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DEUXIÈME ORDRE

ORTHOPTÉÈRES,

LATRETLLE.

Après les Coléoptères se place immédiafement, dans la méthode la plus généralement répandue, l’ordre des Orthoptères, composé d'insectes qui s’éloignent cepen-

dant beaucoup des précédents par leur mode

d'accroissement. Linnée les confondait avec l’ordre suivant, c’est-à-dire celui des Hémiptères, dont ils différent essentiellement par les organes de la manducation.

Quant au nom d’Ortoptères, il leur a été donné par Olivier, en considération de leurs ailes, qui se replient ordinairement dans le sens de leur longueur ou plutôt en éventail; Fabricius leur avait appliqué la dénomination de Ulonata, et déjà depuis plusieurs années Degéer celle de Dermaptères, ayant voulu désigner par ce mot la consistance de leurs élytres ou ailes supérieures. Degéer avait l’antériorité sur Olivier, et cependant le nom de ce dernier auteur a été généralement adopté.

La première famille qui s’offre à nous est celle des Forficuliens ; ce sont des insectes agiles qui ne se montrent ordinairement que la nuit ou au coucher du soleil, qui sont voraces et se nourrissent d’un grand nombre de substances très-hétérogènes entre elles. Quoique le nombre de leurs espèces ne soit pas très-considérable, elles se trouvent à peu près également répandues sur la surface entière du globe.

Vient ensuite la nombreuse famille des Blattiens , insectes voraces et destructeurs, presque tous de couleur sombre et lugubre, répandant une odeur infecte et dont la forme du corps est aplatie ; plusieurs espèces qui se trouvent sur les bâtimens de commerce nuisent considérablement aux marchandises, parce qu’ils occasionent de nombreux dégâts; d’autres vivent dans les maisons et les cuisines, attaquent les provisions de bouche et les substances qu’ils y

Insectes. IV.

rencontrent ; ils habitent toutes lescontrées du monde, et sont souvent transportés de l’une à l’autre par les vaisseaux qui en sont infestés.

Les Mantiens peuvent nous dédommager un peu des dégâts des Blattiens; ils sont essentiellement carnassiers et détruisent ainsi une grande quantité d’insectes phytophages ; la forme de leur corps est gracieuse et leurs couleurs sont souvent fort élégantes ; ces insectes habitent les contrées méridionales, telles que l’Afrique, l’Asie-Méridionale et les parties chaudes de l’Amérique et de l’Europe. ;

Les Phasmiens sont les plus grands insectes connus ; leur longueur, dans les plus grandes espèces, atteint près d’un pied, et l’envergure de leurs ailes dix pouces à un pied ; ils sont phytophageset n’habitent que les contrées les plus méridionales; leurs formes sont quelquefois irés-bizarres et leurs couleurs assez variées el assez éclatantes.

Les Locustiens, si reconnaissables par la longueur de leurs antennes et la tarière des femelles, ne sont pas non plus dépourvus de beauté ; les mâles font entendre, à l’aide de leurs élytres, un chant assez aigu. Malheureusement ils causent quelques dommages, parce qu’ils dévorent les fourrages et un grand nombre de végétaux.

Les Grylliens, qui se placent auprès des Locustes, n’ont pour la plupart que des couleurs sombres et souvent très - foncées; parmi eux les uns sont carnivores et les autres herbivores; mais les premiers n’en sont pas moins nuisibles, parce qu’ils coupent les racines des végétaux pour se frayer des chemins et aller à la recherche des insectes. Une espèce de Grylliens se rencontre dans les boulangeries, où elle est connue sous le nom vulgaire de Cri-

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Cri, à cause de son chant qu’il fait souvent entendre le soir et qui semble exprimer ce monosyllabe.

Les Acridiens terminent l’ordre des Orthoptères ; ils sont très nombreux en espèces et encore plus en individus ; aussi les désastres qu’ils occasionent à certaines époques dans ‘plusieurs contrées, sont-ils presque inappréciables ; ils détruisent souvent, par leur appétit vorace ct leur prodigieuse multiplication, toutes les céréales et tousles fourrages, et réduisent alors des populations à la plus affreuse disette ; ces in- ‘sectes, répandus en plus ou moins grande quantité dans tous les pays, ont quelque-

fois des couleurs assez éclatantes.

