(3) Newport, Philosoph. trans. roy al soc. Lond., 18/3, pl. 13 et 14, fig. 26. Dugès, MM. Muller, Wagner et Kutorga ont aussi étudié la circulation chez les Scolopéndres. M. Brandt a étudié ses organes dans les Gloméris (Heécueil, p: 3, etc.
l’œsophage et à former au-dessous, par une nouvelle anastomose, une aorte rétrograde qui se colle sur le cordon nerveux central et en suit le trajet dans toute la longueur du corps, fournissant en plusieurs endroits bién manifestement des rameaux latéraux ; c’est toujours vis-à-vis d’un ganglion, et les branches vasculaires accompagnent les nerfs qui partent de ce centre nerveux. Au milieu de la bifurcation du vaisseau dorsal part une artère céphalique, et des crosses latérales partent d’autres branches antérieures assez volumineuses. L’analogie doit nous porter à croire que les branches transverses du vaisseau dorsal sont des veines afférentes , et que celles du vaisseau ventral sont des rameaux artériels; ce que l’on a déjà vu chez les Annélides l'indique assez, et ce que l’on a constaté chez les Insectes le prouve encore, puisque ces derniers ne diflèrent des Myriapodes que par l’absence des veines ; ce qui n'empêche pas la circulation d’être tout aussi complète (1).
D’après des observations plus récentes, le vaisseau dorsal ou cœur de tous les Myriapodes est divisé, comme chez les insectes, en plusieurs compartiments, dont le nombre correspond à celui des segments abdominaux. Sa portion supérieure est partagée immédiatement, derrière le segment basilaire , en trois troncs distincts; la portion moyenne, qui est la continuation du vaisseau lui-même ; s’avance le long de l’æsophage et se distribue à la tête même, tandis que les deux autres, passant latéralement à l’extérieur et postérieurement dans une direction courbe, forment un collier vasculaire autour de l'œsophage ,
(1) Dugés, Physiologie comparée, t. II, p. 437.
au-dessous duquel elles s’unissent en un vaisseau (1). Le vaisseau médian unique est placé au-dessus du cordon nerveux abdominal et s’étend en arrière sur toute la longueur du corps , jusqu’au ganglion terminal du cordon, au-dessous duquel il se divise en rameaux distincts, qui accompagnent les nerfs terminaux à leur distribution finale. Immédiatement en avant de chaque ganglion du cordon, ce vaisseau détache une paire de troncs vasculaires et chacun de ces troncs est subdivisé en quatre vaisseaux artériels dont chacun se rend à l’un des principaux nerfs qui proviennent du ganglion et peut-être suivi avec lui jusqu’à une distance considérable.
Parmi eux , le vaisseau le plus postérieur se réunit de nouveau avec le grand tronc médian, au moyen d’une petite branche , de manière que les quatre vaisseaux de chaque côté forment avec leur tronc un cercle vasculaire complet au-dessus de chaque renflement ganglionnaire du cordon. Indépendamment de ces vaisseaux qu'on peut considérer comme le grand tronc artériel qui porte le sang directement de la portion antérieure du cœur aux membres et à la surface inférieure du corps, M. Newport a découvert aussi dans chaque segment une paire de grands vaisseaux artériels qui naissent directement de la surface postérieure et inférieure de chacune des cavités du cœur. Ces vaisseaux , il les a nommés artères systémiques, et il les a suivis dans Ja Scolopendre depuis la grande cavité du cœur, qui est située dans le pénultième segment du corps, jusqu’à leurs ramifications ultimes dans les membranes des vaisseaux hépatiques du ca-
nal alimentaire.
oo
(x) Lord, Medical Gazette.
À près que le sang à passé dans les artères , il revient au cœur dans chaque segment du corps au moyen de deux vaisseaux transparents, excessivement délicats, qui passent le long des paroïs des segments, et communiquent avec les ouvertures valvulaires de chaque cavité du cœur à sa surface supérieure , où ces ouvertures valvulaires sont situées.
6. Tous les Myriapodes respirent par des trachées, mais néanmoins On n'a pas encore indiqué pour tous les genres de ces animaux la disposition des orifices qui donnent entrée à l’air dans ces trachées , celles des Pollyxènes en particulier et des Scolopendrelles sont encore inconnus. Dans les Diplopodes, on a quelquefois pris pour les stigmates des orifices bilatéraux qui conduisent dans des organes sécréteurs. Les véritables stigmates sont toujours plus ou moins rapprochés de l'insertion des pieds, mais ils ne sont pas en même nombre qu'eux ; il y en a une paire pour chacun des segments ou zoonites.
Les Scutigères forment sous le rapport des orifices respiratoires une exception remarquable. On considère comme étant leurs stigmates les orifices médio-dorsaux qui représenent des espèces de petites boutonnières placées près du bord postérieur des plaques dorsales de la première à la sixième.
Chez tous les autres Chilopodes les stismates sont bilatéraux , et ils sont en général vulviformes ou mieux en boutonnières. Les Géophiles en ont autant que de segments pédigères. Chez les autres, au contraire, ils sont moins nombreux. Certaines Scolopendres, de la famille des Scolopendres proprement dite, diffèrent beaucoup ; sous ce rapport, des autres Myriapodes du même groupe; au lieu de neuf paires de stigmates
en boutonnières , elles en ont dix en forme de plaques criblées, On a fait de ces Scolopendres un genre sous la dénomination d’//eterostoma.
7. Les Myriapodes ontconstamment, comme les insectes hexapodes, les sexes séparés sur des individus mâles et femelles; ils s’accouplent et ils paraissent être en général ovipares. L'oviparité a été constatée pour les Gloméris , les Polydèmes, les Jules et les Polyzonies d'Europe. Les personnes qui ont étudié des Polydèmes et des lules exotiques savent aussi que fort souvent le corps des individus femelles de ces deux genres renferme une quantité considérable d'œufs, mais On n'a pas constaté si toutes les espèces de ces genres sont dans le même cas ?
Nous avions fait connaître, d’après Audouin , que les Scolopendres proprement dites sont ovovivipares. Cette assertion repose sur l'inspection de jeunes Scolopendres recueillies par MM. Quoy, Gaimard et Dussumier. Nous ignorons encore si les Scutigères, les Lithobies et les Géophiles sont réellement ovipares, ce qui est néanmoins probable , et quelle est la forme de leurs œufs.
Parlons maintenant des organes femelles. Les parties internes de la reproduction se composent essentiellement chez la femelle de l'ovaire, tantôt double (Gloméris, Polydèmes , Iules), tantôt simple (Scutigères, Lithobies, Scolopendres, Géophiles ), mais dont la forme et la grandeur varient.
Celui des Gloméris , qui est double et d’un volume considérable, s’étend d'arrière en avant. Il renferme, au printemps surtout, une quantité considérable d'œufs. D'après M. Brandt, les deux oviductes qui en naissent ne s'ouvrent pas auprès de l'anus auquel
ils sont attachés au moyen d’un petit ligament, par leur partie DORÉRIEUTE : mais ils entrent Fe les di petites. écailles cornées et recourbées que forment de petits orifices situés derrière les articulations basilaires de la seconde paire de pattes.
C’est aussi à la base de la seconde paire de pattes, que nous avons trouvé les plaques génitales dans les Zéphronies dorsales, et comme l'individu que nous avons étudié avait le corps gorgé d'œufs, il est impossible de douter de son véritable sexe.
Chez les Polydèmes , les ovaires ont, d’après M. Straus, la forme d’une grappe très-composée ; ils débouchent, par l'intermédiaire de leurs oviductes.
