‹ Histoire naturelle des insectes, composée dáprès Réaumur, Georffroy, Degéer, Roesel, Linnée, FabriciusChapitre 25 sur 66 · y . Hercule · texte numérisé non relu

y . Hercule

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m44 UISTOIEE MATUBELLE

qui est DoirAtre ; les ailes ont les nervures jaunâtres.

La fourmi fauve est très commune dans toutes les parties de TEurope; c'est elle qui élève dans les bob ces monticules remarquables par leur grandeur et leur forme en cône très large à sa base. Cette habitation est composée de brins de chaume , de fragmens ligneux , de coquillages , de cailloux; et, comme elles ramassent souvent, dans le même dessein , des grains de blé , d'orge et d'avoine , on a cru qu'elles faisaient des provisions pour l'hiver ; mais il est reconnu qu'elles ne s'en servent que pour leur habitation , car elles passent l'hiver engourdies , ainsi que toutes les autres espèces , et ue prennent, par conséquent , aucune nourriture. Le monticule qu'elles forment ne parait, au premier coup d'œil , qu'un amas confus de matériaux ; mais , si on l'examine avec attention , on voit qu'il est arrangé de manière à éloigner les eaux de la fourmi- Hère , à ménager la chaleur du soleil , ou la conserver dans l'intérieur du nid. L'assemblage des divers élémens dont il est com-

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elles Les placent au-dessus de ToaTerture , et les enfoncent même quelquefois dans le massif du chaume en les croisant dans tous les sens ; elles finissent par y mettre d'autres parcelles plus petites, et parviennent à boucher entièrement le trou par où elles entraient. Le matin , elles défont ce qu'elles ont fait le soir ; il n'y a que les jours de pluie où elles ne fiassent pas cette opération ; elles se contentent alors de pratiquer une ouverture beaucoup plus petite, et, s'il Tient à pleuvoir, elles la ferment tout-àfidt.

« Pour concevoir , dit Hubert , la formation du toit de chaume , voyons ce qu'était la fourmilière dans son origine : elle n'est , au commencement , qu'une cavité pratiquée dans la terre ; une partie de ses habitans va chercher aux environs des matériaux propres à la construction de la charpente extérieure; ils les disposent ensuite dans un ordre peu régulier , mais suffisant pour en recouvrir l'entrée ; d'autres fourmis apportent de la terre qu'elles ont enlevée an fond du BÎd , dont elles creusent l'intérieur , et

DES FOUtHIfl. »47

cette terre , mélaDgée avec les brins de bob et de feuilles qui sont apportés à chaque instant , donne une certaine consistance à l'édifice : il s'élève de jour en jour; cependant les fourmb ont soin de laisser des espaces YÎdes pour ces galeries qui conduisent au-dehors , et comme elles enlèrent, le matin, les barrières qu'elles ont posées h l'entrée du nid la veille, les conduits se conservent , tandis que le reste de la fourmilière s'élève; elle prend déjà une forme bombée; mais on se tromperait si on la croyait massive. Ce toit devait encore servir, sous un autre point de rue , à nos insectes ; il était destiné à contenir de nouveaux étages , et voici de quelle manière ils sont construits ( je puis en parier pour l'avoir vu à travers un carreau de verre que j'avais ajusté contre une fourmilière ) : c'est par excavation , en minant leur édifice même , qu'elles y pratiquent des salles très spacieuses , fort basses , à la vérité , et d'une contniction grossière ; mais elles sont commodes tmr l'usage auquel elles sont destinées, lui de pouvoir y déposer les nymphes et

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les larves à certaines heures du jour. Ces espaces vides communiquent entre eux par des galeries faites de la même manière. Si les matériaux du nid n'étaient qu'entrelacés les uns avec les autres , ils céderaient trop facilement aux efforts des fourmb , et tomberaient confusément lorsqu'elles porteraient atteinte à leur ordre primitif; mais la terre contenue entre les couches dont le monticule est composé , étant délayée par l'eau des pluies , et durcie ensuite par le soleil , sert à lier ensemble toutes les parties de la fourmilière, de manière cependant à permettre aux fourmis d'en séparer quelques fragmens sans détruire le reste : d'ailleurs, elle s'oppose si bien à l'introduction de l'eau dans le nid , que je n'en ai jamais trouvé ( même après les plus longues pluies ) l'inteneur mouillé à plus d'un quart de pouce de la surface, à moins que la fourmilière n'eût été dérangée , ou ne fût abandonnée par ses habitans.

