‹ Histoire naturelle des insectesChapitre 89 sur 497 · IV. IULIDES · texte numérisé non relu

IV. IULIDES

Les lulides forment la famille la plus nombreuse des Diplopodes. Les animaux qui S'y rapportent ont le corps plus ou moins cylindrique, , vermiforme, allongé et composé d'un nombre considérable de segments, cinquante et au delà. Leur tête est distincte du premier segment et celui-ci est plus grand que les autres, incomplet en dessous et en forme de bouclier; les trois suivants sont pourvus d’une seule paire de pieds, et les autres, jusqu'à l’anal ou au préanal, sont semblables entre eux , portent deux paires de pieds chacun , et résultent de la fusion en un seul zoonite de l’autre, et composés chacun d’un arceau dorsal considérable,

deux anneaux presque semblables l’un à

d’une paire de lames latérales intimement soudées à l’arceau dorsal, et d’une paire de lames inférieures pédigères mobiles ou fixées au reste du segment. À chacun des doubles segments pourvus de quatre pieds, existe bilatéralement un orifice stigmatiforme par lequei s'écoule une sécrétion odorante ; l’anus est à l’extrémité postérieure du corps entre les deux valves du segment anal. Le segment préanal est plus long que les autres en capuchon au-dessus des valves de l’aaus, et souvent pourvu au-dessus d'elles d’une épine.

(1) Luuvs , partim, de Geer, Mém. pour servir à l’hist. des Insectes, t. VII, p. 569.— Iurus, Latreille, Hist. nat. des Insectes , t. VII, p- 67-— Ivzinæ, partim, Leach, Trans. Linn. soc., t. XI, p. 356 — AnGulFores, Latreille, Familles nat. du règne anim., p. 327. paie zoniA , Brandt, Bull. nat. Moscou, t. VI, p. 200.— Id., Recueil, p.37 et 79.—Iuunz, Gray, ca A Cyclopedia of anat. and phrsiol:; t. III, p. 545.— Tuurres, Lucas, Anim. articulés, p. 522. — Bizomia IULIDÆ , Newp., Fos linn, soc. ,t. XIX, p. 277.

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Les segments depuis le boutlier jusqu’au préanal sont habituellement striés; leurs stries aflectent des dispositions variables; rarement ils sont tuberculeux. Les antennes ont en général sept articles; leur forme varie ainsi que la proportion de leurs articles ; leur longueur est un peu différente suivant les espèces. Les yeux sont en général multiples et réunis sur une surface triangulaire, arrondie, etc., sur chaque côté de la tête en arrière des antennes: le genre Stemmiulus n’a qu'une seule paire d’ocelles, et les Blaniulus en sont tout à fait dépourvus. La bouche est disposée pour broyer : elle présente une première paire d’appendices forts et non réunis (mandibules , Latreille ), et une seconde (lèvre inférieure, Latreille, Gnatho chilarium, Brandt) soudée et aplatie en lamelle. Les organes génitaux femelles sont entre le deuxième et le troisième segments, et ceux du mâle sous le huitième. Celui-ci présente une paire d'appendices copulatoires de forme variable, assez compliqués, et qui diffèrent par la forme du même organe chez les Polydèmes.

Certaines espèces de la famille des Iules acquièrent une taille considérable ; il y en a qui ont près de deux décimètres , et dont le corps surpasse la grosseur du doigt. Celles des régions intertropicales sont plus particulièrement dans ce cas. En Europe, principalement dans le nord et dans le centre, les Iules n'arrivent qu’à une taille beaucoup moindre. Ce sont des animaux inoffensifs, qui vivent à terre sous les écorces, dans la mousse, etc., plus particulièrement dans les lieux ombragés et humides ; ils se nourrissent principalement de substances végétales. Le nombre des espèces europécnnes de ce groupe est déjà considérable, mais celui des Jules exotiques est encore bien plus grand, et

IULIDES. 125 quoique les caractères distinctifs qu'ils présentent ne soient ni nombreux ni faciles à saisir, en a pu néanmoins établir parmi eux un certain nombre de genres.