G. Cuvier avait dit, dans la première édition de son Anatomie comparée : « Les Iules ont leurs organes génitaux dans quelque endroit moyen du corps.» Mais des dissections plus récentes ont appris que les luies ont aussi deux longs ovaires dirigés d’arrière en avant , rapprochés l’un de l’autre au-dessous du canal intestinal, mais non confondus , etqui constituent un double oviducte aboutissant à des plaques vulvaires. Dans un grand Iule exotique , M. Duvernoy a trouvé l'ovaire gauche plus développéque le droit. Les ovules lui ont paru se développer en premier lieu dans des faisceaux de tubes formant des houppes et qui aboutissent ensemble, par intervalles, au côté externe de chaque tube principal qui devient l’oviducte en s’approchant des premiers segments du corps où se trouvent les vulves. Celles-ci sont situées inférieurement entre le deuxième et le troisième segment du corps. Elles se présentent dans les espèces d’Iules qn’on a examinées, comme deux renflements ou deux coussins mous, séparés dans la ligne médiane et attachés à
deux plaques soudées, ayant chacune une apophyse et supportant par leur partie externe deux paires de pattes plus petites que les autres; leur orifice est transversal et arqué. Dans les Polydèmes, les organes femelles ont aussi le même mode d'ouverture. On apercoit entre le deuxième et le troisième segment deux renflements ovales , ayant chacun un orifice longitudinal qui conduit dans l’oviducte de son côté. Dans les Lysiopétales, deux petites glandes, dont l’une se dilate en vésicule à son extrémité, aboutissent dans cette même cavité par leur canal excréteur.
” Ajoutons que les organes génitaux femelles des Polyzonies ont aussi leurs orifices sous les premiers segments du corps, et nous reconnaîtrons que c’est là un des caractères des Myriapodes Diplopodes (1). Dans les Chilopodes, ils s'ouvrent au contraire auprès de l'anus, mais par un orifice distinct, et la glande ovarienne est unique.
Les organes mâles des Diplopodes s’ouvrent comme les organes femelles des mêmes animaux, et comme ceux des deux sexes chez les Crustacés, très-loin de l'anus, sur les parties plus ou moins antérieures du corps, et en rapport plus ou moins immédiat avec les appendices ambulatoires.
Mais il y a toujours quelques variations dans la position de leurs appendices copulateurs , et ceux-ci sont toujours plus ou moins éloignés des orifices spermatiques.
Les organes mâles des Gloméris sont principalement
(1) Les Pollyxènes n'échappent pas à cette disposition. Nous avons vu dans des individus de cette espèce, que nous considérons comme femelles, une paire de plaques génitales triangulaires à la base de la troisième paire de pattes.
connus dans leur partie copulatoire que constituent une paire de pattes en crochets, plus fortes que les autres ét supplémentaires, placées en avant de l'anus. A l'intérieur il existe un testicule composé de deux moitiés, et une prostate cordiforme située près de l'anus. D'abord M. Brandt} à qui l’on doit cette observation, n'avait pu découvrir avec quelque sûreté les orifices externes de ces organes. Les relations entre les génitaux mâles internes et les organes particuliers crochus, semblables en quelque sorte aux pieds, qui se trouvent chez les mâles en avant de l’anus, étaient donc également obscures, quoique l’on düt croire que ces organes sont destinés à retenir et à stimuler les femelles pendant la copulation, mais point du tout à l’intromission de la liqueur fécondante.
Maintenant il est constaté que le conduit du testicule est simple d’abord , et qu'il se divise, derrière la seconde paire de pattes, en deux petits tubes, dont chacun entre dans la petite écaille recourbée , qui est placée derrière chaque articulation basilaire de la seconde paire de pieds; la partie postérieure du testicule offre un petit conduit, dirigé en arrière jusqu’à la prostate, et pourrait bien être le canal excrétoire de cet organe. Les orifices des organes mâles ressemblent donc à ceux des organes femelles , et les organes spéciaux, crochus et pédiformes, qui existent chez les mâles en avant de l’anus, ont bien la fonction que nous leur assignions tout à l'heure (1).
Latreille a dit (2) que le nombre des pattes était de trente-quatre dans les femelles des Gloméris, et de
(1) Brandt, Recueil, p. 154 ;. 1839. — Jbid., p. 157; 15/0. (2) fiègue anim. âe G. Cuvier, T. IV, p. 533. APTÈRES, TOME IV. 2
trente-deux dans les mâles; les organes sexuels de ceux-ci remplaçant la paire de pattes qui leur manque. C’est évidemment une erreur; l'appareil copulatoire qui constitue en apparence celle paire de pattes existe chez les mâles, et manque aux femelles. Nous en avons publié ailleurs la figure (1): Une disposition analou ue existe chez les Zéphronies, qui ont vingt et une paires de pattes au lieu de dix-sept, comme les Gloméris. Chez eux, les mâles semblent en avoir vingtdeux paires, et Olivier a même décrit son Zulus testaceus , qui appartient à ce groupe, comme étant dans ce cas. Nous reviendrons sur cette disposition en traitant spécialement des Zéphronies.
Chez les Polydèmes, depuis longtemps observés sous ce rapport par Latreille (2), ce sont bien les femelles qui ont une paire de pattes de plus que les mâles, parce que, en effet, chez ceux-ci la huitième paire, c’est-à-dire la première du septième segment, est remplacée par des forcipules gréles (3).
Les Iules ont des plaques spermatiques sous le deuxième segment ? et des appendices copulateurs en place de la première paire de pieds du sixième ? Les appendices du Lysiopétale fœtidissime sont fort longs et fort singuliers (4).
Les Polyzonies nous ont montré, à la base de leur troisième paire de pattes , un appendice articulé dou-
(1) Ann. sc. nat., 3° série, T. II, pl. 5, fig. 3.
(2) Latreille, Mist. nat, des Fourmis, p. 387; 1802.
(3) P. Gervais, Wag. de zoologie, ci. IX, pl. 240, fig. 2 f, d'après le Polydesmus Blainvillei.
(4) Savi, Opuscules scientif.—Duvernoy, Anat. comp. de Cuvier êt Revue zoo. soc. Cuv., 1846, p. 246, et quelques autres naturalistes. — Un travail de M. Stein traite des rapports des Myriapodes envisagés dans les organes et les fonctions ce la génération : Archives de Muller, 1842, p. 338 a 380, p. XII, XILI et XIV.
ORGANISATION. 19 ble, semblant être la seconde paire de pattes de ce segment, styliforme, et dirigé en arrière; et de plus, après la huitième paire de pattes, une paire de mamelons qui remplace la seconde paire du septième anneau.
Plusieurs lules exotiques nous montrent une disposition curieuse du pénultième article de leurs tarses, ou même simultanément de crlui-ci et l’antépénultième , dont la face inférieure présente à tous les pieds une ampoule membraneuse en forme de bourrelet, qui fonctionne sans doute comme ventouse. Les femelles manquent de cet organe , qui doit évidemment servir au rapprochement des sexes.
Chez les Lithobies (1), l'ovaire consiste en une grande poche oblongue , plus étroite en avant, plus large en arrière, et dont l'extrémité postérieure se réduit subitement pour former l’oviducte. Ce canal traverse l’avant-dernier segment du corps, après ou sans s'être dilaté de nouveau, et il se termine dans une sorte de vagin à une vulve, séparée de l'anus et placée au-dessous de lui.
Il y a des glanes génitales accessoires ou glandes sébacées de l'oviducte (Léon Dufour); elles sont au nombre de quatre, sont allongées et composées de petits cryptes. Chacune d'elles se termine par un canal excrétoire très-fin qui aboutit dans une petite vésicule, qui conduit elle-même au vagin par un canal fort court; à l'extérieur, les organes femelles des Lithobies se distinguent de ceux des mâles par la forme plus étroite du dernier segment du corps auquel on remarque deux petits appendices préhenseurs, bi-
(1) Léon Dufour, Ann, se. rat, ve série, t. LL, pl. 5, fig. 4.
articulés et terminés par un double onglet. C'est entre ces appendices que s'ouvre la vulve.
L'ovaire de la Scolopendre est également impair et non ramifié. La vulve est nettement distincte.
Dans les Scutigères (1), leurs glandes sébacées constituent deux ampoules arrondies sans tubes folliculeux.