a Quant à la partie souterraine de la fourmilière , on ne peut la voir que lorsqu'elle est placée contre une pente ; alors , en son-

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Si les fourmis fauves aperçoivent ud de leurs enueini' à une distance asseE grande pour qu'elles ne puissent Tatteindre , elles se redressent sur leurs pieds de derrière , font passer leur abdomen entre leurs jambes, et lancent avec force des jets de leur acide ; elles attaquent à force ouverte , en pinçant fortement avec leurs mandibules, et versant dans les plaies produites par leurs morsures, leur acide formiqne; elles y parviennent en courbant Textrémité postérieure de leur abdomen , où il est contenu, et en rappliquant contre la partie offensée. Ces fourmis dissèquent en très peu de temps les cadavres des divers animaux de petite taille qu'on leur présente.

Hubert donne une description fort intéressante d'un combat entre deux fourmilières de la même espèce ; les deux armées s'étaient rencontrées à moitié chemin de leur habitation respective , c'est là que se donnait la bataille. Elles occupaient nn espace de deux ou trois pieds carrés, et il s'en exhalait de toutes parts une odeur pénétrante. A l'approche de la nuit, après s'être

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bien battu , et avoir laissé on grand nombre de morts sur le lieu de la scène , chaque parti rentrait graduellement dans sa cité ; mais ils retournaient au combat avant Taurore, et le carnage recommençait avec plus de fureur. Les fourmis sanguines , qui sont souvent attaquées par les fourmis fauves , se défendent en partisans , et font une petite guerre fort amusante pour l'observateur. Les deux partis se mettent en embuscade , et fondent l'un sur l'autre à l'improviste; si les fourmis sanguines se voient moins en force , elles, réclament du secours , et aussitôt une armée sort de la cité , s'avance en masse , et enveloppe le peloton ennemi . Les fourmis fauves ont présenté à M. Hubert quelques faits singuliers, et dont le trait suivant retrace une sorte de scène gymnastique : S'étant approché un jour d'une de leurs habitations exposée au soleil, et abritée du côté du nord , il vit ces insectes amoncelés en grand nombre sur sa surface , et dans un mouvement général , qu'il compare à l'image d'un liquide en ébnllition ; mais, s'étant appliqué à suivre séparément chaque fourmi ,

afîl ^ HISTOIRE HATDRRLLK

il déoonvrtt qu'elles jouaient entre elles, deux à deux , et se livraient des combats simulés pareils à ceux dont les jeunes chiens nous donnent souvent le spectacle.

La Fourmi sanguine, Formica sanguinea.

L'ouvrière ressemble beaucoup à celle de l'espèce préc^ente; mais les antennes et la tête sont entièrement d'un fauve sanguin ; les yeux lisses sont apparens ; le corselet et les pâtes sont fauves; l'abdomen est d'un noir cendré. Ces fourmis présentent un exemple des sociétés mixtes ; aussi allonsnous donner quelques détails particuliers sur leurs mœurs.

Elles ont de grands rapports avec les fourmis fauves , tant par la forme et la couleur de leur corps , que par leur manière de bâtir. Nous allons laisser parler M. Hubert , qui donne des détails fort curieux.

a Une des occupations oixlinairesdes fourmis sanguines, est d'aller à la chasse de certaines petites fourmis dont elles font leur pâture ; elles ne sortent jamais seules y on

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l54 HfSTOlBB HATUEELLE

< Le i5 juilJet, à dix heures du matin, la fourmilière sanguine envoie en avant une poignée de ses guerriers. Cette petite troupe marche à la h&te jusqu'à l'entrée du nid des fourmis cendrées , situé à vingt pas de la fourmilière mixte : elle se disperse autour du nid. Les habitans aperçoivent ces étrangères, sortent en foule pour les attaquer , et en emmènent plusieurs en captivité; mais les sanguines ne ^'avancent plus , elles pa< raissent attendre du secours; de moment en moment je vois arriver de petites bandes de ces insectes qui partent de la fourmilière sanguine, et viennent renforcer la première brigade. Elles s'avancent alors un peu davantage, et semblent risquer plus volontiers d'en venir aux prises ; nuis plus elles approchent des assiégées , plus elles paraissent empresstées à envoyer à leur nid des espèces de courriers. Ces fourmis, arrivant en hAte , jettent l'alarme dans la fourmilière mixte > et aussitôt un nouvel essaim part et marcbe à l'armée. Les sanguines ne se pressent peint encore de chercher le combat ; elles n'aJarment les noir-cendrées que par leur seule

DBS FOUEMIS. 255

présaiec; celles-ci occupent un espace de deax piedis carrés aa-deirant de tenr fooiritfilière ; la plus grande partie de la nation esr sortie pour attendre Tennemi.