La taille et quelques particularités de couleurs paraissent d’abord les seules différences que l’on puisse établir entre eux, et cependant on entrevoit déjà que leurs espèces sont diverses quoique la possibilité de les distinguer entre elles d’une manière certaine paraisse d'abord impossible à trouver ; aussi le découragement succède-t-1l à l'inquiétude. Toutefois, un examen plus approfondi ne tarde pas à mettre l’observateur sur la voie; etici, comme dans tous les autres groupes du règne animal, les caractères apparaissent et se multiplient pour ainsi dire à mesure qu’on entre plus avant dans l'étude du sujet. L’agencement des yeux, la proportion des articles des antennes, la forme de la tête et des anneaux du corps, les accidents de leur surface, la disposition particulière qu'offrent l'anneau préanal, les valves de l’anus, et les organes secréteurs, ainsi que les différents caractères desappendices ambulatoires ou buccaux, ne tardent pas à montrer que l’espèce est ici, comme partout ailleurs, susceptible d’une définition précise. Les Tules sont pour ainsi dire comparables aux s-rpents. Leur physionomie toute spéciale dissimule aux yeux du vulgaire les variations de leur structure, mais elles n’en imposent pas au zoologiste dont l’étude analytique sait découvrir des différences là où la nature semblait d’abord n'avoir établi que des ressemblances.

Leach a le premier donné au genre linnéen des lules les limites que nous lui conservons en en faisant, avec les auteurs actuels, ]a famille des lulides. Les Jules d'Olivier comprenaient tous les Myriapodes diplo-

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podes ou Chilognathes. Ceux de Leach excluent nonseulement les Pollyxènes et les Polydèmes de Latreille, mais encore les Craspédosomes ; toutefois, dans la classification publiée par l’auteur anglais (1), les Polydèmes et les Craspédosomes sont encore placés dans la même famille que les Iules.

M. Brandt les en a retirés en 1833 (2), et ne laissant dans ce groupe que les Iulides tels que nous les comprenons actuellement, il leur donne le nom de 7rizomia , nom tiré de la composition de leurs anneaux. M. Brandt admet alors deux groupes principaux de Trizonies, et dans chacun de ces groupes il établit plusieurs genres :

1°Zulidea comprenant les genres Iucus et SPrrogoLus, Brandt, dont l’article pénultième des antennes est subarrondi et non rétréci à sa base ;

2 Spirostreptidea ou les genres SPIROSTREPTUS, Br., SrrRopœus, td. et Sprrocyczisrus, id., dont l’article pénultième des antennes est infundibuliforme ou claviforme et rétréci à sa base.

Les figures données par M. Brandt pour représenter les caractères des Zulides et des Spirostreptides ont été reproduites dans l’atlas de cet ouvrage, pl. 37.

En 1837 (3), sans adopter cette division en deux groupes que M. Brandt a lui-même abandonnée de-

(1) Trans. Lin, sc.,t. XI.

(2) Bull, nat. Moscou, t. VI.

Voici comment M. Brandt établit des lors la caractéristique de ce groupe :

« Media corporis cingula e partibus tribus imbricatis composita, e cingulo anuuliformi fere completo dorsum et abdominis latera occupante et laminis duabus una pone alteram in medio abdominis sitis quarum posteriori margini pedes sunt, »

(3) Ann, sc. nat., 2° série, t. VII.

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puis lors, nous avons établi un nouveau genre de Iulides, sous le nom de Bzanruzus, et depuis lors M. Brandt, pendant l’année 1840 (1), a lui-même proposé une nouvelle distribution des lules qui a été acceptée pàr M. Newport. M. Brandt, conservant toujours sa dénomination de Trizonies, fait la remarque que chez certains de ces animaux les lames pédigères qu’il nomme pétales sont libres, tandis que chez les autres elles sont réunies par une suture aux anneaux du corps. Il partage donc les Trizonies en Synronopé- TALES qui comprennent ses Julidea et ses Spirostreptidea de 1833 dont les cinq genres sont regardés comme de simples sous-genres par leur auteur aussi bien que les Blaniulus, Gerv., Spirostrephon, Br. , Unciger, Br. (ces deux derniers sont nouvellement établis), etles LysioPéraLes ou le nouveau genre Lysiopetalum , Br.

En 1844 (2), M. Newport a proposé l'établissement du genres PLarors qui est peut-être le même que celui des Callipus de Risso, et qui se rapproche surtout des Lysiopetalum, Brandt. M. Newport et nous, avons aussi donné quelques détails sur le genre Camsara de M. Gray, dont les caractères étaient restés inconnus, etqui ne diffère peut-être pas du genre Spirostrephon de M. Brandt. Enfin, nous avons aussi établi (3) deux genres nouveaux , l’un remarquable par la présence de deux yeux simples au lieu d’yeux agrésés (SremmMivzus), et l’autre voisin des Spirostreptus, mais à corps épineux (AcanTHIULUS).

Les descriptions données par M. Brandt des nombreuses espèces d’Iulides qu’il a fait connaitre, le soin

(1) Bull. acad. Saint-Pétersbourg et Recueil, (2) Ann. and mag. of nat., t. XUII ; 1844, (3) Ann. sc. nat, 3° série, t. IL; 1844.