Les Géophiles (2) ont l'ovaire allongé , peu distinct de l’oviducte et les glandes sébacées en forme de petites sphères terminées par un canal court, mais sans tubes accessoires comparables à ceux des Lithobies.
On ne voit pas de différences bien saillantes dans les parties externes de la génération chez les Chilopodes femelles, comparés à ceux de l’autre sexe.
8. L'étude du développement entreprise par d’habiles physiologsistes a déjà fourni dans presque toutes les classes du règne animal de précieuses indications, dont la méthode à su profiter avec empressement; mais le développement des Myriapodes n’est encore qu’assez superficiellement connu. On a des renseignements sur les modifications qu'ils éprouvent après leur sortie de l’œuf, mais on ignore encore 4 faits principaux de leur ovologie.
Quelques inidicatidu précieuses enregistrées par de Geer, plusieurs faits importants publiés par Savi, d'autres recueillis par nous, par M. Waga, et plus récemment par M. NéWpbrt” forment l'énséile de nos connaissances à cet égard, mais l'on doit regretter qu'elles n'aient pas été suivies d’une manière assez comparative dans les deux catégories principales de Myriapodes.
(1) Treviranus, Vermischte Schriften.—L. Dufour, Loco cit., fig. 1. (2) P. Gervais, Ann. sc. nat., 3° série, t. II, pl. 5, fig. 19.
De Geer, voulant observer les mœurs du lule, commun par toute l'Europe, que Linné a nommé /ulus sabulosus , conserva un de ces animaux dans un vase à part, et obtint qu’il y pondit.
« Celui (le lule) dont je viens de donner la description , dit de Geer (1), était une femelle, car elle pondit un grand nombre d'œufs d’un blanc sale dans la terre, près du fond du poudrier, où elle les avait placés en un tas les uns auprès des autres; ils sont très petits et de figure arrondie. Je n’espérais pas voir des petits sortir de ces œufs, car il était incertain si la mère avait été fécondée ou non.
» Cependant après quelques jours, c'était le premier du mois d'août 1746 , de chaque œuf il sortit un petit Iule blanc, qui n'avait pas une ligne de longueur. J'examinai d’abord au microscope les coques d'œufs vides, et je vis qu’elles s'étaient fendues en deux portions égales, mais qui tenaient pourtant ensemble vers le bas. |
» Les jeunes lules nouvellement éclos me firent voir une chose à laquelle je ne m'attendais nullement : je savais que les Insectes de ce genre ne subissent pas de métamorphoses, qu’ils ne deviennent jamais des insectes ailés, ainsi j'étais comme assuré que les jeunes devaient êire sembiables en fizure, à la grandeur près, à leur mère; et par conséquent je croyais qu’ils étaient pourvus d'autant de pattes qu’elle; mais je vis tout autre chose : chacun: d'eux n'avait en tout que six pattes qui composaient trois paires, et dont il y avait trois de chaque côté du COrps.» | |
Le même observateur a ‘aussi constaté que les Pol-
CUVE VIE) p.187
22 MYRIAPÔDES.
lyxènes ont moins d'anneaux et de paires de pattes dans le jeune âge que dans l’âge adulte.
« Les Tules de la troisième grandeur ( Pollyxenus lagurus), dit de Geer (1), étaient encore plus pétits que ceux à six paires de pattes; ils sont très-courts, et le dessus du corps est divisé en trois anneaux ; chàque anneau a quatre brosses : ainsi le corps de l’Insecte est garni en tout de douze brosses. Les pinceaux de la queue sont encore plus déliés que ceux des Tules de la grandeur moyenne, et le nombre de leurs pattes est proportionné à leur grandeur ; ils n’en ont que trois paires. »
M. Paul Savi (2) s’est aussi occupé du développement des Iules. Il nomme 7, communis l'espèce qu’il a observée, et il la regarde comme distincte de toutes celles qu'on avait décrites avant lui. Ce que M. Savi dit de plus remarquable sur ces animaux est en opposition complète avec les observations de de Geer. En effet, d’après lui, les Iules sont complétement apodes, au lieu d'être pourvus de six pattes , lorsqu'ils viennent au monde. M. Savi a-t-il bien observé? Nous ne voulons pas lemettreen doute sans avoir répélé sesobservations sur l'espèce étudiée par lui; mais nous ne croyons pas qu'on puisse conclure de ses recherches que de Geer aitété dans l'erreur. Le récit de ce dernier est trop circonstancié pour qu'il soit permis de le taxer d’inexactitude. Nous n’avons pas vu éclore des Jules, mais, en étudiant ces animaux dans leur très-jeune âge, nous avons conslalé, comme de Geer l'avait fait, que le nombre des anneaux de leur corps, celui des pattes et
(GT. VIL, p. 577, pl. 26, fig. 8. De Geer appelle les Pollyxènes des Jules.
(2) Memorie scientifiche ,in-8; 1828.
ORGANISATION. 23 celui dés articles des antennes, augmentent à mesure qué l'animal avance en âge. C'est en arrière qu'apparaîssent les nouvelles pattes, mais jusqu'au complet développement, il reste encore dans cette partie plusieurs anneaux apodes en avant de celui qui porte l'anus. Un fait plus remarquable encore, et dont ni de Géer ni M. Savi n'avaient fait mention, c’est que les variations portent non-seulement sur les organes qui viennent d’être signalés, mais encore sur Îles yeux, qui sont eux-mêmes bien moins nombreux chez les jeunes que chez les adultes.
Dans les Tules parfaitement développés appartenant à l’éspèce que nous avons le plus étudiée sous ce rapport, le Zulus lucifugus , les ÿeux , qui appâraîssent de chaque côté de la tête comme uné tache triangulaire d’un noir profond, sont composés de petits ocelles disposés eux-mêmés en lignes parfaitement régulières et d'une manière tout à fait géométrique. Le nombre de ces ocelles, chez un jeune [ule qui n’avait encore que quelques anneaux au tronc et sept paires de pattes, était de six seulement; ils étaient sur trois lignes, et déjà disposés en uh triangle équilatéral. La première ligue ne présentait qu'un ocelle, la seconde en üvait deux, et la suivante trois. Chez un individu un peu plus âgé, une nouvelle rangée dé quatre ocelles s'était déjà montrée après celle dont il vient d’être question.
M. le professeur Waga, de Varsovie, à vu éclore des œufs de son Zulus unciger (Tulus fætidus, Koch). Dans les premiers jours d'avril, ces œufs, précédemment de couleur blanche, ne présentaient encore aucun changement apparent , mais dans le courant du mois ils commencèrent à devenir opaques , et bientôt
après plusieurs d'entre eux se fendirent. « On pouvait, dit M. Waga, distinguer au moyen du microscope queles deux portions de la coque étaient égales, et qu'elles contenaient un embryon de couleur blanche comme le lait, entièrement lisse, ne donnant aucune marque de mouvement, dépourvu totalement de membres, et si mou, que la moindre pression eût sufñ pour l'écraser. » Au bout de quatre ou cinq jours, il fut possible de constater sur ces Myriapodes la présence de trois paires de pattes.
M. Waga a également observé que les jeunes Polyzonies ont trois paires de pattes, et il semblerait résulter de son texte, que nous reproduirons en traitant du Polyzonium germanicum , que les pattes existent déjà lors de l’éclosion chez ce dernier.