Tel.est l’aperçu succinct des différentes familles qui composent l’ordre es Orthotères. On donnoit autrefois comme caractères essentiels à chaque famille le nombre des articles aux tarses ; mais aujourd’hui, comme dans les Coléoptères, ce caractère a très-peu de valeur ; car nous voyons un genre de la famille des Mantiens, nommé Heteronytarsus, qui n’a plus cinq articles à tous les tarses comme les ont les espèces des genres voisins ; les deux premières paires de pattes ont encore ce nombre d’articles, mais la derniére n’en a plus que quatre. Dans la famille des Grylliens, qui était caractérisée par trois articles aux tarses, il existe encore un bien plus grand nombre d'anomalies : le Gryllus monstrosus a quatre articles à tous ses tarses comme les Locutiens; les Æcanthus en ont trois aux antérieurs et quatre aux postérieurs, et enfin un nouveau genre de cette famille, qui a reçu le nom de Rhippipteryx, n’a les tarses constitués que par deux articles.

De même que dans les Coléoptères il devient donc difficile de baser le principal caractère différentiel des familles sur le plus ou moins grand nombre des articles aux tarses, et cette méthode, si on la suivait exclusivement, forcerait à éloigner et à rapprocher d’une manière fort peu naturelle des genres ou des espèces.

Les Orthoptères nous sont plus nuisibles qu’utiles, à l’exception de quelques espèces carnassières qui rendent quelques services en détruisant beaucoup d'insectes phytophages. Tous les autres font plus ou moins de tort aux récoltes, aux comestibles et à une foule d’autres substances.

Dans certaines contrées de l’Orient et de l'Afrique, les sauterelles servent à la nourriture de plusieurs peuples qui ont recu pour cette raison le nom d’Acridiphages;

mais cet aliment, outre qu’il n’est pas tréssucculent au rapport d’ün grand nombre de voyageurs, paraît être encore assez malsain, surtout lorsqu’on s’en nourrit exclusivement, |

Pour ce qui est de la distribution générale des Orthoptères sur la surface de la terre, il est encore plus difficile que pour les Coléoptères d’avoir des données certaines; nous remarquons cependant que dans cet ordre les carnassiers diffèrent des carabiques dans les Coléoptères, parce que les premiers n’habitent que les contrées méridionales, et qu’au contraire ces derniers sont beaucoup plus répandus dans les contrées septentrionales. Ainsi les Martiens sont très-nombreux dans l'Amérique Mérionale et en Afrique, ils le sont peut-être moins en Asie ; et enfin l’on n’en rencontre plus que quelques espèces dans la partie méridionale de l’Europe et de l'Amérique Boréale ; le centre et le nord de ces deux continens ne voient jamais aucun insecte de cette famille.

Les Phasmiens habitent encore généralement plus loin de nous; la patrie des plus grandes espèces et du plus grand nombre est la Nouvelle-Hollande ; l’Afrique, l’Asie et l’Amérique Méridionales sont aussi pourvues de ces insectes, mais les espèces qu’elles renferment sont la plupart plus petites et moins abondantes. L’Europe méridionale ne nourrit, à notre Connaissance, que trois ou quatre espèces de ces Phasmiens, et encore sont-elles aptères, et aucune ne se rencontre, pas plus que les Mantiens, dans les parties septentrionales soit de l’Europe, de l’Asie, ou de l'Amérique.

Quant aux Forficuliens, Blattiens, Grylhens, Locustiens et Acridiens, tous insectes phytophages ou polyphages, ils paraissent habiter assez uniformément la surface entière du globe ; cependant les parties méridionales en nourrissent probablement une plus grande quantité.

Pour ce qui regarde le nombre de leurs espèces, il esttout-à fait impossible de l’évaluer, et peut-être même de s’en faire une idée exacte; jusqu’à présent cet ordre a élé excessivement négligé, peu de personnes s’en occupent, peu de voyageurs en recueillent, parce qu’ils sont de conservationdiffcile ; parmi la petite quantité qui arrive de temps à autre, on en remarque toujours un@ bonne partie qui est encore inconnue. Le Muséum de Parisen compte plusieurs mille, et ce nombre pourra augmenter prodigieusement d'ici à quelques années. Une chose

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