‹ Histoire naturelle des insectes, composée d'après Réamur, Geoffroy, Degéer, Roesel, Linné, Fabricius, et les meilleurs ouvrages qui ont paru sur cette partie; rédigée suivant la méthode d'Olivier, et ornée de figures dessinées d'après natureChapitre 35 sur 51 · ORDRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

ORDRE HUITIÈME

L: composition de cet ordre est une preuve convaincante de l'impossibilité où se mettent les naturalistes d'établir des ordres naturels, lorsqu'ils veulent les fonder sur un caractère unique, pris d’une partie dont limportance, dans l’économie animale, n'est pas très considérable.

Les caractères pris de la présence ou de l'absence des ailes, sont de ces caractères absolus et tranchés qu’il est très facile d’annoncer. Il semble qu'une partie aussi remarquable, qu’un membre dont l'usage doit tant influer sur les facultés des insectes, et par conséquent sur leurs habitudes , doit les séparer en deux sections aussi naturelles que faciles À distinguer. Cependant, si on eût voulu lé suivre à la rigueur, que de fautes graves contre l’ordre naturel le plus évident n’eût-on pas commises ! on se serait vu forcé

de réunir dans le même ordre des carabes, des ténébrions, des ptines, des punaises, des mantes, des criquets, des fourmis, des ichneumons , des bombyx, etc. Mais les ressemblances de ces insectes véritablement.

aptères avec les autres espèces de leurs genres, étaient trop frappantes ‘pour qu’on commit une faute aussi sensible contre les affinités des animaux. Cependant l’ordre des aptères, tel qu'il a été établi par Linné, tel qu’il est adopté par la plupart des Entomologistes qui l'ont suivi, réunit des êtres ” qui, pour ne pas paraître aussi différens les uns des autres que ceux que nous venons de nommer, n’en sont pas moïns réellement différens. Si on veut étudier avec quelque attention l’organisation et les habitudes des aptères de Linné, de Geoffroi, d'Olivier même, on verra qu'il n’y a guère plus de ressemblance réelle entre une puce, une podure, une araignée, un ricin ét un crabe, qu'entre une punaise aptère et un carabe également aptère. Cette considération a engagé les naturalistes, et notamment Fabricius, MM. Latreille, Duméril, ete., à disperser

l’ordre des aptères dans d’autres ordres, ou, ce qui nous paraît mieux, à le diviser luiméme en plusieurs ordres aussi indépendans les uns des autres, que le sont les: autres

ordres d'insectes dont nous venons de donner l’histoire.

La loi que nous avons dû nous faire dans un ouvrage de ce genre, d'adopter la méthode d’un auteur connu, et le choix que nous avons fait de celle de M. Olivier, ne peut nous permettre de profiter entièrement des changemens qui ont été faits dans cet ordre; nous nous contenterons donc de le diviser en plusieurs sections, et de faire, à l'exemple de M. Cuvier, une classe à part des crustacés.

D'après cet exposé, on voit qu’il n’est pas possible de suivre, dans l’histoire générale de ces insectes, une marche semblable à celle que nous avons suivie dans celle des autres ordres. Celui des aptères étant composé d’insectes qui diffèrent essentiellement entre eux, qui ne se ressemblent même par aucun caractère commun, excepté par celui qui est pris de l'absence des ailes, on ne peut établie

aucunes, généralités sur cet ordre tel qu'il est; il faut nécessairement le diviser par groupes, et étudier séparément les caractères communs aux insectes qui composeront ces groupes.

M. Olivier n’a séparé les aptères qu’en deux sections, Cette diision n’est pas suffisante : elle laisse encore près les uns des autres des insectes qui n’ont aucuns rapports entre eux. Nous serons donc forcé d’adopter ici la méthode de M. Latreille, qui a établi des divisions suffisantes pour que chacune puisse présenter des caractères généraux , nombreux et naturels.

M. Latreille a placé parmi ces insectes , deux ordres, les entomostracés et les crustacés, que nous ne traiterons point ici. Nous en ferons, à l'exemple de MM. Cuvier et Lamarck, une classe particulière d'animaux, * sous le nom commun de crustacés. Nous n'établirons donc que cinq divisions ou sections parmi les aptères jet nous leur donnerons les noms que M. Latreille leur a imposés.

Ces divisions seront désignées par les

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noms de suceurs, de thysanouress de parasites, d’acéphales et de myriapodes. Nous allons examiner successivement les caractères de ces cinq divisions.

Les suceurs ne renferment qu'un seul genre, celui de la puce, qui, par ses particularités, ne peut été convenablement placé dans aucune section de la classe des insectes.