M. Newport , qui a suivi avec beaucoup d'attention le développement des lules, a fait voir que les trois premières paires de pattes n'apparaissent qu'après la naissance, et lorsque l'animal a déjà éprouvé une mue, C’est une phase de plus dans la métamorphose de ces animaux , mais qui ne contredit point les rapports que l’on peut établir entre les jeunes Myriapodes et certains Insectes hexapodes des groupes inférieurs, et en particulier les Podures. Ajoutons, en faveur de ce rapprochement , que l'absence des pattes à la naissance n’est pas elle-même un fait général aux Myriapodes Diplopodes. Voici ce que nous avons observé sur les Gloméris (1) :
Au mois d'avril, dans les environs de Paris, les ovaires des Gloméris sont chargés d’une grande quan: tité d'œufs. Si l’on garde ces Gloméris en vase clos,
(1) Bull. soc. Philom., 1844 (Journ.l'Institut, p. 204).
ils ne tardent pas à pondre. Chaque œuf est isolé et enveloppé d’une petite boule de terre plus ou moins régulière , dont le diamètre égale trois ou quatre millimètres. L’œuf lui-même n’a guère plus d’un millimètre; il est blanc et parfaitement rond. Si l’on étudie ces œufs après quelque temps, on voit que le jeune a commencé à s’y développer, et à son éclosion il a moins d'articles aux antenneset moins d’anneauxau corps que n’en ont les adultes. Il n’a alors que trois paires de pattes, et nous avons constaté que celles-ci existaient déjà avant l’éclosion.
Nous avons vu depuis lors des Polydesmus complanatus nouvellement nés, mais sans avoir eu l’occasion de lesobserver avant qu’ils fussent éclos.Ces Polydèmes, dont les plus jeunes étaient hexapodes et aucun apode, n'avaient que sept anneaux au corps, la tête et l’anus compris. L’un d’eux , examiné trois semaines après, montrait dix anneaux (huit sans la tête et l’anus) et déjà six paires de pattes ou lieu de trois : une pour le premier ou le deuxième anneau , une seconde pour le troisième, une troisième pour le quatrième, une quatrième et une cinquième pour le cinquième et la sixième conique sous le sixième. Il est probable que cet individu fût devenu un mâle s’il avait continué son développement. Une femelle aurait sans doute présenté deux paires de pattes au lieu d’une seule au sixième anneau; mais ici les forcipules génitales n'étaient pas encore développées. Un fait remarquable que présentaient ces petits Polydèmes, c’est l'apparence serraliforme du bord latéral de leurs carènes, dont les crénelures, au nombrede trois, sont assez semblables alors à celles du Polydesmus mexicanus de M. Lucas, qui est une des espèces du genre Stenonia. Ce caractère
26 MYRTAPOLES.
existe encore, mais d’une manière beaucoup moins prononcée, dans les P. complanatus adultes.
À part le caractère apode de certains Diplopodes au moment de leur naissance, le fait capital de leur mode d'évolution est l’accrôissement en nombre de leurs articulations, soit de celles du corps ou les anpeaux, soit de celles des antennes. Le nombre des yeux peut également varier, et le nombre de pattes que l'on voit d’abord est toujours, comme chez les Insectes hexapodes , de trois paires, quoiqu'il y ait alors moins de segments au corps que chez la plupart des vrais Insectes,
Nous avons reconnu que les Lithobies sont soumises à un mode analogue d'évolution, c’est-à-dire qu’elles ont en naissant moins d’arneaux au corps, moins d’articles aux antennes et moins d’yeux qu’elles n’en auront dans l’âge adulte.
Envisagées dans l’état complet de leur développement, les Lithobies ont quinze paires de pattes, de là le nom de Scolopendres à quinze paires de pattes que leur imposait Geoffroy; elles ont les antennes grenues et composées de quarante articles environ : enfin leurs yeux sont fort nonibreux et disposés en groupe sur les côtés de la tête. Une jeune Lithobie recueillie le 26 mai 1836 n'avait encore que sept paires de pattes, dix anneaux pour tout le corps, deux yeux seulement de chaque côté de la tête et huit articles aux antennes. Remarquons aussi qu'un seul de ses anneaux, l’anal, étail privé de pieds, ce qui établit tout d'abord une différence entre les jeunes Lithobies et les jeunes lules, auxquels nous avons toujours vu, à l'arrière du corps; plusieurs segments apodes. Celle même larve, car 1l semble qué ce nom peut très-bien lui être appliqué,
ORGANISATION. 27 montrait déjà, le 8 juin suivant, quatorze articles aux antennes et huït paires de pattes; elle avait encore un anneau apode pour l'anus et présentait en tout onze segments.
Une des figures qui ont été publiées représente une autre Lithobie à peu près du même âge, mais qui avait déjà trois yeux. Celle d’un autre individu montre dix paires de pattes dont les deux postérieures sont rudimentaires et à peine formées (1). Dans un autre les pattes étaient toutes développées, mais il manquait encore des yeux, chaque côté n'en présentant que huit.
Voyons comment se développent les pattes et les anneaux à mesure que chaque jeune Lithobie avance en âge. Etudiés sous un individu adulte , les segments pédigères des Lithobies sont à peu près égaux entre eux, mais en dessus, où ils sont comme imbriqués, quelques-uns apparaissent plus grands et d’autres plus petits. Les plus grands sont les 1,92,3, 5, 7, 8,10, 12, 13 et 14 ; ces trois derniers correspondant à quâtre demi-arceaux inférieurs et par suite à quatre paires
(1) Adas de zoologie, pl. 56, fg. 1; elle a huit pattes, deux rudimentaires en arrière et les segments ; six gros anneaux, et trois petits.
Ann. se, nat., 2€ série, t, VIL, pl. 4, fig. 1, 4,6, c, d = sept paires de pattes, trois d'yeux, seize articles aux antennes, sept anneaux égaux. — Jbid, fig. 1,e, f, g, k — quinze paires de pattes, trente articles aux antenues, huit paires d'yeux, neuf anneaux grands, quatre petits.
Tout récemment j'en ai recueilli d'autres à Montpellier :
La plusjeune de ces lithobies était longue de 0,003: seulement, blanche subtrausparente, pourvue de sept paires de pieds, avec une seule paire d'appendices postesieurs (sans doute une pitte rudimentaire), et deux paires d'yeux dont un plus grand que l'autre.
La moins jeune avait 0,004: de long, huit paires de pattes, plus deux paires rudimentaires en arrière, quatre articles aux antennes,
peu séparés entreeux, et dont le dernier était beaucoup plus grand que les autres.
de pattes. Les arceaux 2, k, 6,9, et 11 sont plus petits. On constate que les pattes existent déjà aux arceaux les moins grands avant que la partie supérieure de ces arceaux se soit montrée. Il faut aussi remarquer que ce qui est permanent pour un des segments postérieurs qui n’a en dessus qu’un écusson existe alors pour deux segments postérieurs : ces segments n'ont en dessus qu'un seul écusson , le plus petit des deux n'ayant pas encore paru dans nos jeunes Lithobies.
Des variations analogues dans le nombre des anneaux des corps et des articles des antennes ont été observées chez les Scolopendrelles. Les autres Chilopodes sont peu connus sous ce rapport (1).
9. Plusieurs savants zootomistes ont donné des descriptions accompagnées de figures du système nerveux des Myriapodes. On y remarque une grande similitude de disposition avec ce qui existe chez les Annélides, principalement dans la multiplicité des ganglions qui égale toujours celle des segments du corps.
Treviranus a fait connaître avec soin le système nerveux des Iules, des Lithobies et celui des Géophiles. M. Léon Dufour (2) celui des Scutigères et des Lithobies; M. Straus a donné quelques indications relatives à celui des Scolopendres, mais ce genre d’animaux a été décrit en détail sous le rapport qui nous occupe par M. Muller (3); M. Brandt a décrit celui des
(1) Je ne connais à l'égard des Géophiles que la phrase suivante qui est du D. Leach : « In january, observed beneaththeearthin à garden, in a cayity, six young ones (verying much in the number of their legs)» et l'observation curieuse , maïs contradictoire de M. Newport ; que les jeunes du G. longicornis ont en sortant de l'œuf presque antant de pieds que les adultes
(2) ‘Ann: desisc. nat.,loco cit.
(3) its,
ORGANISATION. 29 Gloméris (1); et plus récemment M. Newport (2) a publié un travail fort complet sur celui des Polydèmes, des lules et des Scolopendres et des Géophiles. Aussi, est-ce surtout à l’ensemble de ses travaux que nous empruntons ce qui Va suivre.