«( Tout autour du camp on codimènce à voir de fréquentes escarmouches, et ce sont toujours les assiégées qui attaquent les assiégeantes. Le nombre des noir -cendrées, assez considéfable, annonce une vigoureuse résistance; mais elles se défient de leurs forces y songeut d'avance au salut des petits qui leur sont confiés , et nous montrent en cela un des plus singuliers traits de prudence dont l'histoire des insectes nous fournisse l'exemple : Long -temps avant que le sùcieès puisse être dotitent , elles apportent leurs nymphes au-dehors de leurs souterrains, et les amoiicenent à l'entrée du tiid^ do e6té opposé à cefui d'où viennent les fourmis sàngu&nes, afin de pouvoir les emporter* plus aisément si le sort des armes îeur est contraire. Leurs jeunes femelles prennent la fuite du méftie côté ; le danger s'afiproche; les sanguines se trouvant en force se jettent au milieu des noir- cendrées ,

25G niSTOIES IfATURKLLR

les attaquent sur tous les points , et parviennent jusque sur le dôme de leur cité. Les noir-cendrées y après une vive résistance, renoncent à la défendre, s'emparent des nymphes qu'elles avaient rassemblées hors de la fourmilière , et les emportent au loin. Les sanguines les poursuivent et cherchent à leur ravir leur trésor. Toutes les noires sont en fuite; cependant , on en voit quelques unes se jeter avec un véritable dévoùment au milieu des ennemis , et pénétrer dans les souterrains , dont elles soustraient encore au pillage quelques larves qu'elles emportent à la hâte.

« Les fourmis sanguines pénètrent dans l'intérieur, s'emparent de toutes les ave* nuos , et paraissent s'établir dans le nid dévasté. De petites troupes arrivent alors de la fourmilière mixte, et l'on commence à enlever ce qui reste de larves et de nymphes. Il s'établit une chaîne continue d'une demeure à l'autre, et la journée se passe de cette manière. La nuit arrive avant qu'on ait transporté tout le butin : un bon nombre de sanguines restent dans la cité prise d'assaut»

DBS POU&MIS. a57

et le lendemain , à l'aube du jour , elles recommencent à transférer leur proie. Quand elles ont enlevé toutes les nymphes, elles se portent les unes les autres dans la fourmilière mixte y jusqu'à ce qu'il n'en reste plus qu'un petit nombre. Mais j'aperçois quelques couples aller dans un sens contraire; leur nombre augmente. Une nouvelle résolution a sans doute été prise chei ces insectes vraiment belliqueux ; un recrutement nombreux s'établit sur la fourmilière mixte y en faveur de la ville pillée , et celle-ci devient la cité sanguine. Tout y est transporté avec promptitude : nymphes , larves , mâles et femelles , auxiliaires et amazones, tout ce que renfermait la fiMirmilière mixte est déposé dans l'habitation conquise, et les fourmis sanguines renoncent pour jamais à leur ancienne patrie. Elles s'établissent en lieu et place des noir-oendrées, et là entreprennent de nouvelles invasions. »

Les fourmis sanguines ne font pas leurs expéditions contre les noir-cendrées aussi souvent que les roussâtres. Elles n'attaquent

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que cinq ou sût fournûlières dans un été , et se contentent d'un certain nombre de dômestiiyQes. M. Hubert remarque que les noir-c«idrées, attaquées par les sanguines, se conduisent difTéremment que lorsqu'elles ost affaire aux fourmis roussâtres. L'impé> ttfûsité de ces dernières ne leur laisse pas le temps de se défendre ; la tactique des assiégeans étant différente, celles des assiégés devait Kétre aussi ; très carnassières et toujours occupées de chasse , les sanguines ne pewrent se passer de ces auxiliaires, car leurs petits se trouTeraient alors sans défense. Les fourmis mineuses enlevées de la fourmilière, dans leur jeune âge, leur rendmt aussi les mêmes services. Mais ce qui est bieft remarquable , c'est qu'il existe des fourmilières sanguines, où l'on voit ces deux espèces d^auxiliaSres.