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tout particulier avec lequel il a recherché leurs véritables caractères spécifiques , ont rendu les plus grands services à cette partie difficile de l'histoire des Myriapodes.

Les genres les plus distincts qu'on ait établis parmi les lülides et les seuls que nous croyons devoir adopter dans cet ouvrage , sont les suivants :

LyYs1OPETALUM ;

Juzus ;

STEMMIULUS ;

Bzraniuzus.

Ceux des Spirostreptus , Spirobolus, etc., ne se distinguent pas assez nettement des Iules proprement dits et constituent de simples sous-genres.

GExre LYSIOPÉTALE. Lysiopetalum (1).

Tête petite ou principalement développée dans sa partie frontale , qui est aplatie ou excavée , et comme en bourrelet à l'occiput; antennes longues et grêles de six, sept, où même huit articles; yeux agrégés derrière les antennes, en général triangulaires; corps allongé, formé de quarante à soixante anneaux et au delà, plutôt comprimé que réellement cylindrique, atténué à ses deux extrémités, montrant sur la moitié postérieure des anneaux des stries fort marquées ; premiers anneaux du corps plus étroits que la tête, assez développés dans le sens antéro-postérieur ; lames pédigères des anneaux mobiles; pattes nombreuses , longues.

(1) Lvsroperaz um, Brandt, Bull. sc. acad. Saint-Pétersbourg , 1840. — Recueil, p. 42.—PLarops, Newport, Ann.and mag. of nat. hist.,

t. XIII, p. 266; 1844. — Lysroperaunx, Newp., Trans, Linn. soc, t. XIX, p. 278.

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M. Brandt a le premier établi le genre qui nous occupe , en lui assignant les caractères suivants :

« Laminæ pediferæ omnes liberæ, mobiles, cutis ope cum parte abdominali corporis cingulorum conjunctæ, frons ante antennas dilatata et deplanata, in maribus insimul depressa. »

En 1844, M. Newport a proposé, sous le nom de Platops, un autre genre qui nous paraît être le même que celui de M. Brandt. Voici ce qu'il en dit :

« Tête courte, très-petite, tronquée en avant, aplatie où même un peu excavée; yeux subtriangulaires ; antennes allongées, grêles , de six articles claviformes; corps très-notablement aminci à ses extrémités antérieure et postérieure; les seconds, troisième et quatrième segments plus étroits que la tête ; pieds grêles. »

En 1844, nous fûmes conduits à proposer la fusion des genres Lysiopetalum et Platops (1). L’analogie des caractères est en effet très-srande entre l’un et autre, et déja, en 1842, nous avions noté comme très-voisins des Zulus plicatus et fœtidissimus, qui sont des ZLysiopetalum pour M. Brandt, plusieurs des espèces dont M. Newport a fait depuis ses Platops ; tels sont entre autres les PL. rugulosa, lineata, Richii, Hardwickii, qui étaient alors désignés au British Maseum sous le nom générique de Craspédosomes ; Y'un d'eux avait même été donné comme tel par M. Gray dans un de ses ouvrages. Nous lisons dans nos notes manuscrites de 1842 , que ces quatre espèces ont le corps appointi en arrière, à stries assez grosses et semblables à celles du Cambala, les pattes des Tules et

(1) Ann. sc. nat., 3° série, t. II, p. 24.

APTÈRES, TOME IV. y

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les antennes grêles comme celles de l'espèce figurée par M. Guérin sous le nom d’Julus plicatus. Ce sont, ajoutons-nous , des animaux du même genre que lui et non des Craspédosomes. Ils font le passage au Cambala, mais leurs yeux sont comme dans les Iules.

Cette opinion nous paraît d'autant plus fondée que le Zulus plicatus est une des espèces que M. Brandt rapporte à ses Lysiopétales, et que le même auteur dit, en parlant de son genre Spirostrephon, qui est le Cambala ou un animal fort voisin : Diflert habitu à Iulis genuinis et Zulo (Lysiopetalo) fœtidissimo et plicato affinis apparet.

Plus récemment M, Newport s’est beaucoup rapproché de cette manière de voir, et dans l'exposé de sa méthode insérée au tome XIV des Zransactions de la société linnéenne de Londres, il crée une sous-famille de Iulides sous le nom de Lysiopetalinæ (section des Trizonies lysiopétales de M. Brandt, Recueil, p. h2), et il y placeles deux seuls genres Platops et Lysiopetalum. Celui des Platops y est ainsi défini par M. Newport :

« Caput parvum complanatum, vel concavum; pedes graciles, elongati; corpus pyramidale; elongatum. »

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