A l’état adulte, le cerveau des Myriapodes ne paraît formé que de deux paires de ganglions, dont la première donne naissance aux nerfs antennaires, et la seconde aux nerfs optiques ainsi qu’au collier æsophagien; mais dans le jeune des Geophiles longicornes M. Newport a reconnu quatre paires de ganglions correspondant à un nombre égal d’anneaux qui se réunissent pour former la tête. La chaîne des ganglions sous-intestinaux est de la même force dans toute la longueur du corps.
Dans le lule terrestre, on compte quatre-vingtseize renflements gangliformes, extrêmement rapprochés entre eux; dans un groupe particulier de Géophiliens, celui des Gonibregmatus, Newport, ce nombre s'élève à cent soixante-trois et plus, tandis que dans les Scolopendres il n’y en a que vingt-trois.
Comme il était facile de le prévoir, et comme Treviranus , nous et quelques autres auteurs l'avons vu sur des espèces très-différentes , il existe chez les Géophiles autant de ganglions sous-intestinaux que d’anneaux au corps, c'est-à-dire un pour chaque anneau portant une paire de pattes, quoique le nombre de ces anneaux soit partout très-considérable et qu'il varie suivant l’espèce que l’on étudie.
Le système nerveux sous-intestinal des Diplopodes,
(1) Archives de Muller.
(2) Trans. philos, Lond., 1843, pl. Ann. sc, nat., 22 série, t. 1, p. 59.
c'est-à-dire des Myriapodes Chilognates, présente une disposition de Latreille en rapport avec la disposition de leurs segments. Les ganglions de chaque zoonite quadripédigère sont en réalité doubles comme le sont eux-mêmes les seements de ces zoonites. Cette duplicilé est dissimulée par la réunion presque complète des deux ganglions en un seul. Toutefois, la nature de ces ganglions doubles et coalescents de Diplopodes est assez facile à saisir, surtout si on les compare à ceux des Chilopodes qui sont évidemment simples dans tous les segments du corps. Un autre fait également évident pour les deux classes de Myriapodes est la complication plus grande du système nerveux soit dans sa partie cérébrale, soit dans sa chaîne dont les ganglions sont plus forts et plus dédoublés bilatéralement chez les premiers genres de chaque classe, et plus réduits au contraire à ganglions plus simples et plus rapprochés chez les derniers. Un Gloméris comparé à un Iule, ou au contraire un Géophile comparé à une Lithobie ne laissent aucun doute à cet égard.
M. Newport a donné une attention toute spéciale à la structure du cordon et de ses ganglions, ainsi qu’à leur mode de développement pendant la croissance de l'animal. Dans la forme la plus inférieure des Diplopodes, celle des Iules, chez lesquels les ganglionssont très-rap prochés les uns des autres et lifliciles à discerner de la portion interganglionnaire du cordon, il a reconnu d’une manière complète quatre séries de fibres, dont deux sont longitudinales, l’une supérieure, l’autre inférieure; et deux commissurales, l’une transversale et l’autre latérale. La série supérieure , qu'il avait précédemment décrite chez les Insectes comme siége del’agent
ORGANISATION. 31 excito-moteur, est distinctede l’inférieure, qu'il regarde comme le siége de la sensibilité. Il ajoute qu'indépen. damment de ces séries , 1l existe dans chaque moitié du cordon une autresériedefibres plusimportantesencore, qui constitue une grande partie du cordon. Cette série forme la partie latérale de chaque moitié du cordon, et diffère des séries supérieure et inférieure, par cette circonstance que tandis que ces dernières peuvent être suivies sur toute la longueur du cordon jusqu'aux ganglions sous-æsophagien et cérébral, la première s’étend seulement du bord postérieur d’un ganglion au bord du premier ou du second qui le suit, en limitant ainsi la paroi postérieure d'un nerf et la paroi ‘antérieure d'un autre, et en formant partie du cordon seulement dans les intervalles entre deux nerfs. D’après cette circonstance, M. Newport désigne les fibres de cette série par l'expression de fibres de renforcement du cordon.
Chaque nerf qui part d’un renflement ganglionnaire est composé de ces quatre sortes de fibres , savoir : une série supérieure et une inférieure communiquant avec les ganglions céphaliques, une série transverse ou de commissure, qui communique seulement avec les nerfs correspondants sur ie côté opposé du corps, et une série latérale qui ne communique qu’avec les nerfs d'un autre renflement ganglionnaire du même côté du corps , et qui fait partie du cordon dans les intervalles des ganglions. Dans les ganglions du cordon des lules et des Polydèmes, les fibres de la série longitudinale inférieure sont renflées en entrant dans les ganglions; mais elles reprennent leur diamètre primitif quand elles les quittent. Dans le développement des ganglions et des nerfs de ces genres, il se présente, comme aussi
chez les Géophiles, des changements semblables à ceux qui ont été constatés chez les Insectes.
Murs et répartition géographique. — Les Myriapodes vivent à la surface du sol dans les lieux ombragés par les végétaux d’une petite élévation ; on en trouve dans les bois, dans les plaines, dans les lieux cultivés et jusque dans les maisons. Le plus souvent ils se cachent sous les pierres , sous la mousse ou dans les écorces des arbres; on en trouve aussi dans les fruits. Quelques-uns, comme certains Géophiles, vivent même dans la terre, et c’est en creusant celle-ci qu'on peut les rencontrer. Les Scutigères se rapprochent souvent des habitations et paraissent y rechercher les appartements boisés. Presque tous ont besoin d’une certaine humidité, mais il n’en est aucune espèce qui soit aquatique. Ces animaux vivent dans toutes les parties du monde, et les régions chaudes , l'Afrique, l'Inde et ses îles , l'Amérique intertropicale fournissent des espèces fort diverses et dont la taille l'emporte remarquablement sur celle des Myriapodes européens. Beaucoup de Diplopodes se font remarquer par l'odeur bizarre ou parfois fétide que répandent les glandes placées sur les parties latérales de leurs anneaux. Les Scolopendres proprement dites inspirent la crainte par les piqûres toujours fort douloureuses et quelquefois même dangereuses qu'elles font aux personnes qui les touchent imprudemment; certains Myriapodes sont phosphorescents et les Géophiles sont plus particulièrement dans ce cas. Leur corps est souvent coloré avec assez de luxe dans les espèces exotiques; cerlaines particularilés de leur organisation appellent l'attention de l'ob-
HISTORIQUE. 33 servateur, tandis que leur physionomie bizarre et leur analogieavec leschenilles ou les versinspirent du dégoût au vulgaire. Il faut avouer néanmoins que leur histoire naturelle offre moins d’attrait que celle de la plupart des Insectes, et comme leurs caractères spécifiques sont toujours assez difficiles à saisir malgré la multiplicité de leurs espèces dans certains genres, on comprend assez pourquoi les entomologistes de la fin du siècle dernier ou du commencement de celui-ci les ont constamment négligés.
Remarques historiques — Grâce aux travaux de MM. Brandt et Newport ainsi que d’un petit nombre d’autres naturalistes, l’histoire naturelle des Myriapodes est aujourd’hui bien mieux connue, et leur classification est déjà assez avancée. Toutefois quelques auteurs du dernier siècle avaient déja étudié ces animaux avec beaucoup de soin.