Cette espèce se trouve en France , et est plus commune en Suisse.

Des vouRMis. 'iSg

La Fourmi noir-cendrée, Formica

Jusca.

L'ouvrière a un peu plus de deux lignes de long ; elle est d'un noir cendré , avec la partie inférieure des antennes et les pâtes rougeàtres; la femelle est d'an noir très luisant, avec un léger reflet bronzé ; le mâle est noir, avec l'anus et les pâtes d'un rouge pâle.

Cette espèce est une de celles qu'Hubert ùppelle fourmis maçonnes ; les monticules qu'elle élève offrent toujours des murs épais formé» d'une terre grossière et raboteuse , des étages très prononcés, et de larges voûtes soutenues par des piliers solides ; on n'y trouvera ni chemin , ni galeries proprement dites; mais des passages en forme d'œil-de-bœuf, partout de grands vides, de gros massifs de terre , et Ton remarquera que les fourmis ont conservé une certaine ppoportiota entre \ei piliers et la largeur des voAtes auxquelles ils servent de support.

26o HISTOIEE NATUBELLE

La Fourmi jaune, Formica fiava.

Elle est d'un roux jaunâtre luisant; rccaillc est presque carrée, entière.

Cette espèce choisit les parcelles les plus fines des arbres dans lesquels «lie s'est établie , les mélaTige avec un peu dé terre et des toiles d'araignée, et forme une matière de la consistance du papier mâche, et avec laquelle elle construit des étages entiers de son habitation ; elle sert de boussole aux habitans des Alpes, parce que son nid se dirige constamment de Test à l'oaest; ces fourmilières sont très multipliées et plus élevées dans les montagnes que partout ailleurs ; leur sommet et la pente la plus rapide sont tournés au levant d'hiver ; mais elles vont en talus an côté opposé; ces faits ont été communiqués à Hubert par des montagnards; il les a vérifiés lui-même sur des milliers de ces fourmilières.

La Fourmi brune , Formica brunnea.

Elle est d'un brun rougeâtre clair; son abdomen est obscur; cette espèce, qui n'a

DES FOU&MIS. a6i

pas plus d'une ligne et demie de longueur , se fait remarquer par son industrie , et la perfection de son travail ; c'est une de celles qu'Hubert appelle yûurm/f maçonnes»

Celte fourmi construit son nid par étages de quatre à cinq lignes de haut, dont les cloisons n'ont pas plus d'une demi-ligne d'épaisseur ; ces étages sont égaux , et suivent la pente de la fourmilière ; il y en a quelquefois plus de vingt dans la partie supérieure, et au moins autant au-dessous du sol.

M. Hubert a observé que cette espèce sort la nuit , et presque jamais le jour ; il les a vues travailler; pour cela elles choisissent un temps de pluie ; c'est alors qu'on peut les voir déployer tout leur talent pour l'ai^ chitecture : alors elles apportent entre leurs mandibules de petites parcelles de terre ; elles les placent à l'endroit où elles doivent rester , les divisent, et les poussent avec leurs dents , de manière à remplir les plus petites inégalités de la muraille. Quand elles ont construit assez de ces petites murailles , et qu'elles ont à peu près quatre on cinq lignes

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de haut, elles les réunissent en faisant un plafond de forme cintrée; pour cela elles placent lenrs parcelles de terre dans un sens horizontal y de manière à faire au-dessus de chaque mur un rebord qui , venant bientôt à rencontrer celui du mur opposé, forme le plafond; to«it cela se fait toujours pendant la pi Aie , qui , au lieu de diminuer la cohésion des particules de terre, semble l'augmenter encore; ces parcelles de terre mouillée, qui ne tiennent encore qoe par juxtaposition , sont liées étroitement ; les inéga- Ktés disparaissent, le dessus de ces étages , composé de tant de pièces rapportées , ne présente plus qu'une seule couche de terre bien unie, et n'a besoin pour se consolider entièrement, que de la chaleur du soleil.

Cette espèce est assez commune; elle place sa fourmilière dans les herbes, sur le bord des sentiers.

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