Les insectes qui doivent entrer dans cette section, ont une tête distincte, une bouche composée d’un suçoir qui a quelque ressemblance avec celui des hémiptères, et renferme , comme lui, des soies. Ils ont des antennes, et six pates seulement. Mais ce qui distingue surtout ces aptères des autres, en les rapprochant des insectes ailés , et principalement des diptères, c’est la propriété qu’ils ont de se métamorphoser et d’être sujets à une métamorphose aussi complète que celle des diptères. Ce sont, comme nous allons le voir, les seuls aptères qui aient cette faculté. Nous n’entrerons dans aucun détail sur les habitudes générales des insectes de cette section, puisqu'elle né renferme qu'un genre qui sera décrit avec soin.

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DES APTÈRES. 215 Les thysanoures, ainsi nommés de leurs queues noueuses ou ayant des franges de poils, ont également une téte distincte munie d’antennes ordinairement longues et filiformes : ils n’ont également que six pates , mais ils commencent à se rapprocher des aptères à pates nombreuses ; par les appendices dont leur abdoren est garni, Ils différent des suceurs et des parasites par la forme de leur bouche, composée, comme celle des coléoptères, de mandibules, de mächoires, de lèvres et d’antennules : ils ne subissent aucune métamorphose; leur corps est allongé, mou, couvert d’écailles ou de poils qui se détachent facilement.

Ils n’ont pas la lenteur de la plupart des aptères ; ils sont, au contraire, ou légers à la course, où prompts à sauter, au moyen d'organes particuliers que nous décfirons lorsque nous ferons l’histoire des podures, des lépismes et des forbicines qui composent cette section.

Les parasites vivent presque tous sur les autres animaux, ainsifque leur nom l’indique : ils ont une espète de trompe pour les

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piquer; et pour sucer leur sang; ils ont aussi quelquefois de petites mandibules qui paraissent leur servir de tenailles pour s'y accrocher plus solidement. C’est cette conformation particulière de leur bouche qui fait leur caractère distinctif principal. Ils n’ont d’ailleurs que six pates courtes et'crochues , ils ne sont sujets à aucune métamorphose ; leur corps est déprimé, et leur démarche extrémement lente. Les insectes les plus incommodes aux hommes sales et aux animaux, sont renfermés dans cette division : ce sont les poux et les ricins.

Les acéphales sont les aptères les plus remarquables par leuf forme bizarre. Leur tête n’est point distincte du reste du corps, parce qu'elle n’en est séparée par aucun étranglement, en sorte qu’ils semblent ne point en avoir : ce qui leur a fait donner le nom d’acéphale, mot composé du grec, qui veut dire sans téte. La bouche de ces insectes varie trop dans sa composition pour que nous puissions la décrire d’une manière générale; ce qui prouve que cette réunion d’aptères n’est pas encore aussi naturelle qu’elle

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pourrait l'être. Les uns, tels que les mites, etc., ont une espèce de trompe et de suçoir; les autres, tels que les araignées, les faucheurs , etc. , ont des mandibules, des mâchoires et une lèvre; mais aucun n’à d'antennes , et c’est ce qui fait leur caractère essentiel. Le nombre des pates est variable dans les différens genres de six à huit. Ces insectes ne subissent pas de métamorphose réelle : cependant ils présentent quelques différences dans leurs différens âges, et ces différences paraissent porter principalement sur le nombre des pates.

Parmi les acéphales, les uns ont la tête, le corselet et l'abdomen confondus ensemble, telles sont les mites: d’autres ont le corselet distinct de l'abdomen, comme les araignées, Les premiers vivent presque tous sur les animaux et les végétaux vivans; ils en sucent la substance. D’autres, beaucoup plus agiles ou plus industrieux, vivent d'insectes qu'ils attrapent par des moyens aussi variés qu’ingénieux,.

Les myriapodes sont les aptères qui se rapprochent le plus des crustacés par toute

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leur structure. Ces caractères, qui les distinguent des aptères précédens , sont pris surtout du nombre de leurs pates, qui est au moins de quatorze , et qui surpasse quelquefois beaucoup cette quantité. Leur bouche est propre à la mastication ; elle est composée de mandibules, de mâchoires, de lèvres et de palpes. Ces dernières parties sont quelquefois plus nombreuses dans ces insectes que dans les autres : leur tête est distinguée du corps par une articulation; elle porte des antennes. Le corps de ces insectes est, en général, allongé et cylindrique ou demi-cylindrique.

Malgré leurs pates très nombreuses , la démarche de ces insectes est lente, parce que ces pates sont presque toujours très courtes.

Ces insectes ne subissent pas non plus d’autres métamorphoses, qu’un changement dans le nombre de leurs pates. Il paraît qu'ils en acquièrent une paire de plus à une certaine époque de leur vie, qui peut être considérée comme le passage de l’enfance à la puberté.

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