1° Les belles recherches de de Geer (1) sur plusieurs espèces indigènes et exotiques de Myriapodes commencent d’une manière remarquable la série des travaux que l’on a publiés sur les Myriapodes. On ne possédait antérieurement que des indications éparses et pour la plupart inexactes. De Geer s’occupa du Pollyxène, qu’il rapporta avec raison au groupe des Jules et non à celui des Scolopendres , comme l'ont fait quelques auteurs; il traita aussi des Polydèmes communs , de plusieurs espèces d’Iules véritables, de quelques animaux indigènes ou exotiques appartenant
(1) Acad. des sciences de Paris, t. 1, p. 532, ett. III, p. 61 (annces 1667-66). — Mémoires pour servir à l'Histoire des Insectes, t. VII, p. 554 (Scolopendres), et p. 569 (Iules).
aux genres Lithobie, Scolopendre et Géophile des auteurs actuels, et leschapitres dans lesquels il s’occupede ces animaux sont remplis d'observations importantes ; il en parle sous les noms collectifs d’Jules et de Scolopendres, mais sans proposer de dénominations particulières pour les diverses sections qu'il entrevoit déjà parmi eux. C’est auprès des Cloportes qu’il place ces animaux, et il les réunit sous la dénomination commune de Millepieds.
On trouve aussi dans Geoffroy de bonnes observations sur les Millepieds, mais ni Geoffroy ni de Geer ne parlèrent de ceux que l’on nomme aujourd'hui des Gloméris, et jusqu’à Olivier ceux-ci furent placés dans le même genre que les Cloportes.
C'est encore sous la dénomination d’'Oniscus ou de Cloportes qu’il est question des Gloméris dans l'édition du $ystema naturæ , publiée par Gmelin.
Dans cet ouvrage, les seuls genres de Millepieds adinis sont, comme dans de Geer, ceux de Scolopendra et de Julus, le premier comprenant douze espèces dont le Pollyxène fait partie bien à tort, et le second treize, dont une est un crustacé isopode. Cette espèce était alors désignée par le nom de Zulus ovalis.
Pour les naturalistes linnéens le genre des lules était le’ dernier de la classe des Insectes , et celui des Scolopendres, qui le précédait, venait immédiatement après les Oniscus, dont une espèce (Oniscus pustulatus, Fabricius) est un Myriapode du genre Gioméris.
Dans le tableau de cette classification des Insectes, p. 1525 du Systema, les genres Scolopendra et Zulus forment une troisième catégorie des Aptères aïnsi caractérisée :
Pedibus pluribus , capite a thorace discreto.
Fabricius (1793) a rangé les lules et les Scolopendres dans sa sixième classe des Insectes, et il les a réunis aux Cloportes qui en sont Île troisième genre. Cette sixième classe est celle des Aitosates. C’est entre les Libellules (Odonata) et les Arachnides (Unogata ) qu’elle prend rang. Les Gloméris n’y sont point encore distingués, même génériquement, d’avec les Oniscus.
2° Blumenbach et G. Cuvier, qui ont publié vers la fin du dernier siècle les ouvrages de zoologie élémentaire les plus estimés, ont suivi le premier' la méthode de Linné, et le second celle de Fabricius, mais déjà l'influence de la nouvelle école française avait permis à Cuvier de mieux délimiter les groupes dans son livre. Les Oniscus, sur lesquels il avait publié précédemment un petit mémoire, restent parmi les Crustacés ( Agonata , Fabr.) et les Gloméris rentrent dans les Mitosata auxquels il donne, comme de Geer, le nom de Millepieds.
Olivier, rédacteur de la partie entomolosique de l'Encyclopédie méthodique, venait en effet, dans son excellent article sur les Zules, de réunir les Gloméris aux lules en en faisant une première section dans ce genre, dont la seconde section comprenait les Iules à corpsallongé etcylindrique, et la troisième ceux, comme les Zule plan et lagure, dont Latreille fera plus tard ses genres Polydème et Pollyxène.
Voici comment Olivier s’exprimait au sujet des affnités des Millepieds :
Les Insectes autrefois connus sous le nom de Millepieds , à cause du grand nombre de leurs pattes, sont, dit-il , la clôture de la classe nombreuse des Insectes, et doivent être considérés comme le dernier chatnon
de la chaîne qui lie cette classe à celle des Vers. En effet , ils ont le corps très-allongé et cylindrique, ou presque de grosseur égale dans toute son étendue, et quoiqu'ils aient un grand nombre de pattes, elles sont néanmoins si courtes que l’Insecte, lorsqu'il marche , paraît plutôt se glisser très-lentement sur le plan de position et ramper à la manière des Vers (1).
Notre auteur suit, comme on le voit, la méthode de Linné (2), mais il la rectifie dans un point important et G. Cuvier à fait profiter aussi cette rectification à la méthode entomologique de Fabricius (3). C'est également la marche qu'ont suivieLamarck et M. Walckenaer.
Lamarck qui professait à Paris depuis la fondation du Muséum, c’est-à-dire depuis 1793, l'histoire naturelle des animaux inférieurs dans ce célèbre établissement, avait contribué, comme Olivier et Bruguières, à perfectionner la connaissance des animaux sans vertèbres dontil traitait dans ses cours. En 1801 seulement, il publia ses principaux résultats dans son Système des animaux sans vertèbres. C’est dans ce livre qu'il caractérisa le genre Scuricera pour le Scolopendra coleoptrata sur lequel Pallas avait publié depuis peu de nouveaux détails. Dans cet ouvrase Lamarck rapportait les Millepieds à la classe fondée par lui sous le nom d’Arachnides , et qui, jointe à celle des Crustacés, comprenait tous les Insectes Aptères des natu-
(1) Encycl. méth., Ins.,t. VIL, p- 408.
(2) Olivier dit comme Gmelin que les Jules sont un genre d'insectes, de la troisième section des Aptéres.
(3) Il est digne d'être noté que Cuvier rapporte dans la préface du livre dont il est ici question (Le tableau élémentaire de l’histoire des animaux) que Fabricius a revu lni-même la partie entomologique de cet ouvrage.
HISTORIQUE. 37 ralistes linnéens. Lamarck réunissait les Millepieds à son ordre des Arachnides antennistes dans lequel ils formaient la famille des Polypodes.
. Leur caractère est d’avoir vingt pattes et davantage (1).
M. Walckenaer suivit aussi la rectification des Witosates, telle que l’avait acceptée Cuvier. Dans sa Faune parisienne (2), c'est-à-dire en 1802, il ne parle également sous ce nom que des véritables Millepieds; il regrette que ces animaux soient encore si peu connus et si mal décrits, et après avoir accepté les genres Scolopendre, Scutigère et [ule, il divise celui-ci comme le faisait Olivier, cite les espèces parisiennes qu'il avait décrites et émet l'opinion que celles de la première section, c’est-à-dire les Zulus plumbeus, limbatus et marmoreus, doivent former un genre distinct , ce que Latreille exécutera bientôt sous la dénomination de Glomeris.
Latreille suivit d’abord (3) la classification de Lamarck , c’est-à-dire qu'il considéra les Myriapodes comme des Arachnides, au lieu de les réunir, comme il le fit plus tard, aux Insectes Hexapodes, et il laissa les Thysanoures avec eux, associant ainsi dans une même classe des animaux qui appartiennent incontestablement à trois classes différentes. Précédemment il leur avait adjoint de véritables Crustacés; plus tard, il reportera les Millepieds avec les Insectes, et en même temps les Thysanoures , et dans un mémoire spécial qui sera le dernier de ceux que la science lui devra (4),
(1) Systema, p. 181,
2) T. IL, p. 177.
(3) Histoire des Insectes ; 1804.
(4) Nouvelles Annales du Muséum d'hist. nat., t. 1, p. 175 ; 1832.
il cherchera , mais vainement , à démontrer ce rapprochement , en considérant les Thysanoures proprement dits ou les Machiles etles Lepismes comme des Insectes pourvus de plus de trois paires de pattes (1). Ainsi que nous l'avons fait remarquer dans le tome II de cet ouvrage, c'est à des fausses branchieset non à des pattes qu'il faut comparer les a ppendices abdominaux des Lépismes, et ces animaux ont alors une nouvelle analogie avec les Névroptères dont ils sont pour ainsi dire les espèces aptères ou la dégradation.
C'est pendant la première époque de ses travaux que Latreille érigea en trois genres distincts les trois sections du genre lule d'Olivier, et l’on sait que ces trois genres GLomenis, Pouypesuus et Iuzus , sont devenus pour les myriapodoloyistes actuels trois familles distincles.
C'est aussi à Latreille (1810) que l’on doit les dénominations de Chilognathes (nos Diplopodes) et de Chilopodes, indiquant les deux principaux groupes de Myriapodes. Celle de Syngnathes, appliquée aux Scolopendres, fut aussi employée par lui dans ses premiers écrits.
M. Duméril, dans sa Zoologie analytique, publiée en 1806, fait des Myriapodes une famille des Insectes aptères, qu'il interpose aux Acères (les Arachnides) et aux Quadricornes ou Cloportes, après lesquels viennent les Vers. M. Duméril accepte les genres Tulus, Pollyxenus, Polydesmus, Glomeris , Scolopendra et Scutigera de Latreille et de Lamarck.
(1) Voici un passage de ce mémoire :
« Ainsi les Machiles seraient des Thysanoures pourvus de onze paires de pattes, dont trois thoraciques et complètes, et huit ventrales ou rudimentaires. Ces insectes doivent donc, en série naturelle, venirimmédiatement après les Myriapodes. »
3° En 1814, Leach revint à l'opinion de Fabricius, de Cuvier et de M. Walckenaer, en faisant des animaux qui nous occupent une classe distincte, sous le nom de Myriapodes (1); il les mit entre les Crustacés terminés par les Armadilles, et les Arachmides , en tête desquels sont les Nymphons et quelques autres genres. Il est évident que les Gloméris, par lesquels Leach fit commencer sa classe des Myriapodes ; ont certaines analogies avec les Cloportes ; mais comment expliquer, dans le systèmé que Leach paraît avoir accepté, celui de la disposition sériale rectiligne, que les Géophiles ou les derniers Myriapodes soient placés auprès des Nymphons. Leach décrivit dans le genre lule plusieurs espèces nouvelles découvértes par lui en Angleterre et dont les exemplaires sont presque tous conservés au British Museum. I] fit connaître le nouveau genre CrasPenosOMA, voisin des Polydèmes, et nomma CErmaria , d’après Illiger, le genre Scutigère de Lamarck. Leach caractérisa ésalement, aux dépens des Scolopendra, les nouveaux genres Cayprors, Lirnosius et GropaiLus, qui ont élé généralement adoptés.
Le travail du docteur Leach (2) a rendu un service important à l’histoire naturelle des Myriapodes, en posant les bases de la classification de ces Insectes,
(1) Trans. linn. soc., t. III, p. 356, et Zoological miscell., t. III. (2) Voici le tableau de sa classification :
Glomérides. .., Glomeris.
CHILOGNATHES. Lulus.
lulides. . . . . .<{ Craspedosoma.
Polydesmus.
Cermatides. . . . Cermalia.
Lilhobius.
SYNGNATHES. 4 Scolopendrides . } Scolopendra. Cryplops.
Geophilides . . . Geophilus.
M. de Blainville (1) a élevé, comme Leach, les Myriapodes au rang de classe distincte, et, conformément à l’opinion des naturalistes linnéens , il a placé cetle classe entre celles des Crustacés et des Vers chétopodes, c’est-à-dire à la suite des animaux articulés qui ont les pieds articulés ou les Entomozoaires condylopodes. Aïnsi les Myriapodes sont, pour M. de Blainville et les naturalistes qui ont suivi sa méthode, des animaux intermédiaires aux Cloportes et aux Vers chétopodes. M. de Blainville crut plus tard apercevoir dans le singulier genre que Guilding a nommé Peripatus, un nouveau lien entre les Myriapodes et les Vers, ur moyen de transition plus évident , et dans ses cours , ainsi que dans l’article Animal du Supplément au Dictionnaire des sciences naturelles, il a établi pour les Péripates une nouvelle classe, sous le nom de Malacopodes.
L'opinion de M. Strauss au sujet des Myriapodes estau fond peu différente (2). Dans son savant ouvrage sur l'anatomie du Hanneton, il reconnaît les affinités des Myriapodes avec les Annélides, et pour lui le Pollyxène est le genre des Myriapodes le plus voisin de ces animaux; c’est surtout des Léodices qu'il lui semble se rapprocher. M. Straus suppose l'existence d’un genre encore inconnu qui formera un lien plus intime entre les deux classes des Myriapodes et des Annélides ; d’ailleurs il reconnaît en même temps les rapports des Thysanoures avec les Myriapodes ; ce que Latreille, Dugès et quelques autres , font aussi de leur côté.
Depuis le travail de Leach, on s’était donc borné à discuter les affinités des Myriapodes, mais sans ap-
(1) Bull. sc. soc. philom. de Paris.
(2) Consid. géner. sur l'anat. des anim. artic.; p. 16.
HISTORIQUE. 41 porter pour la solution de ce problème aucun fait bien important. C'est ce qui dura jusqu’en 1832, époque à laquelle MM. Gray et Brandt firent connaître de nouveaux genres de Myriapodes. Les seuls livres publiés entre de Leach et ceux de M. Brandt, dans lesquels il soit parlé d'observations nouvelles sur les Myriapodes, sont ceux de M. Paul Savi (1), qui décrit un Îule nouveau, et donne de curieux détails sur le développement d’une espèce de ce genre, de Say, pour des myriapodes américains, et de Risso (2), qui caractérise brièvement plusieurs espèces nouvelles et un genre qu'il nomme Cazmpus. Ce genre appartient à la famille des Tules.
&° NATURALISTES ACTUELS. — En 1832, M. Brandt a commencé daps le Bulletin des naturalistes de Moscou la publication de ses recherches sur les Myriapodes, recherches qu’il continue avec succès, et qui lui ont procuré beaucoup de faits et de remarques nouvelles sur la même classe d'animaux. C’est à la même série de travaux qu’appartiennent les études nombreuses auxquelles M. Waickenaer s'est livré pour la rédaction du présent ouvrage, et qui, si elles eussent été publiées à l’époque où leur auteur les a entreprises, . auraient fait connaître la plupart des espèces exotiques qu’on a publiées dans ces derniers temps, et beaucoup d’autres encore inconnues que possède la riche collection du Muséum de Paris. Nos propres recherches, publiées dans plusieurs mémoires depuis 1835, et celles de M. Newport, dont les naturalistes apprécient la valeur, appartiennent aussi à cet ordre de travaux. Un plus grand nombre de naturalistes s’occu-
(1) Memorie scientifiche, p. 81 et 83; in-8. 1828. (2) Hist. nat. de l’Europe méridionale, t. V ; 1826.
pent à présent de cette intéressante fraction des Insectes aptères , et dans l'analyse que nous allons faire des travaux de notre époque, nous aurons encore à citer quelques noms.
M. Branor. — Son premier travail sur les Myriapodes a paru en 1833; il a pour titre:
Tentaminum quorumdum monographicorum Insecta Myriapoda chilognatha Latreillii spectantium prodromus (1).
D'après la considération des diverses pièces visibles dans chacun des anneaux qui composent le corps des Gloméris, des Iules et des Polydèmes, M. Brandt établit trois groupes principaux de Diplopodes, qu’il nomme Pentazonies, Trizonies et Monozonies.
Dans les Pentazonies ou Glomérides , il caractérise deux genres nouveaux, SPHÆROTHERIUM et SPHÆHROPÆUS, qui répondent à celui que M. Gray venait d'établir (2) sous le nom de ZerxRontA.
Dans les Trizouies, il propose les nouveaux genres SPIROBOLUS, SPIROSTREPTUS, SPIROPÆUS Et SPIROCYCLISTUS
Dans les Monozonies, on lui doit le nouveau genre SrronGYLosOMA.
Voici le tableau des Diplopodes ou des Chilognathes tels que M. Brandt les concevait en 1833 :
Glomeridia. . .. Glomeris, Latr.
Sphærotherium, Br.
Sphæropœus, Br.
Tulus, L.
Spirobolus, Br.
Spirostreplus, Br.
Spirostreptidea . Spiropœus, Br.
Spirocyclisius, Br.
| Strongylosoma, Br.
PENTAZONIA.
Sphærotheria. |
Inlidba. 5% ..:.
TRIZONIA. . .
Craspedosoma, Leach.
Polydesmus, Latr.
Poliyxenus, Latr.
MONOEMA. . UN ot. 15 2
(1) Bull. soc. imp. nat. de Moscou, t. VI, p. 194. (Voir notre pl. 39.)
Ce prodrome de M. Brandt donne la description sommaire de plusieurs espèces nouvelles. Il porte à cinquante le nombre des Chilognathes connus d’une manière plus ou moins complète; quelques figures reproduisent les caractères des coupes nouvelles.
M. Brandt annonce dans ce travail d’autres publications, mais les unes n’ont paru que plus tard, et d’autres n’ont pas encore vu le jour. Entre ce premier travail et notre revue générale des Myriapodes publiée en 1837, il n’a donné qu’une très-courte note sur le genre Polyzonium découvert par lui et dont il proposait en 1834, dans le journal l’Zsis, de faire un nouvel ordre sous le nom de Colobognatha.
C'est à l'académie impériale de Saint-Pétersbourg que M. Brandt a présenté ses autres mémoires, et il les a réunis depuis lors dans un volume à part (3). Voici le titre des principaux :
1° Remarques générales sur l’ordre des Insectes myriapodes (mai 1840), travail important au point de vue de l'anatomie zoologique et de la classification. L'auteur y suit la méthode suivante :
Subordo I.
GNATHOGENA.
Schisolarsia... ............ Seuñgera.
Tribus I. . L k ES de orixopoda.... colopendra, CHILOPODA. À Hootarsia. . . À 5 Cryplops.
Polypoda. ..... Geophilus.
Pollyxenus.
Monozonia...,....,.....,. {rl desmus.
TEA Br.
Blaniulus. L lulus.
Tribus Il, Syndopetala. . DM A de SRE irocyclistus, Br.
Cmicocnaræa. | Trixonia.. . .. Spirostre lus, Br.
Lynopetala. . . . . Lysiopetalum, Br. £g.
nov.
k Glomeris.
Penlazonia. . ..,..,. ë se Br.
Sphæropœus, Br.
Subordo II.
SUGENTIA.
Ommatophora. GE bars nov.
Typhlogena. . Siphonophora, Br. g. nov.
Les Myriapodes ne sont pour M. Brandt qu'un ordre de la classe des Insectes.
90 Sur les espèces du genre Scolopendra (mars 1840 et septembre 1840, p. 53 et 71 du Æecueil). L'auteur en distingue un nouveau genre sous le nom de Scozo- PENDROPSIS (1).
3° Sur la famille des Jules (août 1840 et mars 1841, p- 79 et 184 du Recueil).
4° Sur les Polydesmus (février 1839 et décembre 1840 , p. 125 et 138 du Recueil).
5° Sur Les Gloméris (février 1840, décembre 1839, novembre 1840, décembre 1841, 1840, p. 142, 152, 156, 160 et 172 du Recueil). Un premier mémoire sur l’anatomie de ces animaux avait été inséré par M. Brandt dans les archives de M. Muller (2).
Tous ces mémoires seront analysés quand nous traiterons de la famille à laquelle ils sont consacrés.
M. P. Gervais. — Le premier mémoire que nous avons publié sur les Myriapodes traite du genre Géophile (2). Nous y faisons connaître quelques espèces nouvelles et plusieurs particularités d'organisation et de physiologie. C’est dans un appendice à cette note qu'ontété indiquées les affinités du Tule pallipède d'Oli-
(a) Recueil de Mémoires relatifs a l'ordre des Myriapodes et lus à l'Académie impériale des sciences de Saint-Pétersbourg, 1 vol. in-8e ; 1841.
(2) Note sur les Myriapodes du genre Kicophile, et description de trois espèces nouvelles (\iagas. de Zool , cl. 1X, p. 133; 1855.) — Addit'on à Lx note précédente, ib., pl. 135.
HISTORIQUE. 45 vier avec les Polydèmes ; un autre travail a pour objet le genre Polydème lui-même (1), dont nous établissons les caractères en même temps que nous en décrivons plusieurs espèces nouvelles.
Quelques courtes notices ont aussi été publiées par nous dans les Annales de la société entomologique, mais elles ont été pour la plupart reprises ailleurs. En 1837, nous avons rédigé un travail complet sur la classification des espèces alors connues de Myriapodes (2), décrit des espèces inédites et des genres nouveaux de cette classe, et donné divers faits jusqu’alors inconnus relatifs à leurs métamorphoses. Nous avions été surtout conduit à ce travail par l'étude des Myriapodes qui vivent aux environs de Paris.
Le tableau suivant formule la classification pro-
posée dans ce travail :
Ordre I. CHILOGNATHES.
Pollyxenus. 1 Oniscomxa. . | Zephronia., Gr... . PE pal Glomeris. ”
Fontaria, Gr.
Polydesmus. . .....{ Polydesmus.
Strongylosoma, Br. (3) Blaniulus, g. nov.
IuLoIpEA. . . Zulus, nec non Spirostreptus, etc., Br. Craspedosoma.
Playulus, g. noy.
Cambala, Gray.
Ordre 11. CHILOPODES.
SCUTIGERIDEA, ss 0 0 + « + SCuligera.
: He se À
colopendra.
SCOLOPENDROIDEA. « » «ee 0 + 0» Cryptops.
Geophilus.
(1) Note sur le genre Polydesmus de la classe des Myriapodes. (Annales soc. entom. de France, 1° série , t. V, p. 373.)
(2) Études pour servir à l’histoire naturelle des Myriapodes, 1'° part. (Ann. sc. nat., 2° série, t. VII, p. 35 à 60.) |
(3) J'ai indiqué l'idendité de mes Polydèmes iuloïdes avec les Strongylosomes, dans une note insérée dans la Revue cuviérienne de M. Guérin, t. IL, p. 79; 1839.
Dans un autre mémoire , nous avons développé plusieurs parties de ce tablean et décrit le nouveau genre Scolopendrella (1). Deux planches qui devaient accompagner ce travail ont également été publiées (2), et quelques descriptions parfois accompagnées de figures ont paru dans divers ouvrages (3).
C’est à l’aide de ces matériaux assez divers et aussi d'observations nouvelles, qu'a été rédigée, en 1844, la deuxième partie de nos études sur les Myriapodes (4). Dans ce nouveau travail, qui est le dernier, sont discutés successivement les principaux points de l'histoire naturelle des Myriapodes, savoir : leur caractéristique générale, leur morphologie, leur développement , leurs affinités zoologiques et leur réparlition en familles et en genres, en ayant souvent égard aux belles recherches publiées par MM. Brandt et Newport ou par d'autres naturalistes. Les dénominations de Chilognathes et Chilopodes nous ont paru devoir être remplacées par celles de Diplopodes, Blainv. et Chiliopodes , et nous avons proposé d'admettre que ces animaux constituent deux sous-classes. Nous avons aussi décrit avec quelque détail différents genres nouveaux.
Nous donnerons ici le tableau de la classification à laquelle nous avons été conduit :
(1) Revue z00l. par la soc. cuviérienne, p. 279; 18309.
(2) Aulas de zoologie, 184.
(3) J’oyage de la Favorite, Zoologie, p. 156, pl. 53 et 54, en commun avec M. Eydoux. — Ann. soc. entom. de France , 2 série , t 11; 1846. Myriapodes de Colombie, d'après des exemplaires recueillis par M.Goudot. —Myriapodes du £ritish Museum. (Seolopendres et Cambala.)
(4) Études sur les Myriapodes. ( Ann. sc. nat., 3° série, t. LE, p« 51 à 80.)